Le « Patriot Act » américain, que Wikipédia définit comme une « Loi pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme », est sur le point de voir naître insidieusement son équivalent en France, avec tous les abus et dérives qu’une telle loi rend possible.

Ce nouveau projet de loi présenté par le nouveau 1er ministre Edouard Philippe n’est autre qu’un clone de l’état d’urgence que nous subissons depuis le 14 novembre 2015 suite à l’attentat du Bataclan à Paris, et qui après avoir été renouvelé à l’envi sous le règne Hollande, devait prendre fin le 15 juillet 2017, avant d’être une fois encore prolongée jusqu’au 1er novembre 2017 par le gouvernement Macron suite à l’attentat de Manchester.

Aussi opportun pour ce gouvernement qu’il l’a été pour le précédent, cet « état d’urgence » dont la vocation n’est pas de perdurer ad vitam aeternam, ne pouvait donc être prorogé indéfiniment sans risquer de provoquer incompréhension et lassitude parmi la population, qui constate au fil du temps inefficacité de ce dispositif face aux attentats. Face à ce dilemme, le gouvernement Macron entend rendre permanent cet état d’exception en l’inscrivant tout bonnement dans le Droit commun, permettant ainsi d’appliquer indéfiniment des restrictions et privations des droits et libertés inscrits dans la Constitution française et la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Interdiction de circulation, remise des armes à feu de certaines catégories, assignations à résidence, fermeture de certains lieux, interdiction de manifester et perquisitions administratives de jour comme de nuit sont autant de mesures qui seront décidées sous l’autorité du ministère de l’Intérieur et des préfets, sans la moindre intervention d’un juge !

Ajoutez à cela la saisie de données informatiques, la surveillance et le contrôle (censure) d’internet, la surveillance hertzienne sous disposition de la loi Renseignement. On peut également redouter qu’à terme, le récent fichage général de la population ayant vu le jour ne vienne épauler ces mesures répressives grâce à sa gigantesque base de données. 1984, quand tu nous tiens…

La justice se voit ainsi dépossédée de ses prérogatives au profit d’un état policier en devenir, offrant ainsi à l’oligarchie en place les moyens de réprimer toute contestation populaire qui ne manquera pas de voir le jour au vu du programme de paupérisation européen de la « France d’en bas » (ou des « sans dents », c’est selon), à commencer par la destruction du Code du Travail tant attendue par les Attali et autres Juncker.

Comme si cela n’était pas assez inquiétant, le nouveau texte de loi, calqué sur celui de l’état d’urgence, se veut plus ambigu et laissé à la libre interprétation de l’administratif puisque, comme le souligne l’article assez exhaustif de Nextimpact, certaines définitions se voient amputées de certaines précisions importantes. Ainsi, si l’état d’urgence autorise des mesures à l’encontre de toute personne « à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics », l’article de loi se voit lesté de l’expression « d’une particulière gravité ».

C’est donc « open bar » pour le gouvernement Macron, qui pourrait ainsi bénéficier des pleins pouvoirs afin de museler toute manifestation, blocage, ou contestation ayant comme effet de déranger ou nuire au pouvoir totalitaire en place, et ce sous le fallacieux prétexte de nous procurer davantage de sécurité. C’est la même conclusion qu’ont eu les États-Unis au lendemain du 11 septembre 2001 : fliquer, ficher, contrôler, censurer partout et tout le temps, tout et n’importe quoi(qui). D’ou l’utilisation du « French Patriot Act » dans le titre.

Ce projet de loi n’ayant pas de raison d’être sans attentats terroristes sur notre sol, on peut saluer la synchronicité providentielle d’un récent ultimatum adressé à l’Elysée, et dans lequel Daesh menacerait la France d’un « bain de sang », justifiant les propos d’un Manuel Valls nous ayant auparavant prévenu que nous devions nous y habituer. Ce qui se confirme également par le rappel du soutien de Macron à l’opposition syrienne.

Si rien n’est fait pour entraver cette dérive, nous allons assister à l’avènement sur notre sol de la « démocratie » à l’américaine, déjà initiée sous la présidence Sarkozy, puis développée de manière plus poussée sous celle de Hollande. Quant aux badauds qui, à la lecture de ce texte, ne manqueraient pas de voir ici une théorie au relents « complotistes », je ne saurais que trop leur recommander la lecture des articles pointant du doigt le rôle de l’État dans l’attentat contre Charlie Hebdo au travers de révélations d’un indicateur de la gendarmerie (voir notes).

Bien que la gravité de la situation soit aisément compréhensible au plus grand nombre, il est très probable que le manque chronique de raisonnement général, lié à une aliénation pro-Macronnesque, n’empêche toute autopsie critique face à l’état d’asservissement qui s’affirme aujourd’hui.

« Ceux qui abandonnent une liberté essentielle pour une sécurité minime et temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité ». (Benjamin Franklin *)

Par   | 8 juin 2017

Notes

L’indic Claude Hermant implique l’Etat dans l’attentat contre Charlie Hebdo

Charlie Hebdo: nouvelles révélations sur la connexion Claude Hermant

Attentats de Paris : plainte d’un indic contre la gendarmerie et les douanes

Informée, la police n’a rien fait (article mediapart payant)

Trafiquant ou infiltré, Claude Hermant, le trouble de l’identitaire

* Citation fidèle de Benjamin Franklin, généralement plus connue sous le texte « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Références
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