snowden

Deux films et presque un troisième : CITIZENFOUR

Citizenfour Bande-annonce VO 


Bande de lancement sous-titrée en français :

Synopsis et détails

En 2013, Edward Snowden déclenche l’un des plus grands séismes politiques aux États-Unis en révélant des documents secret-défense de la NSA. Sous le nom le code « CITIZENFOUR », il contacte la documentariste américaine Laura Poitras. Elle part le rejoindre à Hong Kong et réalise en temps réel CITIZENFOUR, un document historique unique et un portrait intime d’Edward Snowden.

Distributeur : Haut et Court

Récompenses : 4 prix

MEDIASTAN

6. MEDIASTAN.jpg

Grâce au Cercle des Volontaires, enfin sous-titré en français, le film réalisé en 2013 par Johannes Wahlström, le fils suédois d’Israël Shamir (voir notre précédent post « Wikileaks trace sa route à l’est »), est maintenant accessible au public francophone.

Le film et ce qu’ils en disent :

L’équipe de WikiLeaks, par l’intermédiaire de Johannes Wahlström, a contacté le Cercle des Volontaires en novembre dernier pour nous demander la traduction française du documentaire « Mediastan ».

Depuis sa création en 2006 en Australie par ses fondateurs, dont le célèbre et charismatique Julian Assange, l’organisation médiatique connue sous le nom de WikiLeaks est devenue mondialement célèbre. Sa création d’une plateforme informatique anonyme et sécurisée de publication a permis de rendre publics plusieurs lots de milliers, de centaines de milliers et même de millions de documents officiels classés « confidentiels », dévoilant des crimes de corruption, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Que ce soit par les « Iraq War Logs », les « Afghan War Logs », le « Cablegate », les « Stratfor Files » ou encore les « Kissinger Files », les révélations de WikiLeaks, rendues possibles grâce aux lanceurs d’alerte qui ont osé se servir de la plateforme offerte par WikiLeaks (dans le cas des Kissinger Files, ces dossiers sont en fait accessibles à tout public mais leur regroupement et leur diffusion par WikiLeaks permet de donner un éclairage intéressant sur la diplomatie US en rapport avec Henry Kissinger), ont permis l’exposition de crimes d’états, de grandes entreprises et d’individus qui restent encore à ce jour impunis, comme par exemple avec la vidéo « Collateral Damage », montrant des militaires US tuant des civils de sang-froid en Irak.

Le film « Mediastan » concerne le « Cablegate », c’est-à-dire cette opération de WikiLeaks qui a consisté en la diffusion de quelques 250.000 câbles diplomatiques étasuniens, représentant l’ensemble des messages échangés entre le State Department US et 274 de ses Ambassades, Consulats et Représentations Diplomatiques à travers le monde, entre 1966 et 2010. En 2011 donc, une équipe de journalistes emmenée par le Suédois Johannes Wahlström a parcouru le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et l’Afghanistan pour y rencontrer et travailler avec des journalistes locaux sur le matériel récupéré par WikiLeaks et concernant leur pays. Certains passages se concentrant également sur le Royaume-Uni ou un partenariat avaient été conclus avec The Guardian, et aux USA, à New York, où celui-ci existait avec le New York Times.

Outre le contrôle sur les médias exercé par les autorités en Asie Centrale avec plus ou moins d’intensité, selon le degré dictatorial atteint dans les gouvernements de ces pays qui faisaient anciennement partie de l’Union Soviétique et, dans le cas de l’Afghanistan, par les autorités militaires US et le pouvoir coopté de Kaboul, le film nous apporte des éclaircissements subtils mais clairs et non moins forts sur les zones sombres où les médias grand public — « mainstream » — choisissent ce qui sera permis à la diffusion ou inversement, restera caché au public. Pour la première fois et officiellement – c’est à dire en accord avec ses producteurs dans le cadre de sa distribution — ce film a été sous-titré en français (par l’auteur de ces lignes) pour sa diffusion la plus large possible, dans la langue de Molière.

