Un an jour pour jour après les attentats contre Charlie Hebdo, Baptiste Grasset propose une analyse des événements qui ont cruellement frappé la France l’année dernière en les réinscrivant dans la perspective du temps long, la seule susceptible de démystifier le soi-disant ‘choc des civilisations’ qui, ces jours-ci, nous mène, tranquillement, vers une guerre généralisée.

 François Hollande

 

QUELQUES QUESTIONS BRÛLANTES POUR UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL –

L’ACCORD “SÉCURITÉ CONTRE ABANDON DE SOUVERAINETÉ” EST-IL ENCORE RÉPUBLICAIN?

En dépit du virage souverainiste apparent, en dépit des gesticulations diplomatiques du Président de la République, que la Pravda Bergé-Pigasse-Niel/Drahi nous chante comme une odyssée qui verrait François Hollande s’escrimer, seul contre tous, à former une large coalition occidentalo-salafisto-russe contre l’État Islamique, on se doit de constater que le gouvernement français mène une lutte fort partielle contre cet ennemi, lutte qui, étant biaisée par des intérêts et des parrainages qu’il ne faut pas froisser, ne peut, par conséquent, que s’avérer inefficace. En clair, nous ne vaincrons l’État Islamique que lorsqu’Exxon/Mobil, Lockheed Martin, Boeing, Raytheon, United Technologies, BP, Northrop Grumman, Chevron, Carlyle Group, Blackstone Group, General Dynamics, BAE Systems, et consorts (c’est-à-dire les multinationales qui tiennent les commandements militaires américains, saoudiens et qatari) le souhaiteront réellement. Si vraiment l’EI a déjà accompli l’œuvre de déstabilisation par le chaos que les propriétaires et « actionnaires » de l’OTAN-CCG voulaient lui voir perpétrer en Irak et en Syrie, si vraiment le morcellement de ces pays est devenu inévitable grâce au « bon boulot » des djihadistes, alors peut-être une autre phase stratégique a-t-elle commencé, qui verra la liquidation de ces pantins takfiristes. Mais, et c’est cela qui importe ici, tout cela ne dépend ni de nous Français, ni de « notre » gouvernement, qui ne fera jamais que ce que l’OTAN-CCG et la Commission de Bruxelles l’autoriseront à faire… En outre, il n’est guère douteux que les élites mondialistes elles-mêmes encouragent les actuelles postures de coq adoptées par « notre » exécutif (ces guillemets sont importants), ceci afin d’accroître leur mainmise déjà presque totale sur l’appareil d’État de notre pays et sur les secteurs stratégiques de l’économie française. En effet, ces postures de coq, en l’état actuel, ne peuvent déboucher que sur des déconvenues de chapon : en l’absence d’un plan à long terme de renforcement des industries de pointe, à haute valeur ajoutée, sur des bases souveraines et autonomes, réorganiser puis réapprovisionner nos forces armées implique forcément d’accroître nos dépenses militaires, et donc notre dette publique, via -notamment- l’émission d’obligations d’État, qui sont vouées à être acquises par «nos» amis salafistes (quiétistes, j’y insiste, quiétistes) du Golfe Persique… Nos vrais maîtres savent pertinemment qui sont nos gouvernants et nos représentants, puisque ceux-ci sont leurs employés: ou alors le lecteur croit-il réellement qu’un exécutif qui, voici quelques mois, en vertu du protocole approuvé par Emmanuel Macron, a laissé General Electric acquérir les activités nucléaires d’Alstom, activités hautement stratégiques s’il en est, sera un jour susceptible d’inquiéter l’hyperclasse mondialisée par un salutaire sursaut vigoureusement souverainiste?

Si vraiment les autorités françaises servaient encore nos intérêts, quelle devrait être leur réaction à des massacres, ceux du 13 novembre dernier à Paris et Saint-Denis, dont l’ampleur, inédite sur le sol français depuis la Seconde Guerre Mondiale, marque le franchissement d’un nouveau palier en termes d’intensité sécuritaire? Si guerre au terrorisme il doit y avoir, quelles doivent être ses caractéristiques? 1) Tout d’abord, faire la «guerre au terrorisme», guerre asymétrique qui oppose un État de droit à des guérillas, ne saurait être synonyme d’une «chasse aux arabo-musulmans.» Sans prêter le flanc à la niaiserie du « Pas d’amalgame », il est important de le rappeler, car tous les termes du débat politique français contemporain, biaisés par 3 décennies de négationisme anti-lutte des classes perpétré par les mondialistes sous couleur d’antifascisme et d’antiracisme fictifs, nous mènent mécaniquement et coûte que coûte, via des crispations communautaires qui ont, longtemps, été encouragées par nos élites, à semblable guerre civile, ethnique et religieuse, dont notre pays ne se relèverait pas. 2) Cette guerre au terrorisme ne saurait non plus être l’équivalent d’une simple élimination -absolument nécessaire mais définitivement insuffisante- des seuls lampistes djihadistes et/ou pantins takfiristes. Entendons-nous bien : cette élimination n’est pas négociable ; et j’ajoute qu’elle devrait malheureusement concerner toute personne ayant fait le voyage en Syrie, en Irak, au Yémen, au Mali, etc., à des fins de participation au djihad. Il faut le dire haut et fort : le retour des Français qui partent guerroyer à Alep, à Ramadi ou dans les zones tribales afghanes ne doit plus être possible : nous n’avons plus les moyens de courir le risque d’une guerre civile en tolérant le retour au bercail de ces compatriotes endoctrinés contre notre pays et aguerris aux techniques terroristes. 3) Faire effectivement la guerre au terrorisme qui vient d’ensanglanter notre sol et d’endeuiller notre peuple implique forcément aussi de dénoncer ceux qui, chez nous, et jusqu’au sommet de notre société, ont été des fauteurs de « guerre civile mondiale » au cours des dernières décennies ; et, donc, de punir (« impitoyablement », comme aime à le dire « notre » Président) les saboteurs politiques au long cours de la paix sociale séculaire de notre pays. Il faut en effet couper l’alimentation du câble de haute tension atlantiste qui distille ses étincelles meurtrières à intervalles de plus en plus rapprochés sur le sol français, et non se contenter de faire sauter quelques fusibles. Or, cela implique de délaisser quelque peu les discours bassement ethnico-religieux, qui servent certes efficacement à repérer puis à éliminer les terroristes « de terrain », ce qui est essentiel, mais ne sont d’absolument aucune utilité lorsqu’il s’agit de mettre hors d’état de nuire leurs commanditaires actuels ou passés, les terroristes « de bureau » ou «d’officine», ce qui est tout aussi important. Las, curieusement, 130 personnes sont mortes le 13 novembre 2015 en France mais nous ne voyons pas que ces indispensables mises en accusation aient lieu depuis deux mois. Dans les médias: silence-radio. L’ordre nouveau qui s’installe depuis la mi-novembre repose pour une très large part sur la perpétuation de non-dits et de vérités connues de tous, mais délibérément tues. Néanmoins, dans une grande partie de la population, une colère couve et gronde, colère qui est nourrie par une connaissance de plus en plus documentée de faits incontestables de trahison de la France par ses élites politiques. Élites qui, de leur côté, entendent maintenir la population dans l’état de prostration et d’angoisse coites qui, à son corps défendant, est le sien depuis plusieurs décennies.

