Introduction

Imaginez un feu qui peut être rouge ou vert et deux pédales. Chacun sait qu’on peut dresser un singe à appuyer sur la pédale gauche lorsque le feu est rouge et sur la pédale droite lorsqu’il est vert.

Il suffit pour cela de lui donner des cacahuètes ou une banane chaque fois qu’il appuie sur la bonne pédale. Deux physiciens, Bak et Stassinopoulos, ont simulé avec succès le cerveau d’un singe sur un ordinateur sous forme d’un réseau de mémoires échangeant entre elles de l’information, comme le font les neurones de notre propre cerveau.

Celui-ci reçoit de l’information de l’environnement sur lequel il agit de façon à obtenir de l’énergie, non seulement pour nous nourrir mais aussi pour accroître notre puissance physique. Depuis l’invention de la typographie, les échanges d’information n’ont cessé de se multiplier entre les hommes. Il y a aujourd’hui sur terre à peu près autant d’individus qu’il y a de neurones dans notre cerveau et, avec le développement des nouvelles technologies, la communication entre eux ne cesse de s’accroître. C’est pourquoi on commence à parler de cerveau global. L’article ci-dessus montre qu’un certain nombre de personnalités le réalisent aujourd’hui. Avec le déclin de nos ressources pétrolières et la crise environnementale qui l’accompagne, l’humanité prend globalement conscience que l’heure n’est plus à la compétition, mais à la coopération. Cerveau de la vie sur terre, noosphère de Vernadsky ou Teilhard de Chardin, l’humanité ne survivra qu’en prenant globalement son destin en charge.

Dans mon propre livre sur la Thermodynamique de l’évolution, je montre qu’il s’agit d’un processus général de dissipation d’énergie. Des quarks aux noyaux atomiques, des atomes aux molécules, des macromolécules aux êtres vivants l’univers évolue sans cesse vers plus d’interconnectivité. L’Homme ne fait pas exception à la règle.

Par François Roddier, physicien et astronome français; auteur de l’essai Thermodynamique de l’évolution : Un essai de thermo-bio-sociologie.


poutine - kremlin


Les récentes modifications de l’équipe de Poutine rendent les experts occidentaux perplexes. Selon la BBC, le nouveau chef d’équipe de M. Poutine, Antoine Vaino est passé en tête de l’ordre de prééminence du Kremlin«enveloppé de mystère». En dépit de son apparence parée de «cape et d’épée», la nomination de M. Vaino est un signe très net que la Russie s’oriente vers une politique beaucoup plus progressiste que Londres ou Wall Street veulent nous faire croire. Voici une vision candide de ce que M. Poutine nous prépare.

Olga Ivchina et Dmitry Bouline des services russes de la BBC nous disent à quel point les idées capitalistes de l’Occident diffèrent de la «troisième voie» en quête de laquelle sont partis M. Poutine et ses conseillers du Kremlin. J’ai fait allusion à cette voie dans un article précédent sur NEO. Je trouve aujourd’hui fascinant que les économistes et les médias occidentaux n’arrivent apparemment plus à suivre Poutine, même en matière de politique financière. L’émission de la BBC intitulée Le mystérieux nooscope : l’étrange outil du nouvel homme de Poutine éclaire la réalité aux lecteurs, quoique fortuitement. Un article de M. Vaino intitulé La capitalisation du futur offre la clé pour comprendre comment les Russes vont faire avancer ce projet de nouvelle voie politique. Bien que BBC, ABC et bien d’autres porte-paroles du courant actuel ne la comprennent pas, l’essence d’un gouvernement de troisième voie n’est pas si difficile à saisir. En voici la base.

Les architectes de la troisième voie

Les théories et les stratégies économiques d’Antoine Vaino sont aujourd’hui étudiées comme aucune autres dans les cercles occidentaux actuels, et pour de bonnes raisons. L’article intitulé La capitalisation du futur, publié en 2012 dans le journal Loi et questions économiques, a capté l’attention des experts du statu quo. Traitant les assertions de Vaino de mascarades, les médias ont porté leur attention sur ce que l’auteur appelle le «nooscope», un système inventé pour comprendre la sphère de la pensée humaine. Prétendument construit et breveté par Vaino, l’appareil mesure ce que le génie Vladimir Vernadsky appelle la «noosphère», ou conscience collective de l’humanité. C’est du moins ce que postule ABC. En fait, le concept de noosphère remonte à un homme appelé Pierre Teilhard de Chardin, qui a le premier utilisé ce nom pour décrire une troisième étape de l’évolution humaine (donc une troisième voie). Pour éclairer ce que les journalistes d’ABC et BBC apparemment ne comprennent pas, les lecteurs pourront consulter le projet de conscience globale (GCP) de Princeton. Je vous assure que, loin d’être stupide, le choix de M. Poutine pour son chef d’équipe est plutôt le choix d’une politique et d’une finance de pointe. De mon point de vue, Vaino est le génie choisi pour conduire la Russie dans sa prochaine phase de développement socio-économique. Ceux d’entre vous qui ont entendu parler d’analyse de big data et de small data vont être captivés par la suite. Pour citer l’introduction au projet de Princeton :

Les effets subtils mais réels de la conscience sont importants scientifiquement, mais leur vrai pouvoir est plus immédiat. Ils nous incitent à apporter des modifications saines et souhaitables aux grands systèmes qui dominent notre monde. La conscience de groupe, à grande échelle, a des effets dans le monde physique. Le sachant, nous pouvons développer intentionnellement un futur plus brillant et plus conscient.