 

En ce début février 2016, Julian Assange semble — et nous l’espérons vivement — enfin s’engager sur la voie de l’issue de sa détention arbitraire dans l’Ambassade d’Équateur à Londres. En France le gouvernement Valls, appuyé par Cazeneuve etUrvoas, le tout nouveau Ministre de la Justice expert en législation limitant la liberté d’expression, entend apparemment sonner la chasse aux « sorcières conspirationnistes ». De cette perspective, ce film offre une source de réflexion et de compréhension du fait que les intérêts des possédants de ce monde, particulièrement en Occident où ils ont la haute main sur les institutions gouvernementales et médiatiques, divergent le plus souvent et de plus en plus radicalement de ceux des populations du monde. En outre, la poursuite de ces intérêts dépend, au moins en partie, de leur contrôle sur les médias d’information, comme le démontrent les problèmes qu’ont pu rencontrer les journalistes travaillant pour WikiLeaks au cours de leur périple.

WikiLeaks a dans le passé employé le slogan « Information wants to be free », c’est-à-dire « L’information veut être libre », car c’est dans sa nature… Tout comme la nôtre.

Lawrence Desforges

Source : http://www.cercledesvolontaires.fr/2016/02/05/decouvrez-m…

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SNOWDEN

Un autre film consacré au célèbre lanceur d’alerte par Oliver Stone, est sur le point de sortir mais rencontre bien des résistances aux États-Unis. Qui s’en étonnera ? Les acteurs principaux en sont Joseph Gordon-Levitt et Shailene Woodley. [Catherine L.]

Edward Snowden bientôt au cinéma au grand dam du département d’Etat et du président américains

Source : https://francais.rt.com/international/17037-edward-snowde…

usa

Joseph Gordon-Levitt dans « SNOWDEN »

L’avocat russe du lanceur d’alerte américain, Anatoli Koutcherena, dont le livre, Le Temps du poulpe, a servi de base au film qui sortira le 16 septembre, a raconté à RT les défis auxquels les producteurs du film avaient dû faire face.

Le thriller biographique, intitulé Snowden et réalisé par Oliver Stone, raconte l’histoire de l’ancien employé de la NSA qui a révélé au monde entier que l’agence américaine surveillait le monde entier. Mais ce tournage aura eu le mérite de démontrer que de filmer l’histoire du lanceur d’alerte Edward Snowden était bien plus facile à dire qu’à faire.

Tout d’abord, l’équipe de tournage a dû se débattre pour trouver les fonds nécessaires à la réalisation du film. Anatoli Koutcherena a expliqué à RT que les financiers potentiels leur avaient déclaré que les autorités américaines avaient qualifié ce film de « non désiré », les poussant à refuser de financer ce film « par défaut ».

« Dans l’ensemble, le film a été financé par l’Allemagne et la France tandis que les Américains ne s’y sont pas intéressés du tout. Certains gens riches et les grands studios américains ont refusé de nous financer en montrant les autorités du doigt et en déclarant qu’on leur avait dit que le financement de ce film était indésirable », a-t-il expliqué.

« Je ne peux qu’être d’accord avec Oliver Stone qui a déclaré que les Etats-Unis n’avaient rien à faire de films sur les défenseurs des droits de l’homme qui sont encore vivants. Les États-Unis préfèrent ceux qui sont déjà morts », a-t-il poursuivi.

L’avocat du lanceur d’alerte a aussi rappelé un incident déplaisant qui a eu lieu aux États-Unis et qui a poussé l’équipe à ne pas y tourner le film. « Notre équipe est arrivée dans un endroit où Edward Snowden aimait se trouver mais, en quelques instants, les services secrets nous ont entourés et les invectives ont fusé », a poursuivi Anatoli Koutcherena. Pour cette raison, on a décidé de tourner cette histoire en Allemagne et dans d’autres pays. « Ce n’a pas été une décision simple à prendre, car nous nous rendions compte qu’il serait difficile de faire un film sur Edward Snowden hors des États-Unis », a-t-il conclu.

