Yann Moix, ou comment une certaine caste occupe la scène

Nous découvrons coup sur coup deux articles révélateurs émanant d’une caste de vrais racistes qui peuvent tout se permettre. On constate que la haine qu’ils peuvent distiller, les calomnies les plus violentes pour diffamer des peuples ou des individus, ne sont pas un obstacle à leur ascension. Nous avons évoqué hier les propos peu aimables tenus par Claude Askolovitch.

Il se trouve que Yann Moix, la nouvelle vedette d’On n’est pas couchés n’est pas en reste. Souvenez-vous de l’affaire Polanski. Une affaire de pédophilie people qui a vu tout le bling-bling politique et artistique aller à la rescousse du cinéaste après la décision de la justice de le maintenir en détention à Zurich. Moix était de ce bling-bling là.

Pour en savoir davantage voir notre compilation d’articles ci-dessous. [Silvia Cattori]


Yann Moix: “J’aime Polanski et je hais la Suisse”

Par Forums.jeuxonline.info

Il y a quelques jours est paru sur le site « La Règle du Jeu » (dirigé par Bernard Henri-Lévy, dont le comité éditorial compte Claudio Magris, Mario Vargas-Llosa, Jorge Semprun notamment) un texte rempli de haine envers la Suisse:

Citation:

Je hais la Suisse.

Roman Polanski, nous venons de l’apprendre, va passer un an de plus dans sa prison suisse. Je dis bien : « prison ». Une prison, ce n’est pas strictement un cachot avec des rats. Une prison, c’est tout prosaïquement un endroit dont on ne peut sortir. D’où on ne peut pas s’échapper. Peu importe que la prison soit une cellule ou un chalet, un terrier ou même un immeuble tout entier. On est en prison quand on ne peut pas être ailleurs. Roman Polanski restera emprisonné en Suisse : c’est la Suisse la prison.

C’est la Suisse le bourreau. C’est la Suisse la sentence. C’est la Suisse la trahison. C’est la Suisse la haine et la revanche et la vengeance. Parce que la Suisse n’est pas un pays : la Suisse n’est rien. La Suisse n’existe qu’en détruisant. En neutralisant. Ce n’est pas un pays neutre, non : c’est un pays qui neutralise. Très joli pays qui, pendant la guerre, voyant qu’un peu trop de juifs venaient étrangement faire du tourisme en ses montagnes, a demandé à ce que fût apposé sur les passeports le « J » de Juden. La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.

La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.

Je hais la Suisse. Sa gentillesse méchante, sa dégueulasserie bonbon, son calme rempli de dagues et de couteaux, sa surface polie mais comme une lame. Nous voudrions que ce pays relâche Roman Polanski, s’excuse, arrête tout. Nous voudrions que la population suisse ait honte, définitivement honte, pour ce qu’elle fait endurer à Polanski. Que des grèves se déclarent à Genève, à Lausanne, à Gstaad, ou des manifestations. Que les gens sortent dans la rue. Crient. Hurlent. Contre leur « gouvernement ». Autrefois, Alfred Jarry disait (c’est dans Ubu Roi) : « la scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part. » Nulle part, ce serait plutôt la Suisse. La Suisse voudrait empêcher que le réalisateur de Chinatown (que je viens de revoir cette nuit et qui est un chef-d’œuvre) continue de nous donner des œuvres d’art. Pourquoi, Suisse, ne laisses-tu pas cet homme partir ? Parce que tu as peur de l’Amérique ? Parce que tu trembles ? Parce que tu suis toute cette meute ignoble, parfaitement aveugle, et qui veut que Polanski représente, pour la nuit des temps, le pédophile par excellence ? Qu’il en soit l’incarnation, le parangon, l’icône ? Suisse, sois digne pour une fois dans ta vie. Suisse, donne-toi une dignité en rendant la sienne à un des grands génies du cinéma qui a suffisamment payé pour quelque chose qui ne s’est pas déroulé comme on le sait, le croit, croit le savoir. Suisse, sois une nation, sois un pays, sois quelqu’un. Sois un homme, Suisse.

Quand il y a la guerre, Suisse, tu te carapates. Tu regardes tes chaussures. Tu vas tranquillement te promener en montagne. Tu respires le bon air parmi les gentils (petits) oiseaux. Rien n’est ton problème, Suisse. Tu n’es jamais concernée. Tu n’es jamais impliquée. Tu n’es jamais inquiétée. Tu n’es jamais là quand on a besoin de toi. Tu es toujours là, sur la planète, mais tu ne sers à rien : tu arrêtes les artistes et tu enrichis les enrichis. Tu ne sais rien faire, sauf pitié. Je te hais, Suisse. Je te demande de m’arrêter, moi, aussi, le jour où je viendrai te voir. Pour cracher sur ton sol immonde. »

Yann Moix


Yann Moix en remet une couche un peu plus tard avec un « Je hais la Suisse, deuxième volet » publié sur le même site web, je n’ai malheureusement pas trouvé de copie de son second torchon. Le premier article a simplement été supprimé (lien originel: http://laregledujeu.org/2010/01/31/8…ais-la-suisse/ ) alors que le second lien a été remplacé par un coup de pub pour son livre: http://laregledujeu.org/2010/02/02/8…euxieme-volet/

Citation:

En réponse aux lecteurs et amis suisses de La Règle du jeu qui nous ont fait part de leur étonnement quant au retrait du texte de Yann Moix publié le 1er février 2010 et intitulé “J’aime Polanski et je hais la Suisse”, la Rédaction précise que ce retrait a été effectué à la demande de l’auteur. Nous vous invitons à lire la version longue de ce texte, très controversé, dans son livre La Meute, à paraître chez Grasset le 24 février prochain. La Rédaction.

