« Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » : sans cesse martelée, cette affirmation devait conduire à justifier la création de l’Etat d’Israël (1). Dispersés dans le monde depuis la chute de Jérusalem en 70 ap.J.C., les juifs aspiraient à retrouver une terre qui leur soit propre, où ils puissent à nouveau s’établir comme nation. Présentée comme la terre de leurs ancêtres, la Palestine, selon leur narration, était restée inhabitée, en friche, une terre vierge, qui  ne demandait qu’à retrouver ses anciens habitants pour l’occuper et la mettre en valeur. Nous allons analyser successivement les deux parties de cette affirmation et démontrer que la réalité historique est toute différente.

 jerusalem

« Une terre sans peuple »

L’affirmation que la Palestine était, avant l’arrivée des juifs, « une terre sans peuple » est démentie par les chercheurs. Dans les campagnes palestiniennes, la paysannerie avait développé un système d’autosuffisance, avec, malgré les difficultés liées à un terrain souvent aride, tous les types d’agriculture que leur offraient la terre et le climat : céréales, légumes, fruits et élevage. Même si les techniques pratiquées semblaient assez sommaires, en comparaison des moyens plus modernes de l’agriculture d’autres pays, elles avaient l’avantage de leur permettre d’exploiter des terrains difficiles d’accès pour des machines imposantes. Le développement de l’agriculture palestinienne permettait aux villages et aux agriculteurs palestiniens d’être indépendants. Dans les villes au début du XX°siècle, la situation a connu une évolution comparable à l’Europe : début d’une industrialisation, développement du commerce (local et dans l’import-export) et dans le tourisme.(2).

En 1850 deux voyageurs européens décrivent la côte sur de cette manière ; « Les greniers de la vallée du Jourdain sont inépuisables. Un océan de blé, un véritable océan de blé ». Les importations françaises augmentent très fort la production du sésame. Autour de Jaffa, la production d’oranges quadruple en trente ans à peine. Ces oranges sont déjà fameuses à cause de leur peau épaisse qui préserve bien leur fraîcheur. Mais la Palestine exporte aussi du vin, du blé et de l’huile d’olive (en 1914, il existe trois cents pressoirs dans le pays)(3).

D’ailleurs les recherches sur les villages palestiniens vidés de leurs habitants et rasés en 1948 lors de la Nakba(4), c’est à dire l’expulsion systématique de près de 750 000 Palestiniens et la destruction de nombreuses localités, apportent la preuve de la densité de l’occupation humaine de la Palestine. Le professeur Israël Shahak a donné en 1975, district par district, la liste de 385 villages arabes, passés au bulldozer sur 475 existant en 1948. « Pour convaincre qu’avant Israël, la Palestine était un « désert », des centaines de villages ont été rasés au bulldozer, avec leurs maisons, leurs clôtures, leurs cimetières et leurs tombes. »(5). Saluons l’initiative d’Eitan Bronstein qui a fondé une association Zochrot(6) avec comme objectif de rappeler le souvenir de ces villages disparus. Une terre non pas « sans peuple », mais vidée de ses habitants, telle est la terrible réalité.

Un peuple sans terre

L’histoire officielle affirme que l’écrasement de Jérusalem par les légions romaines en 70 ap.J.C a déclenché la dispersion du peuple juif. Les recherches historiques et archéologiques ne corroborent pas cette théorie d’une expulsion de masse. Certes, après cet épisode sanglant, les juifs furent proscrits de la ville, mais beaucoup d’entre eux gagnèrent le nord du pays. « En Galilée et alentours, la population juive a continué à croître et à prospérer » affirme Zeev Weiss, directeur de l’institut d’archéologie de l’université hébraïque de Jérusalem. Cette version catastrophique de l’exil n’est étayée par rien et l’historien Israël Yuval enfonce le clou : « L’exil a toujours fait partie de l’existence juive. La Bible elle-même est le produit de l’exil... »(7).

