Il y a dix-huit mois de cela, le président syrien Assad avertissait que la guerre contre la Syrie allait également enflammer les pays voisins :

« Nous sommes entourés de pays qui aident les terroristes et leur permettent d’entrer en Syrie », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision turque Kanal Ulusal. « Tout le monde sait que si les troubles en Syrie provoquent la cassure du pays, ou que des forces terroristes contrôlent la Syrie… alors cela débordera  immédiatement, par effet domino, sur les pays voisins du Moyen-Orient ».

Depuis, l’État islamique a envahi non seulement l’est de la Syrie mais aussi la province d’Anbar en Irak, d’où il se prépare à attaquer l’aéroport international de Bagdad et le gouvernement irakien dans la zone verte de Bagdad.

En coopération avec la Turquie l’État islamique a assiégé l’enclave kurde de Kobane dans le nord-est de la Syrie. La ville risque de tomber bientôt, comme le gouvernement turc le désire. Le blocus de la Turquie empêchant renforts et  matériels d’atteindre et d’aider les défenseurs de la ville enflamme les 15 millions de Kurdes vivant en Turquie. La chute de Kobané pourrait bien conduire à la fin du processus de paix entre les Turcs et les Kurdes et à une nouvelle guerre civile dans le sud-est du pays. La Turquie abrite de nombreux réfugiés en provenance de Syrie et est une plaque tournante logistique importante pour l’État islamique. L’armée et la police turque sont déjà sous l’influence de l’État islamique :

On voit des signes d’une réaction anti-kurde et pro-islamiste de la police turque lorsqu’elle charge les manifestants kurdes en criant les mêmes slogans que l’EI.

Les forces de sécurité turques ont également ravivé le Hezbollah kurde, qui n’a absolument rien à voir avec le Hezbollah chiite du Liban. La version turque / kurde, secrètement crée par les services de renseignement turcs, est un groupe de radicaux sunnites kurdes qui veulent fonder un État islamique et qui ont été utilisés comme escadrons de la mort contre les groupes indépendantistes kurdes laïques. Ces derniers jours des groupes de ce Hezbollah ressuscité ont attaqué, avec le soutien tacite des forces de sécurité, des manifestations pro-kurdes lancées par le PKK, l’organisation kurde dominante et laïque, et ses organisations satellites. La semaine dernière, environ 30 personnes ont été tuées au cours de telles manifestations contre le soutien de la Turquie à l’État islamique. Le même nombre de morts que pendant les émeutes anti-Assad de 2011 en Syrie.

La Jordanie, au sud de la Syrie, est une importante plaque tournante des activités anti-Assad. La CIA a mis au point de vastes programmes de formation en Jordanie pour entrainer les réfugiés syriens à la lutte contre le gouvernement syrien. Aussitôt que des groupes de ces rebelles modérés sont envoyés à la frontière pour lutter contre l’armée syrienne, une partie  fait inévitablement défaut pour s’enrôler dans l’État islamique ou la filiale d’Al-Qaïda, Jabhat al-Nosra (JAN, Front pour la Victoire). Ils emportent avec eux les armes qui leur ont été données par la CIA et les régimes du Golfe. Des systèmes chinois de défense aérienne portatifs, des FN-6, fournis par le Qatar à ces rebelles modérés, ont été utilisés ces derniers jours par l’État islamique pour abattre au moins trois hélicoptères de l’armée irakienne. Alors que la Jordanie a isolé la plupart des réfugiés syriens dans des camps au milieu du désert, une partie de sa population est également favorable à l’État islamique. La Jordanie a maintenant fermé ses frontières à tous les réfugiés pour essayer de se protéger contre de nouvelles infiltrations islamistes. Cela devrait lui permettre de tenir un peu plus longtemps avant que le déluge n’atteigne ses principales villes.