Certes, des suspects (pas tous takfiristes d’ailleurs, loin de là…) sont assignés à résidence. Certes, des perquisitions ont lieu et des imams radicaux sont interrogés. Mais pour l’instant le gouvernement français n’a fait que déclarer la guerre aux termes juridiques et légaux de notre citoyenneté : en nous surveillant de près, en espionnant nos correspondances privées sans autorisation préalable d’un magistrat, en durcissant les conditions de garde-à-vue, l’action de l’exécutif est à sens unique. Ces actions font de nous, citoyens, de simples suspects en puissance d’un gouvernement fantoche dont les politiques intérieure et internationale sont invariablement soumises aux intérêts de grands groupes économiques, militaires et bancaires étrangers… Entendons-nous: j’accepte bien volontiers pour ma part que l’on scrute mes communications ; que l’on détermine précisément ce que j’ai écrit ou les sites que j’ai consultés à telle ou telle heure du jour ou de la nuit ; mais il me semble de « bonne guerre » que d’exiger une certaine réciprocité de la part de ceux qui ont nourri, en notre nom à tous, des relations imprudentes et désastreuses avec des milices internationalistes de fous furieux takfiristes dont certains éléments, recrutés au sein de marges de notre post-prolétariat, patiemment communautarisées (par l’antiracisme institutionnel et associatif puis par le salafisme des caves, des prisons ou des réseaux sociaux), finissent par nous décapiter ou nous tirer dessus dans les rues de notre propre pays. Ainsi, échange de bons procédés oblige, et confidences pour confidences, je pense que le contrat social nouveau qui est en train de se dessiner depuis le discours présidentiel du 16 novembre devant le Congrès impose aussi à « nos » gouvernants de se laisser surveiller par les citoyens français. Dans cet esprit conciliateur, je suggère qu’ils répondent aux questions qui suivent, que le peuple a -je vous le certifie- sur le bout de la langue :

1- Vous serait-il possible de nous garantir qu’aucun des djihadistes qui ont tué 130 personnes le vendredi 13 novembre n’a, quand il était encore en Syrie, reçu d’armes livrées par le gouvernement français ? Certes, nous savons qu’à Paris et à Saint-Denis, ils ont utilisé au moins deux AK-47 russes et deux Zastava M70 yougoslaves, achetés en Allemagne pour quelques centaines d’euros auprès d’un marchand depuis plusieurs mois soupçonné de recel… Certes, nous savons également qu’aux yeux exercés des miliciens salafistes (takfiristes) qui défendaient les intérêts de « notre » gouvernement dans la Syrie des années 2012-2014, un missile anti-char Milan vieux de plus de deux décennies n’était qu’un pis-aller provisoire et qu’ils convoitaient plutôt les dernières merveilles TOW de fabrication états-unienne (il paraît d’ailleurs que, depuis quelques mois, et notamment depuis l’étrange débandade irakienne de Mossoul face à l’État Islamique seconde génération, à la mi-2014, ils sont exaucés). Mais il n’empêche : s’il devait apparaître -ce que je n’ose croire- que «notre» propre gouvernement a, voici quelques années, d’une façon directe ou indirecte, remis du matériel belliqueux à l’un ou l’autre voire à plusieurs des terroristes du 13 novembre, et tout particulièrement à l’un ou l’autre des terroristes français du 13 novembre qui (tels Samy Amimour, Ismaël Omar Mostefaï, Foued Mohamed-Aggad ou Bilal Hadfi) ont séjourné en Syrie pour y faire le « bon boulot » qu’à l’époque le chef de notre diplomatie encensait publiquement, alors la guerre contre le terrorisme (que comme tout Français digne de ce nom, je soutiens bec et ongles) ne pourrait qu’inclure la traduction des membres dudit gouvernement concernés par ces opérations de livraisons d’armes devant des Cours de Justice aussi spéciales, exceptionnelles et sévères que les lois qu’on prépare ces jours-ci à l’intention des citoyens lambda…

2- Vous serait-il possible de nous certifier que les balles qui ont tué les soldats français lors de l’opération Serval au Mali ne provenaient ni des munitions livrées à « nos » alliés, les rebelles anti-Kadhafi en Libye, en 2011 ; ni des arsenaux libyens pillés la même année ? De telles munitions étant traçables, la réponse ne peut qu’être directe et catégorique. Au cas fort malheureux (et, selon moi, inimaginable) où la réponse à cette question devrait incriminer « notre » matériel ou celui pillé chez le dictateur que « nous » avons déposé, les suites judiciaires et pénales exposées ci-dessus seraient bien entendu inévitables. Car, enfin quoi ? Est-ce une guerre que nous menons contre le terrorisme, oui ou non ?

3- Pourriez-vous avoir l’amabilité de lever l’inexplicable secret-défense portant sur l’identité des personnes qui ont remis au Sieur Amédy Coulibaly les armes qu’il a utilisées au cours de l’attentat de l’Hyper-Cacher en janvier dernier ? Lesdites personnes, en effet, ne peuvent qu’être des soutiens directs du terrorisme sévissant sur notre sol et doivent donc être traitées comme telles, c’est-à-dire interrogées par les autorités compétentes afin que l’on identifie leurs éventuels commanditaires (et/ou supérieurs responsables) ; puis incarcérées ; quoiqu’en ce cas précis, une élimination ciblée, de celles dont raffole « notre » Président actuel (qui, selon Vincent Nouzille, a déjà ordonné 16 «opérations Homo» depuis 2012) ne serait pas pour déplaire à certains des concitoyens en guerre que nous sommes, surtout si cette élimination inclut lesdits commanditaires et/ou supérieurs, quels qu’ils soient… Je n’irai pas, bien sûr, jusque-là pour ma part. Je suis une âme sensible : il me suffira qu’on les mette au cachot et qu’ils n’en sortent plus jamais.

4-  Pourriez-vous avoir l’extrême obligeance de divulguer l’intégralité des conversations de Mohamed Merah avec son agent de liaison au sein des services français de renseignement ? Dans le même cadre, pourriez-vous laisser le père de ce terroriste nous raconter librement ce dont l’omission a, selon la rumeur (mais je n’ose donner foi à cette dernière), coûté la bagatelle insignifiante de quelques dizaines de milliers d’euros au contribuable français ? Si d’aventure, le résultat de pareille divulgation devait contredire toutes nos expectatives et révéler des crimes ou des erreurs de jugement impardonnables de la part de certains éléments de « nos » services ; le juste châtiment devant frapper ces éléments comme leurs responsables ne saurait qu’être similaire à celui décrit ci-dessus (voir point 3). Sommes-nous en guerre, oui ou non ?

5- Pourriez-vous prendre l’initiative de répondre avec la précision documentaire qui sied à la gravité de la situation actuelle, et avec un peu plus de célérité que celle dont vous faites montre jusqu’à présent, à la question que le député Gilbert Collard a posée au chef du gouvernement, sur la base des allégations de Bernard Squarcini, ancien directeur central du renseignement intérieur entre 2008 et 2012, concernant une liste de djihadistes français opérant en Syrie que, courant 2013, le renseignement de ce pays, loyal à Bashar Al-Assad, aurait proposé de communiquer à nos services, se voyant opposer une fin de non-recevoir de la part de Manuel Valls ? C’est une question simple et objective qui appelle une réponse simple et objective, laquelle ne manquera pas, j’en suis persuadé, de démentir les allégations susmentionnées, afin d’établir que le Premier Ministre, faisant fi des raideurs de l’idéologie atlantiste, a au moins su, en cette occasion, accepter la précieuse collaboration des services de renseignement syriens. Toute autre réponse ne pourrait qu’indiquer, par-delà les figures de style alambiquées qui ne laisseraient point de l’accompagner, un profond mépris pour la sécurité de notre territoire et l’intégrité physique de nos concitoyens. Mépris appelant, au minimum, des sanctions pénales très sévères, ainsi que la déchéance d’une nationalité française, acquise en 1982, mais aux obligations de laquelle -si M. Squarcini dit vrai- M. Valls aurait indubitablement manqué.

