Craig Murray, un des collaborateurs de Wikileaks, met le doigt sur un phénomène orwellien très intéressant : la force des mots et des symboles pour maquiller et déformer les réalités de terrain. Ou comment manipuler son audience seulement en choisissant tels mots plutôt que tels autres, sans même avoir à se préoccuper de leur définition ou des réalités qu’ils recouvrent, juste pour leur effet immédiat et pour déclencher des réactions pavloviennes dans le public, qui se retrouve ainsi littéralement enfermé dans une vision du monde déconnectée de la réalité. La bonne nouvelle, c’est que, comme le suggèrent aujourd’hui quasi-quotidiennement les observateurs professionnels de la géopolitique (qui utilisent de plus en plus des termes comme « pathologique » ou « délirant » pour décrire les politiciens et médias occidentaux), les concepteurs de ce type de propagande en sont les premières victimes.


Par Craig Murray | 1 MAI 2017 | Information Clearing House

Quasiment tous les articles des médias institutionnels ou des émissions de radio et télévision des USA sur les massacres aériens de forces militaires syriennes perpétrés par les États-Unis arrivent à insérer au moins une référence à des bombes-baril, comme si cela pouvait justifier ou du moins, atténuer la portée des actes d’agression américains.

C’est un exemple fascinant de propagande. Des bombes-baril sont effectivement utilisées par des forces syriennes, mais sur une échelle très réduite. C’est une arme improvisée faite en emballant des explosifs conventionnels dans un tonneau de bière. Comme ce sont des versions amateur d’armes conventionnelles, ces bombes sont nettement moins « efficaces » – au sens de dévastatrices – que les munitions professionnelles que le Royaume-Uni, les USA (NdT, et la France) larguent sur la Syrie, ou des bombes qu’ils fournissent aux Saoudiens pour tuer des dizaines de milliers de civils au Yémen.

Si une bombe tombait près de moi, je préférerais de très loin que ce soit une bombe-baril, parce qu’elle serait moins susceptible de me tuer que les bombes professionnelles du Royaume-Uni et des USA. Si, toutefois, mes entrailles allaient être éviscérées par des éclats acérés de métal chauffé au rouge, je ne m’inquiéterais pas du type de bombe dont ils proviendraient. L’usage généralisé du terme « bombes-baril » comme si cela représentait quelque chose de particulièrement inhumain est un exemple fascinant de propagande, en particulier dans le contexte de médias qui répètent que les bombes britanniques ne tuent pas de civils, ce qui est absurde.

Bien sûr, ce n’est qu’une petite partie des multiples distorsions médiatiques de la débâcle syrienne. L’intervention occidentale est destinée à aider des milices djihadistes soutenues par l’Arabie Saoudite à prendre le contrôle du pays, même s’ils commettent d’effroyables atrocités. Ceux-là sont baptisés « forces démocratiques » par les médias. En même temps, nous sommes en train d’attaquer d’autres djihadistes contrôlés par l’Arabie saoudite au prétexte qu’ils sont contrôlés par la mauvaise sorte de Saoudiens. Vous voyez, décapiter des dissidents et des homosexuels, c’est très bien si vous êtes l’un des Saoudiens qui contrôlent directement les ressources pétrolières de l’Arabie Saoudite. C’est très mal si vous êtes l’un des Saoudiens qui ne font qu’agir à la demande confidentielle des autres Saoudiens, ceux qui contrôlent les ressources pétrolières.

J’espère que c’était clair.

Par Craig Murray | 1 MAI 2017 | Information Clearing House

Craig Murray, un proche collaborateur de Wikileaks, est un historien et un activiste des droits de l’homme. Il a été ambassadeur du Royaume-Uni en Ouzbékistan.

Traduction Entelekheia

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