Les Serbes oubliés du Kosovo

La Serbie abandonne le Kosovo

Partie 1, Partie 2, Partie 3 

Devant un tel déluge de feu, la résistance ne pouvait durer éternellement (plus de 500 civils tués) et la Yougoslavie capitula. Le 10 juin 1999, les militaires yougoslaves commencent donc à se retirer du Kosovo, après la signature des accords de Kumanovo. Le Kosovo passe alors sous administration de la MINUK (Mission d’administration intérimaire des Nations unies au Kosovo) créée par la résolution 1244 du Conseil de sécurité dans le but « d’assurer une administration transitoire … pour que tous les habitants du Kosovo puissent vivre en paix et dans des conditions normales ». Beaux engagements, que personne ne respectera, à commencer par les principaux Etats signataires de ces accords. Suite à la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo le 17 février 2008, et illégale, car contraire à ces accords, (indépendance reconnue bien entendu par les Etats Unis, l’Angleterre et parmi d’autres Etats, malheureusement la France dirigée par Nicolas Sarkozy, violant ainsi la signature de notre pays), la Minuk sera remplacée par l’Eulex, une mission civile conduite par l’Union européenne et chargée de surveiller la justice, la police et les douanes. La faillite totale de l’Eulex a fait l’objet d’un article par Ana Otasevic (1).

L’épuration ethnique des Serbes du Kosovo

Les spécialistes du monde entier, écrit Nikola Mirkovic (2) vont se précipiter au Kosovo pour exhumer et filmer les prétendus 100 000 à 200 000 Kosovars albanais tués selon les dires de certains dirigeants occidentaux (3). En vain. Au total, le Tribunal pénal international de La Haye pour les guerres de Yougoslavie a comptabilisé 2108 morts, tous peuples confondus et majoritairement pour faits de guerre. Quant aux Serbes du Kosovo, leur sort va être tragique, et le vieux dicton, « Malheur aux vaincus » va s’appliquer à eux. Les forces de l’OTAN, baptisées pour l’occasion KFOR, vont se déployer et être accueillies comme des libérateurs par les Kosovars albanais. « Mais les crimes et les atrocités de l’UCK vont se poursuivre sous le regard impassible de l’Otan (4) qui reste l’arme au pied sans aucune réaction. »

Crédit photo Nikola Mirkovic

Dans toute la région, des Serbes sont enlevés, le monastère de la Sainte Trinité (XIV°siècle) est pillé puis miné, le monastère des saints anargyres Côme et Damien (du XIV° siècle également) est détruit à Staro Grako, 14 paysans serbes sont massacrés (5). D’après la Croix rouge, 75000 Serbes quittent le Kosovo dans les 18 jours qui ont suivi les accords de Kumanovo… Les experts internationaux vont découvrir de vrais charniers, mais ce sont ceux des cadavres serbes : des corps torturés et mutilés jetés dans des fosses communes comme des chiens. Le nombre de Serbes enlevés atteint le chiffre de 1200 à la fin de 1999, après 6 mois d’occupation par la KFOR écrit encore Nikola Mirkovic.

Ainsi, « ce que ni les Ottomans pendant 5 siècles d’occupation, ni Hitler, ni Mussolini, ni Tito n’avaient réussi à faire, la politique criminelle de Bill Clinton y arriva en quelques semaines, c’est à dire l’expulsion de 250 000 Serbes, la destruction d’une centaine d’églises, l’incendie de milliers de maisons et la profanation de la totalité des cimetière serbes » ajoute Nikola Mirkovic.

A quoi bon les confessions tardives du général canadien à la retraite Lewis Mac Kenzie, ancien commandant de la Forpronu en Bosnie-Herzégovine : « Le génocide proclamé par l’Occident au Kosovo n’a jamais eu lieu…Les Albanais du Kosovo nous ont joué comme un stradivarius.

Nous avons financé et indirectement soutenu leur violente campagne pour l’indépendance d’un Kosovo ethniquement pur. Nous ne leur avons jamais reproché d’être les responsables des violences du début des années 1990 et nous continuons à les désigner comme les victimes aujourd’hui malgré l’évidence du contraire » (6). Non, Général MacKenzie, les dirigeants occidentaux criminels n’ont pas été « joués » au son d’un « stradivarius », ils agissaient dans le cadre d’un plan d’ensemble conçu de longue date, minutieusement planifié, pour disloquer la Yougoslavie, la démembrer, dans le cadre de leur politique d’encerclement de la Russie. En voulez-vous la preuve ?

