Joseph Kony et Angelina Jolie

On soupçonne depuis longtemps que l’actrice promeut volontiers les récits de psy-op de la CIA dans ses films, mais cette fois-ci, de nouvelles fuites allèguent qu’Angelina Jolie a déjà été considérée comme l’appât du Pentagone pour attraper Kony. Ce qui met en perspective les véritables motivations des incursions en politique étrangère d’autres célébrités comme l’amitié de Dennis Rodman avec Kim Jong-un.

Psr Andrew Korybko | 11 octobre 2017 | Oriental Review

Agent Angelina

Angelina Jolie est la femme-affiche du « Complexe Hollywood-Services secrets », l’exemple parfait d’un agent volontaire de la CIA qui accompagne régulièrement des récits « profonds » dans ses films, comme la production anti-serbe In The Land Of Blood and Honey. Elle a également été l’une des pom-pom girls mondiales les plus audacieuses pour des « interventions humanitaires » à l’étranger, ou en d’autres termes, des guerres impérialistes menées pour des raisons « humanitaires » déformées ou carrément fabriquées pour lesquelles elle avait fait du lobbying au Darfour. Angelina Jolie visite souvent des troupes américaines à l’étranger comme en Afghanistan, mais jusqu’à présent, rien ne permettait de penser qu’elle était autre chose qu’une propagandiste, car il aurait été absurde de la voir jouer un rôle actif sur le champ de bataille.

Ce n’est cependant plus le cas, selon un rapport du Sunday Times, un média basé au Royaume-Uni, qui prétend avoir lu des documents fuités de la Cour pénale internationale (CPI), alléguant que la starlette a dit à l’ancien procureur en chef de l’organisation qu’elle serait prête à se porter volontaire comme appât pour attraper le chef de guerre africain fantasmé Joseph Kony. Cependant, l’article du Sunday Times est en grande partie caché derrière une demande de paiement, de sorte que le lecteur moyen doit compter sur des sources de seconde main telles que People magazine pour en savoir plus gratuitement sur ces fuites. Selon le site de nouvelles sur les célébrités :

« Un trésor de 40 000 documents de la CPI sur le site d’investigation français Mediapart révèle qu’Angelina Jolie a offert une fois d’être un appât humain dans un piège pour arrêter le brutal chef de guerre ougandais Joseph Kony.

Elle ‘a eu l’idée d’inviter Kony à dîner et ensuite de le faire arrêter’, peut-on lire dans un courriel envoyé par l’ancien procureur général de la CPI Luis Moreno Ocampo, rapporte The Sunday Times.

‘Oubliez les autres célébrités, c’est elle’, ajoute Moreno Ocampo dans un autre courriel. ‘Elle aimerait arrêter Kony. Elle est prête. Probablement Brad [Pitt] ira aussi.’

Selon The Sunday Times, qui a vu les documents de Mediapart, Moreno Ocampo espérait que Jolie et son mari, désormais séparés, se rendraient en République centrafricaine avec une équipe des forces spéciales américaines.

On pensait que leurs présences tirerait Kony hors de son enceinte blindée et permettrait aux forces américaines de le prendre pour le mettre en prison. »

Si ces allégations sont vraies, cela voudrait dire qu’Angelina Jolie est passée de la classe propagandiste habituelle des agents de Hollywood à agent du Pentagone sur le terrain en conspirant pour mener à bien une mission d’importance mondiale. En vérité, le fait d’attraper Kony comme le demandait un slogan viral de 2012 n’est pas vraiment significatif d’un accord parce que le seigneur de la guerre est censé avoir peu de partisans aujourd’hui après des années de fuite dans la jungle, espace transnational entre son Ouganda natal, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud et la République centrafricaine. En fait, le but essentiel de la psy-op de la CIA de « capturer Kony » était de « justifier » la présence des forces spéciales américaines dans cette région stratégique suffisamment longtemps pour qu’elles puissent fabriquer des guerres civiles au Soudan du Sud et en République centrafricaine, les transformant en une « ceinture d’États défaillants » pour empêcher à jamais leur intégration cruciale dans une Route de la soie entre les deux côtes africaines, construite par la Chine et traversant leurs territoires riches en ressources.

La géopolitique de la diversion autour de Kony ne fait pas l’objet de cet article. Il est donc recommandé aux lecteurs de revoir certaines des analyses de l’auteur s’ils souhaitent en savoir plus sur cette campagne de Guerre hybride. Au lieu de cela, il est important de se concentrer sur la relation entre les célébrités et l’« État profond », à la fois dans la propagande et, comme on peut le voir maintenant, dans des manifestations opérationnelles sur le terrain. Jusqu’à présent, il semble qu’aucune autre actrice n’ait tenté de suivre ses traces en participant à une mission secrète aussi prestigieuse, mais en atténuant le côté dramatique et en éliminant le risque mortel de son exemple extrême, il est certainement possible que d’autres « personnes célèbres » aient pu faire quelque chose de semblable au service de leurs gouvernements.

L’affaire Rodman-Kim

Le cas le plus pertinent qui nous vient à l’esprit est celui de Dennis Rodman, celui qui « murmurait à l’oreille de Kim » pour les États-Unis, pour transmettre des messages à travers ce qu’il appelle la « diplomatie du basketball », mais qui fonctionne comme la meilleure paire d’yeux et d’oreilles jamais vues autour du leader nord-coréen reclus, qu’il a rencontré en personne. Il y a des spéculations depuis des années pour savoir si Rodman était peut-être en train de travailler pour la CIA, mais cela a toujours été rejeté par des voix plus traditionnelles qui rétorquaient qu’il était « trop stupide » ou que « la CIA n’embaucherait pas quelqu’un comme ça », mais ces critiques ne prennent jamais le temps de considérer que Rodman pourrait être forcé de le faire afin d’éviter un scandale de drogue qui aurait été étouffé ou quelque chose de cette nature.

