Mis à jour le 3 mai 2016

Liliane Held-Khawam

Voici les véritables dérives de la Suisse contemporaine: Un pouvoir surdimensionné octroyé à des personnes qui transgressent la législation à répétition. Quand ceux qui contrôlent appartiennent à la famille des contrôlé, on parle de corporatisme. Et quand le corporatisme détient de la puissance publique, on parle de corporatisme d’Etat. Et quand le corporatisme d’Etat ne rend plus de compte à personne, on peut parler de république bananière. Oubliez donc l’enfumage autour de la fiscalité de quelques français, de a malfaisance de la place financière suisse, du franc suisse fort, de la stratégie de transparence,… Un véritable système mafieux s’est installé à l’ombre de ces chicaneries portées haut et fort par un Conseil fédéral totalement dépassé et impuissant. Il y a Les grandes banques, BNS et Finma.Un pouvoir systémique où les collègues d’hier et de demain se renvoient les ascenseurs…Pourtant, il suffirait qu’un seul Juge veuille bien se saisir d’un de ces dossiers sulfureux pour que l’ensemble des Suisses toute langue confondue le soutienne. Alors oui on veut croire à ce sursaut de Justice! [Liliane Held-Khawam, 3 mai 2016]

« Il a fallu la révélation d’une nouvelle affaire à charge de Barclays révélée par la presse anglaise pour qu’il sorte publiquement que… le Crédit Suisse avait fait la même chose en catimini: soutenir son cours et augmenter fictivement ses fonds propres par un prêt de 10 milliards de francs à un tiers pour souscrire dans son augmentation de capital. Et ce tiers est le même, le Qatar. En Angleterre la FSA et le Serious Fraud Office enquêtent sur cette manipulation – par laquelle Barclays avait visé à éviter de devoir être bailed out ou quasi-nationalisée comme à cette même époque RBS et Llodys TSB. Il y a là le problème technique, de fond : une souscription fictive de capital n’améliorant que fictivement les fonds propres avec la manipulation de cours que cela entraîne. Il y a le problème contextuel d’un secteur dirigé par des bandits prêts à tout pour conserver leur indépendance et leurs bonus – cette question ayant été centrale sur la période 2007-2009. Pour Barclays qui est décidément de tous les mauvais coups, il y a encore des suspicions de trafic d’influence, corruption et faux, certaines écritures et paiements ne correspondant probablement pas à la réalité de certains arrangements, au demeurant dépourvus de sens commercial, entre la banque et le Quatar. Mais en Suisse? Eh bien le Credit Suisse a fait la même chose apparemment avec l’accord de la Finma. Le double problème de fond évoqué ci-dessus se double d’un troisième aussi grave: cette opération n’a pas été révélée – alors qu’elle constitue pourtant un délit au-delà de la grave manipulation comptable et boursière qu’elle constitue.

Mais dans la bucolique Dysfunctioning Corporate Switzerland, tout le monde s’en moque et ce n’est qu’à la faveur d’un article du FT que quelques entrefilets furent publiés en page 9 ou 14, par Le Temps par exemple le 4 février, mais reprenant l’information brute du FT sans aucune analyse ni commentaire supplémentaire. Aucun émoi ni sur la manipulation des fonds propres, ni sur la manipulation boursière, ni pire encore sur l’absence de transparence de cette opération. Est-ce le fait que la Finma semble avoir autorisé cette opération? Il est compréhensible que le ré-haussement des fonds propres du Credit Suisse ait été un élément crucial et impératif dans la crise catastrophique de l’automne 2008. Le seul motif exprimé du bout des lèvres pour justifier une opération autrement illicite réglementairement est celle-là: éviter une market uncertainty au pile moment du sauvetage de l’UBS. Et il est vrai que de devoir suspendre la cotation d’une banque ou les retraits, ou qu’elle se trouve en état de faillite comptable, constituaient des préoccupations réelles de la Finma et des régulateurs à l’époque. Mais son accord n’en rend certainement pas l’opération licite, encore moins au plan pénal, ni ne justifie l’absence de transparence et d’information des actionnaires s’agissant d’un groupe coté. Le communiqué de presse du Credit Suisse du 16 octobre 2008 mentionne l’augmentation de capital et l’intervention de Qatar Holding – mais naturellement pas le prêt.

Y aura-t-il une interpellation parlementaire ou tout le monde s’en moque-t-il définitivement en Suisse, sachant que les autorités de poursuite pénale ne feront rien, n’en ayant ni les ressources, ni les connaissances, ni l’envie? Scary en tout cas sachant que c’est… la Finma qui disposera très prochainement de compétences élargies en matière de répression des délits d’initiés et abus de marché dans la nouvelle LBVM. Problématique et dépassé également qu’elle ne soit pas soumise à la LTrans. Ah oui dernière chose, le prêt à Qatar Holding n’avait pas à être révélé dans le cadre de l’augmentation de capital d’octobre 2008? Trois coups de bâtons à celui qui prétendra que cela est exact, que c’était une opération de crédit autonome distincte de l’augmentation de capital. C’était-là à l’évidence un fait susceptible d’avoir un impact sur le cours et devant donc être révélé. Et quelqu’un s’est-il posé la question du délit d’initié pour les opérations sur titres Credit Suisse de ceux qui connaissaient l’existence de ce prêt? Ah? Il fallait? »

Par Jean-Cédric Michel | 2013 – Freethinkers – Revolawtion.ch/


Le journalisme suisse en danger ?

