A la suite de la démission fort médiatisée de la commissaire de l’ONU, nous rééditons divers documents relatifs à cette Commission(*) [publiés initialement dans silviacattori.net]. 

ENTRETIEN AVEC LA JOURNALISTE ANASTASIA POPOVA – Mars 2013 

La jeune journaliste russe Anastasia Popova nous était totalement inconnue avant la sortie de l’impressionnant film qu’elle a réalisé en Syrie :  The Syrian Diary (**), un film donnant la parole à des Syriens ordinaires victimes des groupes armés dont les propos contrastent totalement avec ce qu’affirment les « grands reporters » occidentaux.

Nous avons rencontré Anastasia Popova à Genève où elle donnait une conférence publique sur la situation en Syrie. Suite à son témoignage, en totale opposition avec ce que les ONG et l’ONU affirmaient, Popova a été invitée à s’exprimer devant la Commission d’enquête des Nations unies. Nous lui avons alors demandé comment s’était déroulée cette entrevue.

Par Silvia Cattori | Publié le 11 mars 2013


Silvia Cattori : La « Commission d’enquête sur la Syrie » vous a invitée à témoigner à l’ONU, à Genève le 7 mars. Vous a-t-on accordé assez de temps pour dérouler votre argumentation ?

Anastasia Popova : Nous avons été invités [Anastasia Popova, Bahar Kimyongur et Mère Agnès-Marie de la Croix –Ndt] à rencontrer les enquêteurs de la Commission d’enquête après notre présentation à l’ONU [1]. Après cela nous avons pu rencontrer le Président de cette commission M. Paulo Pinhero (Brésil), Mme Carla del Ponte (Suisse), Mme Karen Koning Abu Zayd (USA), M. Vitit Muntarbhornd (Thaïlande). Ils nous ont dit qu’ils avaient environ 20 minutes mais notre conversation a duré environ 50 minutes et a été à mon avis très positive. Chacun de nous a fait une courte déclaration.

Silvia Cattori : Avez-vous reçu une véritable écoute de la part des hauts représentants de la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur la Syrie ? Ou aviez-vous le sentiment que cette entrevue pouvait n’être, eu égard des critiques que les allégations de cette commission ont soulevé, qu’un alibi permettant à la commission de prétendre avoir œuvré de façon neutre ?

Anastasia Popova : À ma grande surprise, la réunion s’est bien passée. Les commissaires ont essayé d’argumenter dans certains cas mais ils ont surtout écouté en prenant des notes. Ils ont demandé à chacun de nous de fournir toutes les informations dont nous disposions, y compris des vidéos, aussi rapidement que possible de sorte que certains des cas mentionnés puissent être inclus dans le rapport final. Ils ont proposé une future coopération, accepté de rencontrer les victimes et les témoins des crimes commis par les groupes armés pour rendre le rapport plus équilibré.

Silvia Cattori : Cette entrevue, qui intervient alors que le rapport de la commission est déjà établi, avait-elle encore un sens ? Dans ses déclarations à la presse Mme Carla del Ponte incrimine au premier chef les forces du gouvernement et non pas les terroristes [2]qui entrent par milliers en Syrie avec l’appui de la Turquie et autres puissances ?

Anastasia Popova : J’ai été surprise de recevoir une lettre de Carla del Ponte disant qu’elle avait regardé mon documentaire et qu’elle est intéressée par une coopération ultérieure. À mon avis, c’était une réunion très utile et j’espère voir bientôt des résultats positifs.

J’ai lu le rapport et j’ai fait un court résumé de tous les faits douteux sur la base de ce que j’ai vu moi-même et de ce que j’ai entendu des témoins et des victimes à l’intérieur de la Syrie. À mon avis le rapport est unilatéral [3].

Très peu est dit sur les crimes commis par les groupes armés, et les choses qui figurent malgré tout dans le rapport sont censées se produire à une échelle très faible. Certaines des méthodes utilisées dans les combats sont décrites comme des tactiques de l’armée, alors qu’elles ne le sont pas. Le gouvernement est accusé de certaines formes spécifiques de tortures alors que dans le clip vidéo que j’ai montré dans The Syrian Diary on peut clairement identifier le drapeau de l’opposition. [On y voit des hommes en uniforme, se faisant passer comme appartenant à l’armée régulière syrienne, en train de torturer des civils, mais qu’un détail trahit -Ndt].