D’après Anatoli Koutcherena, Oliver Stone lui a rendu visite à Moscou à huit reprises pour discuter de l’intrigue du film. Le metteur en scène l’a même encouragé à prendre part au tournage et à intervenir à chaque fois qu’il n’était pas d’accord avec ce qui se passait. Au point que l’avocat a rendu hommage à Oliver Stone en le traitant de « directeur unique » et d’« artiste audacieux ».

Edward Snowden a lui aussi été impliqué dans le tournage du film en conseillant Oliver Stone et en l’aidant à choisir les acteurs. Joseph Gorden-Levitt a décroché le rôle principal du film qui doit sortir le 16 septembre prochain.

RT français – 12 mars 2016

Compilation et source: http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/

Voir également:

Wikileaks trace sa route à l’Est

À propos de

MEDIASTAN, A Wikileaks Road Movie

Wikileaks Road Movie

Un long-métrage présenté au premier London Raindance Film Festival, puis à Moscou  lors d’un autre festival, la semaine suivante.

I.

Cinq journalistes dans leur trentième printemps traversent, en bande hétéroclite et en voiture, les déserts et les hauts plateaux d’Asie centrale. On retient son souffle dans des tunnels de cauchemar, on dérape dans les virages pentus et on négocie le droit de passage avec des troupeaux de moutons sur des routes de campagne, entre deux capitales de la liberté d’expression et de ses limites.Le road movie par excellence, on pense à Easy Rider de Wim Wenders, mais le montage est bien meilleur.

On découvre vite que ce voyage n’est pas une partie de plaisir. Ces jeunes gens ont été expédiés au bout du monde par le génial et inclassable Julian Assange, qui tel un prince de légende est en captivité au château d’Ellingham, au pays des Angles de l’Est (les événements se situent il y a deux ans, avant qu’il ait réussi à trouver refuge à l’ambassade d’Équateur) Il vit toute l’aventure par procuration, enfermé dans le manoir. Il apparaît furtivement dans le film, et donne lieu à une scène de marche nocturne dans les bois qui est un joyau, parce que le metteur en scène, Johannes Wahlstrom (le Suédois de la bande) a su traduire l’urgence et la part décisive d’Assange, personnellement, dans l’affaire Wikileaks, en langage cinématographique. Assange discute avec l’équipe de montage par skype, et il débat avec ses camarades sur les objectifs du projet. C’est ainsi que nous apprenons  que le but de l’expédition est de répandre jusqu’aux confins de l’univers les câbles du Département d’État adroitement soustraits par le sergent Manning, pour que les habitants sachent la vérité, sachent comment le pouvoir impérial les perçoit. Il s’agit de les libérer par la vérité, mais ils ont besoin pour cela d’un médiateur, les médiats.

Quelqu’un doit choisir, traduire, expliquer, mettre en forme et publier les câbles, pour qu’ils atteignent le public ciblé. Les missionnaires d’Assange rencontrent des directeurs de journaux, d’agences de presse et de stations de radio, et leur offrent leur précieux trésor, aussi tentant que dangereux, gratuitement. La plupart d’entre eux refusent le cadeau. Ils sont étroitement liés à la structure du pouvoir américain, qui déploie ses tentacules impériaux jusqu’aux régions les plus reculées. Certains acceptent les câbles, mais nous ne saurons pas s’ils en feront jamais le moindre usage (personnellement, j’ai eu plus de chance en les répandant à travers la Russie, où les médiats sont réactifs et où le sentiment anti-américain est vivace). Nos voyageurs acceptent facilement de reconnaître que la presse de l’Asie centrale est loin d’être libre, mais ils découvriront aussi, au détour des imprévus, traités avec subtilité, que les puissants médiats occidentaux sont tout aussi corrompus.