Liliane Held-Khawam | 1er avril 2016

suisse media

Lukas Hässig, journaliste financier d’investigation accusé de concurrence déloyale et d’atteinte à la personnalité par Crédit Suisse. Plainte reçue par le tribunal de Commerce (ZH)

Les 72 millions de primes offertes à Daniel Vasella en échange d’une clause de non concurrence , c’était déjà lui.

Lui, c’est Lukas Hässig. Un talentueux journaliste qui cumule de nombreuses années dans le monde des médias.

Lukas Hässig a un défaut: il dénonce les iniquités du monde de la Paradeplatz, la place des grandes banques (BNS incluse). D’ailleurs son site s’appelle insideparadeplatz.ch.

Coup de tonnerre en novembre 2015. Le Crédit Suisse porte plainte contre Lukas Hässig pour concurrence déloyale. 24heures précise ainsi:

« La plainte pour concurrence déloyale et atteinte à la personnalité, déposée parCredit Suisse (CS) contre le site d’information Inside Paradeplatz et son propriétaire, le journaliste financier Lukas Hässig, est toujours maintenue. Une semaine après l’avoir reçue au début de novembre, le Tribunal de commerce du canton de Zurich était entré en matière et avait même revu à la hausse la valeur litigieuse de 100 000 francs, à au moins un demi-million. Trois articles sont incriminés (Le CS c’est comme la FIFA, Tidjane Thiam vole le cœur du CS et Urs Rohner n’arrive pas à lever du capital), même si des modifications ont été entre-temps apportées par le journaliste à certains titres et contenus de ses articles. »

Mais ce n’est pas tout. CS s’en prend simultanément à Tages-Anzeiger, journal dans lequel publie régulièrement L Hässig. L’article incriminé est « Credit Suisse est au-dessus des lois aux USA ». Mais contrairement à la plainte contre M Hässig, Credit Suisse ne demande pas d’argent dans le cas du journal.

Mis à part les sommes folles demandées à ce père de famille de 4 enfants, Lukas Hässig a d’ores et déjà perdu une emploi dans un hebdomadaire pour cause de risque commercial.

A côté de ces déboires personnels, professionnels et financier de M Hässig, cette étreinte qui confine à l’étranglement ne manque pas de soulever bon nombre d’interrogations.

Que veut dire Concurrence déloyale quand le bourreau est un journaliste gérant un site modérément grand et une banque globalisée?

Pourquoi Credit Suisse qui semble soucieuse de son image fait-elle l’objet de plusieurs plaintes autrement plus graves. Le Temps relayait ainsi l’information suivante:

« Début septembre, douze banques – parmi lesquelles Credit Suisse et UBS – s’étaient déclarées prêtes à payer environ 1,87 milliard de dollars pour éviter une plainte collective aux Etats-Unis.

Un groupe d’investisseurs avait fait valoir qu’il aurait subi des pertes à cause d’un cartel illégal, que lesdites institutions financières de même que la firme britannique Markit – prestataire important d’informations financières dans le domaine des dérivés de crédit – auraient monté autour de « credit default swaps ».

De nombreuses banques autour du globe doivent déjà répondre de manipulations sur le marché des devises et des taux de référence comme le Libor. »     

Actuellement, Credit-Suisse fait l’objet de poursuite sur sol américain pour une possible manipulation sur le marché de la dette publique. Qu’est-ce qui fait le plus mal? Ce genre de pub relayé par le Financial Time auprès de la planète anglo-saxonne de la finance ou  ce que peut bien écrire en allemand Lukas Hässig?

La question qui est derrière tout ceci est la désaffection de la place financière suisse et la massive suppression d’emplois qui l’accompagne. Les grandes banques veulent-elles aujourd’hui que la discrétion entoure l’enterrement de la Suisse en tant que place financière? La question se pose.

Nous avons vu l’affaiblissement croissant  des autorités fédérales au profit des puissants lobbies de toute sorte. Qui pense pouvoir protéger encore les citoyens? Qui va protéger la liberté de la presse. Qui va protéger la liberté de penser et de s’exprimer? Ce sont là des piliers de notre Constitution et donc de notre démocratie.

Il est vrai que ce qui est dit là n’est plus dans l’air du temps. La mode est plutôt aux traités divers et variés qui mettent les entités transnationales au-dessus des vieilles lois publiques, nationales et étatiques. Cet exemple démontre la faiblesse de la situation du citoyen face à ces mammouths de la finance qui ne doivent leur puissance qu’à la générosité de dirigeants qui leur ont délégué des pans de la puissance publique voire des droits régaliens avec la création monétaire bancaire ex-nihilo.

