Jérusalem. Le mur du Burak (des lamentations)


Emir Chekib Arslan

GENÈVE, le 15 Janvier 1930

Son Excellence monsieur  Le Président
et Leurs Excellences Messieurs les Membres du Conseil de la Société des Nations GENÈVE

Excellences,

Nous avons l`honneur de protester contre la résolution que votre Honorable Conseil vient d’adopter au sujet du mur du Burak (Lamentations).

Nous considérons que le fait seul de mettre en discussion et de rendre contestable la propriété des Musulmans  sur le mur du Burak, comme la plus grave atteinte portée jusqu’à présent aux droits politiques ou religieux séculaires et incontestables des Arabes et des Musulmans en Palestine, atteinte qui provoquera l’indignation des Musulmans du monde entier.

La grande Bretagne n’est  pas dans la vraie voie quand elle croit que la solution qui sera trouvée  par une Commission nommée de la part de la Société des Nations et laquelle ne peut être qu’au détriment  des droits  musulmans  établis depuis quatorze  siècles pourra lui faciliter de transformer graduellement la Palestine arabe en pays juif comme elle l’a prévu dans le Mandat.

Nous croyons que c’est bien le contraire qui se produira. La proposition britannique, qui a pour but de rejeter sur le dos de la Société des Nations le dépit du monde musulman, ne fera que mieux ressortir son attitude équivoque, et ne servira malheureusement pas le prestige de la S.d.N.

La Palestine est un pays arabe à majorité arabe incontestable. La solution qu’on cherche à trouver pour le Mur du Burak n’est pas de nature à liquider la question et ne peut avoir qu’un  caractère provisoire, car les Arabes et les Musulmans savent pertinemment que l’établissement de la majorité juive et élimination de l’élément arabe et musulman entrepris officiellement  selon le texte du Mandat ouvrira aux Juifs, dans un laps de temps qui ne  sera pas très long, les portes de tous les lieux saints convoités y compris la Mosquée al-Aqsa. C’est pour ces raisons que nous devons déclarer que chaque pierre en Palestine cache un mur de lamentations qui mettra aux prises les Arabes et Musulmans avec les Juifs, tant que l’injustice sera maintenue.

Au Lieu que l’Honorable Conseil se perde dans les détails et divise et multiplie les difficultés  en les aggravant, il serait plus sage de réviser son oeuvre, le mandat Palestinien, pour juger si vraiment il est  en concordance et en conformité avec l’esprit et la lettre de l’article 22 du Pacte, et en cas contraire  qu’ il veuille prendre la décision qui rend aux victimes arabes leurs droits spoliés  et à laquelle  la paix  et la tranquillité en Orient sont  profondément  liées. C’est là uniquement la solution du problème.

Veuillez agréer, Monsieur le Président et Messieurs les Membres, l’expression de très haute considération.

Pour la Délégation SYRO- PALESTINIENNE.
L’ Emir Chekib Arslan
Ihsan El Djabri

Source : anbaaonline

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