Nombres d’informations rapportées dans ce rapport sont des mensonges éhontés. Certaines ont été obtenues à partir de sources non vérifiées qui utilisent le mot PEUT dans leurs témoignages mais les conclusions de la commission blâment le gouvernement en accordant pleine confiance à ces témoignages douteux !

À mon avis il est difficile de faire un rapport probant sur la base de 445 témoignages recueillis dans des camps de réfugiés en dehors de la Syrie alors qu’il y a 23 millions de personnes vivant en Syrie, y compris plus de 5 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Le manque d’accès au pays ne peut pas être utilisé comme un argument ; il y a différentes manières d’obtenir des informations en dehors des sources gouvernementales ; par exemple les enquêteurs pourraient utiliser du matériel fourni par des journalistes ; ou ils pourraient rencontrer des victimes hors de Syrie, par exemple au Liban.

Silvia Cattori : En effet, votre documentaire « The Syrian Diary », diffusé par Rossiya 24, donne la parole aux Syriens de toutes origines qui vivent l’arrivée des groupes armés dans leurs quartiers avec effroi. Il contraste singulièrement avec ce qui est rapporté dans les reportages des journalistes qui se font embarquer dans les fourgons des « opposants » armés. Avez-vous le sentiment qu’en tant que journaliste russe, vous êtes frappée d’une sorte d’ostracisme en Occident raison pour laquelle, votre témoignage aussi honnête et remarquable soit-il ? 

Anastasia Popova : En ce qui concerne le documentaire « Syrian Diary », je pense que les gens vivent encore sous le stéréotype selon lequel les médias occidentaux sont les meilleurs, que c’est là qu’il y a la liberté d’expression et le respect des téléspectateurs ; et que des « icônes » de l’information comme la BBC ou CNN ne peuvent pas leur fournir des informations non vérifiées. Il leur est difficile de reconnaitre qu’aujourd’hui des nouvelles sont FABRIQUÉES par ces mêmes journalistes qui étaient autrefois objectifs. La différence est que maintenant ils sont devenus un instrument qui forme les opinions en créant des histoires capables d’orienter les téléspectateurs. On peut ajouter un soutien Internet massif et coordonné aux histoires présentées. Les autres informations non désirées sont supprimées ou demeurent invisibles dans le tsunami de celles qui sont fournies.

Le système médiatique en Russie n’est pas aussi développé qu’en Occident ; il n’est pas instrumentalisé de cette façon et nous pouvons de ce fait avoir la liberté de présenter différents points de vue. Par exemple en ce qui concerne la Syrie, nous avons des comptes rendu et des avis qui sont complètement à l’opposé les uns des autres. De sorte que les gens peuvent penser, analyser et se former leur propre opinion. J’ai souvent entendu dire qu’il y a un énorme manque d’information « alternative » [la liberté pour les voix dissonantes de s’exprimer dans les médias traditionnels -Ndt] en Europe, qu’elle n’est pas facile à trouver dans les médias dominants. J’espère que ce documentaire [The Syrian Diary] montre au moins que l’information « alternative » existe, et qu’il faut juste continuer à la chercher.

Silvia Cattori : Je vous remercie.

PS : Ce lundi à l’ONU à Genève à la réunion sur la Syrie qui se déroulait en présence de la commission d’enquête, les représentants des Etats occidentaux ont loué le rapport de la commission et s’y sont abondamment référés dans leurs interventions. A méditer.

(*) Créé en octobre 2011, sous la pression d’ONG et de médias engagés dans la diabolisation du « régime dAssad », la Commission d’enquête indépendante de l’ONU a tout de suite ciblé le chef du gouvernement syrien. L’accusant de « crimes de guerre », prenant le parti des groupes armés dont l’avancée terrorisait les habitants, ce n’est qu’ à fin 2013 que l’on a pu percevoir dans les déclarations de la Commission un semblant de rééquilibrage. Néanmoins sa symétrie hasardeuse – renvoyant dos à dos les groupes terroristes et l’Etat syrien – est contestable. Les rapports de la commission de l’ONU que nous avons examinés, fondés avant tout sur des témoignages d’ « opposants » et d’ONG compromises avec les groupes terroristes, nous ont parus entachés de grossières erreurs. [Silvia Cattori]

(**) Voir :  http://www.silviacattori.net/article4123.html

[1] Anastasia Popova, Bahar Kimyongur, étaient initialement venus témoigner à Genève à l’invitation de l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJHR) et du Collectif des Syriens de Suisse (CSS), dans le cadre de la Conférence qui s’est tenue à Genève le 28 février 2013, en marge de la 22e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU http://www.silviacattori.net/article4284.html. Suite à cela, la commission d’enquête de l’ONU,  embarrassée par les critiques l’accusant à raison de faire la part belle aux bandes terroristes, leur a demandé de revenir à Genève, ainsi qu’à Mère Agnès, afin d’entendre leurs témoignages.

