Roger Köppel, est un journaliste suisse allemand, rédacteur en chef de la Weltwoche et un conseiller national de l’UDC ; un parti euro-sceptique honni par la classe politique suisse et la presse officielle bien pensante. ASI


Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Crédit photo©  AFP


Le conseiller fédéral Burkhalter va jusqu’au bout. Soumission aux juges de l’UE sur toute la ligne.

Roger Köppel | Die Weltwoche | 23 mars 2017

Commençons par la triste réalité: le Conseil fédéral est sur le point de livrer la Suisse en parfaite santé à l’UE malade. Le projet semble tellement insensé qu’il ne viendrait à l’idée d’une personne raisonnable d’y croire. Et pourtant, c’est exact. Le Conseil fédéral veut arrimer la Suisse au navire-mère qui sombre, à la plaque continentale en état d’avarie politique qui pour une majorité des politiciens suisses signifie encore le monde. L’horizon de ces personnes qui se proclament «ouvertes au monde» commence et se termine avec l’UE. Leur ouverture au monde relève d’une étroitesse de vue limitée à un projet politique en passe d’échouer.

Non, ce n’est pas un mépris cynique envers l’énorme contribution à la paix de l’Union européenne. Nous les Suisses, nous reconnaissons le fait que les États européens après une guerre civile mondiale autodestructrice et dévastatrice, entre 1914 et 1945, ont pris par pur épuisement la décision raisonnable de mener sur un autre terrain leur concurrence politique que par l’anéantissement physique de leurs concurrents. Mais pour rester précis, ce n’est pas l’UE qui a rétabli la paix en Europe. Elle est au contraire le résultat d’une paix que les Alliés, en particulier les Américains sous la conduite du général Eisenhower, les Britanniques avec Churchill et les Russes sous le dictateur Staline, ont mis en œuvre au prix d’énormes sacrifices.

Mais tout le respect dû à l’UE n’est pas pour autant une raison pour la Suisse de se cacher. Lorsque je fais aujourd’hui une conférence devant des étudiants allemands à l’Université de Saint-Gall, je suis souvent sommé de dire en quoi la Suisse neutre et à l’écart, opportuniste et profiteuse, a contribué et contribue à la paix dans le monde. Ce reproche inclut l’affirmation implicite que seule la pleine adhésion à l’UE confère à un pays la consécration suprême d’œuvrer en faveur de la paix. Quiconque se tient à l’extérieur est immédiatement taxé de nationaliste, populiste, pervers avide de guerre, impatient de voir prochainement les États-nations libérés de l’UE recommencer à marcher au pas de l’oie les uns contre les autres.

Quelle est donc la contribution de la Suisse à la paix, chers amis allemands? Je vous le dis, l’énorme contribution à la paix de la Suisse réside dans le fait qu’elle n’a pas engagé une seule guerre depuis plus de 500 ans. En optant pour la voie de l’indépendance au cours de l’histoire, un chemin nécessairement ardu, nous avons plus fait pour la paix que tous les apôtres européens de la paix dont l’UE à l’époque de la politique économique de la dette, de la débâcle migratoire et d’un euro mal ficelé génère plus de conflits que de paix.

Revenons-en au Conseil fédéral et à son désir déraisonnable, je dirais presque contre nature, de rattacher la Suisse à l’UE. Nous avons souvent écrit dans ces colonnes sur les projets funestes de l’«accord-cadre». Les faits sont de notoriété publique: depuis 2008, l’UE souhaite que la Suisse signe un accord auquel la Suisse telle que nous la connaissons ne survivrait pas. La Suisse devrait à l’avenir reprendre automatiquement le futur droit communautaire dans toutes les relations contractuelles avec l’UE, c.-à-d. dans de nombreux domaines importants de la politique économique. En cas de conflit, la Cour de justice européenne (CJUE) trancherait. À la demande des juges européens, l’UE serait autorisée à sanctionner la Suisse en cas de non-respect des directives européennes. Ces sanctions s’appellent dans la novlangue du Conseil fédéral «mesures compensatoires», mais ce sont bien des sanctions. Cet accord serait un suicide pour la Suisse. Notre État est basé sur le principe fondamental de l’autodétermination des citoyens, sous l’autorité de ses propres juges. L’importation directe de lois étrangères, ainsi que de juges étrangers, nous ramènerait avant le Pacte fédéral de 1291, l’acte de naissance officieux de la Suisse.

