Maisons incendiées (photo The Irrawaddy)

Des Rohingyas musulmans refusent d’adhérer à l’Armée Rohingya pour le Salut de l’Arakan

Par Nyein Nyein | 8 septembre 2017 | The Irrawaddy

MAUNGDAW, État de Rakhine – Les musulmans du canton de Maungdaw, dans le nord du pays de Rakhine, ont déclaré à The Irrawaddy avoir rejeté les tentatives de l’Armée Rohingya pour le Salut de l’Arakan (ARSA) pour recruter des villageois ces dernières semaines.

Les villageois Rohingya qui s’identifient eux-mêmes sous ce nom dans la région du village de Shwe Zar – une région abritant 13 000 personnes, dont la plupart sont des musulmans, mais parmi les résidents se trouvent aussi des hindous et des bouddhistes – ont déclaré à The Irrawaddy qu’ils avaient répondu fermement à la pression du groupe.

Sarad Ah Mein, médecin du village Kat Pa Kaung de Shwe Zar, a déclaré que des membres de l’ARSA avaient contacté le comité du village il y a quelques semaines au sujet du recrutement.

« Ils sont venus la nuit », a-t-il témoigné. « Nous avons refusé d’accepter les demandes des terroristes. Notre comité les a fermement rejetés », a-t-il déclaré à The Irrawaddy mercredi, en se référant à l’ARSA. L’organisation a été dénoncée en tant que groupe terroriste par le gouvernement après avoir attaqué 30 avant-postes de la police le 25 août. Des opérations militaires ont ensuite eu lieu dans la région et 146,000 musulmans auraient fui vers le Bangladesh, selon les chiffres de l’ONU. Le gouvernement a déclaré que 27,000 villageois bouddhistes et hindous auraient fui vers l’intérieur du pays.

« Nous leur avons demandé; s’il vous plait, ne semez pas de troubles dans les villages. « Si vous le faites, nous allons tous beaucoup souffrir. S’il vous plait, allez-vous-en », a déclaré Sarad Ah Mein, racontant la réunion. « Nous avons toujours vécu ici avec les Rakhines [Bouddhistes] et nous n’avons jamais eu aucun problème. Nous voulons continuer à vivre de cette façon. « 

Mamud Jolly, un autre villageois de Shwe Zar, a réitéré le rejet par la communauté de la tactique de l’ARSA. « Nous ne les acceptons pas. Nous ne soutenons pas le terrorisme. Je tiens à le dire. « 

Sarad Ah Mein a expliqué que parler négativement de l’ARSA était dangereux, et le faire constituait un risque pour sa vie.

Selon les statistiques du gouvernement, 63 musulmans ont été tués par des militants [de l’ARSA] entre octobre 2016, date à laquelle les premières attaques contre les avant-postes de la police ont été lancées et à la mi-août de cette année.

Déplacements et aide insuffisante

Depuis les attentats du 25 août, le gouvernement du Myanmar a répondu à l’ARSA par une action militaire accrue dans la région, entraînant des déplacements de masse qui touchent toutes les communautés. Le nord de l’État Rakhine reste en conflit et les personnes déplacées à l’intérieur ou piégés dans leurs villages ont un besoin urgent d’une aide humanitaire.

Maungdaw, qui était autrefois une ville frontalière animée axée sur le commerce, était presque morte mercredi, lorsque The Irrawaddy s’y est rendu. Peu de magasins étaient ouverts, et beaucoup de maisons semblaient verrouillées. La zone reste sous couvre-feu du crépuscule à l’aube, mais le personnel administratif, qui avait fui vers Sittwe, la capitale de l’état, la semaine dernière est revenu depuis.

La région de Shwe Zar a connu un affrontement entre Musulmans et Hindous le 26 août dans un bazar de village, à la suite duquel les Hindous et les Bouddhistes auraient fui. En dehors de cela, Shwe Zar a d’abord semblé avoir subi une partie des violences qui touchaient les régions environnantes, qui incluaient l’incendie des maisons et des déplacements de masse.

