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Par Charles Gave | 7 novembre, 2016

Comme JF Revel (et contrairement à Rousseau), je crois que l’ homme est naturellement mauvais et que c’est la société qui le rend bon, ou à tout le moins qui limite les horreurs que les méchants infligeraient à la population si la LIBERTÉ n’était pas fermement protégée par deux réalités qui forment la base de toute démocratie.

Comme tout bon libéral, je crois en effet que les deux protections essentielles pour tout un chacun sont l’égalité de tous devant la Loi (c’est à dire une justice indépendante) et la liberté d’information (ce qui veut dire une presse non contrôlée par le capitalisme de connivence ou évidemment, l’état)…

Mentionnons au passage que ces deux conditions n’existent pas en France et depuis bien longtemps.

Mentionnons aussi que sous la présidence Obama, ces deux garde-fous ont disparu. Nous arrivons -enfin- à la fin de la campagne présidentielle aux USA et je ne peux pas m’empêcher d’être à la fois stupéfait et déçu. Je m’explique. Il est traditionnel de dire que le parti démocrate représente aux USA la gauche tandis que le parti républicain représenterait la droite, ce qui n’est pas tout à fait exact, le parti démocrate ayant soutenu l’esclavagisme et la ségrégation dans le Sud pendant toute son histoire. Cependant, tout au long de l’histoire des USA, je crois pouvoir dire que gauche et droite acceptaient sans barguigner les deux principes mentionnés plus haut.

Ce qui voulait dire que lorsque l’un des membres du parti au pouvoir se faisait pincer dans une manœuvre illégale, en général grâce à la presse, les gens de son propre parti étaient les premiers à demander sa destitution.

On songe à Nixon et au scandale du Watergate: quand il devint évident que Nixon avait commis des crimes justifiables de « l’impeachment » les sénateurs Républicains sous la conduite de Goldwater vinrent lui signifier qu’il fallait démissionner pour éviter une grave crise constitutionnelle, faute de quoi ils seraient obligés de le débarquer.

Ou encore on songe à Truman virant le général MacArthur pour insubordination.

Or dans cette dernière campagne, la gauche américaine représentée par la candidate démocrate a trahi de façon tout à fait remarquable ces deux principes essentiels à la bonne marche de toute Démocratie.

Nous avons eu toutes les évidences que le citoyen de base pouvait demander prouvant que madame Clinton avait commis de nombreux crimes, mais nous avons vu également que madame Clinton échappait aux poursuites qui auraient dû suivre parce que le ministère de la Justice aux USA était tombé sous le contrôle d’une véritable mafia qui n’avait qu’un but, porter au pouvoir leur candidate même si cela nécessitait d’entraver les enquêtes (ce qui aux USA et partout ailleurs est un crime).

Et le pire est apparu récemment : le Président sortant, sans doute l’un des  plus mauvais de l’histoire, était parfaitement au courant de ces turpitudes et les couvrait.  (Addendum : Nous avons aussi appris que son premier cabinet ministériel lui avait été fourni « clefs en main » par Citicorp et Goldman-Sachs, source Wikileaks, ce qui montre sa grande indépendance par rapport à Wall-Street.)

Comme je l’ai écrit plus haut, ce n’était pas la première fois que nous avions ce cas de figure puisque nous l’avions déjà croisé avec le scandale du Watergate. Mais c’est là qu’était entrée en lice la presse qui avait vigoureusement recherché la vérité pour la faire éclater.

Or cette fois encore, nous avons toutes les preuves dont nous avons besoin qui montrent que la Loi n’est plus la même pour tous aux USA, ce qui devrait faire bondir tout homme ou femme de gauche. Apres tout la presse, tant aux USA qu’en dehors est à 90 % de gauche et la gauche aime à s’identifier avec la Justice…

Que nenni.

La presse a choisi non seulement de ne pas enquêter, mais  recommande de voter pour quelqu’un dont tout le monde sait qu’elle est une criminelle et qu’elle a menti sous serment. Curieuse défense de la justice…la gauche n’aimerait elle pas une justice indépendante et  ne serait ce  pas là une idée bourgeoise ? J’ai des doutes.