Le Conseil fédéral a-t-il perdu la tête? Ou bien Burkhalter, notre ministre des Affaires étrangères, fervent promoteur de l’accord ne remarque-t-il pas à quoi il s’engage? La deuxième éventualité est probablement la bonne. Jusqu’à présent, la ligne éditoriale à Berne était: l’accord a été négocié à 80 pour cent, mais les 20 pour cent restants ne sont pas acquis. Pas de panique! N’écoutez pas la paranoïa des adversaires de l’UE! La Suisse reste ferme! Si c’est ainsi, pas d’accord! Burkhalter a assuré dans d’innombrables interviews qu’avec lui il n’y aurait pas d’accord avec des juges étrangers ni reprise automatique ni sanctions. Comme le montrent des documents internes et comme des diplomates de premier plan m’en ont personnellement assuré, tout ceci est maintenant lettre morte. Le Conseil fédéral est disposé à faire aboutir le pire accord de l’histoire de la Confédération.

Burkhalter s’est pratiquement soumis à l’UE: il dit oui au traité qui lie la Suisse. Il dit oui à la reprise du droit étranger. Et il dit oui à l’autorité suprême des juges européens. Adieu la Suisse! Le seul point controversé reste l’étendue des sanctions européennes si les Confédérés devaient s’opposer aux directives importées de l’UE. Métaphoriquement parlant, Burkhalter s’est ficelé, et la Suisse avec lui, au poteau de torture. Il ne reste plus maintenant qu’à convenir sur quelles parties du corps et avec quelle intensité s’abattra le fouet de l’UE. L’indépendance de la Suisse est réduite au dernier niveau masochiste de régression: participer à la décision de la peine que l’UE pourra infliger pour imposer sa volonté à la Suisse.

S’imaginer que Burkhalter, ce visionnaire européen neuchâtelois, est le seul au Palais fédéral à porter ces idées est une erreur. L’ambitieuse présidente de la Confédération, Doris Leuthard, fait actuellement la tournée des commissions indiquant que la Suisse devrait absolument conclure un accord énergétique avec l’UE – cet accord ouvrirait de fait la voie à l’automaticité institutionnelle de la reprise du droit européen. Étant donné que Leuthard a placé tout en haut de son agenda la résolution des «questions institutionnelles» lors de l’adresse de ses vœux en début de l’année présidentielle, on peut supposer qu’aujourd’hui une majorité au Conseil fédéral – Burkhalter, Leuthard et les deux socialistes – veut l’accord-cadre. La destruction de la Suisse en tant que forme de gouvernement par l’autodétermination du peuple suisse dans le cadre de son État de droit indépendant est scellée. Seul le peuple peut stopper ce Conseil fédéral au service de l’UE.

L’UE, quant à elle, exulte. Elle voit ses souhaits près de s’exaucer. Dans ses «conclusions» sur les relations entre l’UE et la Suisse, le Conseil de l’UE, l’organe législatif suprême, avec une arrogance typiquement enjouée dresse le bilan suivant: «Le Conseil souligne que l’UE et la Suisse partagent le point de vue que les négociations sur un cadre institutionnel doivent aboutir le plus rapidement possible. La conclusion de cet accord permettra au partenariat global entre l’UE et la Suisse de pleinement déployer son potentiel».

Nous attendons avec impatience le «plein déploiement du potentiel» du chômage européen des jeunes, des marchés du travail sabotés et de l’immigration sans limite qui cause déjà tant de difficultés à la Suisse. L’UE a publié dès le 28 février dernier l’avis de mise en œuvre. Le Conseil fédéral a-t-il au moins rejeté par courrier cette insolente mainmise ou y a-t-il réagi autrement? Jusqu’à présent, on n’a pas entendu Berne piper mot. Peut-être que Burkhalter, notre ministre du rattachement, sable déjà le champagne dans son bureau.

Roger Köppel, 23 mars 2017 | Weltwoche.ch

Traduit de l’allemand par Les observateurs

Source: https://worldpeacethreatened.com/2017/03/28/adieu-la-suisse/

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