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L’humoriste était au zénith quand son simple sketch touchant Israël a fait scandale


L’autre jour j’ai retrouvé une interview de l’humoriste Dieudonné M’bala M’bala – dit Dieudonné -réalisée en mars 2006 mais jamais publiée. C’était il y a 10 ans!

C’est avec son plein accord que je la rends publique. Ses propos peuvent être instructifs à découvrir aujourd’hui pour ceux qui n’ont pas eu, comme moi, le privilège de bien le connaitre, de suivre de près son parcours et de mesurer avec quel courage il a affronté la violence des attaques et les procès incessants [1] dont il a été l’objet.

Dieudonné était au sommet de la célébrité en décembre 2003 quand son simple sketch critiquant Israël a déclenché un lynchage médiatique. Il est depuis lors la cible de ceux qui se donnent pour mission de protéger Israël.

dieudonne-ardisson-2318928-jpg_1999206L’humoriste Dieudonné en 2004 lors d’une de ses dernières invitations à l’antenne


Silvia Cattori : Le 10 mars 2006 vous êtes condamné pour « antisémitisme ». C’est une lourde sentence [2].

Dieudonné : Oui, c’est une épreuve de plus ; mais je crois qu’étant donné la joie qu’à provoquée cette condamnation dans les milieux ultra sionistes – une page entière dans Libération – cela prouve bien que l’on attend ma perte. Cette condamnation met en évidence les 20 relaxes précédentes et les deux poids deux mesures dans le traitement de l’information : quand le tribunal m’a relaxé il n’y a pas eu trois lignes dans Libération. Le milieu sioniste en France est devenu hystérique. Me voir condamné est son objectif. Plus les choses avancent et plus leur stratégie échoue. Il en fait beaucoup trop. On l’a vu avec la tentative d’instrumentalisation faite après l’assassinat du jeune Ilan Halimi. Les organisations juives, CRIF en tête, ont voulu ameuter la population. Elles escomptaient une mobilisation massive – 1 million de personnes – comme ce fut le cas lors des profanations du cimetière de Carpentras. Malgré le grand tapage médiatique il n’y a pas eu plus de 30 000 manifestants. Ces organisations ont instrumentalisé la mort de ce jeune homme : alors que rien ne permettait de l’affirmer, elles ont prétendu que c’était un assassinat « antisémite ». La manipulation a été très forte. Fortes du soutien politico-médiatique, ces organisations sont une force redoutable. Jamais une manifestation contre le racisme en France n’avait obtenu la présence dans la rue des plus hauts magistrats : chef de l’Etat, premier ministre, ministre de l’intérieur…

S.C : Julien Dray, porte-parole du PS, a associé l’assassinat d’Ilan Halimi à un « effet Dieudonné » [3]. Ce genre d’amalgame, largement amplifié par les médias, n’a-t-il pas pesé sur la sentence du tribunal ?

Dieudonné : Il est certain que tout cet attelage pour me criminaliser aux yeux de l’opinion a pu peser en ma défaveur. Je crois en la capacité de la justice à juger sereinement. Je crois qu’en Cour d’appel elle pourra se prononcer dans un climat plus apaisé.

S.C : Le but de cet acharnement n’est-il pas de détruire l’humoriste qui se mêle de politique ? Après votre condamnation Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), a annoncé que vous étiez dans une situation de délit. Donc vous ne seriez plus éligible ?

Dieudonné : Il est évident que ma candidature les dérange. En me faisant taire ils peuvent continuer de tromper les gens, mais ils sont démasqués désormais. Leurs mensonges ne portent plus. Les tentatives de Julien Dray, de me faire porter tous les maux de la terre, ne fonctionnent plus.

S.C : Ils vous attaquent. Et vous leur tenez tête…

Dieudonné : Comme Rosa Park, ou comme Ali, qui refuse d’aller se battre au Vietnam, il y a des choix que l’on assume jusqu’au bout. Ce qui est étonnant c’est qu’ils persistent dans leur lynchage alors qu’ils ont déjà perdu la partie. Ils ont le pouvoir mais ils sont mis à nu.

S.C : A qui pensez-vous précisément en disant cela ?

Dieudonné : Je pense à Bernard Henri-Lévy et sa bande ; je pense à ceux qui ont appelé à boycotter mes spectacles pour me ruiner.

S.C : Pourquoi vous en prendre toujours à BHL ? Julien Dray, n’est-il pas celui qui vous a le plus violemment attaqué ces derniers temps ?

Dieudonné : Des gens comme Julien Dray sont les petites mains. Ses déclarations l’ont montré tel qu’en lui-même : un petit qui voudrait être pris pour un « caïd ». Mais le « caïd » c’est Bernard-Henry Lévy. Julien Dray n’est qu’un petit braqueur comparé à BHL.