Ils sillonnent donc le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Afghanistan et ils font connaissance avec les médiats locaux, d’où le titre Mediastan. Nos voyageurs apprennent ainsi que les USA payent très régulièrement ces organes pour qu’ils publient des articles qui leur soient favorables. Certains de ces articles paraissent d’abord en Russie, et sont repris dans des publications locales, de sorte qu’ils en paraissent plus respectables.

D’ailleurs, un certain nombre d’éditorialistes résident en fait aux USA et dirigent de là-bas leurs publications. Au Turkménistan effarouché, on visite le bureau d’un journal important : chaque numéro comporte une photo du président en quadrichromie et en page de titre, et quand il reçoit ses visiteurs, le patron leur explique qu’il ne veut pas d’ennuis. Puis nous quittons son bureau et parcourons Ashgabat, ville reconstruite, rêve d’architecte tout en marbre et larges avenues impeccables. Il semblerait que toute la rente du gaz naturel n’ait pas été siphonnée vers des banques étrangères, ce qui fait bien plaisir, mais malheureusement, nos visiteurs se font reconduire à la frontière, à titre préventif.

Au Kazakhstan, ils rencontrent les ouvriers du pétrole de Zhanaozen, qui se remettent tout juste d’une longue grève de la faim : pas un journal n’y a envoyé de reporter jusque passé un mois, après qu’ils aient été dispersés à balles réelles. Une douzaine de grévistes ont été tués, bien d’autres blessés, et encore plus emprisonnés. Cette séquence est remarquable pour ce qu’elle transmet des affres vécues par les ouvriers et de leurs revendications, avant que la répression violente s’abatte sur eux. Même après coup, le drame des ouvriers du pétrole a été très peu montré, parce qu’ils travaillaient pour des compagnies pétrolières occidentales, et que le président, M. Nazarbaïev, est considéré comme pro-occidental. Pour les médiatsmainstream, les gay pride sont des événements autrement plus importants qu’une grève de la faim de travailleurs. (1)

Nos globetrotteurs rencontrent aussi un autre personnage révélé par l’un des exploits de Wikileaks, un prisonnier de Guantanamo relâché récemment. Wikileaks avait publié son dossier secret à la CIA, parmi d’autres. Ce grand bonhomme barbu et sinistre a passé cinq ans dans ce camp de l’horreur: il raconte sa vie dans les limbes, et notre petite bande lui révèle pourquoi il avait été séquestré, car, comme Edmond Dantès dans Le Comte de Monte-Cristo, les prisonniers de Guantanamo ne sont jamais mis au courant de ce qu’on leur reproche. Quand il apprend qu’il vient de faire son interminable séjour là-bas simplement parce que les interrogateurs américains voulaient qu’il leur parle de l’humeur des réfugiés Tadjiks en Afghanistan, il explose: « ils n’avaient qu’à me le demander et me laisser repartir! » s’écrie-t-il.

L’épisode afghan est comme une parenthèse, mais cela fait partie du charme des road movies : le réalisateur peut caser avec grâce des séquences quelque peu disparates. Dans le nord de l’Afghanistan occupé, nos chevaliers du désert visitent un camp suédois, où le chargé de presse leur avoue qu’il n’a aucune idée de la raison pour laquelle ils sont là, au premier rang. Les Afghans veulent qu’ils s’en aillent, parce que les Suédois ne distribuent pas de pots de vin. Nous découvrons que sous la pression américaine, les Suédois pratiquent quand même quelque chose qui y ressemble, simplement pour pouvoir rester. Il s’agit, pour les Américains, d’impressionner les locaux avec la bonne volonté des Suédois, sans que cela leur coûte rien à eux.

Il y a un épisode comique, quand Johannes tente de fourguer ses câbles fuités au patron de la « radio libre » du coin, c’est à dire l’antenne locale du réseau de propagande US, de propriété américaine et généreusement financée par les mêmes. On l’informe solennellement que Radio Liberté jouit d’une totale liberté d’expression, peut discuter de tous les sujets, et ignore la censure. Il aurait aussi bien pu offrir ses câbles directement à l’ambassade US…

II.