6- Puisque vous ne savez pas trop quoi faire, apparemment, de la période d’exception que nous vivons (j’en veux pour preuve que vous multipliez les actions contre la « fachosphère », que je ne crois pas diffamer en affirmant que ses liens avec le takfirisme sont des plus improbables) ; je me permets respectueusement de vous suggérer de plutôt consacrer votre énergie à museler les boutefeux sous influence étrangère qui crient au conspirationnisme chaque fois qu’au lieu de faire des selfies, d’embrasser des musulmans ou de brandir des hashtags prônant l’Amour de l’Autre ou la citoyenneté globale, un authentique proche de victime de terrorisme sur notre sol exprime très légitimement son désarroi en public (à l’instar d’Albert Chennouf-Meyer, père d’un des militaires français assassinés à Montauban par le terroriste Merah en 2012 ; ou de Valérie M, la vraie dernière compagne de Charb, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, assassiné en janvier 2015 par les frères terroristes Kouachi).

7- Pourriez-vous avoir l’insigne gentillesse de rétablir dans toute sa sévérité le crime de haute trahison, dilué par les reformulations savantes que le beau-fils de Frank Georges Wisner lui a infligées en 2007, juste après son accession à l’Élysée ? Pourriez-vous, eu égard aux circonstances à tout le moins exceptionnelles que nous sommes en train de traverser, attribuer à ce crime une valeur rétroactive pour tous les faits postérieurs à la réintégration de la France au sein de l’OTAN qui seraient susceptibles d’expliquer les carnages inouïs de l’an de disgrâce 2015 ? Las, je sais bien que c’est une gageure juridique, mais apparemment les régimes d’exception sont votre fort depuis quelques semaines, donc, s’il vous plaît, surpassez-vous, surprenez-nous agréablement et incluez-vous vraiment dans le nombre des justiciables. Nous sommes en guerre, que diable ! Le nouveau contrat social exige semblable réciprocité! J’ajoute que pareil examen critique de notre situation géopolitique récente est l’unique chance pour vous de nous convaincre que l’accord « sécurité contre abandon de souveraineté » n’est pas qu’une version feutrée de l’accord « pétrole contre nourriture », imposé naguère par les Occidentaux aux Irakiens ; et que donc l’OTAN n’est pas notre véritable ennemi.

8- En attendant, et puisque, justement, c’est la guerre, paraît-il, je vous saurais gré d’un peu de cohérence : si les mots ont un sens, instaurez la loi martiale pour tous les hommes politiques qui auront reçu de l’argent sale, c’est-à-dire de l’argent qui tue des Français, de l’argent salafiste, qatari ou saoudien : j’ajoute que la suspension à vie des droits civiques pour tout élu simplement soupçonné, du fait de voyages incessants dans cette région du monde ne présentant d’autres attraits que religieux, archéologiques ou bassement pécuniaires, me paraît être le strict minimum, mais comme je n’ai pas la science infuse, je propose humblement que cette dernière mesure comme toutes celles ayant trait à l’ampleur ou à la nature des sanctions pénales, civiques et financières devant frapper les responsables politiques qui se seraient rendus coupables d’incompétence, ou de trahison, ou de crime contre la sûreté de l’État, soient l’objet d’un référendum populaire. J’ai foi en la sagesse de ce peuple lorsqu’il s’agira de déterminer qui, du cachot, de la corde ou du couperet, sanctionnera le plus humainement semblables manquements inacceptables à un mandat politique ou à une fonction officielle ; et, de surcroît, s’il convient vraiment de souscrire aux savantes distinctions d’herméneute entre salafistes quiétistes et takfiristes…

Monsieur le Président de la République, vous désirez nous ausculter ; nous vous concédons bien volontiers ce droit, car l’heure est grave. Mais nous exigeons la réciproque, justement parce que l’heure est grave: le 27 novembre, aux Invalides, lors de la cérémonie d’hommage aux victimes des attentats, nous avons cru vous voir contenir un sanglot. Merci de nous ouvrir votre cœur, maintenant ouvrez-nous vos archives : ce sera un peu plus utile.

 

MÉLODRAME TÉLÉGÉNIQUE, AMNISTIE, AMNÉSIE COLLECTIVE    

Bien entendu, les questions ci-dessus, qui sont, sinon les seules, du moins les plus immédiates, celles donc qui devraient importer ces jours-ci à des médias qui seraient le quatrième pouvoir effectif d’un État véritablement démocratique, ne seront jamais relayées. Or, après les derniers attentats, les plus meurtriers survenus sur le sol français depuis la Botte, répétons-le, on pouvait tout de même, sans pécher par optimisme, s’attendre à ce que nombre de nos hommes politiques (de gauche comme de droite) passent un très mauvais quart d’heure aux micros de nos journalistes. Certes, on comprenait que l’exercice allait être délicat pour beaucoup de nos plus éminents éditorialistes, d’autant qu’il impliquait qu’en guise de préalable au féroce réquisitoire auquel les vouait tout examen même médiocrement attentif des événements, ils se livrassent eux-mêmes à un mea culpa bienvenu, après des années de propagande anti-frontières, anti-État et pro-OTAN. Néanmoins, même des plus têtus parmi eux, on pouvait espérer qu’à la lumière noire de ce carnage invraisemblable, ils aient compris avoir eu tort. Et de la bouche des plus courageux, on souhaitait entendre, au minimum, fuser des accusations d’incompétence (voire de trahison) à l’adresse de nos gouvernants. Quant aux plus timides, on s’autorisait à penser qu’on allait au moins réécouter en boucle dans leurs programmes et leurs émissions certaines formules-clés (« Al-Nosra fait du bon boulot sur le terrain » ; « Il y a un combat juste contre Bashar al-Assad ») qui résonnent étrangement dorénavant… Vraiment très étrangement… Comme les sifflements mauvais de boomerangs meurtriers… Eh bien! On avait tort. Rien de tout cela n‘est arrivé.

En effet, au lendemain des massacres de Paris et de Saint-Denis, la petite caste médiatique n’a fait que ce qu’elle sait faire depuis qu’elle a définitivement été noyautée par les ex-maoistes et les ex-trostkistes de 68 devenus les principaux sermonneurs humanitaires, européistes, mondialistes et anti-souverainistes : sensibiliser son audience ou son lectorat au nom du Bien, c’est-à-dire attiser sympathies pré-politiques et solidarités transpolitiques afin d’anesthésier le sens critique de cette audience ou de ce lectorat, puis d’euthanasier ses capacités rationnelles de réaction politique véritable. Ensemble d’opérations qu’on pourrait qualifier d’agitprop « passiviste. » Certes, en novembre, les médias n’ont pas vraiment perpétué la grande vague unanimiste du « JeSuisCharlie » et du « Pas d’amalgame » qui régna sur le mois de janvier 2015. Toutefois, il est indéniable qu’en France « Charlie » a posé des jalons, en terme de gestion spectaculaire du terrorisme, deuil inclus, et d’utilisation politique dudit spectacle, qui ont été scrupuleusement reconduits en novembre : il s’est agi, une fois de plus, d’exploiter la sidération mentale de la population puis de focaliser les passions nées de cette stupeur sur des lieux communs apolitiques (le bien contre le mal, les gentils contre les méchants, la vie contre la mort) qui, outre qu’ils « nous » fédèrent utilement (c’est-à-dire : gouvernement inclus) contre « eux » (les terroristes, nos ennemis à nous comme à notre gouvernement…), restent à des lieues de toute réflexion sur les causes de ces événements ahurissants.