C’est une grosse machination, les coups sont de plus en plus violents ; cette fois on m’a associé à un meurtrier ! Je suis donc devenu le monstre. Le comique est un monstre ! Bientôt, je n’aurai plus qu’à me présenter sur scène et faire rire les gens qui viennent à mes spectacles rien qu’en faisant une grimace. Donc, aller au spectacle et rire avec le monstre, avec le diable que l’on a fabriqué, cela peut devenir encore plus spectaculaire. C’est ce qui s’est passé l’année dernière, avec la manipulation diffusée par le site Proche-Orient info dirigé par Elisabeth Schemla [4] pour commencer ; on a sorti deux mots de leur contexte (pornographie mémorielle) pour tenter de me nuire un peu plus. C’était déjà une chose énorme celle-là ! C’est pourquoi la complicité d’assassinat, que l’on m’attribue maintenant, ça commence à paraître usé. C’est un feu qu’ils doivent attiser sans discontinuer. La prochaine fois, que vont-ils dire ? S’il y a une bombe qui explose, la grippe aviaire, on dira que c’est encore Dieudonné. Cela devient ridicule. Ce qui leur donne des boutons est que, chaque soir, le comique a un public qui se marre de tout cela. Quoi qu’ils disent, ils ne peuvent m’empêcher d’être ce que je suis vraiment, moi, Dieudonné, chaque soir sur scène : un comique qui est écouté, applaudi, aimé.

S.C : Le CRIF, la Ligue de défense juive, l’Union des Etudiants Juifs de France, qui alimentent « les feux », comme vous dites, peuvent donc vous persécuter sans limites ? 

Dieudonné : Oui, c’est très violent. Je pense que ces mouvements ultra-sionistes ont atteint un point de non retour. C’est aux citoyens concernés de se mobiliser contre leurs abus. Ce n’est pas à nous, les persécutés, de demander aux gens de se distancier de ces associations communautaires qui empoisonnent la vie d’honnêtes citoyens en s’appuyant sur l’holocauste, pour nous mettre en situation d’infériorité.

S.C : Que répondez-vous à Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur [5], qui vous reproche de « désigner les juifs comme une puissance redoutable, comme un pouvoir omniprésent au sommet de la société... », de « ferrailler contre les juifs« , parce qu’ils se sont « offusqués d’un sketch… » ?

Dieudonné : Je tiens à être précis. Je tiens à dire clairement que je ne crois pas à la « théorie du complot ». Les médias ont fait de moi un personnage tellement sulfureux que tout journaliste qui se positionne en fonction des intérêts de sa carrière, ne peut pas s’écarter de ce qui est convenu. J’ai lu l’article de Joffrin. Je sers de support à ses propres fantasmes il faut croire ! Les termes qu’il a cités, servent ceux qui les emploient pour faire croire qu’ils sont toujours victimes des nazis.

S.C : Donc ce qu’affirme Laurent Joffrin n’est pas vrai ?

Dieudonné : Bien sûr que non. Je ne désigne jamais, comme il l’affirme, « les juifs ». On prétend que je le dis. Je ne m’occupe pas de savoir qui est « juif » ou « chrétien ». Ce sont eux qui disent «je suis juif et fier de l’être ». Ce sont eux qui parlent des « juifs » sans discontinuer et ensuite ils accusent les gens de « les désigner ». Je pense que les gens qui appartiennent à cette religion sont eux-mêmes souvent victimes d’une instrumentalisation ; otages de ces communautaristes qui exploitent la religion juive quand ils veulent criminaliser ceux qui défendent le droit des Palestiniens. Ils s’acharnent sur moi, en ayant fait de moi un personnage fabriqué. Je ne suis qu’un leurre. Ils se servent de mon image, mais je n’ai rien à voir avec cette fabrication qui leur sert de leurre.

S.C : Pourquoi avoir accepté de rencontrer Anne-Sophie Mercier [6], par exemple, une journaliste proche de Bernard-Henry Lévy, tout en sachant qu’elle se servirait de vos propos pour mieux vous détruire?

Dieudonné : Si je ne lui donnais pas la parole elle aurait dit « Dieudonné fuit tout débat, il a peur de parler».

S.C : Le magazine du judaïsme français, L’Arche [7], vous a également consacré un nouveau dossier. Ils ne vous lâchent plus…

Dieudonné : Je ne lis pas ce qu’ils peuvent bien écrire. Pourquoi s’occuper de moi comme ils le font ? Je ne mérite pas autant d’attention. J’ai une capacité d’observation et de fascination devant toute cette énergie qu’ils déploient pour me salir. Mais d’abord, qui sont ces gens qui rédigent des dossiers diffamatoires contre moi et peuvent tout inventer ? Ces gens qui accusent « d’antisémitisme » ceux qui dénoncent l’occupation israélienne, et accusent de « terrorisme » ceux qui résistent à cette occupation, sont des gens enfermés dans leur propre folie. En voulant enfermer les autres dans leurs obsessions, ils s’enferment eux-mêmes. Ils attisent des feux ; des feux qui demandent toujours plus d’énergie.