[2] « Dans notre rapport on a établi que les crimes du gouvernement sont majeurs » affirme Mme Carla del Ponte sur radio France culture le 8 mars 2013

[3] Voir : http://www.silviacattori.net/article4282.html
Voir également : http://www.silviacattori.net/article4283.html

Toutes les versions de cet article :
– Siria: « Il rapporto della commissione d’inchiesta dell’Onu è unilaterale »
– سورية: « تقرير لجنة التحقيق التابعة للأمم المتحدة أحادي »

Source: http://www.silviacattori.net/article4288.html


Le rapport de l’ONU sur la Syrie innocente les terroristes

Anastasia Popova
le 9 mars 2013

Dans un nouveau rapport la « Commission internationale d’enquête qui suit la situation des droits de l’homme en Syrie » fait la part belle aux groupes terroristes qui agissent au sein de l’Armée libre syrienne (ASL). Dans ce rapport la commission s’attache à incriminer principalement les forces gouvernementales de Bachar el-Assad. Elle omet curieusement de mettre en évidence la gravité et l’ampleur des crimes que les divers groupes d’insurgés ont commis contre des civils depuis le début de l’insurrection.

Tout cela est ahurissant ! Le mensonge est global. Les victimes sont transformées en bourreaux par ce rapport ! Pourtant les crimes commis contre des civils par les combattants armés ont été portés à la connaissance de tout un chacun par les nombreuses vidéos diffusées par les insurgés eux-mêmes.

Ce rapport est un scandale.

Contrairement à ce qu’affirme le président de la commission d’enquête de l’ONU, M. Paulo Pinheiro, la commission n’a pas collecté « l’information des deux côtés ». Elle a fait bel et bien fait une différence entre les parties au conflit car tout devait conduire à viser au premier chef le président Bachar el-Assad.

Tout cela porte à penser que la voix des vraies victimes, ainsi que la voix des rares journalistes qui depuis le début du conflit documentent de manière honnête et impartiale les crimes commis par les groupes armés en Syrie, ne sera pas entendue. Car, comme on le voit dans ce rapport inique, les insurgés ont gagné la bataille de l’information et de la propagande depuis longtemps. Pourquoi une pareille dérive est-elle possible ? Parce que les puissances qui financent et légitiment les groupes armés en Syrie, ont l’entier soutien de la presse occidentale, des ONG humanitaires et de l’ONU.

Cela est fort choquant mais n’est pas une surprise pour les gens bien informés. Car cette « Commission internationale d’enquête » n’est pas indépendante et impartiale, comme le prévoit la résolution S-17/1 du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Elle est apparue partiale dès son premier rapport. Le parti pris de ses membres, tout comme leur premier rapport, a été mis en cause par l’ONG « Union des Juristes Arabes » devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève.

Dans le PDF attaché on peut prendre connaissance des remarques critiques que la journaliste russe Anastasia Popova a adressées, ce 9 mars, à M. Paulo Pinhero, à Mme Carla del Ponte et à Mme Karen Koning Abu Zayd, membres de la Commission d’enquête internationale sur la République arabe syrienne, au sujet de ce rapport.

Anastasia Popova réfute point par point ici les allégations de la Commission accusant de facto l’armée gouvernementale d’être responsable y compris des crimes commis par les insurgés.

A l’attention de M. Paulo Pinhero, Mme Carla del Ponte et Mme Karen Koning Abu Zayd, membres de la Commission d’enquête internationale sur la République arabe syrienne. J’ai pris connaissance du rapport de la Commission et j’y ai trouvé beaucoup de contradictions.

Veullez trouver mes remarques ci-joint.

Salutations respectueuses
Anastasia Popova
le 9 mars 2013

Titre documents joints: 

Critique du rapport de la Commission d’enquête de l’ONU sur les violences en Syrie élaborée par la journaliste Anastasia Popova

Source: http://www.silviacattori.net/article4282.html


Les omissions de la Commission d’enquête internationale de l’ONU sur la Syrie

Cette note, adressée par Bahar Kimyongür à la Commission d’enquête, constitue le fragment d’une critique globale du rapport de la Commission.

