Les dirigeants européens savent que les USA veulent qu’ils dépensent davantage d’argent en armements, et que ces armements devront être achetés aux États-Unis, dit Brian Becker,  d’Act Now to Stop the War and End Racism (A.N.S.W.E.R.). Mais l’Europe, qui a fait l’expérience de deux guerres mondiales, en connaît les dangers.

Plusieurs hauts fonctionnaires américains vont répétant que la Russie constitue la plus grande menace possible pour la sécurité de leur pays. C’est Deborah James, Secrétaire de l’US Air Force qui a commencé, et maintenant, le général Joseph Dunford, lors de son audition par le Sénat, en vue de sa nomination comme Commandant en Chef des Armées s’y met à son tour. Dunford a qualifié les actions de la Russie de « rien moins qu’alarmantes ».

RT : Plusieurs hauts fonctionnaires américains disent que la Russie est la plus grande menace qui existe pour la sécurité des États-Unis. Pourquoi une telle rhétorique est-elle utilisée par des hauts fonctionnaires US ?

Brian Becker : Il nous faut bien comprendre cette rhétorique et cette façon de présenter les choses, d’abord par la Secrétaire de l’Air Force Deborah James, ensuite par le Major-Général Joseph Dunford sur le point de devenir Commandant en Chef des Forces Armées, selon qui la Russie est une menace existentielle, et la plus grande de toutes, pour l’Amérique.

Ils disent aussi, et c’est très intéressant, qu’à cause de cette menace, il est impératif que les 28 pays membres de l’OTAN intensifient leurs efforts et dépensent au moins 2% de leur PIB en équipements militaires pour l’OTAN, alors que, seuls, 4 de ces 28 membres le font. Ce que les chefs militaires US disent à l’OTAN, c’est : « Montez au créneau. Ceci est une menace existentielle. Il vous faut dépenser davantage de votre argent, et cet argent, vous devez le détourner de vos économies respectives en Europe. » Donc, l’ABC de la propagande de guerre contre la Russie « menace existentielle », c’est que cette menace existentielle est très bonne, très nécessaire même, pour les gros entrepreneurs militaires, qui représentent la partie la plus importante du complexe militaro-industriel US. Ceci est une partie de l’histoire.

RT : À quoi cela rime-t-il de traiter la Russie de « plus grande menace existentielle » et de l’amalgamer ainsi à l’État islamique, et à quoi tout cela va-t-il conduire ?

BB : Ils ne font pas qu’amalgamer la Russie à ISIS, ils disent : « La Russie est une menace plus grande, pour les États-Unis, pour l’Occident  et pour la paix mondiale qu’ISIS. ». Voyez-vous, à l’heure actuelle, le gouvernement US est en guerre, engagé dans une guerre interminable avec ISIS parce qu’ISIS est censé poser une menace existentielle. Mais si la menace existentielle posée par la Russie est encore plus grande que celle posée par ISIS, la cause est entendue, et je crois que c’est vrai, que l’Armée US est en train de préparer le public américain à une confrontation militaire avec la Russie, idée qui, pour tout le monde, relève de la démence.

Voyez-vous, il faut qu’ils fassent cela pour préparer le public américain à accepter ce conflit armé. Ce n’est pas pour rien que le Pentagone se livre à une escalade, qu’il exécute des manœuvres militaires de plus en plus massives et de plus en plus provocantes le long des frontières russes : il compte que la Russie fin ira par être obligée de réagir à ces menaces. C’est ainsi que les conflits se déclenchent : de petits conflits en plus grands conflits, jusqu’à d’éventuels conflits mondiaux.

RT : Les dirigeants européens ont jusqu’à présent renâclé à gonfler leurs dépenses militaires au bénéfice de l’OTAN. Ne ressentent-ils pas, eux aussi, les menaces qu’invoquent les États-Unis ?

BB : Les dirigeants européens savent pertinemment que ce sont des foutaises. Ils savent avec certitude que les USA battent les tambours de guerre pour les forcer à dépenser davantage de leur argent en armement, dont l’essentiel sera acheté aux États-Unis. Et ils savent aussi qu’il est facile aux politiciens américains – et les généraux, en Amérique, ne sont rien d’autre que des politiciens en uniforme – de se métamorphoser en  gros businessman lorsqu’ils sont réinjectés dans la vie civile, et ils savent qu’ils jouent avec le feu. De même, il est très facile, pour des hauts fonctionnaires américains, de hausser le ton à l’égard de la Russie. Mais l’Europe, elle, connaît trop bien les dangers d’une vraie guerre, ceux de la Première et ceux de la Deuxième guerre mondiale, qui s’est terminée il y a eu 70 ans cette année. Elle ne prend pas à la légère le fait que le Pentagone joue avec le feu. Car, bien entendu, ce sont les populations européennes qui seront en première ligne, pas les américaines.

RT : Les officiers supérieurs US disent qu’ils savent que l’Europe doit faire face à de sévères défis économiques, mais que ses obligations envers l’OTAN sont prioritaires. Toute cette histoire de menaces a-t-elle pour but de faire cracher des fonds au bassinet de l’OTAN ?

BB : Oui, c’est ce que je voulais dire. Je crois qu’une grande partie de tout ce ramdam a pour but de maintenir la cohésion dans l’alliance. Ils savent que l’Allemagne et la France, et d’autres puissances européennes majeures pourraient commencer à entretenir de très bonnes relations – économiques, politiques et même, éventuellement, militaires – avec la Russie. Ils sont en train d’essayer de maintenir la discipline au sein de l’alliance, et ils sont aussi en train de s’assurer que tous ces pays paient leur dû à l’effort de guerre, à l’effort de guerre de l’OTAN, pour le plus grand bénéficie du lobby militaire US.

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Brian Becker interviewé par Russia Today10 juillet 2015

Brian Becker est un des fondateurs et le coordonnateur de la Coalition A.N.S.W.E.R (Act Now to Stop War and End Racism) qui regroupe de nombreuses organisations US opposées à la guerre. Il est aussi le chef du « Parti pour le Socialisme et la Libération »

http://www.rt.com/op-edge/272863-russia-threat-us-james-d…

Traduction c.l.

Source: Les Grosses Orchades.

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