Les réactions ne se sont bien entendu pas fait attendre. Le journal Le Matin interview le bonhomme : http://www.lematin.ch/actu/suisse/ya…salauds-229729


Un blogueur suisse répond à La Règle du jeu :

Citation:

Finalement « dépublié » du site littéraire de Bernard Henri Lévy (que l’on remercie d’avoir encouragé un tel gâchis), la causerie haineuse de Yann Moix, « J’aime Polanski et je hais la Suisse », aura fait couler beaucoup d’encre aujourd’hui. La deuxième partie du texte, malheureusement devenue introuvable pour l’instant, était un condensé de haine à notre égard rarement égalé. Comme j’avais pris soin, avant le retrait définitif du texte de Moix, de sauvegarder mon commentaire posté sur le site mentionné précédemment, j’ai décidé de le publier ici.

Cher Monsieur,

La Suisse existe bien, tant pis pour vous. Mais le pire dans cette affaire c’est qu’ici, en Suisse, dans mon pays, je suis sûr que votre prochain livre fera un tabac et que vous serez invité à moult séances de dédicaces transformées en messe d’auto-flagellation nationale.

Car nous aimons cela, aussi, en Suisse.

En fait vous haïssez la Suisse non point à cause de l’affaire des « J », mais parce qu’en dehors de Chessex vous n’y voyez aucun génie, aucune forme d’Art qui justifierais son existence, carence de talent que vous attribuez à la « neutralité », sorte de « judaïté » inversée (même rapport à la richesse, à la réussite, au profit, à l’argent, à la lâcheté que dans les clichés antisémites). Car tout ce que vous aimez du monde c’est l’esthétique qui s’en dégage, si possible à l’excès, et rien d’autre, en pur narcissique insatisfait que vous êtes. Or, comment une adepte de l’excès pourrait-il apprécier le calme, le pragmatisme, et la neutralité? Quoi qu’il en soit, après avoir lu un tel flot d’idioties, on se demande à quoi sert un intellectuel, et surtout on constate son inutilité sitôt qu’il sort de de son domaine spécifique (Car la Suisse n’est de manière évidente pas votre spécialité). Ce n’est pas pour rien que vous resterez un cinéaste médiocre autant qu’un écrivain contesté, et pas pour rien que vous n’entrerez jamais au panthéon des hagiographes officiels de l’Helvétie, ou peut-être si, dans celui des hagiographes haineux.

P.S. Je n’aime pas la montagne, mais je reconnais l’existence d’un certain génie des alpages et une esthétique naturelle intrinsèque qui justifie tous les écarts de conduite de mon beau pays. Après tout vous nous reprochez de retenir Polanski pour des faits anciens, mais que faites-vous d’autre dans votre texte? Les Etats auraient-ils donc moins le droit que les individus à être dédouanés de leurs « abominations » passées ?… Ah, c’est vrai, seules les nations qui comptent d’authentiques génies, des Céline par exemple, auraient ce droit. Seuls les salauds (et les salopes) talentueux(-ses) méritent votre pardon.

Et pour conclure, en vous lisant nous aurons compris qu’un Suisse, quand il se comporte de façon éthique, cesse de l’être pour devenir simplement « humain », tu parles de tautologies, d’artifices rhétoriques et de déficit de contenu. Un Suisse authentique, par essence, c’est un salaud. On aurait remplacé « Suisse » par « Juif » on aurait trouvé ça raciste, mais dégueuler sur une saloperie d’Helvète c’est tellement héroïque que ça se situe au-delà des normes de la « race » et de la « haine »: Ce serait presque pour vous un devoir humaniste!

Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous qu’un prix Goncourt autorise les gens à publier ce genre de diatribes fascistes ? D’autant plus pour manifestement faire un coup de pub à un livre sortant bientôt ?

Source: http://forums.jeuxonline.info/showthread.php?t=1056345


Didier Jacob, un journaliste du Nouvel Obs réagit également:

« La Suisse, cette pute » : la dernière pitrerie de Yann Moix

02 février 2010

Didier-jacob.blogs.nouvelobs.com

Les lecteurs du Figaro, épargnants pépères ou capitalistes ultralibéraux, apprécieront peut-être moyennement que son éditorialiste (les pages livres) ait lancé sur le site Internet de La Règle du jeu, la revue de BHL, un appel au meurtre de la Suisse, sur le ton loufoque qui ne surprendra cependant aucun des habitués de sa prose (le billet a semble-t-il été retiré, réédité et augmenté d’un autre, puis retiré à nouveau du site, ainsi que le second). Sous le titre «J’aime Polanski et je hais la Suisse», l’ami Yann Moix écrit par exemple: «La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires: la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.»

