Bombardement par l’aviation israélienne en Syrie il y a deux jours. Photo twitter

Israël nargue-t-il la Russie en Syrie?

Les USA ont donné la victoire syrienne sur un plateau d’argent à la Russie, à l’Iran et au Hezbollah.

Par Elijah J. Magnier – @ejmalrai

Jeudi dernier, l’armée de l’air israélienne a bombardé et détruit un entrepôt d’armes à Masyaf, dans la province de Hama, à 100 km de la frontière libano-syrienne. Les avions israéliens ont lancé des missiles de précision à partir de l’espace aérien libanais, qu’ils violent constamment en raison de l’absence de missiles antiaériens dans l’arsenal de l’armée libanaise. On ne pourrait toutefois dire qu’Israël nargue la Russie. Bien au contraire, Israël ne rompt pas l’accord établi avec la Russie en septembre 2013, à savoir que Moscou va toujours rester en dehors du conflit israélo-Hezbollah et n’interviendra pas si Israël défend sa sécurité nationale en prenant pour cibles des armes du Hezbollah

Certains analystes refusent d’accepter le fait que la guerre en Syrie tire à sa fin sans changement de régime. Ils ont commencé par publier leurs prospectus habituels répétant la même rhétorique lassante accusant la Syrie d’« aménager des installations chimiques ». Les analystes n’ont cependant pas eu droit à une intervention directe des USA semblable à la mise en scène hollywoodienne de la salve de Tomahawks lancée contre l’aéroport militaire de Shuay’rat. C’est pourtant simple : les USA n’interviendront en Syrie que pour combattre Daech, même si cet objectif diverge de ceux de leurs alliés dans la région, plus particulièrement l’Arabie saoudite et Israël.

Ainsi, la cible israélienne était un entrepôt d’armes et de munitions perfectionnées du Hezbollah et de l’Iran, tout simplement parce que les drones de Tel-Aviv et de Washington survolent l’espace aérien syrien 24 heures sur 24, pour surveiller également les livraisons d’armes au Hezbollah destinées au Liban plutôt que pour la guerre en Syrie. N’empêche qu’aucun drone ou avion ne peut partir de Tel-Aviv en direction du Liban et de la Syrie sans être à portée des radars et des tirs russes.

Les missiles de précision israéliens lancés contre la cible de Hama étaient similaires à ceux ayant frappé le militant du Hezbollah Samir al-Kintar à Damas. Un commandant militaire en Syrie a dit que « les S-300 et les S-400 russes peuvent répondre à des objectifs multiples et les radars peuvent voir tout appareil en vol et l’abattre volontiers ».

« La présence d’un avion de quelque pays que ce soit est impossible dans un secteur où se trouve une présence militaire russe substantielle au sol, en mer et dans les airs sans que le centre opérationnel russe n’en soit informé et qu’une coordination ne soit assurée, sans quoi il serait abattu », a poursuivi la source.

Ce qui ne veut pas dire que Moscou approuve ou désapprouve la frappe israélienne en sol syrien contre une cible iranienne ou du Hezbollah. Moscou n’est tout simplement pas concerné et veille à ses propres intérêts au Moyen-Orient.

Moscou sait bien qu’Assad est son seul partenaire en Syrie qui peut protéger les intérêts russes dans le Bilad-al-Cham. Les deux parties savent qu’Assad n’est pas un mandataire russe et ne prêtera jamais de serment d’allégeance au Kremlin, mais qu’il veille à leurs intérêts mutuels. La Russie reconnaît qu’un gouvernement fort en Syrie dirigé par Assad peut garantir sa présence stratégique durable dans le Levant, qui lui donne une ouverture permanente en Méditerranée et une base proche des opérations de l’Otan (Turquie). Assad partage aussi une relation existentielle et des liens indestructibles avec l’Iran et le Hezbollah.

En outre, la Russie a des intérêts dans tous les pays de la région, y compris Israël et les pays du Golfe. Moscou cherche à établir des partenariats commerciaux et à attirer des investisseurs, ceux des riches pays du Golfe surtout, à qui il vendrait ses produits et de façon à stimuler son industrie militaire.

La situation actuelle est le résultat de la politique étrangère idiote des USA, lorsqu’ils ont tenté de paralyser l’économie de la Russie en amenant l’Ukraine à changer d’alliance et à joindre le camp UE-USA, un pays par où passe le gaz naturel destiné à l’Europe. L’économie russe compte sur la livraison de gaz naturel en Europe et a vite réalisé que l’intention des USA était de frapper cette source de revenus vitale. En fait, avant les événements en Ukraine, la Russie cherchait à établir une relation stable à long terme avec les USA sans lorgner du côté du Moyen-Orient, qui pouvait demeurer une zone d’influence américaine. Mais la guerre en Syrie s’est révélée une occasion convaincante pour la Russie d’oublier l’idée d’avoir des relations amicales avec les USA et de mettre un terme au règne arbitraire des USA au Moyen-Orient.

L’erreur de l’UE et des USA en Ukraine a été la force motrice qui a poussé la Russie à s’engager activement au Levant, donnant ainsi à l’Iran et au Hezbollah la victoire sur un plateau d’argent. Aujourd’hui, les USA, l’UE et bien des pays du Golfe se sont fait humilier après avoir investi des milliards de dollars en vain pour faire tomber un régime.

Aujourd’hui, Moscou voudrait maintenir de bonnes relations avec les alliés des USA au Moyen-Orient (mais pas les USA). Il doit faire concurrence à Washington et s’imposer, en maintenant un juste équilibre avec Israël et les pays de la région sans intervenir dans leurs conflits internes, plus particulièrement celui qui oppose Israël au Hezbollah.

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Article original en arabe : 

Version en anglais:  …

Traduction : Daniel G.
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