C’était le 9 octobre 1967. C’était il y a 50 ans.

L’annonce de la capture puis, le lendemain, l’annonce de l’assassinat  du « Che », laissa toute une jeune génération en peine. [ASI]


[Vidéo]  Interview d’Ernesto « Che » Guevara par Jean Dumur  – 1964 (TSR)

En avril 1964, l’équipe de l’émission Point, conduite par le journaliste Jean Dumur, rencontre Ernesto « Che » Guevara à l’Hôtel Intercontinental, à Genève. Il occupe alors le poste de ministre de l’industrie et se trouve à Genève pour une conférence internationale. C’est pourquoi le « Che » s’exprime en français. A notre connaissance, c’est la seule interview faite en français de Guevara.

Avec décontraction, « Che » Guevara évoque les questions essentielles de la politique cubaine, notamment les conséquences du blocus américain, le rapprochement avec l’URSS et les perspectives d’une extension de la révolution en Amérique latine.

Une année après cette interview, il quitte ses fonctions ministérielles pour organiser la guerre révolutionnaire en Amérique latine. Le 8 octobre 1967, il est arrêté par l’armée bolivienne et exécuté le lendemain.

[ RTS]


Che et « l’Humain au centre ». Oui, que vive le Che !

Par  JEAN ORTIZ |25 JUILLET, 2017

Che, ce guérillero de la pensée, était d’une lucidité prémonitoire. En 1965, il écrit dans des notes de réflexion sur le socialisme (publiées près de 40 ans plus tard) :  « On (l’URSS) est en train de retourner au capitalisme ». On (la pensée unique) a voulu le faire passer pour un « doux rêveur ». Cela ne le gênait pas outre mesure, lui qui se voyait dans des lettres à sa famille comme un don Quichotte, lui qui répondait à ceux qui « nous disent que nous sommes des romantiques » : « sí se puede ! », « oui, c’est possible »: et alors ?

Dans une multitude de discours, d’écrits, surtout à partir de 1962, Che insiste sur la nécessité pour un révolutionnaire, d’être « essentiellement humain » et de « ressentir chaque problème de l’humanité dans sa propre chair ».

le Che, « les marxistes ont longtemps sous-estimé l’individu ». En 1964, il insiste : « C’est sans doute la première fois au monde, à Cuba, qu’un système socialiste met l’homme au centre, parle de l’individu, de son importance en tant que facteur principal de la révolution ». Che considére « l’humain » comme un levier, moteur et base de la transformation sociale, comme objectif principal de toute révolution. Les classes dominantes présentent, elles, ce point de vue comme « totalitaire », « utopique ». C’est bon signe ! Fripouilles !!! Elles vont nous ressortir le « Che boucher de l’épuration », etc. Mais rien sur sa pensée. Nous sommes prêts au débat avec qui voudra.

L’humain… Impossible, pour Guevara, de le déconnecter du politique et de l’économie, le premier primant sur la seconde. Che appelait à poursuivre simultanément l’émancipation de l’homme et de la société. « L’économie et l’homme doivent se transformer dans un même mouvement ou la révolution échouera ». Belle lucidité. Les objectifs de la révolution, de la libération nationale et sociale, ne deviennent possibles que s’ils sont clairement identifiés, explicités.

La pensée du Che reste pour nous une formidable boîte à idées… Je n’ai pas parlé de « modèles », Che les haïssait. Accusé bêtement « d’exporter la révolution », il répondait : « L’époque des transplantations mécaniques est passée, heureusement ». Comme pour Mariátegui, le projet de socialisme guévarien, en perpétuelle élaboration, relève de la « création héroïque » de chaque peuple.

Che abhorrait les « vérités éternelles » des « manuels » de l’URSS. Dans une lettre de Tanzanie, en 1965, à Armando Hart, il se moque des « pavés soviétiques », « qui font que tu n’as pas besoin de réfléchir, parce que le parti l’a déjà fait pour toi ».

JEAN ORTIZ |25 JUILLET, 2017

Source: https://www.humanite.fr/che-et-lhumain-au-centre-oui-que-vive-le-che-639289

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