Les régions africaines, leurs leaders respectifs (et potentiels) et les scénarios de conflits interrégionaux

Par Andrew Korybko | 11 Novembre 2016 | Oriental Review

Le texte introductif préfaçait les concepts généraux que l’auteur extrapolera plus loin dans la recherche. Maintenant que les bases de la recherche analytique globale et les contours de la carte de référence sont sur la table, il est temps de commencer à explorer l’influence de l’hégémonie et du régionalisme institutionnel sur la géopolitique africaine, en enquêtant largement sur les menaces asymétriques endémiques de chaque région et en commençant à élucider la vision globale de la Route de la Soie de la Chine pour le continent.

La méthode préférée de l’auteur pour expliquer la géopolitique de l’Afrique est de commencer aussi largement que possible et ensuite progressivement de devenir plus spécifique, avec un continuum complet de l’étude menant finalement le lecteur à la solide compréhension des plans visionnaires de la Chine. Pour commencer, il est nécessaire de diviser l’Afrique en cinq régions distinctes et d’identifier l’État au sein de chacune de ces régions qui détient le pouvoir démographique, économique et militaire le plus influent (qualifié de leadership) et possède le potentiel le plus prometteur à long terme (en termes opérationnels) pour devenir un poids lourd régional s’il n’en est pas déjà un :
afrique cartes
  • Brun – Afrique du Nord – Égypte.
  • Jaune – Afrique de l’Ouest – Nigeria.
  • Orange – Corne et Afrique de l’Est – Éthiopie.
  • Bleu – Centre-Afrique du Sud – République démocratique du Congo (RDC).
  • Rouge – Cône Sud – Afrique du Sud.

Interprétation

On doit dire immédiatement que la carte ci-dessus est une représentation conceptualisée qui comprend à la fois les réalités actuelles et prospectives (ces dernières en référence à la RDC) et que les zones hachurées sont des estimations brutes de la répartition approximative de chaque région. Il y a certainement des limites à l’influence déterminée de chaque pays, et il est prévisible que des coalitions, en concurrence à la fois dans leur propre sphère et en dehors de celle-ci, se formeront pour contester le leadership de l’État donné sur ladite région. Par exemple, les anciennes colonies françaises d’Afrique de l’Ouest ont leur propre monnaie contrôlée par Paris et considèrent collectivement l’ascendant régional du Nigeria avec suspicion.

Cela a été particulièrement évident quand il s’est agit du Tchad et de son implication militaire contre les terroristes dans le nord-est du Nigeria, sans invitation (mais sans opposition). Certainement imparfaite à certains égards, la carte simplifiée présente un instantané relativement précis des processus géopolitiques plus larges qui sont actuellement en cours en Afrique et permet aux observateurs d’extrapoler assez précisément leur trajectoire prévisible. La carte ne doit donc être considérée que comme un modèle simple de travail par lequel le lecteur peut acquérir une idée généralisée sur le continent et un prisme de perspective à travers lequel il peut ainsi interpréter le reste de l’analyse de la guerre hybride qui s’y déroule.

Points focaux de chevauchement

L’introduction a parlé d’une partie du potentiel de chevauchement entre les régions précédemment identifiées de l’étude sur la guerre hybride, mais vu que la carte la plus récente est quelque peu différente pour catégoriser l’ensemble du continent en blocs géographiques, il est nécessaire d’évoquer succinctement certains des domaines de chevauchement qui n’ont peut-être pas été abordés auparavant.

Liaison centre-nord

Cette poudrière est définie comme la zone de convergence entre le Tchad, la République centrafricaine (RCA), le Soudan et le Sud-Soudan, et elle est marquée par un éventail d’interrelations entre les acteurs étatiques et non étatiques dans leurs affaires respectives. Le Tchad et le Soudan avaient précédemment plaidé en faveur d’une influence dans la région du Darfour, et N’djamena [capitale du Tchad, NdT] exerçait également une influence dans les régions musulmanes du nord de la RCA. Khartoum est impliqué dans une guerre par procuration provoquant des allés et venues avec Djouba [capitale du Sud Soudan, NdT] le long de leur frontière partagée qui voit les deux côtés soutenir un mélange d’acteurs non étatiques rebelles (dont certains sont définis par les gouvernements ciblés respectifs en tant que terroristes). Il est notoire que le croque-mitaine est Joseph Kony, avec son Armée de résistance du Seigneur, qui opère entre la RCA et le Sud Soudan. La carte ci-dessous conceptualise l’interaction dangereuse entre les forces dans cette région totalement déstabilisée et montre que les seuls facteurs manquants sont l’implication de la «diagonale géographique» du Tchad vers le Sud-Soudan et du Soudan vers la RCA ainsi qu’une possible influence humanitaire / militante depuis la RCA jusqu’au Tchad (ce qui n’est pas improbable si les tensions confessionnelles redoublent).

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