Selon une mise à jour du Comité d’information du gouvernement mercredi, 6845 maisons dans 60 villages ont été incendiées. Le gouvernement a déclaré que les incendies étaient organisés par l’ARSA et ses partisans. Les militants [de l’ARSA] , ont eux affirmés que l’armée en était l’auteur.

Mais le nombre [de maisons incendiées] est presque certainement plus élevé au moment de la déclaration, alors que The Irrawaddy a été témoin de l’incendie de dizaines de maisons dans le village musulman Gawdu Zara, près de Maungdaw, jeudi après-midi. Il y a également des rapports selon lesquels des maisons ont été incendiées mercredi soir près du village de Kyein Chaung, des maisons appartenant aussi bien à des Bouddhistes qu’à des Musulmans.

Munee, une femme musulmane mère de quatre enfants vivant dans la région de Shwe Zar, a déclaré à The Irrawaddy que les villageois manquaient de nourriture depuis que le bazar avait fermé.

« La police nous a demandé de rester dans notre village et de ne pas nous inquiéter », a-t-elle témoigné.

Son mari travaille en Malaisie, nous a expliqué Munee, ajoutant qu’il ne pouvait pas transférer les fonds nécessaires parce que les marchés, les magasins et les banques privées étaient fermés.

« Je ne sais pas quoi dire. Nous pleurons et ne pensons à rien « , a-t-elle déclaré. « Nous ne pouvons pas sortir ni à Maungdaw ni dans d’autres villages. Nous n’avons aucun soutien du gouvernement ou des ONG ».

Sarad Ah Mein a expliqué que les villageois ont dû arrêter leur travail en tant que pêcheurs et commerçants, car ils sont confinés dans leurs villages. La conséquence, a-t-il dit, « c’est que nous avons besoin de nourriture ».

Pourtant, les représentants du gouvernement affirment qu’ils fournissent une aide aux personnes dans le besoin.

Les groupes locaux et nationaux de la société civile offrent un soutien à certains des déplacés, mais beaucoup d’entres eux restent hors de portée de ces efforts, en particulier dans les camps de secours temporaires qui sont surpeuplés.

Comme c’est vrai ailleurs au Myanmar, les femmes et les enfants constituent la majorité des personnes déplacées dans l’État Rakhine. Les Hindous qui se sont réfugiés dans l’un des huit camps de secours de Maungdaw ont déclaré à The Irrawaddy lundi qu’ils voulaient rentrer chez eux le plus tôt possible, mais seulement avec une garantie pour leur sécurité.

Cependant, l’administrateur du district de Maungdaw, U Ye Htut, a déclaré que le district demeurait un « secteur opérationnel » ou une zone de conflit.

Nyein Nyein | 8 septembre 2017 | The Irrawaddy

Nyein Nyein est Senior Reporter à l’édition anglaise de The Irrawaddy.

Nyein Nyein

Le magazine The Irrawaddy a été fondé en 1993 par des journalistes birmans exilés en Thaïlande.  Parmi eux, beaucoup ont été témoins ou ont participé aux soulèvements pro-démocratie historiques de 1988.

The Irrawaddy a été la première publication non affiliée aux mouvements dissidents birmans. Ses articles critiques l’ont fait interdire au Myanmar. Toute personne surprise avec un exemplaire risquait l’arrestation et la prison.

En 2000,  le site The Irrawaddy a été lancé, et aussitôt bloqué au Myanmar, et ce pendant onze ans. Quand les restrictions sur les médias ont été assouplies en 2011, The Irrawaddy a enfin pu être lu depuis le pays sur Internet. La version papier a commencé à être légalement distribuée dans tout le pays en 2013.

Depuis sa création, The Irrawaddy s’efforce de donner aux lecteurs des informations différentes. Il a une ligne éditoriale pro-démocratie, qui considère qu’une presse libre est essentielle pour une démocratie.

Version originale en anglais: https://www.irrawaddy.com/news/muslims-refuse-accept-arsa.html

Traduction : Gazette du citoyen

Source: http://lagazetteducitoyen.over-blog.com/2017/09/des-rohingyas-musulmans-refusent-d-adherer-a-l-armee-rohingya-pour-le-salut-de-l-arakan.html

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