C’est un moment important pour l’Espagne. Arrêt sur info reproduit, ci-dessous, avec la permission de l’auteur, un petit texte reflétant le point de vue des Catalans qui revendiquent le droit de décider de leur avenir. [ASI]


BÉATRICE MOLLE-HARAN2017/09/21 

“Depuis, et toujours de manière pacifique, de nombreuses initiatives et péripéties politiques ont abouti à la volonté d’organisation de ce référendum”

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la vaste offensive policière ordonnée par le Gouvernement espagnol en Catalogne était encore en cours. La Guardia civil a procédé à l’arrestation de plusieurs hauts fonctionnaires impliqués dans l’organisation du référendum du 1er octobre (lire p. 9). Neuf millions de bulletins de votes ont été saisis, et on ne compte plus les attaques subies par l’exécutif catalan comme le blocage des comptes du Govern (Gouvernement catalan) par Madrid, ou la convocation par la justice de plus de 700 maires. “Coupables” de vouloir abriter dans leurs mairies la tenue du référendum sur l’indépendance.

La riposte ne s’est pas faite attendre. Dans une déclaration institutionnelle le président catalan Carles Puigdemont a appelé ses concitoyens à sortir le 1er octobre et à se servir de son bulletin de vote.

Des milliers de personnes manifestent dans la rue et exigent de pouvoir exercer leur droit de vote. Pour un référendum organisé par un parlement et un gouvernement légitimement élus le 27 septembre 2015. La situation semble inextricable, pourtant, quel qu’en soit l’issue, le mouvement pour l’indépendance de la Catalogne avance inexorablement. Et cela par la faute, ou grâce aux agissements de l’Etat espagnol. En 2006, le gouvernement catalan souhaitait élargir les compétences de son statut d’autonomie avec comme points clés la reconnaissance de la Catalogne comme nation au sein de l’Etat espagnol ainsi que des compétences fiscales élargies sur le modèle du Pays Basque Sud.

Ce nouveau statut d’autonomie avait été largement approuvé par les Catalans et soutenu par le gouvernement socialiste de Zapatero. En 2010, le Parti populaire de Mariano Rajoy, chef d’Etat espagnol, a fait invalider par le Tribunal constitutionnel 186 articles sur 226 de ce nouveau “Estatus”. Mettant ainsi le feu aux poudres et scellant le divorce avec Madrid. Plusieurs partis autonomistes sont alors devenus indépendantistes, des associations telles qu’Omnium ou ANC ont été créées par la société civile, propageant l’idée de la nécessité pour les Catalans de décider de leur avenir. La Diada, fête nationale catalane, qui jusqu’en 2010 rassemblait certes des milliers de personnes, a multiplié ses participants devenant le symbole de la volonté d’indépendance de ce pays. Même le Barça, le prestigieux club de foot de Barcelone, appuie le processus. Et le 11 décembre 2012 a eu lieu à Barcelone une manifestation massive en faveur du droit à décider.

Depuis, et toujours de manière pacifique, de nombreuses initiatives et péripéties politiques ont abouti à la volonté d’organisation de ce référendum. La question posée sera:

“Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous la forme d’une République ?”.

Ce qui est frappant dans ce processus est la capacité d’union entre point de vue différents, voire opposés, tels que Junts pel Si avec le parti de gauche, La CUP. Union pour un même objectif, le droit à décider.

C’est aussi la détermination et l’implication de la société civile. Hier, Jordi Sanchez président de l’ANC (Assemblée nationale de Catalogne) déclarait “qu’était venu le temps de la résistance pacifique, de sortir dans la rue et de démontrer au monde qu’aucun juge ou procureur ne nous fera taire”. Cette association, et elle n’est pas la seule, compte environ 80 000 membres Une force de frappe pacifique incontournable afin de résister à une attaque contre la démocratie en pleine Europe du XXIe siècle. Une Europe dont le silence depuis hier est assourdissant.

BÉATRICE MOLLE-HARAN | 2017/09/21 

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