En fait la vérité est sortie  non pas grâce à la presse officielle mais bien grâce aux média alternatifs issus de l’Internet (Wikileaks, Breitbart, ZéroHedge, Newmax) et bien entendu à la grande fureur des média officiels qui sont devenus depuis de grands partisans de la théorie du complot et donc de la nécessité de censurer tous ces irresponsables…La presse officielle demandant la censure, voila qui est plaisant. On se retrouve à  l’époque heureuse de la Pravda.

Une première question se pose alors: qui sont ces gens, soi disant de gauche, qui acceptent de voter pour une personne aussi pourrie et pourquoi le font-ils?

La réponse est simple.

  • Tout d’abord nous avons les minorités, c est à dire les noirs, les latinos et les femmes seules qui ont toujours suivi le parti démocrate en arguant du fait que c’était lui qui distribuait les subventions publiques. Voilà qui est excusable et même peut être compréhensible dans la mesure où l’on peut penser que ces gens sont mal informés, ont une vie très dure et craignent qu’elle ne devienne encore plus difficile si la droite venait à l’emporter.
  • L’autre moitié du corps électoral de madame Clinton est constituée par ceux qui ont fait des études supérieures et aucun de ceux là ne peut utiliser les excuses que l’on peut trouver pour la première catégorie.

Et donc nous nous trouvons face à une deuxième question: qu’est-ce qui amène ces gens soi disant intelligents car éduqués (un non sequitur d’anthologie) à voter pour une crapule?

Et là, je suis obligé de rechercher ce qu’Aristote appelait la cause première, c’est à dire dans ce cas à remonter jusqu’au système d’éducation qui leur a permis d’être là où ils sont. Revenons en arrière.

À la fin des années soixante, une véritable révolution eut lieu dans tous les systèmes éducatifs en Occident : nous passons d’un système rigoureux qui cherchait à former des citoyens responsables à un autre système fondé non pas sur une morale absolue (les dix commandements) mais sur une morale ancrée dans la notion de morale relative (tout se vaut). Le bien ou le mal n’existent pas, seules comptent les intentions. La vérité n’existe pas et quiconque la recherche est automatiquement traité de fasciste ou de raciste….

C’est une dérive de la pensée que Jean-Paul II et Benoît XVI ont dénoncé avec beaucoup de vigueur en leur temps quand ils ont condamné le relativisme en termes très durs. Mais pour nos relativistes, le crime n’existe pas, tout se vaut et donc ils votent pour madame Clinton simplement parce que les Clinton leur permettent de se sentir bien avec eux-mêmes, puisque ces deux vieux criminels ne parlent que de justice sociale, de fraternité humaine et de partage. La ressemblance avec le redoutable (pour ses proches et pour la France) président Mitterrand est foudroyante.

Pour tous ces gens, madame Clinton, qui a volé l’argent des contribuables, n’est donc pas plus coupable que Trump contre lequel rien n’a été prouvé, si ce n’est qu’il a fait passer les 7 millions de dollars que son père lui avait laissés en 7 milliards de dollars, créant au passage des dizaines de milliers d’emplois. Mais il est riche et donc coupable, tout autant que madame Clinton et sans doute plus puisque il a plus d’argent qu’elle.

Ces braves bobo ne se rendent même pas compte, tant on ne leur à rien appris, que c’est la le modus operandi de la mafia en Sicile et que toute société fondée sur une morale relative finit toujours dans le chaos, la violence et la loi du plus fort.

Et donc cette classe à moitie éduquée n’a que le plus profond mépris pour ceux qui n’ont pas eu leur chance et méprise les  « sans dents  » puisqu’ils sont gros, laids, ignorants, pauvres et pire que tout, blancs et qu’ils ont « échoué », alors qu’eux ont  « réussi ». Nous assistons donc une fois de plus à ce que Julien Benda appelait en 1927 la trahison des clercs, phénomène vieux comme les rues : Le peuple résiste, les intellectuels trahissent telle est la loi de l’histoire. Quand je vois ce qui se passe aujourd’hui dans les sociétés occidentales, j’ai honte d’être un intellectuel.

Le rôle de l’intellectuel (qui fait automatiquement partie de l’élite) n’est pas de se servir mais de servir. Il faut instruire le peuple et l’aider, pas le mépriser. Le tirer vers le haut, et non pas le considérer avec condescendance. Accessoirement, et comme le disait Toynbee il faut que la dite élite dégage des solutions pour que le sort du peuple s’améliore, faute de quoi le système s’écroule.