Le royaume de Mediastan ne se borne pas aux hautes cimes, il s’étend jusqu’aux rives de l’Hudson et de la Tamise, car c’est là que Wahlstrom rencontre deux lascars qui trônent tout en haut de la chaîne alimentaire médiatique : à Londres, l’éditorialiste en chef du Guardian, Alan Rusbridger, et à New York, celui qui faisait la loi au New York Times à ce moment, Bill Keller. Tous les deux sont doux, patelins et polis, suaves et botoxés, et ils ont des réponses toutes prêtes, mais ils sont aussi rampants devant le pouvoir que le dernier des pontes d’une feuille de chou locale.

Le Guardian a joué un sale rôle dans l’histoire de Wikileaks, et ils semblent bien vouloir refaire le coup avec Snowden.(2)  Ils ont publié ses rapports, après les avoir corrigés à la sauce NBA, l’ont poussé à révéler son identité, moyennant quoi ils ont boosté leur réputation de gens de gauche, et au final, ont mandaté leur propre agent, Luke Harding, pour qu’il écrive un livre qui le mettra probablement en pièces. Ils y ont déjà gagné la bienveillance des services d’espionnage, des lecteurs qui leur font confiance, et ils pourraient bien finir par détruire leur victime.

C’est ce qu’ils ont fait avec Julian Assange : ils ont tiré parti de ses dépêches, les ont trafiquées et censurées pour les rendre compatibles avec la stratégie de leurs patrons, puis ont publié sur son compte des tombereaux d’ordures, tous les ragots qu’ils ont pu trouver, et ils l’ont décrié tant et plus. Le New York Timesa été encore plus sordide, dans la mesure où il n’a pas cessé de collaborer avec la CIA et le Pentagone, et a pleinement joué sa partition dans la chasse aux sorcières contre Assange.

Mais les lecteurs de CounterPunch ont pu suivre sa saga exceptionnelle en temps réel, depuis le début(3), probablement mieux que personne, mieux que par la grande presse ou les bloggeurs. Ils ont appris comment les câbles ont été publiés(4), comment le Guardian a calomnié Assange (ce journal a reçu des notes confidentielles de la police suédoise et en a biaisé le contenu). Lorsque, quelques mois plus tard, ces documents ont été rendus publics, un site suédois a écrit : « les pesants ragots publiés surtout par le toxique Nick Davies du Guardian  ne tiennent plus debout. Le rapport de Nick Davies sur les procès-verbaux était une manipulation. » Le Guardian avait fait des chapeaux tendancieux sur les câbles obtenus par Bradley Manning et répandus par Assange.  Les gens ne lisent guère au-delà des titres, de sorte que le Guardian à son habitude s’est permis d’attribuer à Wikileaks certaines remarques de représentants officiels des USA, le plus souvent destinés à miner l’image de la Russie et à priver son président de légitimité.(5) C’est seulement maintenant que nous comprenons ces attaques infatigables contre Poutine, le seul qui a eu assez de volonté pour mettre un frein à l’attaque qui menaçait la Syrie, et signer ainsi la fin de l’hégémonie américaine.

Les câbles d’Asie centrale étaient plus intéressants que les autres, dans la mesure où les ambassadeurs US dans la région ne se méfiaient pas, et s’exprimaient franchement, en toute brutalité, dans leurs communications avec le Département d’État. Le Guardian a délibérément expurgé une bonne part des câbles publiés afin de cacher les preuves de corruption par les firmes occidentales en Asie Centrale, comme les lecteurs de CounterPunch ont pu le lire dans un article qui est difficile à retrouver sur Google (quelle surprise!) (6). Wahlsrom demande à Alan Rusbridger pourquoi il a effacé les noms des généreux donateurs, et reçoit une réponse formelle : ce sont des gens très riches et ils pourraient nous faire un procès.

III.

