A l’heure où Israël – qui entretient avec Erbil des liens notamment dans les domaines du renseignement et de l’économie – soutient l’indépendance du Kurdistan, indépendance qui pour Bagdad revient à créer un « deuxième Israël », il est intéressant de relire le texte ci-dessous, publié en 2003, commenté par Jeff Blankfort. [ASI, le 7 oct. 2017]

Étrange info, où l’on voit les Etats-Unis demander à Israël – et non à l’Irak – d’étudier la possibilité de pomper du pétrole irakien vers Israël, cette demande émanant du cabinet d’Olmert et les Etats-Unis mettant le petit doigt sur la couture du pantalon. S’ils pensent que la mise sur le marché mondial de pétrole irakien est quelque peu problématique, ce « plan », au cas où ils tenteraient de le mettre en pratique, ne serait, après tout, que le dernier fiasco en date de la guerre pour Israël menée [en Irak] par les Etats-Unis, laquelle guerre a été élaborée par une poignée de sionistes fanatiques qui n’ont toujours pas repris contact avec le réel. Jeff Blankfort, 2003]

Les Etats-Unis étudient l’éventualité de pomper du pétrole à partir du Nord de l’Irak vers Haïfa, via la Jordanie

Par Amiram Cohen | Aug 25, 2003 12:00 AM

Titre d’origine : U.S. Checking Possibility of Pumping Oil From Northern Iraq to Haifa, via Jordan


Les Etats-Unis ont demandé à Israël de vérifier la faisabilité du pompage de pétrole irakien jusqu’aux raffineries du port de Haïfa. Cette requête a été signifiée, la semaine dernière, par un télégramme émanant d’un haut responsable du Pentagone, et destiné à un haut fonctionnaire du ministère israélien des Affaires étrangères, à Jérusalem.

Le bureau du Premier ministre (israélien), qui voit dans le pipeline vers Haïfa la « cerise sur le gâteau » que les Etats-Unis pourraient éventuellement donner à Israël en récompense de son soutien sans mélange à la campagne sous direction américaine en Irak, a demandé aux Américains [confirmation] officielle de cette missive.

Le nouveau pipeline puiserait du pétrole extrait dans la région de Kirkuk (où 40 % du pétrole irakien sont produits) et l’acheminerait, via Mossoul, puis à travers la Jordanie, jusqu’en Israël. Le télégramme américain incluait une demande d’estimation du coût de la réparation du pipeline Mossoul-Haïfa, hors d’usage depuis 1948. Durant la guerre d’indépendance [sic ! on ne rit pas ! ndt] (d’Israël), les Irakiens avaient tourné le robinet, coupant le déversement du pétrole vers Haïfa, et le pipeline s’était dégradé, inutilisé, au fil des années.

Le ministère (israélien) des Infrastructures a récemment mené des études, qui ont montré que la construction d’un pipeline d’un diamètre de 42 pouces entre Kirkouk et Haïfa serait d’un coût évalué à 400 000 dollars le kilomètre. L’ancien pipeline Mossoul-Haïfa n’était, quant à lui, que d’un diamètre de 8 pouces.

Le ministre israélien des Infrastructures nationales, Yosef Paritzky, a déclaré hier que le port de Haïfa est un terminal sexy pour le pétrole irakien, et qu’il a l’intention de discuter cette question avec le secrétaire américain à l’Energie lors de sa visite prévue pour le mois prochain à Washington. Paritzky a ajouté que le projet dépendait du feu vert jordanien, et que la Jordanie se verrait allouer des royalties de transit compensant son acceptation que le pétrole irakien soit acheminé via son territoire. Le ministre a fait observer, toutefois, qu’ « en raison de réticences panarabes, les Jordaniens auront vraisemblablement beaucoup de difficultés à donner leur accord au transit de pétrole irakien sur leur territoire. »

A Jérusalem, plusieurs sources bien informées ont confirmé, hier, que les Américains sont en train d’envisager la possibilité d’installer un nouveau pipeline, à travers la Jordanie, et Israël (il y a également un autre pipeline, qui passe en territoire syrien, et qui n’est plus utilisé depuis près de trente ans).

Le pétrole irakien est actuellement acheminé, via la Turquie, vers un petit port turc sur la Méditerranée, près de la frontière syrienne. Les royalties prélevées par la Turquie représentent une source importante de revenus pour ce pays. Ce pipeline a été endommagé à deux reprises par des actions de sabotage, au cours des dernières semaines, et il est actuellement hors-service.

Désirant couper court à des rumeurs au sujet de l’éventuelle construction d’un nouveau pipeline Kirkouk-Haïfa via Mossoul, la Turquie a averti Israël qu’il verrait dans cette initiative un coup sévère porté aux relations turco-israéliennes [par ailleurs – hélas – florissantes, ndt].

Des sources informées, à Jérusalem, suggèrent que les ballons d’essai lancés par les Américains à propos de ce pipeline court-circuitant la Turquie s’inscrivent dans une opération plus large visant à mettre la pression sur la Turquie.

L’Irak est un des plus gros producteurs de pétrole au monde, avec un potentiel de production atteignant environ 2,5 millions de barils/jour. Les exportations irakiennes de pétrole ont été stoppées, après la guerre du Golfe, en 1991, puis elles purent reprendre, de manière limitée (1,5 millions de barils/jour), afin de permettre à l’Irak de financer ses importations de denrées alimentaires et de médicaments indispensables. L’Irak exporte aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de barils de pétrole brut quotidiennement.

Au cours de sa visite à Washington, dans environ deux semaines, Paritzky envisage également de discuter de la possibilité d’une assistance américaine et, plus largement, internationale, à des projets communs israélo-palestiniens dans les domaines de l’énergie et des infrastructures, (gaz naturel, désalinisation de l’eau de mer et électricité, notamment).

Par Amiram Cohen | Haaretz, 25 août 2003

Article original: https://www.haaretz.com/u-s-checking-possibility-of-pumping-oil-from-northern-iraq-to-haifa-via-jordan-1.98134

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

Source: http://arretsurinfo.ch/les-etats-unis-etudient-leventualite-de-pomper-du-petrole-a-partir-du-nord-de-lirak-vers-haifa-via-la-jordanie/

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