Ainsi, afin de caviarder cette réflexion, aux implications on ne peut plus concrètes et politiques, nous eûmes droit au programme suivant : mélodrame télégénique vendeur, matraquage de mots d’ordre mondialistes et amnistie lacrymale de nos gouvernants, qui sauront bien quoi faire pour « nous » protéger. Sitôt, en effet, que nous avons eu l’insigne faiblesse d’allumer une télévision ou une radio au cours des semaines suivant les derniers attentats, nous avons été assaillis par des messages très prémédités, très patiemment formatés, prônant sur un mode pleurnichard et geignard qui se croyait solennel un apaisement digne d’une morale de comédie romantique hollywoodienne, messages qui ont été (et sont encore) autant de renoncements à penser ou à demander des comptes à nos responsables politiques. Ainsi, à en croire nos médias, l’expression du deuil des victimes du 13 novembre, loin de se faire l’écho de questions dérangeantes à propos des failles béantes et désormais évidentes de notre sécurité nationale, n’aura été que concerts de louanges à la société des loisirs, ou déclarations urbi et orbi de certains parents, que l’on devine bien entendu triés sur le volet, et qui récitèrent le catéchisme de la continuité non pas républicaine, mais spectaculaire. «The show must go on», « le spectacle doit continuer », tel fut le mot d’ordre qui présida au demi-deuil médiatique sévissant à Morituri-Plage et qui eut, on s’en doute, toutes les faveurs des mercantis du divertissement. De fait, «#memepaspeur» ; «#jesuisenterrasse» ; «#jembrasseunmusulman» ; «#vousnaurezpasmahaine» ; «#generationbataclan» et passim auront été autant de versets -dignes d’un Edward Bernays 2.0- de la confusion entretenue médiatiquement entre la vie et la fête; l’action politique et la publicité ; la dignité humaine et la consommation ; la gentillesse (ou l’hospitalité) et le mondialisme effréné.

Car, enfin, résumons la situation : des jeunes gens, principalement français mais pas uniquement, assassinèrent méthodiquement en France le 13 novembre dernier 130 personnes plutôt jeunes elles-mêmes, principalement françaises mais pas uniquement ; et en guise de réponse populaire, de réflexion républicaine et d’expression de la volonté générale, il conviendrait de se contenter de quelques appels à la citoyenneté globale et au réflexe consumériste? Il faudrait se laisser hypnotiser par une créature statistique fabriquée par l’ingénierie sociale : la soi-disant opinion publique, peuple de synthèse qui, d’ordinaire, sous couleur de scrutins officieux, est destiné à faire masse autour des diktats oligarchiques, mais qu’en l’occurrence les médias ont exhibé en dimanche de larmes et de bons sentiments mondialistes afin que, compatissant à sa douleur peu encline aux polémiques déplacées, le peuple réel, en état de choc, s’abstienne lui-même d’accuser ses gouvernants? En tout cas, face à pareille débauche d’efforts pour nous présenter la consommation comme une activité militante et humaniste, il est devenu impossible de nier que le « temps de cerveau humain disponible », libéré plusieurs décennies durant par Patrick Le Lay (l’ancien patron de TF1) et ses épigones afin de répondre favorablement aux invites de Coca-Cola peut désormais être occupé par n’importe quel message (y compris subtilement gouvernemental), pourvu que celui-ci recoure à des stimulis respectant les codes publicitaires (en termes d’apparence de gentillesse, de bienveillance maternelle et de pondération, notamment).  Par contre, la capacité à s’organiser rationnellement face aux tumultes agitant le monde réel est laissée à d’autres: l’opinion publique préfabriquée délègue en notre nom (usurpé) ces questions de façon unilatérale ; ce faisant, elle ne sert qu’à consacrer des alliances objectives avec la « gouvernance » en place, qu’elle charge de nous protéger (sans lui demander d’éclaircissements à propos des causes des événements qui frappent le pays…). Cette machinerie médiatique à produire du « passivisme » chez les citoyens est l’un des principaux intérêts que nos maîtres trouvent au rêve éveillé mondialiste. Depuis les attentats du 13 novembre, il sera ainsi devenu évident à ceux qui en doutaient encore que beaucoup de nos concitoyens se contenteraient volontiers de sculpter leur propre statue souriante et extatique sur les réseaux sociaux, entre deux rafales (pour eux, énigmatiques et incompréhensibles) de kalachnikov. Ces membres hébétés de « classes moyennes » qui se prennent de plus en plus pour le genre humain ont confondu -mais on les y a aidé- les successives et toujours plus invasives cessions brutes de souveraineté (Acte Unique, Rounds du GATT puis de l’OMC, Maastricht, Nice, Lisbonne, et bientôt TAFTA) avec une Fin victorieuse de l’Histoire, qui leur permettrait de ne plus avoir à penser cette saloperie : la politique, et son cortège de guerres et de misères… VRP d’un bonheur qui s’achète et zappe toute complexité, ils ont fait depuis près de deux mois la preuve de ce que le mondialisme, bien davantage qu’une simple idéologie, est une religion (avec sa liturgie criarde, et ses grand-messes), qui conditionne les comportements de ceux qui sont élevés en son sein. «#amen$! »

De façon plus patente encore, ces ennemis de la Haine, des Frontières, des Extrêmes et des Amalgames ont exprimé sans fausse gêne leur allergie viscérale aux diagnostics : le réel existe, ils l’admettent (des gens, voire des proches sont morts assassinés), mais un Événement, étant toujours exceptionnel et incomparable, ne saurait avoir de causes objectives incontestables; ce qui leur permet, pour ce qui est des solutions, de s’en remettre intégralement aux catégories aussi religieuses que sentimentales de l’ouverture à l’Autre ou du Marché universel, cet espace sans frontières du « doux commerce » apolitique et, pour cela même, pacifique. Ainsi, selon ces bons-morts-vivants, citoyens d’un monde qu’ils aiment et qui les déteste presqu’autant qu’eux-mêmes méprisent le petit peuple de leur propre pays, on devrait (même après ces massacres qui sont la réponse on ne peut plus limpide du réel à leur idéologie) abolir toutes les frontières, car se protéger ce serait, bien sûr, être haineux et faire le jeu des terroristes. Pourquoi cela? En bonnes ouailles de la religion mondialiste, ils n’éprouvent guère le besoin de se justifier: ils sont le Bien. Le réel les contredit? C’est que le réel a tort. Qu’il est le Mal. Et qu’on ne l’a donc pas suffisamment déconstruit, malgré 30 à 40 ans de correction politique ne visant que la dépolitisation du débat public, ce qui était le préalable indispensable à l’avènement désormais plausible d’une gouvernance globale assumée par des experts aussi bienveillants que non-élus. Or, insistons-y, même si nos bons-morts-vivants n’en auront cure : pareil fanatisme déconstructeur n’a pas surgi de nulle part et, s’il fait une grande consommation d’élucubrations aussi verbeuses que faussement techniques (exemples : le « vivre-ensemble », la « pro-activité », les « dynamiques sans leader », etc.), c’est afin de revendiquer une soi-disant expertise scientifique ès démocratie globale de marché et d’opinion. Aussi ce fanatisme ne parvient-il à donner le change que s’il est alimenté (à son insu ou pas) par des groupes de réflexion ou des ateliers conceptuels, et que s’il est appuyé par un bombardement médiatique constant, qui est grandement facilité par la concentration, fulgurante depuis une vingtaine d’années, des groupes de presse du monde entier dans les mains de quelques milliardaires. Pour cette raison, les mots dont disposent désormais les individus dépolitisés de la société civile rêvée pour débattre sont en grande partie issus de ces usines à gaz post-modernes que sont les groupes de réflexion (think tanks) en mission pour des groupes de pression (lobbies) entrepreneuriaux et/ou communautaires. Lesdits groupes de réflexion étant à la réflexion, au débat d’idées et à la création de concepts ce que les artistes conceptuels sont à l’art, c’est-à-dire des agents d’épandage publicitaire d’un nihilisme cosmétique à but spéculatif, il est bien naturel que les mots que les « citoyens globaux » ont le droit et le devoir moral d’utiliser ne désignent ni ne dénotent plus grand-chose, puisque ces mots n’ont pour mission que 1) de saturer l’espace public de pacotilles conceptuelles creuses empreintes de sensiblerie bon marché afin de gagner du temps et de retarder l’analyse militante et l’action républicaine contre les nouveaux féodalismes financiers; et 2) d’entraver, à cette fin, toute argumentation objective (forcément autoritaire…), au nom du respect scrupuleusement démocratique dû en proportion égale à toute une chacune des multiples interprétations du réel. De surcroît, ces citoyens sans État imaginent naïvement que les émotions et les sincérités, étant vécues en première personne, sont individuelles ; et sont, à ce titre, des vérités inquestionnables, qui n’ont pas de cause assignable. Du coup, ils ne comprennent pas pourquoi ils s’émeuvent, par exemple, davantage de la photo de tel enfant mort sur une plage méditerranéenne (le petit Aylan) que de la photo de tel autre enfant mort sur une autre plage méditerranéenne (le petit Zakaria Bakr)… Ce qu’on fait de leur sincérité, ils s’en fichent. Et comment on fabrique leur sincérité, ils l’ignorent. Car tout ce qui leur importe, au fond, c’est qu’être sincère suffit à l’exercice de la citoyenneté globale. Aussi pleurent-ils, rient-ils, s’indignent-ils énormément, outre qu’ils tiennent les efforts de compréhension en très haute suspicion. Qu’ils soient rétifs à toute mise en perspective de leur si pure sensibilité universaliste et des intuitions moralistes sublimes qui en découlent ne date pas d’aujourd’hui: de fait, il y a dix ans, lors du débat citoyen qui précéda le référendum sur le TCE, beaucoup d’entre eux  traitaient déjà de «réac» toute velléité de pondérer leur bruyant enthousiasme europhile et de penser le réel à partir de catégories rationnelles qu’ils jugeaient aussi autoritaires que dépassées, et auxquelles ils reprochaient, par associations sélectives d’idées, d’avoir naguère justifié exactions coloniales et atrocités concentrationnaires. Désormais, les mêmes (à peu de choses près) préfèrent recourir à l’épithète de «conspirationniste.» C’est pratique. Cela permet de couper court à bien des conversations. De court-circuiter bien des argumentations. Et peut, éventuellement, se voir précéder d’un mot-clic. «#amen$$!»