A l’attention de M. Paulo Pinhero, Mme Carla del Ponte et Mme Karen Koning Abu Zayd, membres de la Commission d’enquête internationale sur la République arabe syrienne

Les omissions de la Commission d’enquête internationale de l’ONU sur la Syrie

Bahar Kimyongür
Genève, le 8 mars 2013

Note préliminaire

Permettez-moi d’abord de vous remercier d’avoir accepté de nous écouter.
L’improvisation dans laquelle notre entretien à été organisé nous a contraints de vous fournir un dossier incomplet, ce que nous regrettons vivement.

Nous espérons par conséquent que vous resterez à notre écoute et consulterez les informations additionnelles que nous vous communiquerons dans les prochains jours.

Ma note s’articule sur deux critiques de votre rapport du 15 janvier 2013 :

  1. L’absence de toute référence au rôle néfaste du gouvernement turc dans la tragédie syrienne
  2. La sous-estimation voire la négation du génocide anti-alaouite en cours en Syrie

Mes origines antiochiennes, c’est-à-dire turco-syriennes me permettent de porter un regard transfrontalier sur la tragédie syrienne et de constater une série d’agissements du côté turc qui sont loin de servir le peuple syrien.

Dès le début de la crise, le régime d’Ankara s’est en effet montré intraitable sur la question syrienne. De la réunion d’Antalya à la Conférence d’Istanbul, de la mise à disposition de camps d’entraînement militaire aux rebelles syriens le long de la frontière à l’accueil de djihadistes internationaux, Ankara a systématiquement parrainé toute initiative prônant le renversement violent du régime syrien.

Un diplomate européen ayant requis l’anonymat déclara que la position du gouvernement turc à l’égard de Damas se serait radicalisée après que le gouvernement syrien eut refusé de céder quatre ministères aux Frères musulmans comme préalable à une médiation turque à la crise syrienne (AFP, 21 septembre 2011).

« Nous voulions qu’El-Assad soit le Gorbatchev de la Syrie, mais il a choisi d’être Milosevic. C’est tout le problème » avait crânement lâché le ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu aux étudiants de l’Université de Washington (à Washington DC) le 10 février 2012.

En Syrie, la position paternaliste et subversive du gouvernement AKP à l’égard du voisin syrien a ravivé les rancœurs anti-ottomanes nourries par quatre siècles d’occupation.

La presse gouvernementale syrienne a accusé le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan de se prendre pour un nouveau sultan-calife.

Depuis, le torchon brûle entre les chefs d’État des deux pays. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, la Turquie et la Syrie vivaient une idylle.

S’inspirant de la convention européenne de Schengen sur l’ouverture des frontières, Erdogan et Bachar el-Assad ont décrété la création de Chamgen, Cham étant le nom antique de la Syrie.

Le 13 octobre 2008, les gouvernements turc et syrien ont tenu un conseil des ministres commun à Alep en vue de lancer un conseil de coopération stratégique.

Le volume d’échange commercial entre les deux pays atteignait les deux milliards de dollars en 2010.

Mais avec l’éclatement de la crise syrienne, la politique du « zéro problème avec les voisins » lancée par Davutoglu s’est finalement soldée par un gigantesque fiasco.

Le régime turc est désormais à couteaux tirés avec ses trois principaux voisins : l’Iran, l’Irak et la Syrie.

L’attitude hostile d’Ankara entraîne la région dans un conflit dangereux qui menace gravement la paix mondiale.

Quant au peuple syrien que M. Erdogan prétend protéger en accueillant près de 200.000 réfugiés fuyant les combats, il se retrouve otage d’un conflit interétatique, de groupes combattants et terroristes et de trafics d’êtres humains.

Qu’ils soient pro ou anti-régime, rebelles ou loyalistes, réfugiés à l’étranger ou déplacés de l’intérieur, hormis les crimes commis par l’armée nationale, il importe de souligner que les Syriens sont tous exposés à un danger planétaire : celui du terrorisme djihadiste.

Gracieusement entretenu par les pétromonarchies du Golfe et le régime d’Ankara, ce terrorisme prétendument religieux est en réalité sans foi ni loi et frappe indistinctement les Syriens, toutes croyances confondues.