Moix, c’est son problème, ne dit jamais les choses une fois. Il doit penser que son lecteur est dur de la feuille. Un vrai petit manège. Il tourne en rond, à cheval sur sa prose morbide, son éloquence raciste, et quand vient la fin du morceau, il faut toujours qu’il demande un tour supplémentaire: «Je hais la Suisse. Sa gentillesse méchante, sa dégueulasserie bonbon, son calme rempli de dagues et de couteaux. (…) Quand il y a la guerre, Suisse, tu te carapates. Tu regardes tes chaussures. Tu vas tranquillement te promener en montagne. Tu respires le bon air parmi les gentils (petits) oiseaux. (…) Je te hais, Suisse. Je te demande de m’arrêter moi aussi, le jour où je viendrai te voir. Pour cracher sur ton sol immonde.» Arrêter Moix, peut-être pas. Mais du moins l’emmener à l’hosto, service urgences générales.

On pourra s’étonner, au passage, que la revue de BHL s’associe à cette profession de foi qui, dans sa nature même, n’est autre que fasciste. A moins que BHL, justement, n’ait demandé à Moix de retirer son texte, indisponible depuis quelques heures maintenant. Moix censuré par BHL? Peu importe, d’ailleurs. A l’évidence, Moix, cet écrivain, cet homme de plume, de basses besognes plumitives, va mal. On ne trouverait rien à redire, surtout ici, au fait qu’un peu de bile soit libérée dans la médiasphère. Mais on est là face à quelque chose qui ressemble à de la haine immémoriale, laquelle dénonce le Suisse avec la même rage, et facilité, qu’elle a dénoncé des juifs.

Pris à partie par quelques internautes, Moix, quelques jours plus tard, trempe donc à nouveau sa louche dans la soupe de sa colère. Ca s’appelle cette fois «Je hais la Suisse, deuxième volet». Y en aura-t-il un troisième? L’influence des séries américaines, sans doute. L’auteur, en tout cas, devait imaginer qu’il n’avait pas enfoncé suffisamment le clou. Il s’agit, dans le deuxième billet, des mérites comparés de l’attitude de la France et de la Suisse pendant l’Occupation. D’un côté, la France qui a su résister, de l’autre, la Suisse qui n’a fait que se vendre. «La Suisse, je le concède évidemment, n’a pas été un pays de bourreaux. Juste un pays de salauds.» Bon, disent quelques internautes à l’éructant Moix, il y a quand même eu des gens, en Suisse, qui n’ont pas été les salauds que vous dites. Là, reconnaissons que Moix a du génie. Car les «bons» Suisses, pour lui, ne sont pas suisses: ils sont humains, pardi. Hors frontières. Je vous cite le passage: «Les Justes ne font pas partie d’un pays. Ils font partie de l’humanité. Ce ne sont pas des Suisses, avec des intérêts suisses, avec des intérêts nationaux suisses, avec des intérêts financiers, bancaires et économiques suisses qui ont sauvé des juifs: ce sont des hommes. Ce sont des hommes humains qui ont sauvé d’autres hommes humains.»

Des hommes humains. Comme Moix un chacun? Savez-vous que, dans son délire, Moix pourrait finir par vouloir enfermer la «prison suisse» dans une prison plus large. Et transformer la Suisse en camp de concentration entouré de barbelés. Mais qui va sauver les Suisses alors? Si les hommes humains de Suisse, capables de libérer les Suisses, sont enfermés à l’intérieur de la Suisse non humaine?

Encore un tour de manège? C’est que Moix n’a pas fini avec son poney. Un dernier coup de cravache et ça donne: «Je dis, je redis ce que je pense: Roman Polanski a aussi été arrêté parce qu’il est juif. Je n’en démordrai pas.» Que Polanski soit aujourd’hui ennuyé par la justice (avec cependant certaine relative tolérance qu’il doit à son statut de grand metteur en scène) pour ce qui demeure un fait grave, soit le viol d’une mineure, n’a finalement, aux yeux de Moix, pas d’importance. La Suisse, dit-il dans une interview publiée depuis dans le Matin, c’est «Gestapoland». Ou ceci: «C’est quoi, demande le journaliste, la lausannéité?» Réponse de l’auteur: «C’est la mollesse dégueulasse. Voilà ce que sont les Suisses: des mous salauds.»

On aura du moins une idée, en lisant les sottises de notre sous-Céline, de la profondeur de ses vues. C’est une pensée fasciste, qui assimile un pays, ou une population, au Mal. Ne reste plus qu’à signer l’ordre d’élimination. Moix, c’est le poids des raccourcis, le choc de l’infamie.

Didier Jacob | 2 février 2016

Source: http://didier-jacob.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/02/02/la-suisse-cette-pute-la-derniere-pitrerie-de-yann-moix.html

Publié par Arrêt sur Info le 02 juin 2016

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