Ils considéraient déjà que mourir à la guerre c’était forcément « mourir pour rien » ; ils tentent de se convaincre et de nous convaincre dorénavant que mourir sous les balles de terroristes islamistes français retour d’un stage de formation à la guérilla en Syrie, organisé par l’OTAN (avec l’aval et le concours actif, donc, du gouvernement français) et financé par les pétromonarchies du Golfe, c’est « mourir de rien. » Ce qui est très exactement ce dont « nos » gouvernants ont besoin ces jours-ci : qu’on passe par pertes et profits toute une série de manquements à leurs fonctions ou qu’on se souvienne de ces manquements comme de simples erreurs d’appréciation, certes regrettables, mais qui ont fort heureusement été corrigées. Que de telles « erreurs » aient sciemment et activement concouru à l’assassinat de quelque 250.000 Syriens, soit 2 Bataclans/jour pendant 5 ans, ou 2.000 fois le bilan de nos attentats de novembre, soit sensiblement autant que ce qui a conduit un Milosevic ou un Mladic devant le Tribunal Pénal International de La Haye, cela est une question bien entendu absente des médias, même après le 13 novembre. Ce qui est assez dire combien l’ingénierie sociale et démagogique, la machine à fabriquer du passivisme, est efficace. Mais on s’en doutait déjà, au vu de l’impunité désormais proverbiale dont bénéficient étrangement les dirigeants politiques ou économiques occidentaux, même lorsque l’ineptie de leurs actions entraîne des conséquences catastrophiques, y compris pour les populations des pays riches : ainsi, aucun haut-responsable états-unien n’a été limogé ou traduit en justice après les attentats du 11 septembre 2001. Pire, malgré les défaillances des forces de sécurité comme des services de renseignement américains, défaillances dont le monde entier a ce jour-là pu mesurer la gravité et l’ampleur, la plupart des hauts-gradés en charge de la surveillance ou de la protection du territoire états-unien ont reçu de flatteuses promotions dans les années qui suivirent les attentats contre le World Trade Center et contre le Pentagone. Par contre, la lanceuse d’alerte Sibel Edmonds a perdu des années de sa vie en plusieurs procès, perdus eux aussi, pour avoir essayé de dénoncer l’espionnage des cellules antiterroristes du FBI par des officiels turcs et israëliens dans les mois précédant et suivant les attentats de New York. De même, aucune des grandes banques systémiques ayant plongé le monde dans une crise financière durable n’a vu ses dirigeants condamnés ou emprisonnés. Par contre, les gouvernements démocratiquement élus qui rançonnèrent leurs contribuables afin de renflouer ces banques en 2008-2009 se voient depuis lors systématiquement notés, tancés et recadrés par les experts des agences de notation « indépendantes » que les mêmes banques possèdent… Aussi ne soyons pas trop surpris si, dans les mois qui viennent, aucun responsable politique français n’est bousculé par la presse ou par la rue, ni traduit en justice pour avoir imprudemment autorisé la livraison d’armes à des milices takfiristes (pardon : salafistes ; pardon : modérées…) en Syrie vers 2012-2013, dont certaines ont pourtant revendiqué très sereinement la commission d’attentats en France en 2015. Ne soyons pas trop perplexes si, d’aventure, nul ne s’indigne de ce que ces mêmes responsables, pourtant si prompts à multiplier les actes de contrition publique en notre nom à tous lorsqu’il s’agit de reconnaître quelqu’ignominie perpétrée par d’autres il y a près d’un siècle voire davantage, s’abstiennent de nous demander pardon pour les crimes contre notre sûreté qu’ils ont eux-mêmes commis il y a quelques mois ou quelques années à peine. L’importance accordée par « nos » médias au demi-deuil des bons-morts-vivants de Morituri-Plage et autres bons apôtres du «#mourirsurseine» n’a d’ailleurs pas d’autre utilité que de faciliter ce genre d’amnésie collective. L’amnistie lacrymale de nos responsables politiques, médiatiquement construite, n’est que l’enrobage grand public de l’immunité juridique totale dont bénéficient en 2016 tous les zélateurs du mondialisme en Occident. Les nouvelles gouvernances n’étant que des versions réchauffées des bons vieux despotismes, il n’est que très logique que le Cirque détourne le peuple des vraies questions. «#amen$$$ !»

