Le musicien de jazz Gilad Atzmon


Introduction

N’est-il pas surprenant que Gilad Atzmon, lui-même juif, soit, de loin, celui qui comprend la situation désastreuse de l’Occident avec le plus d’acuité au sein de l’ensemble de la classe intellectuelle occidentale, juifs inclus. 

Lisez ce qui suit et, si vous réussissez à comprendre, en dépit du niveau lamentable où l’éducation occidentale a sombré, vous ne serez plus étonné.

C’est probablement sa politique identitaire qui a  plongé le monde occidental dans une situation dont il ne peut se relever. Tout ce que le reste du monde a à faire, est d’attendre. [Paul Craig Roberts, le 28 août  2017.] 


Etre à temps en Virginie


Gilad Atzmon | 15 Août 2017 | Gilad.co.uk

Dans mon récent ouvrage « Être à temps: Un manifeste post-politique«  [*], j’ai mis l’accent sur le fait que l’Occident, et particulièrement l’Amérique, se sont laissés  entrainer dans un conflit identitaire désastreux. Les événements de la semaine en Virginie nous en offrent un aperçu.

Dans le même ouvrage, j’ai défendu l’idée qu’on ne peut comprendre le passage de l’idéologie de la gauche traditionnelle à la Politique de la Nouvelle Gauche que comme la manifestation agressive d’idéologies sectaires et conflictuelles. Alors que l’ancienne Gauche s’efforçait de nous rassembler –  homos, Nois, juifs ou blancs – dans une lutte politique contre le capital, la Nouvelle Gauche a réussi à nous sectoriser par identité. Avec elle, on s’est habitué à parler « en tant que Juif », « en tant que Noir », « en tant que lesbienne ». Et on a appris à s’identifier en fonction de notre biologie, de notre genre, de notre orientation sexuelle, et aussi de notre couleur de peau, dans la mesure où cette dernière n’est pas « Blanche, bien sûr ».

Dans Being in Time, je prédisais que d’ici à ce que les personnes blanches se décident à s’identifier biologiquement, ce n’était plus qu’une question de temps. Et c’est exactement ce qui s’est produit le week-end dernier en Virginie.

Tragiquement. Car la Politique Identitaire est un jeu politique très dangereux, conçu pour séparer les gens, introduire la zizanie et la division. La politique identitaire n’apporte aucune vision harmonieuse de la société, prise dans son ensemble. Elle aboutit au contraire à une réalité sociale de plus en plus clivée. Prenez par exemple la continuelle évolution du groupe LGBT. Ce groupe se répand par l’inclusion de plus en plus de sous-groupes sectaires aux orientations sexuelles distinctes (LGBTQ, LGBTQAI, et même LGBTQIAP). Dans la réalité sociale de la Nouvelle Gauche, les gens sont poussés vers des ghettos identitaires, sur la base de critères biologiques : couleur de peau, orientation sexuelle, mère juive, etc… Et au lieu de nous occuper à faire ce qu’il faudrait : s’unir contre la finance, les banquiers, les multinationales, nous nous retrouvons à nous battre les uns contre les autres, à nous haïr mutuellement, et même, à rouler les uns contre les autres avec nos bagnoles.

Je suis contre toute forme de politique identitaire, qu’elle soit pro-Blanche, pro-Noire, pro-Juive, pro-Genre ou pro-Sexuo-différent. Mais bien entendu, si les Juifs, les Homos et les autres sont habilités à s’identifier par leur « biologie », les Blancs sont autorisés à faire de même. Je pense que l’universalisme est ce à quoi nous faisions référence lorsque nous étions encore soucieux de notre intégrité intellectuelle.

Le problème engendré par la politique identitaire est extrêmement grave. Celle-ci dessert tout  projet de paix et d’harmonie. Sous son emprise, nous ne pouvons envisager une résolution pacifique du conflit identitaire actuel. Qui pourrait imaginer la communauté LGBT fondre sa notion de « diversité culturelle » dans la cause des activistes du KKK ? Et que dire d’un KKK qui accueillerait à bras ouverts des Marxistes culturels ?