S.C : Ne les provoquez-vous pas un peu ?

Dieudonné : Je ne provoque personne. Je ne réagis jamais de façon émotionnelle. C’est impressionnant de les voir bâtir des mises à mort contre moi. Mais comme tout ce qu’ils disent n’a aucun fondement, ils peuvent toujours continuer d’inventer et de fabriquer des « antisémites » imaginaires. Or, il y a une chose qu’ils ne peuvent pas changer : le fait que moi je ne me reconnais pas dans leur fabrication.

S.C : L’objectif de vos adversaires n’est-il pas de vous pousser à bout ?

Dieudonné : C’est cela. Mais ce n’est pas facile de me pousser à bout.

S.C : N’est-ce pas ce qui s’est passé à Lyon ? Excédé de voir votre public attaqué par des nervis vous a avez laissé éclater votre colère. Après quoi vos ennemis ont eu beau jeu de vous faire un énième procès ?

Dieudonné : J’assume ce que j’ai dit à Lyon.

S.C : Que dites-vous à ceux qui vous associent à Le Pen ? 

Dieudonné : J’ai toujours combattu l’idéologie d’extrême droite. On m’associe à Le Pen qui incarne une extrême droite réactionnaire. Il n’est pas possible de m’associer à Le Pen. En 2002, Le Pen est arrivé au deuxième tour malgré la démonisation des médias. Il est probable qu’il soit également au deuxième tour des prochaines élections. Le Pen est un militaire, ce n’est pas un fils d’immigré. Il est désigné par l’appareil politico-médiatique comme étant celui qui incarne le racisme dans ce pays. J’ai mordu à l’hameçon pendant toute ma jeunesse. Depuis que je suis l’objet de campagnes mensongères, j’ai compris quels intérêts peuvent servir l’instrumentalisation du racisme.

S.C : Insulté, banni, la scène est-elle votre planche de salut ?

Dieudonné : Le spectacle est ma locomotive idéologique, si on peut dire. Voir les gens réagir à mes spectacles chaque soir est mon bonheur. Oui, j’aime entendre les gens rire, s’amuser.

S.C : Qu’est-ce qui vous différencie des comiques comme Bigard par exemple ?

Dieudonné : Bigard, fait rire sur le sexe. Je ne sais pas si je pourrais le faire. Me comparer à Bigard c’est comparer du jazz avec la musique de bal musette. Je ne dis pas que ce n’est pas bien le bal musette. J’aime beaucoup cela. A chacun son registre.

S.C : Demain soir, vous vous produisez au théâtre du Casino de Genève. Le public vous demeure acquis…

Dieudonné : Je suis ravi. Je n’ai jamais joué devant un si grand public en Suisse. Cela me touche de savoir que, malgré tout ce que l’on a pu dire d’épouvantable contre moi et, malgré cette condamnation du tribunal, le public n’hésite pas à venir à mes spectacles. C’est la preuve que cette hystérie médiatique, destinée à me couper du public, va à contre-courant. J’ai ce privilège d’être applaudi chaque soir par des spectateurs qui apprécient ce que je fais et me le disent.

Propos recueillis par Silvia Cattori le 17 mars 2006 à Paris.

[1] Dieudonné : « Ils me font des procès, ils peuvent aller jusqu’à me frapper… » http://www.silviacattori.net/spip.php?article5224

[2] De 2004 à 2006, malgré l’incessant acharnement du Consistoire, de l’UEJF et de la LICRA à le faire condamner pour antisémitisme les juges l’ont relaxé à 17 reprises. Poursuivi par le Consistoire, l’UEJF et la LICRA pour avoir interprété un colon juif, Dieudonné a été relaxé en première instance en mai 2004; puis en appel en septembre 2005; et enfin en cassation en avril 2007.

[3] http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article1960

[4] http://www.renenaba.com/paix-a-lame-de-proche-orient-info/

[5] MEURTRE D’ILAN: Dieudo et Fofana. NOUVELOBS.COM, 02.03.06 http://permanent.nouvelobs.com/societe/20060302.OBS9119.html [on peut lire l’article de Joffrin sur http://www.grioo.com/opinion6341.html
[6] Anne-Sophie Mercier a publié en 2005 un livre diffamatoire intitulé La vérité sur Dieudonné. Dieudonné a obtenu en référé la suppression – pour cause d’injures – de plusieurs passages du livre. La décision du juge des référés a été annulée en appel.

[7] L’Arche n° 573, janvier 2006

silvia )

Source:http://arretsurinfo.ch/2006-lhumoriste-dieudonne-jai-le-privilege-detre-applaudi-chaque-soir/

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