 

LE SOUVERAINISME N’A PAS GAGNÉ LA BATAILLE DU RÉEL, LOIN DE LÀ…

Je crois qu’il ne faut pas accabler davantage ces terribles manifestations d’insignifiance. C’est le tort et le mal des exploités que de se diviser ; et ces zombies passivistes, quoique très imbus d’eux-mêmes, sont dans la même situation que nous autres : avoir eu raison contre eux nous fait, si vous me passez l’expression, une belle jambe, à nous autres républicains et souverainistes, car tous nous sommes dominés et, pour l’heure, impuissants. Eux, nous, et ceux qui, parmi les terroristes sont nés ici, sommes tous fils du même désastre (la France des 4 dernières décennies). Dans notre cas, cela se sent tout particulièrement à notre coupable inaptitude à organiser ou à coaliser le camp souverainiste. Nos voix, abstentionnistes et/ou « extrémistes » sont inexplicablement inaudibles, alors qu’elles sont largement majoritaires, n’en déplaise aux pessimistes qui, confondant médias officiels et réalité, confondent du coup l’opinion publique fabriquée avec la volonté générale réelle. Certes, des Français s’engagent en nombre dans l’armée ou dans la police ; certes des milliers de Français ont spontanément donné leur sang pour venir en aide aux victimes des attentats; certes cette France-là existe et nos élites consentent même à l’exhiber pour mieux en revendiquer les actions aussi nobles que justes ; mais, je le répète, elle est inaudible. Et c’est en grande partie notre faute : nous cultivons les mêmes comportements infantiles et nihilistes que les vieux enfants andropausés de la grande teuf planétaire, qui refusent de grandir et de penser rationnellement ; et se refusent à voir que, ce faisant, ils ont laissé ces activités à d’autres : nos maîtres, seuls adultes et derniers souverains de ce monde occidental en pleine névrose objective. Or, après ces attentats du 13 novembre, les lignes du débat politique français ont sensiblement bougé. Il incombe à ceux qui ne veulent plus voir ce pays agoniser de taire leurs querelles de chapelles et de s’unir. Sinon, le souverainisme qui, dans la France de 2015, a d’ores et déjà gagné la bataille des idées, perdra la guerre du réel au bénéfice de ceux-là mêmes qui nous ont conduit dans l’ornière et qui, ces jours-ci, font mine de piller les analyses républicaines afin qu’on oublie que leurs stratégies atlantistes et impérialistes ont manipulé, armé puis aguerri les terroristes de Paris et de Saint-Denis. Je dis « font mine » car, alors qu’avec ce flair qui caractérise les charognards de concours rompus à toutes les curées, et qui leur tient lieu de boussole morale, certains membres de l’exécutif ont fait montre d’un sens acéré de ce que les Français voulaient entendre après les attentats, ce qui a conduit nombre de ministres à tenter, verbalement du moins, de donner à la population des gages énergiques d’autorité; d’autres personnalités politiques ont laissé le naturel mondialiste revenir au triple galop…

Ainsi de Daniel Cohn-Bendit qui assimila, lors d’un accrochage télévisuel avec Eric Zemmour le 25 novembre, ceux qui s’opposent à l’accueil de pseudo-réfugiés syro-libyens en France avec ceux qui, avant 1940, refusaient d’accueillir en France des réfugiés juifs d’Europe centrale et orientale. Ce faisant, Cohn-Bendit n’a fait certes que perpétuer la déjà longue tradition gauchiste-libertaire des anathèmes anti-France ; ces aboiements de cerbères du totem de l’Ouverture des frontières qui, en devenant, depuis la deuxième moitié des années 80, l’argumentaire médiatico-politique dominant puis bientôt hégémonique, ont sapé toute possibilité de professer en public un quelconque souverainisme politique sans se voir aussitôt soupçonné ou accusé d’être un blasphémateur raciste, fasciste ou antisémite. Ce qui était exactement la fonction que nos vrais maîtres attendaient desdits cerbères dans un contexte post-« tournant de la rigueur de 1983 » où les Delors, Fabius, Lamy, Bérégovoy, Camdessus et autres Strauss-Kahn fomentaient le fameux « consensus de Paris », c’est-à-dire la cinquième internationale (« socialiste »…) de la financiarisation, d’abord européenne puis globale, dont nous vivons actuellement les enchanteresses conséquences… Espérons que, cette fois, Dany retarde d’une guerre. Toujours est-il que pour des libertaires petit pied de cet acabit, qui n’ont toujours été que l’avant-garde de l’ultralibéralisme atlantiste et mondialiste (souvenons-nous des prêches enflammés de Romain Goupil, mort à trente ans mais bien bruyant à cinquante, pour soutenir l’intervention américaine de 2003 en Irak), les Français sont par définition des salauds et des collabos.

En effet, avant le 13 novembre, que ce soit à grands coups insistants d’exercices faussement critiques et authentiquement religieux, que dis-je ? inquisitoriaux, de déconstruction partiale et repentante de l’Histoire de notre pays, ou -de plus en plus fréquemment ces dernières années- via des menaces, des anathèmes, des persécutions visant implacablement tout discours tant soit peu enclin à la nostalgie, ou a fortiori au patriotisme, l’élite politico-médiatique était parvenue à bâillonner un peuple qui, à ses yeux, avait le mauvais goût de persister, contre vents et marées, à survivre. On ne comptait plus les diatribes au vitriol signées de tel ou tel européiste bien en cour, ennemi des frontières et bon apôtre de l’ingérence humanitaire, contre cette France rance, qui pue le renfermé, odieux patelin plein à craquer de pécores racistes empestant le camembert trop fait et le jaja. On ne tolérait plus désormais ce ramassis de ploucs et de réacs que battant sa coulpe (par ministre interposé) à propos de toutes les turpitudes imaginables d’un passé recomposé exclusivement à charge, et au premier chef à propos de crimes dont il était, pourtant, historiquement acquis de longue date que ces manants avaient fait tout leur possible, et même bien davantage, pour les prévenir ou les combattre… Il fallait que cette populace dure au mal et tenace dans l’adversité se détestât. Qu’elle reniât assez ses ancêtres et méprisât suffisamment ses anciens pour se désintéresser du sort de ses frères. Il fallait que cette piétaille se jugeât tout à fait lâche, grotesque, ridicule. Indigne de respect. Et, surtout, inapte à la Renaissance, qui est une redoutable spécialité locale, depuis Jeanne d’Arc jusqu’à De Gaulle en passant par la Convention se dressant seule contre l’Europe des Rois. On aurait pu penser que les libéraux-libertaires francophobes allaient mettre une sourdine après les attentats du 13 novembre, qui ne sont, en grande partie, que le résultat logique de toutes les politiques anti-souverainistes qu’ils ont préconisées depuis 40 ans. Dans le cas de Cohn-Bendit, il lui aura fallu 12 jours pour reprendre du poil de la bête. Sa version du grand deuil sans doute. Le Monde, plus patient, a attendu que les élections régionales passent. Mais ses éditoriaux multiplient depuis le 14 décembre les prêches anti-Assad et pro-migrants, qui avaient été quelque peu modérés durant la campagne électorale. Le reste de la grande presse française est à l’avenant.

Il n’y a pas lieu d’être surpris : de fait, l’entreprise au long cours de destruction morale et de diffamation érigée en système, devenue, depuis 25-30 ans, l’essence de la correction politique à la française en même temps que le bouclier moraliste de la Pensée économique Unique, n’avait déjà mis que quelques jours à reprendre son rythme de croisière après les attentats du 7 et du 9 janvier dernier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Ces attentats, pourtant, étaient (tout comme ceux, à venir, du 13 novembre) des fils naturels du mondialisme militaro-bancaire et de ses stratégies d’expansion atlanto-salafistes, et auraient donc dû inciter nos hommes politiques à un peu de retenue, de discrétion et de modestie. Las, dès le 20 janvier, le Premier Ministre vilipendait brillamment le prétendu «apartheid social, territorial, ethnique» sévissant selon lui dans notre pays, le tout à des fins de mise en contexte fort partiale, parce qu’en apparence « exclusivement » socio-économique (mais, de grâce, surtout pas géopolitique…) de l’extrémisme islamiste prospérant chez nous. Or, si l’entropie sociale et l’exclusion économique qui caractérisent la vie au sein des couches inférieures du post-prolétariat de France en 2015 est, bien entendu, l’une des conditions nécessaires des événements qui viennent d’endeuiller notre pays, elles ne sauraient en être une condition suffisante : le rôle de déclencheur étant sans nul doute à rechercher du côté des interactions aussi périlleuses que constantes qui existent entre, d’un côté, la politique internationale de «nos» gouvernements successifs depuis 2007 (principalement en Afrique et au Moyen-Orient), c’est-à-dire cette version exacerbée de l’idéologie atlantiste que je qualifie de Lévyathan, et, de l’autre, les formes de militantisme religieux (salafistes principalement) financées, développées et mises en œuvre, sous couverture caritative ou culturelle, par des pays du Golfe sur notre sol, depuis des années. En clair : la politique de l’OTAN et les bonnes œuvres salafistes de la CCG sur notre territoire ont formé un cocktail effrayant qui nous explose à la figure depuis 2012 (au moins) avec une intensité croissante.

