Par John Ross, le 3 juin 2025
À l’approche du sommet de l’OTAN qui se tiendra à La Haye du 24 au 26 juin, les 450 millions d’Européens sont confrontés à un choix stratégique décisif qui aura des répercussions sur leur vie pendant de nombreuses années et dont l’impact sera bien plus vaste à l’échelle mondiale.
Les politiques mises en œuvre en Europe ces dernières années ont été désastreuses sur les plans social, économique, politique et militaire. L’Europe connaît une détérioration de ses conditions sociales, la plus grande guerre depuis 1945 en Ukraine et la plus forte montée des forces autoritaires, racistes et xénophobes d’extrême droite depuis les nazis dans les années 1930.
Les propositions faites au sommet de l’OTAN aggraveraient cette situation. La question clé est donc de savoir si l’Europe va continuer sur cette voie destructrice et désastreuse ou adopter des politiques qui offrent une issue.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a proposé aux 32 membres de l’OTAN que « le sommet de l’OTAN […] vise à atteindre 3,5 % de dépenses militaires effectives d’ici 2032 », soit une augmentation de 75 % par rapport à l’objectif précédent de 2,0 % du PIB.
Trump réclame des dépenses militaires encore plus élevées, à hauteur de 5 % du PIB. Rutte a ouvert la voie à cette proposition en soutenant un engagement à « 1,5 % de dépenses connexes, telles que les infrastructures, la cybersécurité et autres. Également réalisable d’ici 2032 ». Les 3,5 % plus 1,5 % correspondent aux 5 % réclamés par Trump.
Les conséquences sociales et politiques d’une telle orientation sont déjà évidentes. Les économies européennes sont pratiquement stagnantes, avec une croissance annuelle moyenne du PIB par habitant de l’UE inférieure à 1 % entre 2007 et 2024. Le FMI, quelque peu optimiste, prévoit une augmentation à seulement 1,3 % d’ici 2030. Avec l’augmentation des inégalités et la réduction des dépenses sociales due aux politiques d’austérité, des centaines de millions de personnes en Europe ont déjà connu une stagnation ou une baisse de leur niveau de vie. Le détournement de ressources supplémentaires vers les dépenses militaires, déjà accompagné de coupes dans les dépenses sociales pour les financer, aggravera encore cette situation.
Les conséquences politiques sont également claires. Les forces d’extrême droite et néofascistes, exploitant la détérioration des conditions, qui est en réalité causée par les mesures d’austérité et l’augmentation des dépenses militaires, en rejetant de manière démagogique la responsabilité sur les immigrés et les minorités ethniques et religieuses, vont se renforcer davantage.
Les conséquences désastreuses pour les partis traditionnels de gauche et progressistes qui soutiennent ou mettent en œuvre ces politiques de réarmement et d’austérité, avant même leur soutien aux nouvelles politiques de réarmement de l’OTAN, sont déjà connues dans les principaux pays européens. En Allemagne, le SPD a vu son score électoral chuter à 16 % en 2025, son plus bas niveau depuis 1887. Lors des dernières élections auxquelles il s’est présenté seul, le Parti socialiste français n’a obtenu que 6 % des voix. En Grande-Bretagne, le Parti travailliste, qui avait déjà obtenu l’un de ses plus faibles scores électoraux depuis les années 1930 lors des dernières élections, est désormais devancé dans les sondages par le Parti Reform d’extrême droite.
En revanche, les partis de gauche qui se sont opposés à l’austérité et à la politique de l’OTAN – La France Insoumise en France, Die Linke en Allemagne, le Parti du Travail Belge – ont maintenu ou considérablement accru leur soutien.
Cet effondrement désastreux des partis traditionnels de gauche qui ont soutenu la guerre et l’austérité est extrêmement dangereux dans le contexte de la montée des partis d’extrême droite à travers l’Europe.
La raison de l’effondrement du soutien à ces partis est évidente. Ces politiques s’attaquent au niveau de vie de la population. Si les partis se réclamant de la gauche continuent à soutenir l’austérité et le réarmement, cette tendance à la baisse ne fera que se poursuivre.
La seule issue à cette situation, tant pour la population européenne que pour la gauche, est un revirement complet de la politique menée, qui doit désormais donner la priorité au progrès social et au développement économique.
Après la fin de la guerre froide, l’Europe aurait dû se concentrer sur la promotion de la coopération économique et la réduction des tensions et des dépenses militaires. Cela aurait permis de créer une zone économique équilibrée, équivalente aux États-Unis, avec un fort potentiel de croissance en combinant l’industrie manufacturière et les services de l’Europe occidentale avec l’énergie et les matières premières de la Russie. Ce qui était possible a été démontré en Asie par l’ASEAN qui, sur un continent qui a connu les pires conflits de la guerre froide, les guerres de Corée et du Vietnam, est devenue la région économique la plus dynamique du monde grâce à sa concentration sur le développement économique et à l’absence de blocs militaires.
