Nous avons compris dès notre premier voyage en Palestine en 2002 – que les Palestiniens, que le monde toutes tendances confondues berce d’illusions – n’auront jamais, pour toute réponse à leurs revendications légitimes, que des soldats et des chars et des murs et des drapeaux étoilés flottants au dessus des tours d’observation. Ce qui nous avait sidérés cependant était l’aveuglement du mouvement international, encadré par des responsables du camp de la paix en Israël et à l’extérieur, dont la narration et les slogans faisaient de toute évidence le lit de la « normalisation », en clair de la collaboration.[SC]

Des ministres en exercice du gouvernement Netanyahou déclarent noir sur blanc qu’il n’y aura jamais d’état palestinien.

Il y a trois semaines, Ayelet Shaked a exprimé les mêmes sentiments dans le programme UfFront sur Al Jazeera. Parlant à une conférence à Washington DC ce week-end, la Ministre de la justice Ayelet Shaked a déclaré à son public : « Nous sommes contre un état palestinien. Il n’y a pas et il n’y aura jamais un état palestinien »

Voilà donc un ministre du gouvernement israélien qui déclare noir sur blanc que jamais il n’y aura d’état palestinien.

En 1978 comme on demandait au jeune Benjamin Netanyahou : « Les Palestiniens ont-ils droit à un état séparé ? », il avait répondu : « Non je ne pense pas qu’ils ont le droit ».

Plus ça change, plus c’est la même chose … en 2001, dans quelques remarques en toute franchise filmées en vidéo amateur, Bibi expliquait comment saper le processus de paix :

Question: Mais comment limitez-vous cela ?

Réponse de Bibi: J’interprète les Accords d’Oslo d’une manière qui me permettra de stopper cette course vers les frontières de ’67 [la Ligne Verte internationalement reconnue].

En octobre 2014 Bibi s’exprimait avec plus de réserve à CNN : « Je pense que nous avons à ajuster nos conceptions de la souveraineté ».

Quelques mois plus tard cependant son naturel direct reprenait le dessus : « Nous ne diviserons pas Jérusalem, nous ne ferons pas de concessions, nous ne nous retirerons pas des terres », déclarait-il en mars de cette année.

Avant l’élection on lui a posé la question : « Si vous êtes Premier ministre il n’y aura pas d’état palestinien ? ». Réponse du chef du Likoud : « En effet ».

La semaine dernière encore, il proclamait fièrement que la population des colons était passée, sous sa houlette, de 280.000 à 400.000. [ndlr – plus de 600 000 colons en Cisjordanie]

Quant aux collègues ministres de Netanyahou, voici un échantillon :

- Le vice-ministre des Affaires Etrangères Tzipi Hotovely : « Je réfute l’idée d’une solution à deux états ».
- Le Ministre de l’Education Naftali Bennett : « Il ne va pa y avoir d’état palestinien dans le minuscule pays d’Israël ».
- Le vice-Premier Ministre Silvan Shalom : « Nous sommes tous contre un état palestinien, cela ne fait aucun doute ».
- Le Ministre de l’Infrastructure nationale Yuval Steinitz : « Nous n’accepterons pas de diviser Jérusalem ni de renoncer à la Vallée du Jourdain ».
- Le Ministre de l’Immigration et de l’Intégration Ze’ev Elkin : « Je m’oppose [à un état palestinien] pour beaucoup de raisons ».
- Le Ministre de l’Agriculture Uri Ariel : Je pense que dans 5 ans il y aura en Judée-Samarie [La Cisjordanie] quelque 550 à 600.000 juifs plutôt que 400.000 [maintenant].
- Le Ministre des Sciences, Technologies et Espace Ofir Akounis : « Je m’oppose résolument à l’établissement d’un état palestinien sur le lieu de naissance de notre nation ».
- Le Ministre du Transport et de la Sécurité Routière Yisrael Katz : « Je suis opposé à un état palestinien. C’est inacceptable, surtout en raison de nos droits sur ce pays ».
- Le Ministre pour l’Equité Sociale Gila Gamliet : « La bande de Gaza peut s’annexer à l’Egypte, certains Palestiniens peuvent s’annexer eux-mêmes à la Jordanie. Ils ont beaucoup de pays ».
- Le Ministre du Bien-Etre et des Services sociaux Haim Katz : « La conclusion est claire – ne pas établir un état palestinien, car ce deviendrait un état terroriste aux confins de Tel Aviv ».

Ce rejet de l’état palestinien, tout comme le soutien de la colonisation et de l’annexion, peut-on le considérer comme une « incitation » ?

Ben White | 19 octobre 2015

Ben White est un journaliste britannique indépendant, spécialiste du conflit palestino-israélien. Il parcourt la région depuis 2003 et publie notamment pour Journal of Palestine Studies, Arab Centre for Research and Policy Studies, The Guardian, Al Jazeera, Electronic Intifada, New Statesman, Salon, Christian Science Monitor, Middle East International, Washington Report on Middle East Affairs. Suivre sur Twitter : @benabyad. Ses ouvrages parus chez Pluto Press : « Israeli Apartheid : A Beginner’s Guide » (2009) et « Palestinians in Israel : Segregation, Discrimination and Democracy » (2011).

Article original: https://www.middleeastmonitor.com/b…
Traduction :  AMM

Source: Info-Palestine.eu

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