Pourtant, le 20 janvier dernier, le Premier Ministre, armé de cette raideur d’adjudant tout colère qu’il doit croire virile, je suppose, n’entendait pas assumer sa part évidente de responsabilité, celle d’un chantre atlantiste du « combat juste » contre Bashar Al-Assad et d’un militant européiste-mondialiste forcené, mais souhaitait seulement, par un tour de passe-passe ignoble, mettre ceux qui parmi les Français ne peuvent se revendiquer d’une quelconque minorité visible, devant «leurs» soi-disant responsabilités de soi-disant « bénéficiaires » du soi-disant « apartheid social, territorial, ethnique » ! Si les mots ont encore un sens, et je pense que le mot « apartheid » en a un, absolument infâme, Manuel Valls, en l’utilisant à tort et à travers, transformait subrepticement, donc, en question ethnico-religieuse voire tribale une question géopolitique (notre vassalité atlantiste-persique dont il est lui-même, Manuel Valls, une caricature) et socio-économique (la séparation entre deux Frances, celle majoritaire qui -blanche ou pas, j’y insiste- souffre de la mondialisation, et celle minoritaire qui -blanche ou pas, j’y insiste aussi- en bénéficie et commande à l’autre). Ce faisant, identifiant sournoisement «blanc» et «possédant», ou « blanc » et «privilégié», il crachait avec la tranquillité gourmée des gens bien-nés au visage de la majorité invisible et, plus encore, inaudible qui constitue le gros des victimes de la «fracture française» magistralement analysée par Christophe Guilluy. Or, de cette majorité invisible et inaudible sont aussi, que je sache, issus les djihadistes Maxime Hauchard, Kevin Chassin, Émilie Koenig, Kevin Guiavarch, David Drugeon, Mickaël Dos Santos, Nicolas et Jean-Daniel Bon, fils de la fracture française, tout comme leurs complices terroristes français aux patronymes musulmans… Eux aussi auront été des fils 2.0, aliénés, de la lutte des cl… Pardon, Monsieur le Premier Ministre!… de «l’apartheid français»… Et si nombre d’entre eux, « gaulois », « reubeus » ou « renois », sont morts à 20 ans en Irak ou en Syrie, ce n’est sans doute qu’un malheureux hasard, j’imagine, et pas du tout l’effet des séductions de l’Internationale salafiste sur des post-prolétaires fourvoyés? Plus sérieusement, et au contraire de ce que prétend le Premier Ministre, comprendre ce qui a généré les attentats qui ont frappé la France en 2015 implique de ne retrancher aucun des trois éléments suivants : 1) du côté de « l’infrastructure », une société civile sinistrée par la désindustrialisation capitularde et la globalisation financière que nos gouvernements de droite comme de gauche ont orchestrées depuis 1983; 2) du côté de la « superstructure », un salafisme conquérant dans certaines marges post-prolétariennes de cette société, autant qu’il est bienveillant avec les sommets de celle-ci, c’est-à-dire avec nos élites politiques ou économiques ; 3) du côté de la « superstructure », encore, une politique étrangère française devenue l’avant-garde de l’atlantisme le plus belliqueusement humanitaire et le plus interventionniste (le Lévyathan), mettant en œuvre des stratégies terroristes recourant autant à la guerre conventionnelle, via l’OTAN, contre des peuples qui ne nous ont rien fait, qu’à des actions de guérilla externalisées, déléguées à des milices financées par la CCG, équipées par les principales puissances industrielles occidentales, et dont les recrues dûment appointées proviennent de la lie criminelle, délinquante ou nihiliste des régions déstabilisées voire de notre propre post-prolétariat. Omettre l’un de ces trois facteurs revient à délaisser l’analyse pour verser dans l’idéologie, ce qui est bien naturel de la part de responsables politiques français dont les chemins de Damas ont mené au Bataclan, et qui ont donc tout intérêt à l’oubli ou à la réécriture du passé récent…

Lors de sa « saillie » minable du 20 janvier, Manuel Valls omettait en outre de rappeler qu’un «apartheid» est, par définition, fomenté par les instances dirigeantes d’un pays, et en aucune manière par le peuple qu’elles administrent… Après les frissons lyriques de la reductio ad Hitlerum, frappant religieusement, depuis les années 80, tout petit maladroit s’oubliant en public au sujet des effets néfastes (surtout en période de vaches maigres) de l’abolition des frontières voulue par le patronat français et gérée par les ancillaires politiques de celui-ci, nous avions droit, dans le cadre d’un exemple de culture de l’excuse typique des hallucinations cognitives de la gauche mondialiste sous patronage de Wall Street et de la City, à la désignation scandaleuse des « Français blancs » comme co-responsables moraux des attentats contre Charlie-Hebdo et l’Hyper Cacher via l’assimilation absurde des Afrikaners ou des Boers des années 1948-1990, nouveaux-venus opprimant et parquant Zoulous, Tswanas, Swahis, Bochimans et consorts sur les propres terres ancestrales de ceux-ci, et des Français de 2015, peuple bigarré il est vrai, mais installé, bon an, mal an, dans ces parages depuis seulement 1500 ans sans interruption, et dont l’inhospitalité tant atavique que proverbiale ne l’empêche ni d’accueillir quelque 100 à 200.000 immigrants par an depuis plus de 40 ans (dont le Premier Ministre lui-même), ceci, répétons-le, dans un contexte de désindustrialisation foudroyante, de crise économique structurelle et de sous-emploi endémique ; ni de voir son pays occuper continûment depuis une quinzaine d’années le rang de destination touristique la plus visitée du monde! Faute de faire montre de bon sens élémentaire ou même simplement d’un minimum de dignité, faute de développer des raisonnements tant soit peu «raccord» avec le réel que chacun de nous constate depuis longtemps et subit de plus en plus, reconnaissons au moins que M.Valls, qui sait pourtant se plaindre -à voix très, très basse, certes…- de l’absence de « whites » et de « blancos » (je ne sais pas ce que cela veut dire : je ne parle que Français ; mais je répète scrupuleusement ce que ce grand de France chuchote en 2009 dans une vidéo célèbre lorsqu’il s’agit de filmer à des fins électorales un panel représentatif de ses chers administrés d’Évry), a au moins réussi, à l’occasion de cette « sortie » concernant l’apartheid français, à diversifier quelque peu l’intitulé depuis longtemps monotone des charges pesant contre ce peuple borné qui n’a mesquinement fait de lui, Manuel Valls, que son Chef du gouvernement, non sans l’avoir contraint, plus d’une décennie durant, discrimination anti-catalane oblige, à vivre une jeunesse misérable dans un « township » sis face à l’Île de la Cité. Typique représentant de cette fausse gauche et de cette extrême-droite pure et dure qui, depuis la séquestration de la Marche des Beurs par SOS Racisme, il y a plus de trente ans, maquille sans vergogne la lutte des classes (qu’elle exacerbe sitôt qu’elle accède aux fonctions de gouvernement) en une prétendue guerre des races, des religions et des cultures (qu’elle excite et finit par enfanter en invoquant la protection de différences forcément persécutées par un pacte républicain forcément poussiéreux et rétrograde), Manuel Valls, qui, ne l’oublions pas, dispose depuis quelques années de son rond-de-serviette lors des réunions du Bilderberg, n’a fait que rajouter une pierre à l’édifice de la séparation des Français, séparation qui est le Cheval de Troie d’un mondialisme prétendant résoudre des conflits d’un autre âge, que les nations, haineuses par définition, se plairaient soi-disant à engendrer.