Mais comme une Europe coopérant sur le plan économique aurait pu être un concurrent sérieux des États-Unis, les administrations américaines ont cherché à l’en empêcher, principalement par l’élargissement de l’OTAN vers l’est, en violation directe des promesses faites par les États-Unis au dirigeant soviétique Gorbatchev de ne pas avancer « d’un pouce » vers l’est après la réunification de l’Allemagne. Au lieu de cela, en 1999, 2004, 2009, 2017 et 2020, de nouveaux pays ont été ajoutés à l’OTAN, et la porte a été délibérément laissée ouverte à l’adhésion de l’Ukraine, connue pour être une ligne rouge pour la Russie en raison de sa proximité avec celle-ci et de sa position historique comme voie d’invasion.
De nombreux experts américains sur l’Europe de l’Est s’y sont opposés, sous la houlette de George Kennan, l’architecte original de la stratégie américaine pendant la guerre froide, qui a averti que l’expansion de l’OTAN serait « l’erreur la plus fatidique de la politique américaine dans toute l’ère post-guerre froide ». Mais leurs avertissements ont été ignorés, avec pour résultat la guerre en Ukraine.
Aujourd’hui, l’OTAN exige le réarmement et des coupes dans la protection sociale pour financer cette guerre.
Les forces de l’OTAN se sont simultanément étendues hors d’Europe pour participer à des guerres dans le Sud, en Afghanistan et en Libye, ont mis en place de nombreuses organisations et initiatives pour préparer leur intervention dans le Sud – telles que l’Initiative de coopération d’Istanbul, le Strategic Direction-South HUB, le Bureau de liaison à Addis-Abeba – et ont commencé à s’étendre dans le Pacifique – le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Corée du Sud participant à tous les sommets de l’OTAN depuis 2022. Une telle expansion de l’OTAN impliquerait l’Europe dans encore plus de conflits et entraînerait davantage de demandes de dépenses militaires.
Ce qu’il faut, c’est exactement le contraire : donner la priorité au progrès social et aux investissements pour la croissance économique. Ces deux objectifs nécessitent davantage de dépenses et sont donc directement contraires à un renforcement militaire.
Le besoin de dépenses sociales en Europe est évident. Mais les investissements européens, qui sont la clé de la croissance économique, se sont également effondrés. Dans l’UE, les investissements, une fois prise en compte la dépréciation (l’usure des moyens de production existants), ont diminué de moitié, passant de 7,4 % du PIB en 2007 à seulement 3,5 % selon les dernières données. Les comparaisons internationales montrent que cela ne suffit que pour générer une croissance économique annuelle de 1 %.
En outre, les États-Unis font désormais pression pour que soient adoptées de nouvelles mesures préjudiciables à l’Europe et à ses citoyens. Les États-Unis ont déjà causé d’énormes dommages à l’Europe en menant une politique délibérée visant à priver l’Europe occidentale de ses sources d’énergie bon marché provenant de Russie, grâce à la guerre en Ukraine et à l’explosion du gazoduc Nord Stream, dont tout observateur sérieux sait qu’elle a été orchestrée par les États-Unis.
Le Wall Street Journal rapporte désormais que les États-Unis cherchent à obtenir « l’engagement des dirigeants européens à imposer de nouveaux droits de douane sur les industries chinoises », ce qui entraînerait inévitablement des représailles équivalentes de la part de la Chine, nuisant à l’économie européenne.
Dans le même temps, les États-Unis proposent des droits de douane sur les exportations européennes, suivis de l’imposition d’un système commercial international remplaçant l’OMC, déjà extrêmement imparfaite, par un système encore pire dans lequel les États-Unis décideraient unilatéralement des droits de douane et des règles !
Les peuples européens ont déjà subi d’énormes pertes en termes de niveau de vie à cause de la politique américaine. Ils ne peuvent pas en supporter davantage. Au contraire, l’Europe devrait, tout en rejetant l’augmentation des dépenses militaires et les coupes sociales destinées à les financer, chercher à retrouver l’accès à l’énergie bon marché de la Russie et à développer ses échanges commerciaux avec la Chine dans le cadre d’une politique de relance économique.
Face aux propositions désastreuses du sommet de l’OTAN, la gauche européenne a commencé à coordonner ses actions contre l’augmentation des dépenses militaires en créant Stop ReArm Europe. Il est essentiel que toutes les forces du continent opposées à la politique de l’OTAN renforcent encore leurs actions et leur coopération.
L’article ci-dessus a été rédigé par Globetrotter et No Cold War. John Ross est chercheur senior au Chongyang Institute for Financial Studies de l’université Renmin de Chine et lauréat du prix le plus prestigieux décerné aux écrivains étrangers sur la Chine et aux experts étrangers travaillant en Chine. Son dernier ouvrage en anglais s’intitule China’s Great Road. Il est membre du comité organisateur de la campagne internationale No Cold War. Il a précédemment occupé le poste de directeur de la politique économique du maire de Londres.
Source:https://substack.com/home/post/p-165081915
Traduit de l’anglais par un ami fidèle du site Arrêt sur info







































































































































































































