Le Sud de la Turquie, QG d’Al Qaïda

Le gouverneur de la province d’Antioche (Hatay) Celalettin Lekesiz avait juré qu’aucun homme en treillis ne se trouvait dans les camps de réfugiés.

Pourtant, une délégation turque indépendante notamment composée de députés de l’opposition en a vu un grand nombre à l’intérieur et aux abords du camp d’Apaydin.

Des hommes armés contrôlent le camp tandis que les gendarmes turcs n’ont qu’un rôle passif.

Un commandant de l’ASL dénommé Abu Hussein Noueimi confirme devant les caméras de la presse turque que ses hommes se battent sur le front puis se retirent en Turquie pour se reposer (source : Ayça Söylemez, Bianet, 26 août 2012).

Le journaliste du quotidien turc Yurt Monsieur Ömer Ödemis a aperçu des militants d’Al Qaïda se balader en groupe. Ils vont combattre en Syrie puis viennent se reposer en Turquie lui ont-ils avoué.

Interrogeant le président de l’ordre des médecins de la ville Selim Matkap dans un article paru le 15 septembre 2012 dans le quotidien turc Cumhuriyet, la journaliste Isik Kansu rapporte que le zoning industriel d’Antioche est depuis peu, converti en atelier de fabrication d’armes.

Dans certains hangars, des hommes venant de Tchétchénie ou d’Afghanistan y découpent de gros tuyaux métalliques pour fabriquer des armes à destination de la rébellion syrienne.

A propos du rôle de la Turquie dans le renforcement du Front Al Nosrah, ce passage pris dans un article du Washington Post (Justin Vela & Liz Sly, TWP, 19 août 2012) est particulièrement éloquent :

“To be honest, we have received some support, but I don’t know from where,” he said, adding that the assistance was in the form of cash couriered in from Turkey.

Cet aveu est celui d’un commandant de la Brigade Al Tawhid qui affirme être en « bonne coordination » avec le Front Al Nosra, affilié à Al Qaïda.

Le rôle de la Turquie est bien plus que celui d’une simple agence bancaire au service du terrorisme anti-syrien.

Antakya, ville majoritairement arabophone qui se situe en territoire turc est littéralement devenue une base d’Al Qaïda.

Le 23 janvier 2013, une explosion est survenue dans une maison utilisée par des Syriens à Gaziantep. De incidents de ce type sont signalés dans d’autres villes frontalières comme Altinözü, Reyhanli et Yayladagi.

La région est ainsi devenue un véritable dépôt d’armes et un camp d’entraînement terroriste à ciel ouvert.

Le 30 janvier 2013, James Reynolds, correspondent de la BBC en Turquie montre un atelier de fabrication de bombes de l’Armée syrienne libre en territoire turc.

Même si Reynolds refuse à révéler le nom du pays où il se trouve, la topographie des lieux où les militants procèdent à l’explosion expérimentale de leurs bombes indiquent qu’ils se trouvent dans les pentes du Casius, non loin du poste-frontière turco-syrienne de Bab el Hawa : http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-21256905

Le 9 février 2013, la police découvre dans la cité Ötüken à Belen en province d’Antioche (Hatay) 400 kg de TNT dans un appartement occupé par des Syriens (question parlementaire de Mehmet Dudu, député du CHP de la province de Hatay, 12 février 2013).

L’arrivage massif de djihadistes internationaux recrutés dans les mosquées de Tunis, de Derna ou du Caire et l’installation d’un vaste territoire sous contrôle d’Al Qaïda à la frontière turco-syrienne ne transparaît pas comme une menace majeure pour les populations des deux pays habituées à vivre en bonne intelligence dans le respect de leurs diversités ethniques et religieuses.

Chaque jour, des djihadistes débarquent par dizaines à Antioche, la porte de la Syrie.

Arrivée de djihadistes par mer

En été dernier, un bateau libyen, « Intissar » (Le victorieux), en provenance du port de Benghazi arrive au port d’Iskenderun à quelques kilomètres de la frontière syrienne. Il n’aurait pas été fouillé pour deux raisons :

  1. a) c’est un bateau de pêcheurs. Il paraît que ce type de navires sont exemptés de tout contrôle.
  2. b) il contenait 353 tonnes d’aide humanitaire.

