Dans le vacarme assourdissant autour du « combat du siècle » entre Trump et Kim Jong-un, une voix de modération s’élève, discrète. Elle est japonaise. C’est que, dans cet affrontement, le Japon est aux avant-postes et se doit donc de ménager la chèvre (son allégeance aux USA) et le chou (sa Realpolitik asiatique). Ci-dessous un éditorial du Japan Times à lire entre les lignes.[Ndlr]

 


Un éditorial du Japan Times paru le 29/11/2017

La Corée du Nord a lancé un nouveau défi à la communauté internationale en testant un nouveau missile balistique mercredi matin 29 novembre. En réponse à ce dernier outrage, les gouvernements concernés continuent d’essayer de se concerter pour forcer le gouvernement de Pyongyang à changer d’attitude et à cesser ses provocations, à se remettre en conformité avec le régime de non-prolifération nucléaire et à devenir un membre responsable de la communauté des nations et respectueux de ses règles . Pourtant, les failles dans la stratégie qu’ils appliquent dans ce but continuent d’exister et doivent être corrigées pour que leur effort puisse réussir.

La Corée du Nord a effectué son troisième test de ce qu’on pense être un missile balistique intercontinental (ICBM) – qui fait suite aux deux premiers de juillet – très tôt ce mercredi. Le missile a parcouru environ un millier de kilomètres en 53 minutes avant de tomber dans la mer du Japon, à environ 250 km à l’ouest de la préfecture d’Aomori, dans la zone économique exclusive du Japon,

Il est important de noter que le missile a suivi une trajectoire «en cloche», signifiant qu’il est monté plus haut dans l’atmosphère – plus de 4000 km d’altitude – pour tester ses moteurs et sa portée potentielle, sans menacer de pays éloignés. Les paramètres de vol ont forcé la plupart des observateurs à conclure que si le missile avait suivi une trajectoire classique, il aurait été capable de parcourir 13 000 km, ce qui aurait la côte est des USA à sa portée.

Comme ces mêmes experts le soulignent, rien n’indique le type et la taille de l’ogive que portait le missile. Un missile peut parcourir une plus grande distance quand il ne porte pas une lourde charge. La Corée du Nord a affirmé que le nouvel ICBM qu’elle a testé est capable de transporter une lourde charge nucléaire. Mais, ce qui est tout aussi important, la Corée du Nord n’a démontré ni sa capacité à frapper une cible, ni sa maîtrise des technologies de rentrée atmosphérique, qui lui permettraient d’attaquer avec précision un adversaire lointain.

Pourtant, on s’accorde à penser que, si la Corée du Nord n’a pas maîtrisé ces capacités, elle le fera bientôt. Le pays a mené une série rigoureuse d’essais balistiques : le tir de cette semaine est le 16ème essai (22 missiles en tout ont été lancés) depuis février, un rythme sans précédent.

La condamnation internationale a suivi rapidement. Les Nations Unies ont dénoncé le test comme « une violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité et montre un mépris total pour l’opinion partagée par toute la communauté internationale ». Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a déclaré : « Nous ne pouvons jamais accepter une action aussi irraisonnée qui bafoue l’engagement de la communauté internationale de résoudre la question pacifiquement. La communauté internationale doit s’unir et appliquer les sanctions sans faillir. Nous ne céderons à aucune provocation et nous ferons peser au maximum la pression sur la Corée du Nord. » Le président US Donald Trump, a déclaré : « Nous allons gérer cette situation. Rien n’a changé. … On prend ça très au sérieux.  »

Le Conseil de sécurité des Nations Unies devait se réunir mercredi après-midi, tandis que les USA  et le Canada vont convoquer une réunion des pays qui participent au commandement des Nations Unies en Corée du Sud pour discuter des moyens de « contrer la menace nord-coréenne contre la paix internationale ». La Corée du Sud a également dénoncé le test et a réagi par un communiqué spécifique. Quelques minutes après le test, les forces sud-coréennes ont effectué un exercice d’attaque anti-missiles, dont la distance de vol correspondait à celle du missile nord-coréen et a touché la côte est de la Corée du Sud.

Dans la plupart des cas, la Corée du Nord effectue ses tests selon son propre calendrier et ses impératifs technologiques. Dans ce cas précis, cependant, il s’agissait probablement d’un message envoyé à Washington et au reste du monde. La Corée du Nord ne fait généralement pas de tests en hiver en raison des intempéries. Et, en effet, les tests avaient été suspendus pendant environ 10 semaines, après une forte activité pendant l’été.

Mais dans la récente tournée asiatique de Trump, la Corée du Nord figurait au premier plan des préoccupations, et la décision qui a suivi de remettre Pyongyang sur la liste noire des États soutenant le terrorisme a peut-être entraîné ce gouvernement à faire savoir qu’il n’était pas intimidé. Ce test va fournir un prétexte à Washington et à ses alliés pour resserrer les boulons. En plus de sanctions plus sévères, les envoyés US  poussent les autres gouvernements à couper leurs liens avec Pyongyang et à supprimer d’autres sources de revenus dont peut bénéficier le régime, comme l’utilisation de travailleurs nord-coréens comme main-d’œuvre étrangère – une pratique répandue au Moyen-Orient et en Russie .

La Corée du Nord insiste sur le fait que son programme de tests nucléaires et de missiles est purement défensif, et constitue un moyen de protéger le pays contre l’hostilité des USA, quels que soient les processus d’action/réaction qu’ils déclenchent ou accélèrent. Les USA, quant à eux, insistent sur le fait qu’ils « restent déterminés à trouver une voie pacifique vers la dénucléarisation », mais que leur patience est en train de s’épuiser. Le défi consiste pour les USA et leurs partenaires comme le Japon à mettre en place un règlement diplomatique que Pyongyang puisse accepter. Jusqu’à présent, les bâtons sont beaucoup plus gros que les carottes. Cela peut être gratifiant au plan émotionnel, mais il est peu probable que cela conduise à un accord durable.

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