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Le professeur d’histoire Fillon nous a dit il y a peu que la colonisation c’était un partage de cultures. Aujourd’hui le professeur d’histoire Macron nous explique qu’elle a été un crime contre l’humanité. Il le fait alors qu’il est en campagne et qu’il se trouve en visite en Algérie. Mais quelle est donc sa stratégie? Gagner les voix des Français d’origine maghrébine qui, pense-t-il sans doute, pleureront à l’entendre et viendront, sinon se jeter à ses pieds, du moins baiser le revers de sa veste bien méritée en remerciement d’une parole si humainement proférée? Que disent les autres professeurs d’histoire? Raffarin que Macron va faire entre-déchirer les Français alors que nous avons besoin d’unité. Marine Le Pen que Macron a donné un coup de poignard dans le dos de la France (qui a bon dos). Un « dos de la France » qui me rappelle « ce fauteuil qui vous tend les bras » des Précieuses ridicules.

La colonisation a été le projet d’un lobby de capitalistes réunis (si j’en crois l’homme de droite et collaborateur du Crapouillot Emmanuel Beau de Loménie) autour d’un certain Jules Charles-Roux (grand-père d’Edmonde l’écrivaine) et ces gens n’avaient pas pour objectif un quelconque partage de culture mais le développement de leurs affaires et l’expansion de leurs bénéfices au détriment s’il le fallait (et manifestement il l’a fallu), des peuples autochtones quelle que fût leur couleur. La couleur ils s’en fichaient et seul comptait pour eux l’éclat rassérénant des lingots qu’ils amassaient à la sueur d’autres fronts.

Je crois qu’aujourd’hui la critique de la colonisation n’appartient aux professeurs d’histoire improvisés que sont nos candidats à la présidence. Elle revient à des spécialistes universitaires et pas seulement français.

Et je crois aussi que révéler la vérité sur la colonisation ne sera pas nécessairement un facteur de division. Au contraire, nous, qui ne sommes pas responsables de ces événements passés mais qui vivons dans un monde qui reste marqué par ce passé, devons faire preuve de curiosité et de bonne volonté et étudier ces événements, aussi douloureux puissent-ils être au regard des uns et des autres, en prenant soin de ne pas accuser tout un pays de sa politique extérieure mais de désigner précisément qui en ont été les responsables.

Il ne viendrait à l’idée de personne de prétendre que tous les Français sont derrière les bombardements en Libye et en Syrie ou des collaborateurs intéressés des pétromonarchies du Golfe Persique.

Je ne sais pas si l’humaniste Macron condamnera avec la même vigueur les prolongements actuels du colonialisme rebaptisé « politique d’ingérence humanitaire » et les campagnes de bombardements qui ne sont qu’un revival de la politique de la canonnière grâce à laquelle les banquiers occidentaux avaient pris l’habitude, au XIXème siècle, de réclamer leur dû à des pays surendettés par leurs bons soins. Je ne sais pas non plus s’il condamnera la campagne de colonisation des territoires occupés par Israël.

En attendant que le professeur Macron, disciple de Machiavel et docteur ès-blabla, se retire d’une course qui l’essouffle manifestement, et retourne s’asseoir bien sagement à son bureau, parions sur la nécessité de mettre en place une éducation populaire sur la colonisation et veillons, puisque ce sera nécessaire, à bien distinguer les coupables des innocents.

Personnellement, je ne doute pas que les résultats d’une telle recherche (jusqu’à aujourd’hui) ne pourront que nous faire lever les yeux vers le Grossium qui sans arrêt profite de tout, fait feu de tout bois et manœuvre toujours la politique étrangère en fonction de ses intérêts bien compris à domicile.
Précisons pour finir que ce Grossium n’a d’ailleurs pas plus de respect pour le prolétaire étranger que pour le prolétaire national, toute source de profit étant à considérer sans délai.

Vous voyez monsieur Raffarin, l’union est toute trouvée. Mais il est vrai qu’elle ne vous inclut pas, vous et vos amis accapareurs.

Bruno Adrie | 16 février 2017

Source: https://brunoadrie.wordpress.com/2017/02/16/le-professeur-macron-le-professeur-fillon-et-les-anciennes-colonies-par-bruno-adrie/

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