En 1918, alors qu’ils séjournaient à New York, David Ben Gourion et Yitzhak Ben Zvi décidèrent de s’atteler à l’écriture d’un ouvrage socio-historique auquel ils donnèrent le titre d’ « Eretz Israël dans le passé et dans le présent ».Les auteurs avaient effectué un travail de préparation minutieux, et les données statistiques ainsi que l’appareil bibliographique joints étaient assez impressionnants. Voici ce qu’ils écrivaient :

 « Venir prétendre qu’avec la conquête de Jérusalem par Titus et avec l’échec de la révolte de Bar Kokhba les juifs cessèrent complètement de cultiver la terre d’Eretz Israël découle d’une ignorance totale de l’histoire d’Israël […]La population paysanne, en dépit de la répression et des souffrances, resta sur place fidèle à elle-même ».

Bien plus, les deux auteurs démontraient l’origine juive des fellahs palestiniens par le biais de la recherche philologique de la langue arabe vernaculaire ainsi que par l’investigation de la géographie linguistique(8). Mais alors comment expliquer l’implantation de communautés juives dans tout le bassin méditerranéen ? En réalité, ces communautés existaient bien avant la destruction de Jérusalem. Et ces populations juives n’étaient aucunement le résultat d’une dispersion, suite à des guerres, mais le fruit d’une conversion des peuples autochtones.

Dans son livre(9), Shlomo Sand nous explique comment la religion juive s’était effectivement, au cours des siècles passés, répandue dans tout le monde antique. La traduction de la bible hébraïque en grec au III° siècle av. J.C., dite « La Septante », fut un élément décisif pour la diffusion de la foi juive parmi les élites intellectuelles installées autour de la Méditerranée. La conversion des Khazars, qui habitaient une vaste région entre Voga et Nord-Caucase, à la religion juive est également documentée dans l’ouvrage de Shlomo Sand. Les communautés juives d’origine ashkénaze ou séfarade ne sont donc pas les descendantes d’une population juive contrainte à l’exil mais sont issues de la conversion à la religion juive de populations indigènes. Il n’y a jamais eu de « juifs errants » ni de « peuple sans terre ».

En conclusion, le projet sioniste qui a abouti à la création de l’État juif d’Israël, repose sur un grand mensonge, dévoilé par la recherche historique. Il faut à cet égard souligner le rôle d’avant-garde des nouveaux historiens israéliens.

 Marc JEAN | 10 avril 2016

(1) « Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions…priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale… » Déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël, 1948

(2) « Histoire occultée des Palestiniens 1947-1953 » par Sandrine Mansour-Mérien. Editions Privat 2013

(3) » Israël, parlons en » Editeur Investig’Action. Chap.3 « La Palestine avant 1948 : une terre sans peuple ? »

(4) « Le nettoyage ethnique de la Palestine » (appelé Nakba) par Ilan Pappe. Editions Fayard 2008

(5) Israël Shahak, un juif israélien né en Pologne, interné à Bergen, s’installa en Palestine en 1948. Il fut professeur de chimie organique et infatigable militant des droits d’homme. Il fut l’auteur de nombreux écrits sur le judaïsme dont l’ouvrage de référence ; Histoire juive – Religion juive-Le poids de trois millénaires. Source de l’extrait : Le racisme de l’Etat d’Israël, p.152 et suivantes

(6) http:// zochrot.org

(7) Documentaire sur Arte « L’exil des juifs » d’Ilan Ziv et Pascal Cuissot. 31/08/2013

(8) « Comment le peuple juif fut inventé » par Shlomo Sand. Editions Fayard pages 260-261

(9) « Comment le peuple juif fut inventé » par Shlomo Sand ; chapitre III Prosélytisme et conversion

Source: https://arretsurinfo.ch/la-grande-mystification-une-terre-sans-peuple-pour-un-peuple-sans-terre/

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