Les forces irakiennes s’approchent d’al-Qaem, dernier bastion du groupe armé « État islamique » (Daech) en Irak, avec l’intention de planter le dernier clou au cercueil du groupe terroriste et du « califat de l’État islamique », qui a fait les manchettes partout dans le monde ces dernières années, en plus d’occuper de larges pans des territoires irakiens et syriens.

Par Elijah J. Magnier | 

Daech sait bien qu’al-Qaem va tomber bientôt, que la ville ne tiendra pas bien longtemps. C’est pourquoi bon nombre des dirigeants et des militants du groupe ont fui vers les nombreux refuges établis ces dernières années, selon les rapports des services du renseignement, dans le désert de l’Anbar irakien et de la Badia syrienne, où Daech dispose de dizaines de milliers de kilomètres pour se terrer le long de la frontière entre la Syrie et l’Irak.

Daech devrait ainsi panser ses plaies et essayer de se réorganiser après la défaite qu’il a subie, comme le démontre l’amenuisement du territoire qu’il occupait depuis 2014 et de ses effectifs. Bien des combattants étrangers ont été tués ou ont (pour la plupart) quitté le groupe, qui n’arrive plus à recruter de nouvelles forces. De plus, les ressources de Daech sont à sec : il ne contrôle plus de gisements pétroliers et gaziers, ne perçoit plus de taxes, n’a plus d’œuvres d’art à voler et à vendre et ne reçoit plus de « dons » provenant du monde arabe.

Daech a également perdu ses outils et sa machine de propagande qui étaient d’une force et d’une efficacité sans pareilles. Après la libération de Mossoul et de la majeure partie de l’Irak, puis la libération de Palmyre, de Raqqa, de Deir Ezzor et d’une bonne partie de la Badia, l’armée syrienne a libéré la ville d’al-Mayadeen, d’où la campagne médiatique de Daech émanait. À al-Mayadeen, les forces syriennes ont saisi un stock impressionnant d’outils et d’installations de propagande, réduisant du même coup la capacité de Daech à produire de la propagande en ligne et hors ligne.

Il faut toutefois garder à l’esprit que le terrorisme ne sera jamais défait totalement, que des cellules vont inévitablement demeurer actives et qu’elles trouveront des sociétés prêtes à les accueillir ou à assurer leurs arrières. Par conséquent, des attaques terroristes de Daech en Mésopotamie, au Levant, en Afrique de l’Ouest, en Asie et dans d’autres parties du monde devraient se produire de temps à autre. Ce qui ne signifie pas pour autant le retour de Daech ou son renforcement. Bien au contraire, c’est le moyen employé par Daech pour dire : « Vous me croyez mort, mais je peux encore causer des dommages. »

Aujourd’hui, ce qui servait de base à la création d’un « État islamique » a été détruit. Daech a perdu les deux villes clés qui formaient des États islamiques dans l’islam ancien (en Syrie et en Irak), ce qui place Daech à un point de non-retour à la situation qui prévalait en 2014, lorsqu’il occupait la majeure partie du nord de l’Irak et une grande partie de la Syrie. En fait, Daech vient d’être relégué aux poubelles de l’histoire.

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Toutes sortes de spéculations reviennent constamment à propos « du défi qui attend l’Irak pour empêcher le retour de Daech comme en 2014 ». Ces spéculations et ces analyses s’appuient sur le pessimisme des analystes et leur méconnaissance de la dynamique sur le terrain où leurs contacts brillent par leur absence, pendant qu’ils pondent le fruit de leurs réflexions à des milliers de kilomètres de l’Irak et de la Syrie. Aujourd’hui, Daech est l’ennemi des chiites, des sunnites, des chrétiens, des Yazidis, des Kurdes et de tous les autres. Les Irakiens ont vu comment Daech s’y est pris pour régner et l’empêcheront de revenir occuper le terrain.

La reconstruction quant à elle demeure tout un défi pour chaque pays en guerre. Toute l’Europe (y compris l’Allemagne) a souffert pendant des décennies de l’occupation allemande et de la destruction causée par deux guerres mondiales. L’économie et l’infrastructure du Liban ne se sont pas encore remises de la guerre civile de 1975. La Syrie, le Yémen et l’Irak vont tous souffrir du fardeau financier dû aux ravages de la guerre. Il n’y a rien de neuf à cela, car les guerres détruisent l’infrastructure et les habitations, en plus de laisser des milliers de blessés qui ont continuellement besoin de soins coûteux, même si le monde s’unit pour soutenir la reconstruction.