Mais on n’en vérifie pas le contenu…

Pourtant, il est question de la présence de 24 Libyens dans le bateau. Ces Libyens auraient été conduits à l’hôtel Antakya et de là, à une réunion portant sur le djihad…

Arrivée des djihadistes par air

Le 7 décembre 2012 vers 23h50, un avion atterrit dans l’aéroport de Hatay. Cet avion est de la compagnie Anadolu Jet, une succursale de la Turkish Airlines (THY). 200 hommes en descendent. Tous parlent l’arabe mais ne sont pas Syriens. Aucun d’entre eux n’est enregistré à l’aéroport, une procédure pourtant obligatoire à tout voyageur. En principe, aucun véhicule n’est autorisé à monter sur le tarmac. Pourtant, 15 minibus externes à l’aéroport s’y retrouvent. Tous les voyageurs suspects y montent.

Le parlementaire turc de l’opposition kémaliste Mehmet Ali Ediboglu qui est originaire de la région a interpellé le ministre turc de l’intérieur à propos de cette présence suspecte.

Sa question parlementaire demeure pour l’heure sans réponse.

Le 22 février 2013, Muharrem Ince, député du parti kémaliste d’opposition CHP découvre effaré une horde de jeunes hommes barbus dans le salon VIP de l’aéroport d’Esenboga à Ankara. Ces hommes se rendaient comme lui avec le vol de 22h50 à Antioche, la ville située tout près de la frontière syro-turque que les djihadistes internationaux traversent pour se rendre au front syrien. Les agents de sécurité interrogés par le député concernant l’identité, la présence et les motivations des hommes suspects ont répondu : « Ces gens bénéficient du statut VIP sur directive du ministre des affaires étrangères ». Le député Ince a écrit une lettre au président de l’Assemblée nationale turque (TBMM) pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. A ce jour, son interpellation reste lettre morte.

Arrivée de djihadistes par routes terrestres

Comme l’attestent de nombreux témoins oculaires, les gares routières abondent de jeunes arabes, caucasiens, maghrébins barbus n’ayant pas le profil de touristes ordinaires.

A bord de véhicules de luxe, des Libyens circulent à Antioche alors que jusqu’à ce jour, les habitants de cette ville n’ont jamais vu un seul Libyen.

Tous ces barbus parfois recherchés dans leurs pays d’origine génèrent un sentiment d’insécurité à Antioche, faisant dire à ses habitants que la région ressemble de plus en plus au Peshawar alors qu’Antioche était un modèle de coexistence pacifique et de solidarité intercommunautaire.

En effet, les sunnites comme les alaouites, les chrétiens orthodoxes comme les Arméniens, les Arabes comme les Kurdes ou les Turkmènes se sentent menacés par la présence de ces combattants.

Trafic d’êtres humains

Madame AbuZayd, Madame Del Ponte, Monsieur Pinhero,

Il vous est impératif de verser à votre dossier le rapport de l’Association turque des droits de l’homme (IHD) sur la Syrie.

Il est dit qu’à Reyhanli, quatre écoles religieuses sont sous le contrôle des rebelles syriens.

Pour certains touristes fortunés originaires du Golfe et du Machrek, les camps de réfugiés syriens ne sont rien d’autres que des marchés aux esclaves et des lupanars.

Abusant du désespoir des réfugiés, ils y achètent des fillettes syriennes pour assouvir leurs pulsions perverses au nom de la charité islamique.

Toujours d’après ce rapport présenté par le président de l’IHD M. Öztürk Türkdogan et par le secrétaire général Ismail Boyraz lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le 27 février dernier à Ankara, dans les camps de réfugiés syriens d’Antioche, des hommes armés donnent des cours de religion à des enfants dans les camps.

Le rapport dit qu’Al Qaïda loue des « safe houses » dans les villes de la région. Certains Qaïdistes se revendiquent comme tels et circulent avec leur uniforme à Antioche en toute impunité.

Ils menacent la population locale et déclarent que ce sera bientôt au tour des alaouites d’Antioche de passer par le fil de leur épée.

Visiblement, tant que le gouvernement turc n’aura pas calmé ses ardeurs guerrières, tant que l’administration Erdogan continuera à soutenir le terrorisme antisyrien, tant que la frontière ne sera pas sécurisée, on ne pourra espérer une quelconque amélioration de la situation en Syrie.

Le génocide anti-alaouite a commencé

Madame Del Ponte, Monsieur Pinhero, Madame AbuZayd,

Vous n’êtes pas sans savoir qu’un génocide anti-alaouite est en cours en Syrie. Il suffit de consulter les communiqués de presse du Front Al Nosra pour s’en rendre compte.