En tout état de cause, sa dernière visite dans le pays communiste a été un échec parce qu’il n’a pas été autorisé à rencontrer Kim Jong-un, bien qu’il ait réclamé d’avoir à son crédit la libération du provocateur Otto Warmbier peu de temps avant sa mort. Étant donné que l’étudiant américain allait mourir de toutes les complications de sa tentative de suicide infructueuse en essayant de surdoser des somnifères, il aurait probablement été relâché, que Rodman soit venu au pays ou non, mais c’est très révélateur que Kim Jong-un ait refusé de rencontrer son « meilleur ami » pendant cette période. Par ailleurs, peu de temps après, la guerre des mots et la « diplomatie de l’insulte » entre les dirigeants nord-coréens et américains ont vraiment décollé, ce qui aurait pu être inspiré par Trump découvrant par ses chefs des agences de renseignement qu’ils avaient perdu leur précieuse connexion Rodman-Kim parce que Pyongyang aurait pu comprendre ce que le joueur de basket-ball était vraiment.

Bien que ce ne soit que de la spéculation à ce stade, cela expliquerait pourquoi Trump a fait semblant de devenir fou, pour recourir à la « théorie du fou » avec Kim Jong-un, car les agences de renseignement américaines auraient pu conclure que c’est la seule façon réaliste de communiquer directement avec son homologue nord-coréen. Avec la dernière mission de reconnaissance de Rodman qui a tourné court et qui s’est finalement révélée infructueuse, les États-Unis auraient pu craindre que Kim leur signale qu’il était prêt à fléchir ses muscles de manière imminente dans un show vengeur pour avoir été trompé aussi longtemps. Alors qu’il est impossible de savoir exactement ce qu’il pensait en fait, la Corée du Nord a fini par organiser plusieurs lancements de missiles très provocateurs cet été, après la visite de Rodman, et a même procédé à un test nucléaire.

Le récit ci-dessus peut sembler douteux à première lecture, mais il mérite certainement d’être reconsidéré à la lumière de la révélation qu’Angelina Jolie travaillait avec le Pentagone dans le cadre d’une opération spéciale très secrète pour « attraper Kony », et il ne serait pas si fou d’imaginer que Dennis Rodman aurait pu faire un travail de terrain similaire pour la CIA dans la collecte d’informations personnelles précieuses sur Kim Jong-un. Même si les Nord-Coréens sont au courant de ce que Rodman est jusqu’à présent, cela ne signifie pas qu’il ne sera jamais autorisé à revenir dans ce que certains ont appelé dérisoirement le « Royaume Hermite », car il y a une certaine valeur qui pourrait  être tirée à continuer à l’utiliser à des fins diplomatiques informelles pour communiquer indirectement avec les États-Unis.

Réflexions finales

Les fuites de la CPI alléguant le rôle de premier plan d’Angelina Jolie dans la conduite d’une mission d’opérations spéciales du Pentagone contre le seigneur de guerre africain Joseph Kony pourraient être une révélation choquante pour le consommateur occasionnel de média, méconnaissant la relation complexe entre Hollywood et « l’État profond ». Mais pour ceux, déjà au courant de ces relations, c’est seulement une justification longtemps attendue de ce qu’ils savent depuis un certain temps. Angelina Jolie a toujours été soupçonnée d’être une propagandiste de la CIA, même si son nouveau rôle de vouloir être utilisée comme appât du Pentagone est certes quelque peu inattendu, bien que la révélation permette de reconsidérer le rôle d’autres célébrités dans les relations internationales, en particulier celle de Dennis Rodman et son « amitié » avec Kim Jong-un.

À la lumière de la vérité révélée sur Jolie, il est maintenant très plausible que Rodman soit également un agent de « l’État profond », mais d’un calibre différent et déployé sur une mission totalement différente.

La preuve émergente et les spéculations raisonnables sur les célébrité-agents démontrent que les « vieux jours » de la « diplomatie des célébrité »s’effacent, où les « gens célèbres » étaient autrefois utilisés simplement pour promouvoir le soft power d’un pays, ce qui inclut de leur donner des passeports étrangers. Au lieu de cela, la nouvelle tendance semble devoir instrumentaliser un accès direct de ces personnes pour atteindre des objectifs stratégiques concrets, soit attirer un chef de guerre dans une embuscade ou acquérir des informations personnelles précieuses sur un leader mondial hostile aux États-Unis. Tout compte fait, il faut maintenant tenir pour acquis que de nombreuses célébrités occidentales coopèrent à tout le moins avec les opérations de renseignement pour « l’État profond » américain, mais que les « meilleures et les plus brillantes » d’entre elles auraient atteint un niveau complètement nouveau de participation à la réalisation d’activités sur le terrain en appui des objectifs spécifiques de la politique étrangère des États-Unis et se comportant donc essentiellement comme des espions avec une couverture étendue.

Psr Andrew Korybko | 11 octobre 2017 | Oriental Review

Article original

Traduit par le blog versouvaton.blogspot.fr

Imprimer