Au chapitre des résultats politiques en Irak, le pays s’est révélé indépendant de la volonté de l’Iran et des USA. L’Irak (de Bagdad à Erbil) a bénéficié du soutien militaire de l’Iran en 2014, lorsque les USA sont restés à observer pendant plus de six mois Daech gober une ville après l’autre. Plus tard, quand les USA ont décidé d’intervenir, l’Irak a bénéficié du soutien des services du renseignement, de la formation et de l’appui aérien des Américains pour défaire Daech. L’Irak a aussi tiré avantage de ses bonnes relations avec ses voisins comme la Turquie, le Koweït et l’Arabie saoudite, peu importe le degré d’animosité qui existe entre ces pays et l’Iran. Bagdad a clairement indiqué que sa ligne de conduite ne va à l’encontre de personne et qu’il préfère rester en dehors des conflits régionaux et internationaux. L’Irak cherche à prendre ses distances des divergences qui existent au Moyen-Orient, parce que son intérêt national passe au-dessus de tous les autres intérêts régionaux ou internationaux. Il ne fait aucun doute que l’Irak peut jouer un rôle de médiation entre des pays du Moyen-Orient, mais il ne le fera que si on lui demande.

Le chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique et envoyé du grand ayatollah Ali Kaminei, le général Qassem Soleimani, a offert le soutien de l’Iran pour assurer l’unité de l’Irak et la défaite de Daech. Soleimani et l’envoyé spécial du président des USA auprès de la coalition internationale de lutte contre Daech, Brett McGurk, visent les mêmes fins et ne devraient pas s’attendre à ce que l’Irak adopte les politiques de l’un ou de l’autre au Moyen-Orient, ni à ce qu’il s’adapte en fonction de leur animosité respective. Bagdad a aussi de bonnes relations avec Damas et coopère avec l’armée syrienne pour défaire le terrorisme qui secoue les deux pays, et ce, malgré la position des USA à l’endroit du président syrien Bachar al-Assad. Le premier ministre irakien Haidar Abadi s’est également rendu à Ryad et en Turquie pour promouvoir la reconstruction et l’ investissement dans son pays, malgré le soutien que les Saoudiens et les Turcs ont apporté à Daech (appelé al-Qaeda en Irak jusqu’en 2014).

Par conséquent, l’Irak ne deviendra pas une tribune de l’Iran ou des USA dans le combat qu’ils se livrent sur son territoire, malgré la présence de plus de 5 200 militaires américains et d’organisations et de groupes irakiens proches de l’Iran. Ces groupes irakiens soutiennent actuellement les Unités de mobilisation populaire (UMP) dans leur guerre contre le terrorisme. Certains vont demeurer au sein des UMP, tandis que d’autres s’en détacheront à la fin de cette guerre. Ceux-là sont liés idéologiquement à l’autorité religieuse de l’Iran, à l’instar de nombreux chiites dans le monde islamique, mais ils demeurent tout de même des Irakiens qui n’iront pas contre les intérêts de leur pays, car ils font partie du tissu social irakien. À l’heure actuelle, la loyauté de bien des Kurdes irakiens va aux USA, tout comme la loyauté de bien des sunnites irakiens va à l’Arabie saoudite. Dans la marche de la Mésopotamie vers la démocratie, la diversité culturelle, religieuse et politique et les alliances qui s’y rattachent sont tout à fait naturelles.

Après la défaite de Daech, les dirigeants à Bagdad ne toléreront la présence d’aucun groupe religieux ou politique ayant l’intention de garder ses armes ou de groupes armés à l’extérieur des institutions militaires et celles chargées de la sécurité. Tout comme les forces de sécurité antiterrorisme, la police fédérale et l’armée, les UMP sont sous le commandement du premier ministre irakien, qui est aussi le chef suprême des forces armées. Depuis la guerre contre Daech et la création des UMP en 2014, celles-ci n’ont jamais rempli des mandats non irakiens, peu importe les bannières qu’elles brandissent sur le champ de bataille.

En Irak, il y a une nouvelle réalité que tous devraient comprendre : aucune propagande hostile ne peut toucher les forces de sécurité et la direction politique. Quand Daech n’occupera plus la moindre ville en Irak, une journée d’indépendance nationale sera déclarée en Mésopotamie. Une fois Daech vaincu, toute influence, qu’elle soit régionale ou internationale, va cesser. L’Irak a l’intention de garder de nombreux amis et alliés et de créer des ponts pour un nouvel Irak.

Par Elijah J. Magnier | 

Article en anglais: ISIS into History’s rubbish bin and Iraq neither Iranian nor American

Traduction : Daniel G.

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