Le film sort juste au même moment que Le Cinquième Pouvoir (The Fifth Estat), le film d’Hollywood sur le même sujet. Ce n’est pas une coincidence : Julian Assange était très ennuyé par le projet de Hollywood et il l’a dit ouvertement au producteur, au réalisateur et à l’acteur qui jouait son rôle. Il a judicieusement décidé de ne pas se mêler du projet Mediastan, de façon à laisser à Wahlstrom toute son indépendance. Ce n’est donc pas un film de groupies sur leur gourou : le personnage central n’est pas Assange mais les médiats.

Si bien que les deux films sont fort différents. L’un se base sur le récit du collaborateur d’Assange devenu depuis son ennemi et ambitieux rival Daniel Domscheit-Berg, et a bénéficié d’un budget exceptionnel de 40 millions de dollars, bien au-dessus de la moyenne, alors que Mediastan est l’oeuvre du jeune réalisateur Johannes Wahlstrom, un ami d’Assange, avec un budget étriqué, entièrement sorti de sa poche fort plate; le chef opérateur et les autres membres du groupe, passionnés mais sans ressources, ont travaillé pour rien. Et, malgré tout, ils ont réussi à produire un thriller puissant, qui hantera longtemps les gens capables de réfléchir, car il s’agit d’une quête épique sur un sujet épineux : comment insuffler une vérité vitale à ceux qui n’en veulent pas.

Le film occupe une niche bien particulière en tant que documentaire se servant de toutes les ressources du film de fiction : dynamique, ficelé serré, débordant de nuances, un régal pour l’œil et assouvir la faim de reflexion du spectateur. La photographie est splendide, on la doit au virtuose russe de la caméra Fédor Lyass (Théo pour les intimes), le chef opérateur aux manettes du grand succès récent du cinéma russeDukhless(7).  Le réalisateur Johannes Wahlstrom – (je n’ose pas dire tout le bien que j’en pense, parce que c’est mon fils, je l’avoue) a grandi en Israël, puis a suivi sa mère en Suède à l’âge de douze ans. C’est son premier long-métrage: il avait travaillé pour la télé suédoise et lancé un magazine. Il fait partie de ces braves jeunes gens décidés à arrimer le monde à la vérité, à l’arracher à la drogue du mensonge.

Je vous invite à voir ce film, pour le plaisir sauvage de voir ces visages âpres et juvéniles sur fond de paysages à couper le souffle, et d’en apprendre plus sur la façon dont Wikileaks a changé le monde.

Par Israël Shamir 26/10/2013

Notes

(1) Le Monde Diplomatique a rendu compte de cette grève de la faim dans « L’or noir et la colère »http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/GENTE/47656

(2) Voir l’article de I. Shamir : « Snowden à Moscou », http://www.israelshamir.net/French/Snowden-Fr.htm

(3) Voir l’article de I. Shamir : « Assange pourchassé, Les étonnantes aventures de Capitaine Neo négocient un virage prononcé vers le pire… »,  http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art794, septembre 2010.

(4) Voir l’article de I. Shamir : « A bord du vaisseau Cablegate, Wikileaks dans les entrailles de l’empire »,http://www.israelshamir.net/French/cablegate-fr.htm

(5) Autre article de I. Shamir sur les actions entreprises pour diffamer Julian Assange, voir :  « Assange agent du Mossad ! ou Oignon cru en Iran », http://www.israelshamir.net/French/OignonsFR.htm

(6) Voir l’article de I. Shamir : « Le Guardian déforme et censure les dépêches de Wikileaks »http://www.israelshamir.net/French/GuardianAstanaFr.htm

(7) Film de Roman Prygunov, septembre 2012, voir :

http://evasion-graph-coco.over-blog.com/dukhless-soulless

Original: http://www.israelshamir.net/French/Mediastan-fr.htm

Traduction : Maria POUMIER.

Sources : http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1497

Url: http://arretsurinfo.ch/edward-snowden-bientot-au-cinema-au-grand-dam-du-departement-detat-et-du-president-americains/

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