Dernière question qui me saute aux yeux. La plainte pour Concurrence déloyale soulève une question majeure. Est-ce que Lukas Hässig, son site et ses employeurs vont être soumis à la loi sur le Renseignement et celle sur la poste et les télécoms (LSCPT).

Il est dit ceci dans le cadre de la LSCPT:

  • La LSCPT est ordonnée et mise en oeuvre dans le cadre d’une procédure pénale;
  • L’article 15 alinéa 2 précise dans quel  cas le « Service »fournit des renseignements:

Hassig LCD.png

  • Mais de quelles données parle-t-on? Eh bien les voici dans l’article 21:

LSCPT Art 21.PNG

Grâce à cette loi LSCPT (heureusement soumise à référendum), toute plaignant qui invoque la loi sur la concurrence déloyale peut -si sa plainte est reçue- déshabiller la personne physique ou morale (entreprise), objet des doléances.

La question fondamentale et primordiale dans ce dossier est de savoir si Lukas Hässig, son site, etc sont soumis à une surveillance qui permettrait d’identifier les personnes qui lui transmettent les informations.

Si tel devait être le cas, cela signifierait que nous entrons dans un monde totalitaire dont nous n’avons pas le début de l’idée de vers quoi il va nous mener.

Liliane Held-Khawam | 1er avril 2016

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Le David de la finance

Pour situer le personnage, on se rappelle que Lukas Hässig avait révélé parmi de nombreux scoop celui du parachute doré de 72 millions touchés par Daniel Vasella en quittant la présidence de Novartis en 2013.

Inside Paradeplatz est largement utilisé comme source d’information par les médias suisses, y compris suisses romands, comme Le Matin Dimanche, L’Hebdo, L’Agefi ouLe Temps. Paradoxalement,Inside Paradeplatz, lancé à la fin de 2011 sous la forme juridique d’une société à responsabilité limitée (GmbH), est produit depuis un carton à chaussure: une seule et unique place de travail parmi d’autres plantée dans un espace ouvert avec vue sur un énorme immeuble en construction, au-dessus du fameux théâtre Schiffbau, dans le quartier industriel-branché de Zurich-West.

Réglé comme un métronome, c’est d’ici, au son du marteau-piqueur, que Lukas Hässig envoie à 8?h du matin sur Internet un nouvel article sur une banque suisse, chaque jour ouvrable de la semaine, du lundi au vendredi. T.T.

Derrière l’affaire Vasella: le scoop du siècle

PAR MARY VAKARIDIS Le journaliste qui a révélé l’existence des 72 millions de francs de prime de non concurrence versée par Novartis à Daniel Vasella se dit sidéré des conséquences de son scoop.

«  Jamais je n’aurais pensé que Daniel Vasella confirmerait ses 72 millions 12 heures après la publication de l’article. » Auteur du blog Inside Paradeplatz, Lukas Hässig (48 ans) est le journaliste qui a sorti le scoop du siècle le 15 février dernier.

Le Zurichois s’est engagé auprès de ses sources à garder le silence sur la provenance de l’information. Il restera donc muet sur cette question mais ne cache une certaine fierté quant aux conséquences spectaculaires de sa révélation.

Même si vendredi lors de l’assemblée générale à Bâle, les actionnaires de Novartis ont plébiscité comme attendu la décharge à la direction et au conseil d’administration, les choses ne sont quand même plus tout à fait pareilles dans cette bonne vieille Helvétie. L’existence de cette prime de non concurrence a profondément choqué l’opinion.

Le fait qu’une entreprise respectée du SMI comme Novartis cherche à cacher au public un arrangement d’une telle ampleur rend le citoyen encore plus méfiant envers les grandes compagnies de son pays. Cet épisode constitue en outre un argument supplémentaire en faveur de l’initiative Minder « contre les rémunérations abusives ».

« Je travaille seul en indépendant pour mon blog. C’est une minuscule entreprise. Or, l’impact d’une nouvelle est sans rapport avec la taille du média qui l’a publiée. Avec Internet, toute information a sa chance, d’où qu’elle vienne », poursuit Lukas Hässig.

En effet, il est aujourd’hui impossible de garantir qu’un fait sensible ne franchisse jamais les murs d’une entreprise, d’une administration ou d’un gouvernement. Cette affaire Novartis marque sans doute le début d’une ère plus soucieuse de transparence, du moment que toute information est susceptible de finir sur le web.

Et Lukas Hässig y veille. Après un apprentissage à la Banque Nationale Suisse et un diplôme obtenu à l’école de commerce de Winterthur, ce Zurichois dont le père était correcteur au Tages-Anzeiger s’est lancé dans le journalisme. Depuis une vingtaine d’années, il travaille pour différentes publications économiques en tant que spécialiste du monde bancaire.

Il se profile comme un journaliste parmi les mieux informés de ce qui se passe dans les hautes sphères des établissements de la place. Rançon du succès, son blog Inside Paradeplatz fait régulièrement l’objet d’attaques informatiques.

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