Politique identitaire signifie conflit identitaire. Un conflit sans solution et sans fin qui se soldera à terme par la destruction complète des Américains et, dans une certaine mesure, de la civilisation occidentale. Ce qui tend à expliquer pourquoi George Soros et sa société ouverte sont engagés dans ce conflit. Tant que les travailleurs se battent entre eux, personne ne prend la peine de s’attaquer aux racines de notre dystopie actuelle, à savoir les banques, le capitalisme mondial, Wall Street, le culte du Dieu Argent, etc…

Le remède est clair. L’Amérique et l’Occident doivent se libérer sur-le-champ de toutes les formes de politique identitaire. Plutôt que de célébrer ce qui nous divise, nous devons rechercher ce qui nous unit et fait de nous un peuple. Je plaide pour une transition radicale, sur le plan spirituel, idéologique et métaphysique. Que nous l’admettions ou non, ces moments d’unité sont souvent invoqués par des vagues de patriotisme, de nationalisme et de figures  religieuses. Mais ils pourraient aussi être inspirés par l’esprit de justice, d’égalité, la compassion et l’amour. Ces valeurs ne sont mises en avant ni par la Nouvelle Gauche ni par la Droite alternative. Ces deux courants sont investis dans les idéologies identitaires.

Le succès électoral de Trump, de Corbyn et même de Sanders ou de Le Pen sont révélateurs d’une grande lassitude humaine générale. Il y a dans l’air une disposition au changement.

Le virage identitaire et la primauté du symptôme

(Being in Time: A Post Political Manifesto, page 49)

La politique identitaire se présente sous la forme d’un ensemble de stratégies d’identification de groupes. Le « I » est au service d’identifiants symboliques : l’anneau sur telle ou telle oreille, le piercing du nez, le type de kippa, la couleur de l’écharpe et ainsi de suite.

Dans le cosmos politique identitaire, les  « tribus » émergentes (gays, lesbiennes, Juifs, Noirs, Blancs, vegan, etc.) font leur marche dans le désert, en direction d’une « terre promise », où la primauté du symptôme (genre, orientation sexuelle, origine ethnique, couleur de peau, etc.) est supposée progresser vers un monde en Soi. Mais pratiquement, cette utopie libérale est un amalgame sectaire et à part de ghettos qui s’ignorent les uns les autres. Cela n’a rien de commun avec le cosmos promis, universel et inclusif.

« Le privé est politique » : cette phrase répandue au sein des féministes classiques et des prédicateurs libéraux depuis les années 60, sert à masquer l’évidence : le privé  est en réalité l’antithèse du politique. C’est en fait la disparité entre le privé et le politique qui a poussé l’humanité vers cet échange évolutif connu sous le nom d’histoire. Dans le discours identitaire, ce qui est qualifié de « privé » est de l’individualisme pur et simple rattaché à une identification de groupe bidon – le « privé » supprime toute notion d’authenticité, d’enracinement et d’appartenance, au profit d’un symbolisme et d’un collectivisme imaginaire appuyé par des rituels et des petites phrases vides de sens. Pourquoi devrions-nous nous soumettre à des politiques basées sur la biologie dictée par cette nouvelle théologie que l’on trouve sur les tracts et dans les fascicules d’un nombre croissant d’études identitaires. Y a t il un Dieu moderne ? Et qui est à l’origine du « pilier de la création » que nous respectons tous ?

Ce sont clairement des membres de la Nouvelle Gauche, qui, conjointement avec des juifs progressistes et avec l’intelligentsia libérale, sont au coeur de la formation des fondements idéologiques des politiques identitaires. Traditionnellement au moins, les juifs libéraux et la gauche s’opposaient ensemble à toute forme de programme politique d’exclusion basé sur la biologie ou l’origine ethnique. On peut se demander à présent pourquoi la Nouvelle Gauche défend un programme aussi exclusiviste, sectaire et biologiquement déterministe.

Gilad Atzmon | 15 Août 2017 | Gilad.co.uk/writings

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