Maintenant que j’ai votre attention, le projet de Princeton nous offre des clés pour comprendre le potentiel des derniers changements d’équipe de Poutine. Pour être précis, l’analyse de 15 ans de données et l’étude du GCP ont établi des corrélations directes entre des événements mondiaux permettant d’en prédire les conséquences. Plus simplement, je pense que les groupes de réflexion de M. Poutine peuvent maintenant formuler et mettre en œuvre des comportements régulés à un certain niveau. D’accord, ce n’est peut-être pas si simple que cela. Voici ce qu’en dit Roger D. Nelson, le directeur du projet de Princeton :

Les grands événements du monde qui permettent aux peuples de rassembler leurs idées et de synchroniser leurs émotions seront corrélés aux changements de comportement du réseau de relations aléatoires. L’intention était de contrôler cette hypothèse à l’aide d’une série de tests entièrement qualifiés par des paramètres spécifiés à priori. Le résultat est une confirmation définitive de l’hypothèse générale, avec un écart type de 7 sigma par rapport à l’absence de corrélation.

Nous possédons réellement une conscience collective, et l’expérience montre que l’humanité est, de fait, entrée dans une troisième phase de développement. La théorie dit en gros ceci. La noosphère est cette troisième phase qui fait suite à la géosphère (matière inanimée) puis à la biosphère (vie biologique). De la même façon que l’apparition de la vie a changé la géosphère, l’émergence de la connaissance humaine a fondamentalement modifié la biosphère. Ainsi, la théorie de l’émergence de la noosphère est le point où l’humanité entre dans l’ère ou les ressources sont créées à travers la transmutation des éléments. Et c’est là où certains lecteurs risquent de s’arrêter, au point ou le normatif rejoint l’empirique. Les théories de noogenèseapparaissent comme de la magie noire pour les économistes occidentaux parce que l’esprit et la conscience de l’homme entrent dans les équations. En résumé, Dieu fait partie de la complexité de la troisième voie.

Je vous laisse réfléchir à cela un moment.

La part de Dieu

Ce qui est une mascarade pour les uns est un Saint Graal pour les autres. C’est Teilhard de Chardin qui a le premier émis l’idée que la noosphère pouvait conduire à la notion chrétienne d’amour comme moteur principal de cette nouvelle évolution. Il a discuté de quelque chose qu’il a appelé le Point Oméga, apex de la pensée/conscience qu’il pensait être, en essence, le retour eschatologique du Christ. Que le lecteur à moitié perdu reste patient. Après tout, ce ne sont ni ma théorie ni mes concepts, mais j’ai tendance à être d’accord.

Vladimir Poutine aurait dit plusieurs fois que l’amour est «la voie» devant nous. Bien que les médias occidentaux aient largement ignoré ce sentiment, c’est ici un point important. Ayant devant nous le supra-capitalisme en chute libre, suivi par les crises de désespoir que nous voyons perpétrées devant nous, penser que cela est corrélé avec le déclin des idéaux de la civilisation occidentale n’est qu’un pas de plus. Tandis que les médias du NOM tels que le businessman israélien, inquisiteur, Daniel Treisman, considèrent les idées de la noosphère comme un mysticisme pratiqué par les suppôts de Hitler, la réalité de la supposée invention est plus proche du potentiel du penchant de la Silicon Valley pour l’internet des choses. Je n’ai pas la place pour creuser la question mais pour beaucoup de gens dans le monde la divergence par rapport aux idéaux spirituels traditionnels est clairement apparente. Prenant l’Amérique comme un poignant exemple, mon pays ressemble de plus en plus au Babylone du livre des révélations. Et je sais que dès maintenant bien des ministres du culte baptiste du Sud devraient aujourd’hui se prêcher cela à eux-mêmes. Mais revenons à la troisième voie de M. Poutine et au rôle d’Antoine Vaino.

L’état stationnaire – un idéal noocratique

Certains disent que les noocraties ne peuvent pas s’appliquer, au moins aux nations déjà démocratiques. Aussi impraticable qu’un gouvernement des sages puisse paraître, il est parfaitement clair que l’humanité n’est pas prête à se gouverner d’elle-même, et que les systèmes démocratiques actuels ne nous affectent pas de façon suffisamment positive. Le tube à essai des gouvernements démocratiques est, au mieux, rempli de substances troubles indiscernables de l’oligarchie. Pour beaucoup, il y a certainement une meilleure façon de procéder. Dès lors quoi de mieux, pour une nouvelle expérience, que les contrées les plus grandes et les plus diverses de la terre ?