Puis, cette fois-ci, après les attentats du 13 novembre, celui qui, le premier, remit l’ouvrage mondialiste libéral sur le métier francophobe libertaire a été la nouvelle coqueluche de la gauche ambidextre de gouvernement, Emmanuel Macron, le fils spirituel des cadors « socialistes » de la financiarisation européenne des années 1988-1995, et donc de la globalisation tout court (vous savez, ceux de la Cinquième Internationale « Socialiste », qui commença rue de Solférino, puis formalisa le tournant de la rigueur ainsi que les termes de la convergence monétaire européenne, avant de migrer vers la présidence de la Commission Européenne, vers celle du Fonds Monétaire International ou vers celle de la Banque Mondiale : les Delors, Camdessus, Lamy ; puis, plus tard, Strauss-Kahn). Selon ce bruyant jeune homme, «Le terreau [du terrorisme] est notre responsabilité.» Voulait-il parler des livraisons d’armes, par notre gouvernement, aux djihadistes sévissant en Syrie durant les années 2012-2013 ? Que nenni. « Je pense que ce sont des fermetures dans notre économie, dans notre société, les pertes d’opportunité, les plafonds de verre qui sont mis, les corporatismes qui se sont construits qui à la fois nourrissent de la frustration sur le plan individuel et créent de l’inefficacité sur le plan économique. » Ces belles paroles, nullement intéressées puisque assénées avec toute la calme autorité d’un banquier, que dis-je? d’un mouton-Rothschild de combat, imbu de la divinité de son expertise, furent prononcées le 21 novembre, soit 8 jours après les attentats de Paris et de Saint-Denis. Le lecteur l’aura compris : les mondialistes qui ont mis la France dans la peu reluisante situation qui est la sienne en 2016 n’en auront jamais assez. Ils voudront toujours davantage d’ouverture, de réglementations anti-nationales, d’affaiblissements de la souveraineté politique, de cessions unilatérales de puissance. Ils fourbissent déjà leurs arguments, quitte à les mettre à la cocardière couleur du jour… Des petits maladroits comme Macron vont d’ici peu comprendre tous les bénéfices politiques qu’ils peuvent retirer d’une imitation temporaire des discours patriotiques : tant qu’elle aura peur, la France s’en remettra à des ministres paternels, et sera de moins en moins apte à défendre ses, comment dit-il ? Ses « corporatismes. » S’ils savent manier le drapeau et entonner la Marseillaise comme il faut, «nos» gouvernants vont avoir tout le loisir d’achever l’œuvre de saccage du tissu social qu’ils appellent «modernisation » Très bientôt, grâce au TAFTA, ils pourront planter l’ultime banderille.

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Le patriotisme renaissant de nos gouvernants est feint. Leur souverainisme soudain ne servira qu’à accroître les dépenses militaires sans restaurer notre autonomie institutionnelle et industrielle; ce faisant, ils aggraveront notre dépendance financière vis-à-vis de l’oligarchie bancaire mondialiste. Les idées souverainistes vont avoir le vent en poupe au cours des prochains mois : malheureusement, il est fort probable qu’elles seront prostituées à des intérêts qui sont leurs ennemis mortels en étant récupérées et bradées par ceux-là mêmes qui, depuis des décennies, travaillent sans relâche à l’extinction de la puissance étatique et nationale. La droite néo-orléaniste, post-gaulliste, antinationale et la gauche sociétale, post-classiste, antirépublicaine, qui nous gouvernent selon les diktats de la Pensée mondialiste Unique depuis 1983, vont user de nouveaux oripeaux, mais ne nous y trompons pas : elles n’ont jamais cessé; elles ne cesseront jamais d’être l’extrême-droite réelle, celle qui veut depuis les grandes révolutions du XVIIIºsiècle soumettre le politique à la banque, et la volonté du peuple à l’expertise autoproclamée des gestionnaires de fortune. Chaque fois, au cours des 30 dernières années, que leur projet d’euthanasie de la France a été mis en danger, elles ont tombé les masques qui leur permettent de s’opposer bruyamment dans le cadre du débat parlementaire pour, soudain, travailler main dans la main : ce fut le cas lors de la campagne précédant le référendum concernant le Traité de Maastricht en 1992 ; ce fut encore le cas lors de celle précédant le référendum concernant le Traité Constitutionnel Européen en 2005 ; et encore une fois lors de l’adoption -en catimini- du Traité simplifié de Lisbonne en 2008. D’ailleurs, ces jours-ci, et notamment depuis le deuxième tour des élections régionales, il y a un mois, la droite manchote et la gauche ambidextre évoquent de plus en plus ouvertement la possibilité de créer un grand parti centriste qu’on dit déjà électoralement invincible, et qui réunirait Messieurs Raffarin et Fabius, Mesdames Guigou et Kozciusko-Morizet, ou encore Messieurs Juppé et Valls. Que ce parti voie le jour ou pas, le consensus qui réunit tous ces braves gens renvoie aux intérêts qui les emploient : ceux du mondialisme militaro-bancaire. Aussi ne doit-on pas se laisser berner par ces héritiers politiques d’Adolphe Thiers lorsqu’ils imitent Robespierre, comme cela est le cas depuis quelques semaines. Pas plus que l’on ne doit faire le jeu de la paix chaude, bouillante, qui caractérise la stratégie mondialiste de tension ethnico-religieuse en France, et ne vise que davantage d’abandons de souveraineté, dont les lois liberticides adoptées depuis un mois ne sont qu’une énième fournée, qui ne sera sans doute pas la dernière. Entendons-nous bien : si ces mêmes lois étaient promulguées et appliquées par un gouvernement véritablement soucieux de recouvrer la souveraineté de ses moyens d’action, notre diagnostic serait très différent. Malheureusement, dans le cas présent, le patriotisme de façade n’est guère que le véhicule de nouveaux transferts de pouvoir au bénéfice de nos vrais maîtres : les banques systémiques qui tiennent la City, Wall Street et la Réserve Fédérale états-unienne, ainsi que les grands actionnaires des entreprises noyautant le commandement intégré de l’OTAN-CCG. Les pouvoirs de police et de renseignement ainsi décuplés sur le territoire français seront prioritairement utilisés au profit de services de renseignement étrangers et de grandes entreprises étrangères. Ça n’est qu’un remède, nous objectera-t-on. Une tisane certes imbuvable, mais aux effets bienfaiteurs. À notre sens, cela ressemble beaucoup plus à une ciguë administrée à nos libertés comme à notre sécurité, qui semblent bien vouées à devenir les otages durables des négociations commerciales transatlantiques.

Non, vraiment, le réel n’est pas revenu en France le 13 novembre 2015 : beaucoup de nous ont juste cessé de rêver les yeux ouverts. Espérons que le nombre de ces citoyens revenant à eux augmente.

Baptiste Grasset | 7 janvier 2016

Première partie: http://arretsurinfo.ch/france-reflexions-et-questions-a-propos-des-attentats-de-2015-partie-13/

Deuxième partie: http://arretsurinfo.ch/france-reflexions-et-questions-a-propos-des-attentats-de-2015-partie-23/

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Source: Arrêt sur Info

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