Montaigne a écrit dans ses essais qu’il aimait les gens de son village qui n’en savaient pas assez pour raisonner de travers. La force de monsieur Trump est que sa campagne fait appel à ceux qu’aimaient Montaigne (alors que lui même fait partie de l’élite) et de proposer des solutions, qui ne sont peut être pas les bonnes, mais qui ont le mérite de trancher sur les solutions de l’élite actuelle qui ne cherche qu’à s’enrichir  personnellement sans prendre de risques et qui ont donc failli lamentablement dans les vingt dernières années.

Mais le plus amusant est que si vous dites dans un dîner en France que madame et monsieur Clinton sont des crapules et que monsieur Trump est peut être un homme honorable, vous êtes immédiatement perçu comme traître à votre classe et vous n’êtes jamais réinvité.

Être pour Trump  en France (et partout dans le monde) est de fait un puissant marqueur social qui vous entraîne automatiquement vers le bas.

Car cette classe qui parle sans arrêt de tolérance est d’une intolérance totale pour tout intellectuel dissident, comme le montre le sort de Renaud Camus en France par exemple. Les intellectuels dissidents aujourd’hui ne sont guère mieux traités par la soit-disant élite qu’ils ne l’étaient pendant la période McCarthy aux USA.

Si madame Clinton est élue, je crains donc le pire pour les USA.

  • D’abord les poursuites contre la candidate resteront ouvertes tant le FBI qui se voit comme seul rempart de la légalité républicaine (et qui l’est) est sur le sentier de la guerre et continuera ses enquêtes envers et contre tout. Et donc, le Président élu devra se défendre en justice avant que d’être « impeached »  et sera complètement inopérant. Madame Clinton serait donc dans ce cas de figure la première femme présidente et la première à être impeached. Et bravo ! Voila qui va rendre fières toutes les féministes.
  • Mais aussi parce que des états entiers  regroupant tous les USA à l’exception des côtes Est et Ouest auront l’impression d’avoir été volés car ils savent tous que le parti démocrate à une longue tradition de fraude électorale. Que la fraude ait eu lieu ou pas, les citoyens auront l’impression d’avoir été volés, refuseront d’obéir, et comme ils sont tous armés…le pire est à craindre.

Nous sommes donc à un moment important de l’histoire des USA.

Les valeurs  de la classe dirigeante américaine actuelle telle que représentée par les Obama ou les Clinton sont de facto et de jure complètement incompatibles avec celles de la Constitution. 

Si madame Clinton l’emporte, elle nommera des juges à la cour suprême pour mettre la Constitution en accord avec les valeurs (?) qu’elle représente et les États-Unis continueront de glisser vers le gouffre, et de façon accélérée.

J’ai rarement été aussi inquiet.

Heureusement, tout en n’ayant aucune confiance dans les élites, j’ai une grande confiance dans le peuple.

Je pense et j’espère que le peuple Américain va voter pour monsieur Trump, y compris une large partie des minorités.

Apres le scandale du Watergate, 47 personnalités appartenant au gouvernement de Nixon ont été en prison dont le ministre de la Justice. J’en attends au moins soixante cette fois ci, y compris  le mari de la candidate actuelle et toute la garde rapprochée des Clinton dont je ne doute pas qu’une partie importante va avoir des tas choses à raconter au FBI pour ne pas rester trop longtemps  à l’ombre.

Optimiste je suis, et optimiste je resterai. Entre le Brexit et la défaite des Clinton, les nuages reculent. Prochaine étape la disparition de l’euro.

Je ne peux pas attendre.

Je vais peu dormir dans la nuit de mardi à mercredi, mais j’ai bon espoir d’être de bonne humeur mercredi matin.

Par Charles Gave | 7 novembre, 2016

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001  » Des Lions menés par des ânes « (Editions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage « L’Etat est mort, vive l’état » Editions François Bourin 2009 prévoyait la chute de la Gréce et de l’Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal research (www.gavekal.com) et Gavekal securities.

Source: http://institutdeslibertes.org/la-trahison-de-la-gauche-americaine/

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