Si une telle phase de conscience collective est en cours alors, c’est peut être le moment pour la cité des sages de Pythagore de prendre forme. C’est Platon qui a dit que la noocratie serait le futur système politique de toute la race humaine et qu’elle finirait par remplacer la démocratie (l’autorité de la foule) ainsi que les autres formes de gouvernement. Mikhail Epstein, professeur à Emory, définit la noocratie comme un système de gouvernement dans lequel la puissance du cerveau collectif remplace celle d’individus distincts représentant certains groupes sociaux ou la société dans son ensemble. Si l’on combine ce que nous savons de la supposée «troisième voie» de Poutine avec l’inquiétude grandissante due à la croissance inappropriée des systèmes capitalistes et à la montée des problèmes écologiques mondiaux, il est facile de projeter là-dessus des concepts tels que celui d’une économie stationnaire, d’un meilleur gouvernement collectif exercé grâce à une meilleure technologie et une approche métaphysique. Si c’est maintenant le moment de penser de façon plus pragmatique, alors notre fin est bien assurée. Et, croyez-moi, Vladimir Poutine est l’ultime pragmatiste.

Le réchauffement global provoqué par l’Homme, le dépeuplement et la disparition des espèces, l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, la condensation urbaine, l’intensification de la compétition pour les ressources restantes, la disparité croissante entre les riches et les pauvres et les crises bourgeonnantes déchirent aujourd’hui le tissu de nos sociétés. Guerres, famines, conflits internes et une nouvelle théologie de Narcisses menacent toute la vie sur cette planète. La croissance perpétuelle et l’incessant mauvais usage des ressources n’est non seulement plus recommandé mais simplement plus possible. Tandis que les industriels se font assister par les médias dans leur combat pour maintenir le statu quo, seuls Poutine et ses alliés semblent avancer en forgeant quelque chose de neuf. Ce n’est pas qu’une opinion personnelle. Imaginez ce que le New York Times ou Jeff Bezos du Washington Post diraient si le chef d’équipe désigné par Hillary Clinton inventait le «nooscope». Vous entendriez instantanément parler du succès final de la «nouvelle voie» de gouvernement de Hillary — vous liriez comment l’internet des choses allait recevoir un financement d’un trillion de dollars et comment la démocratie allait sans difficulté rejoindre la noosphère.

J’espère que mes copains techniciens de la Silicon Valley seront frappés entre leurs deux yeux, couverts de lunettes Google. On dirait bien, cependant, que la Russie est entrée dans la course vers la première noocracie à grande échelle. Ce n’est pas par hasard si le concept d’économie stationnaire d’Herman Daly a des éléments communs avec les théories soutenues par Antoine Vaino. Enfin, les modèles politiques et économiques inversés sont moins positifs, avec leurs idées radicales telles que les scénarios de décroissance de Serge Latouche, en sciences politiques. De sorte que les détracteurs occidentaux, en particulier le reporter moyen sur la scène, apparaîtraient en retard par rapport à la pensée progressiste de l’administration Poutine. À moins que je ne me trompe, Vaino annoncera une série d’efforts faisant d’abord appel à la conscience collective russe puis, plus tard, à la sphère de changement eurasienne. Voyez comment les Chinois vont s’immiscer là dedans, plutôt rapidement.

Les crises auxquelles nous avons tous été mêlés, les convergences et les divergences par rapport à nos idéaux traditionnels ont toutes pour moi une intonation biblique. Mon collègue Holger Eekhof et moi-même en avons justement longuement discuté hier. Lui-même agnostique, l’analyste politique hollandais a, dans notre dernière conversation, aussitôt admis son inquiétude face à la désintégration épique des valeurs occidentales. Il était inquiet de voir se développer la tendance fasciste ou de droite en Allemagne. Avec les musulmans dans le creuset moderne, le risque que l’Allemagne retourne vers les transgressions passées est un danger grandissant. Et nous pensons tous deux que nous n’y pouvons rien. Quant à Poutine, il est juste de dire que, en ce qui concerne les valeurs, son point sensible est l’orthodoxie. Peut-être certains lecteurs ne veulent-ils pas entendre cela, mais les signaux sont tous en nous. Est-ce l’Armageddon, ou allons nous tous muter vers un paradis collectif ?

Je vous laisse en décider individuellement. La réponse est probablement l’émergence d’un nouveau système.

Phil Butler | 21 octobre 2016

Phil Butler est un investigateur et analyste politique, expert sur l’Europe de l’Est, exclusivement pour la revue en ligne New Eastern Outlook.

Article original: http://journal-neo.org/2016/10/21/vladimir-putin-s-third-way-as-seen-through-the-nooscope/

Traduction/ Source : Claude et François Roddier

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