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L’Allemagne est réduite au rôle de vassal – Sommet de l’OTAN au Pays de Galles les 4 et 5 septembre 2014

Ce sommet ne sera pas facile à gérer, pas seulement pour l’hôte (le gouvernement britannique), mais parce qu’il y a aussi des questions de politique intérieure jouant un rôle important. Le référendum concernant l’indépendance de l’Ecosse approche et il est bien possible que, sous peu, un autre sera envisagé au Pays de Galles. Selon le gouvernement Cameron, le pays de Galles doit être hissé au niveau de la scène internationale, ce qui n’est possible qu’avec le gouvernement de Londres en charge du cette région. Voilà un avertissement pour les Ecossais concernant leur référendum du 18 septembre 2014. L’OTAN représente-t-elle maintenant aussi l’ingérence personnifiée dans les affaires intérieures d’Etats membres? Concernant la Grande-Bretagne, ce n’est toutefois pas étonnant. Depuis plusieurs décennies déjà et suite aux conflits ayant eu lieu depuis la fin de la guerre froide, les diplomates allemands réalisent douloureusement à quel point Londres fait dépendre toutes les négociations concernant ces conflits, des répercussions que ceux-ci pourraient avoir sur la cohésion du royaume insulaire.

Il vaut la peine de dresser l’oreille au sujet du nombre des représentants étatiques qui se retrouveront au Pays de Galles. Ce ne sont pas seulement les représentants des Etats membres de l’OTAN. Non, ce sont 60 chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier qui ne se sont pas privés de suivre l’invitation au Pays de Galles. Ainsi, on prend connaissance des plans de l’OTAN, définis par Dick Cheney, le fameux vice-président des Etats-Unis: dans un premier temps, les Américains ont forcé les Nations Unies à accepter l’OTAN comme prestataire des mesures de politique de sécurité dont elle a besoin. Puis, le but poursuivi va dans une toute autre direction: Les Nations Unies doivent être marginalisées à tel point que l’OTAN, dominée par les Etats-Unis, pourra bientôt prendre la place des Nations Unies au niveau global.

Le continent sera particulièrement attentif à un hôte particulier. Il s’agit du président ukrainien Porochenko, élu dans une grande partie de son pays avec une majorité de plus de 50% des personnes ayant pu participer à l’élection. En Ukraine, cela ne signifie pas grand-chose car le président déchu Ianoukovitch a également été élu lors d’élections libres selon des normes internationales. En même temps, on se demande quelles sont les raisons des avertissements réitérés par la chancelière allemande Angela Merkel à l’adresse du président Poutine de ne pas s’ingérer en Ukraine orientale? En invitant Porochenko, l’OTAN illustre clairement l’intérêt qu’elle porte aux affaires intérieures de l’Ukraine. Plus que tout autre acteur, l’OTAN est partie prenante dans cette guerre civile, contrôlant notamment les armées privées américaines, ayant obtenu de l’Etat américain la mission de «nettoyer» l’Ukraine orientale des habitants russophones. La preuve de cette complicité est d’abord le fait d’étouffer la vérité concernant la terrible tragédie du vol MH17 avec ses 300 passagers et membres d’équipage tués, puis le massacre de la place Maïdan à Kiev et les victimes de l’incendie dans la maison syndicale d’Odessa. Il ne reste pas grand-chose de la célèbre «communauté de valeurs occidentales» d’antan.

La présence du président Porochenko en Pays de Galles est clairement un signal. Dans ce contexte, il faut également jeter un regard sur son entourage. Pourrons-nous saluer, pour la première fois lors d’un sommet de l’OTAN, des militaires nazis en tant que représentants de l’unité «Azov» de la garde nationale ukrainienne? Est-ce également un signal pour l’Europe? Veut-on, en présentant ces hommes, rappeler au monde quelles étaient les raisons du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale il y a 75 ans? Il est frappant d’observer le nombre de personnes qui sont bouche cousue à Kiev au sujet de ces fascistes bien qu’on pourrait s’attendre à un tollé. Est-ce pour se préparer à Marine le Pen qu’on rend ces personnes présentables? Ou bien s’agit-il de dirigeants américains de l’OTAN, acceptant tous les groupes européens étant d’accord de lutter contre la Russie?

Avant un tel sommet de l’OTAN, tout citoyen allemand est en droit d’attendre de la Chancelière une déclaration gouvernementale au Bundestag. On attend d’elle, non pas la présentation de sa propre opinion, mais des explications concernant la vue de l’Allemagne concernant l’avenir de l’OTAN. Ou préfère-t-elle ne rien dire du tout pour cacher le fait que la politique extérieure allemande est, dans ce contexte, totalement floue? Ainsi, elle pourra plus tard, convaincre le public du peu d’influence qu’elle avait sur les objectifs des Américains, même en étant soi-disant la «femme la plus puissante du monde». Pour l’Allemagne, les enjeux sont sérieux lors de ce sommet de l’OTAN. L’accord de libre-échange transatlantique prévu ne nécessite plus que la prise de possession de l’Ukraine par les Etats-Unis pour transformer notamment la France, les pays du Benelux, l’Autriche, l’Italie et l’Allemagne en des domaines coloniaux sous contrôle américain élargi. Cela ne s’observe pas seulement dans des situations d’envergure mais aussi lors du contrôle prévu par les Etats-Unis, des passagers aériens sur territoire allemand par du personnel américain. On veut nous séparer durablement de nos partenaires naturels que sont nos voisins dans la maison commune de l’Europe. Cela se fera bien sûr avec l’aide des Etats baltes, de la Pologne et de l’Ukraine.

Ne parlons pas de la Bulgarie et de la Roumanie parce que dans ces pays, déjà la simple visite de quelques sénateurs américains amène ces gouvernements à changer de politique – voir le gazoduc «South Stream». Depuis «l’âge d’or de l’Allemagne» sous le chancelier Helmut Kohl, la Russie était le voisin et le partenaire de notre pays. Pour les Etats-Unis la Russie est visiblement le rival, l’ennemi, la proie. Cette position va être renforcée au Pays de Galles.    •

Par WILLY WIMMER

Ancien secrétaire d’Etat au ministère fédéral de la Défense et vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE

Source: Horizons et débats   N° 20/21, 8 septembre 2014  (Traduction Horizons et débats)

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