James Comey, ex-directeur du FBI. © Carlos Barria Source: Reuters


La façon dont le directeur du FBI James Comey a été démis de ses fonctions rappelle le Watergate. Ses motivations politiques ne seront probablement pas révélées, a confié à RT l’ex-agent du FBI et lanceur d’alerte, Coleen Rowley.

Donald Trump a mis à pied le directeur du FBI James Сomey sur la recommendation du procureur général des Etats-Unis. Pour le président américain, un nouveau directeur est nécessaire pour faire en sorte que le public fasse à nouveau confiance à l’agence. Cette affaire a, bien sûr, fait beaucoup de unes, certaines se demandant si ce licenciement était légal. D’autres, ont vu un lien avec l’enquête de James Comey sur la prétendue ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine.

RT : Avez-vous été surprise par l’annonce du licenciement de James Comey ?

Coleen Rowley (C. R.): Ce licenciement vient s’ajouter à toutes les enquêtes et récusations qu’on voit ces jours-ci. Je ne pense pas qu’on puisse être véritablement surpris. Il est difficile de deviner quelle est la vérité qui se cache derrière tout cela. Certes, la raison du licenciement de James Comey n’est pas qu’il a, en quelque sorte, nuit à l’image du FBI ou du ministère de la justice. Si c’était le cas, James Comey n’aurait même pas dû être embauché par Barack Obama. J’ai écrit à l’époque un article pour le New York Times, évoquant les questions qui auraient dû être posées à James Comey au moment de sa nomination. Il avait autorisé la torture, la surveillance illégale sans mandat, il avait défendu la mise en détention d’un citoyen américain pendant trois ans sans charges ni avocat. Tout cela, alors qu’il était encore procureur général adjoint, avant qu’il devienne directeur du FBI. Je ne crois certainement pas que son intégrité soit en question, sinon il n’aurait jamais été engagé

RT : Le procureur général adjoint a déclaré que les gens à travers le spectre politique considéraient que James Comey avait commis de nombreuses erreurs. Est-ce vrai ?

C. R. : De nombreuses erreurs à nouveau. Ils parlent de ses déclarations publiques et de ses conférences de presse sur les courriels d’Hillary Clinton. Cette dernière l’accuse de lui avoir fait perdre l’élection présidentielle. Dans son esprit, c’est l’un des principaux responsables de sa défaite électorale. Mais si on réfléchit, on réalise que participer à une conférence de presse où l’on clôt un enquête fait clairement partie des prérogatives du directeur du FBI. Normalement, ces choses ne sont pas rendues publiques mais il s’agissait d’une situation inhabituelle. Considérez ses erreurs précédentes… Elles sont beaucoup plus flagrantes que celles qu’il a commises plus récemment. Mais la situation actuelle rappelle le Watergate. Cela fait tourner la tête et reste un défi pour quiconque de savoir ce qui se passe vraiment. Le camp de Hillary Clinton est, en effet, persuadé que Donald Trump l’a limogé pour des raisons néfastes, en particulier parce qu’il a été trop agressif, en enquêtant sur les liens existant entre Donald Trump et les Russes, etc.

RT : Selon la Maison Blanche, il faut un nouveau directeur du FBI pour rétablir la confiance. Est-ce véritablement le cas ?

C. R. : Je crois que le FBI n’est pas un cas isolé. Si l’on pense à la CIA et à la NSA,  toute la communauté du renseignement a déraillé au cours de ces dernières années. Et le FBI en fait partie. L’ancien directeur du FBI, Robert Mueller, avait beaucoup de similarités avec James Comey. En fait, ils étaient à un certain point flagorneurs avec le pouvoir. Ils se sont dressés à un moment en refusant de signer un décret d’urgence pour faire continuer la directive illégale du président autorisant la surveillance de la population. Ils ont eu cette intégrité en s’y opposant tous les deux. Mais de manière générale, ils ont se sont alignés sur la quasi totalité des mesures prises dans la cadre de la guerre contre le terrorisme après le 11 septembre 2001 qui violent la Constitution et même le droit international. Beaucoup de commentaires essaient maintenant d’y voir plus clair. Je crois qu’il y a certainement des raisons plus politiques que juridiques pour cette décision.

RT : Le procureur général a critiqué James Comey pour avoir divulgué au public des informations confidentielles. Qu’en pensez-vous ?

C. R. : S’il parle de ses conférences de presse, elles étaient inhabituelles. Normalement, ça n’arrive pas. Mais encore une fois normalement, vous n’avez pas une enquête du FBI sur un candidat à la présidence. Dans ce cas, il semblerait qu’il y ait eu deux enquêtes en cours… Je pense que ce licenciement est politique. Peut-être James Comey s’exprimera-t-il publiquement, lui aussi, mais je crois qu’il est plus probable qu’il s’en ira sans faire de bruit. Avant de devenir directeur du FBI, il était conseiller général d’une enterprise très importante de la défense, Lockheed Martin. En théorie, il peut facilement retrouver son ancien poste.

RT | 11 mai 201

Source: https://francais.rt.com/opinions/38254-limogage-directeur-fbi-comey-par-trump-plutot-politique-que-juridique

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