Ladite organisation déclare vouloir éradiquer les alaouites. Elle réaffirme cet objectif dans quasi toutes ses déclarations.

Dans les quartiers conquis par la rébellion, les alaouites sont systématiquement exécutés pour leur seule appartenance confessionnelle.

Les loyalistes qui tombent aux mains de ces milices djihadistes jurent de ne pas être des alaouites dans l’espoir d’être épargnés.

Les observateurs indépendants ont relevé des centaines de cas de viols commis contre des femmes alaouites par des djihadistes.

Nombre de vos pairs soulignent que le prochain génocide dans le monde sera celui des alaouites. Parmi eux, Simon Adams, directeur exécutif du Global Center for Responsability to Protect. Son avis est partagé Peter W. Galbraith, ancien ambassadeur américain témoin de l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie.

Je suis particulièrement choqué de lire à la page 37 de votre rapport sur la Syrie du 15 janvier 2013 que les « fatwas takfiris » prononcées en dehors de la Syrie ne constituent pas une violation de la Droit international humanitaire (DIH) et du Droit international des droits de l’homme (DIDH) et que seule l’exécution de tels actes tombent sous le coup de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie.

Votre conclusion est choquante à deux titres :

Primo, alors que la plupart des États occidentaux poursuivent et condamnent juridiquement l’expression de propos racistes, l’incitation à la haine raciale ou l’incitation même indirecte au terrorisme y compris dans le cas de légitime défense de la part de peuples colonisés, vous prônez l’impunité envers des télécoranistes basés en Arabie saoudite qui donnent l’ordre d’exterminer tous les alaouites de Syrie.

Secundo, de nombreux djihadistes actifs en Syrie se réfèrent précisément à ces « fatwas takfiris » pour fusiller, décapiter ou dépecer les alaouites. De l’aveu même des combattants djihadistes, leurs chefs sont des « émirs » ou des « cheikhs ». Si vous remontez la chaîne de commandement des unités djihadistes, vous tomberez très souvent sur des commandants religieux et même sur des télécoranistes aussi populaires qu’Adnane Arour.

Pour rappel, Arour est l’homme qui appelle à hacher les alaouites réfractaires à son projet religieux et à jeter leur chair aux chiens.

Arour a prononcé le discours inaugural du « Commandement central des conseils révolutionnaires syriens » créé en octobre 2012 dans le Djebel Zawiya au Nord de la Syrie. Son propre fils, Mohamed Arour est un soldat de l’Armée syrienne libre.

La Commission indépendante d’enquête de l’ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda avait pourtant épinglé le rôle néfaste de la Radio Mille Collines (RTLM) dans la planification du génocide commis contre les Tutsis et les Hutus modérés au Rwanda.

Comme vous le constaterez via le lien suivant, en décembre dernier, Youssef Al Qaradawi le célèbre télécoraniste de la chaine qatarie Al Jazeera a appelé au génocide politique de tous les civils qui appuient le gouvernement.

Compte tenu de l’impact des médias arabo-musulmans sur la jeunesse déshéritée qui afflue des quatre coins du monde pour mener le djihad en Syrie, il est tout simplement inacceptable que de telles paroles passent comme une lettre à la poste. Qaradawi ajoute dans sa fatwa que si des innocents sont tués par erreur, Dieu leur rendra leurs droits : http://www.youtube.com/watch?v=rMVyYj9-wAA

Telle est la version salafiste du fameux décret catholique attribué au légat du pape Arnaud Amaury lors de la Croisade contre les Albigeois : « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »

Mme Del Ponte, à l’époque de la guerre du Kossovo, votre détermination à vouloir dénoncer les pratiques maffieuses de l’UCK et notamment le trafic d’organes prélevés sur des prisonniers serbes a suscité l’admiration de nombreux militants pour la paix.

Aujourd’hui, vous ne pouvez demeurer insensible face à la détresse de millions de citoyens syriens innocents et accusés d’être dans le mauvais camp.

Merci encore de votre aimable attention.

Bahar Kimyongür
Genève, le 8 mars 2013

Source: http://www.silviacattori.net/article4283.html


URL de cette page: http://arretsurinfo.ch/2013-syrie-le-rapport-de-la-commission-denquete-de-lonu-est-unilateral/

print