À partir de la Jordanie, les rebelles modérés et les islamistes du Jabhat al-Nosra ont progressé en direction du nord-ouest, le long de la ligne de démarcation des Hauteurs du Golan qui borde Israël, vers le sud du Liban et contre les forces gouvernementales syriennes. Ces groupes sont protégés des contre-attaques syriennes par l’artillerie israélienne et reçoivent une partie de leur soutien, y compris les services médicaux, directement de la zone israélienne. Leur tâche est de s’infiltrer à travers les zones de peuplement druze, près des Fermes de Chebaa dans le sud du Liban, et à attaquer les positions du Hezbollah libanais qui est là pour protéger le Liban des attaques israéliennes. Israël est également en permanence en train de tester leurs capacités, par des actions de reconnaissance ou de force. Le Hezbollah a récemment reconnu publiquement avoir contré ces tests, démontrant ainsi des capacités nullement diminuées par son engagement sur d’autres fronts. D’autres groupes de rebelles modérés affiliés au Jabhat al-Nosra se sont dirigés vers le nord de la Jordanie et ont pris la colline de Tar Harrah, d’une grande valeur stratégique, située entre les Hauteurs du Golan et Damas. Des forces de l’armée syrienne sont maintenant encerclées par les insurgés sur les hauteurs du Golan et ceux autour de Tal Harrah. Ces deux groupes de rebelles modérés, propulsés de Jordanie ont progressé grâce à l’utilisation massive de missiles antichars TOW, fournis par les USA.

Ces forces dans le sud-est de la Syrie ne sont pas le seul danger pour le Liban. Sur sa frontière orientale plusieurs milliers de combattants du Jabhat al Nosra, dans ce cas-là en coopération directe avec les combattants de l’État Islamique, occupent une région axée nord-sud, longue de 80 km et large de 10 km, dans les montagnes libanaises de Qalamoun. L’armée syrienne et les forces du Hezbollah libanais ont combattu ces groupes tout au long de l’été. Mais le terrain très difficile, avec ses nombreuses grottes et vallées étroites, est une zone défensive idéale et les progrès ont été lents.

Les islamistes dans ces montagnes ont obtenu soutien et renforts grâce aux  camps de réfugiés syriens de la ville d’Arsal, située dans l’est du Liban. Les Forces armées libanaises (FAL), avec le soutien du Hezbollah, ont tenté de dégager les militants de ces villes, mais avec l’hiver on s’attend à ce qu’ils  descendent plus nombreux encore de cette montagne glaciale et s’infiltrent davantage au Liban. Les autochtones sunnites libanais, en particulier dans la ville de Tripoli, ont également été radicalisés. Il y a eu plusieurs attaques contre des postes de l’armée libanaise ces derniers jours à Tripoli et ailleurs. Il y eu également des attaques en force contre des points de contrôle isolés du Hezbollah dans plusieurs régions de l’est du Liban. Malgré l’arrivée de l’hiver la température au Liban a sérieusement grimpé.

Tripoli et quelques points chauds de l’est du Liban abritent, de manière ouverte, de nombreux combattants islamistes. D’autres régions aussi, mais moins ouvertement. Rien que dans la banlieue de Beyrouth quelques 30.000 réfugiés sunnites syriens en âge de combattre occupent toujours des campements de tentes utilisés par le Jabhat al-Nosra et l’État islamique pour recruter et pour s’infiltrer plus facilement au Liban.

Les Forces armées libanaises sont sous le contrôle du gouvernement d’union, mais comme la faction sunnite du gouvernement ne veut pas attaquer ses frères spirituels, l’armée libanaise se retient de réagir plus fortement contre les radicaux sunnites. Certains membres de l’armée libanaise ont aussi des sympathies pour les combattants de l’État Islamique et il y eu des rapports révélant un soutien direct de la part de soldats de l’armée libanaise.

Une attaque coordonnée de forces islamistes radicales venant du sud, avec le soutien d’Israël, ainsi que de celles venant des montagnes à l’est et de l’intérieur des villes libanaises submergerait les Forces armées libanaises et même le Hezbollah. Une telle attaque en règle pourrait être coordonnée avec une attaque sur Bagdad et d’autres cibles au sein de la Syrie et peut-être même de la Turquie. De telles attaques coordonnées submergeraient non seulement les forces gouvernementales locales respectives, mais aussi toute possibilité d’intervention internationale.

Le président Assad avait prédit qu’une attaque contre la Syrie déborderait sur les pays voisins. Ce débordement est déjà survenu en Irak, il se répand actuellement en Turquie et le Liban parait une cible assez faible pour exploser du jour au lendemain. Seule la Jordanie a toujours l’air assez stable pour l’instant mais avec des combattants de l’État islamique au nord et à l’est, ainsi que des sympathisants de l’État islamique dans ses villes, ce n’est qu’une question de temps avant que le feu n’y prenne.

Moon of Alabama | 10-10-2014
Traduit par Wayan

Original: War On Syria Spills Into Neighbor Countries – Lebanon Now In Serious Danger

 

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