Le Kosovo tombe dans l’escarcelle des Etats-Unis

Dès leur arrivée au Kosovo, les militaires américains, et le colonel Jacques Hogard en est le témoin direct, vont ériger un camp militaire sur une superficie de 3600 hectares pouvant héberger jusqu’à 7000 personnes. Ses frais de fonctionnement annuels sont de 38 millions d’euros et on peut y trouver de tout… Bundsteel, car tel est le nom de ce camp, sert également à former des milliers de civils qui travaillent pour l’armée américaine sur ses différents théâtres d’opération dans le monde entier. Un article publié dans le recueil Censored 2000 (7) affiche sans détours le projet des Etats Unis : « Derrière la propagande de la guerre humanitaire, des bases américaines/OTAN ont été construites en Albanie, en Croatie, en Macédoine et au Kosovo. Les Balkans, une région d’importance stratégique, riche en ressources naturelles et avec des capacités industrielles importantes, sont maintenant occupés par des milliers de soldats américains. Tout cela s’est déroulé sans débats ni discussions. »

Les Serbes survivants au Kosovo résistent

Abandonnés par l’Occident, les Serbes rescapés de l’épuration ethnique résistent avec un courage exemplaire. Parqués dans des enclaves, en butte aux vexations, attaques et agressions de leurs voisins albanophones, ils survivent dans une grande précarité. La police kosovare ne réagit jamais à leurs plaintes et n’engage aucune poursuite envers les auteurs de faits délictueux commis envers des Serbes. Pour communiquer entre villages et enclaves, des convois sont organisés sous escorte de la KFOR, mais même ceux-ci sont régulièrement caillassés ou parfois attaqués avec des armes de guerre. Les médias occidentaux, si prompts à s’apitoyer sur le sort des Kosovars albanais, sont devenus étrangement silencieux. Il a fallu le déchaînement de violence au printemps 2004 pour que les médias se souviennent du sort des Serbes du Kosovo (8). Les grands défenseurs des droits de l’homme, et partisans du droit d’ingérence humanitaire, sont eux aussi silencieux.

Aidons-les

Heureusement des hommes et des femmes de bonne volonté, et de grande générosité, se sont levés en France pour les secourir. Une association a vu le jour en 2005 fondée par Arnaud Gouillon « Solidarité-Kosovo » (9). Elle soutient les Serbes des enclaves par l’envoi de convois humanitaires, une aide financière à la réhabilitation des établissements scolaires, à la modernisation des exploitations agricoles pour assurer l’autosuffisance alimentaire. Elle organise des vacances pour les enfants des enclaves au bord de la mer, leur permettant un temps de quitter leur triste quotidien, de se ressourcer et de se créer de nouvelles amitiés d’une enclave à l’autre. Solidarité-Kosovo organise aussi en France des conférences pour faire connaître la réalité méconnue des chrétiens survivant du Kosovo.

Les Serbes du Kosovo méritent toute notre admiration pour leur courage dans l’adversité. Soutenons-les.

MARC Jean | 18 septembre 2017

(1) Le Monde diplomatique, Juin 2015, Faillite de la mission européenne au Kosovo, « Des crimes impunis, un déficit extérieur colossal, une partie de la population fuyant un chômage de masse, des responsables rêvant tout haut de « Grande Albanie » : le Kosovo semble livré à ses démons. Le patronage de l’Union européenne ne lui a pas permis de décoller, et des affaires de corruption entachent la mission internationale visant à instaurer un Etat de droit. »

(2) Nikola Mirkovic, Le Martyre du Kosovo, Editions Jean Piccollec, 2013, p.94

(3) William Cohen dans une interview à la chaîne nord-américaine CBS pour l’émission Face the nation, 16 mai 1999, annonce que « au moins 100 000 Kosovars albanais en âge de se battre ont disparu et ont peut-être été tués par les forces serbes ». Lors d’une conférence de presse avec Jamie Shea, l’ambassadeur américain pour les crimes de guerre, David Scheffer racontera même qu’il y a 225 000 hommes âgés entre 14 et 59 ans qui ont disparu…

(4) Le colonel Jacques Hogard qui commandait un détachement français de la KFOR relate avoir été témoin de la collusion entre les militaires anglais et les bandes armées de l’UCK qui avaient tendu une embuscade à un convoi de civils serbes. Seule l’intervention vigoureuse des militaires français a permis de dégager le convoi. (Jacques Hogard, l’Europe est morte à Pristina, Editions Hugo&Cie, Paris,2014).  Nous en avions rendu compte dans un article publié sur le site Arrêts sur infos : Lorsque les EtatsUnis soutenaient les islamistes radicaux …

(5) J’ai souvenir d’avoir vu, aux actualités télévisées, débarquer dans le champ de blé, où avaient été massacré ces 14 paysans serbes, le 14 juillet 1999, le fameux French Doktor Bernard Kouchner, nommé par Kofi Annan haut représentant du Secrétariat général des Nations unies au Kosovo, déclarant avec emphase devant les caméras que « ce crime abominable ne resterait pas impuni ». Autant en emporte le vent (note personnelle du rédacteur).

(6) « We bombed the wrong side » (« On a bombardé le mauvais camp »), Lewis MacKenzie, The National Post, Toronto, 6 avril 2004

(7) « NATO Defends Private Economic Interest in the Balkans » (« L’OTAN défend ses propres intérêts économiques au Kosovo »), Censored 2000 : the year’s Top 25 Censored Stories, Seven Stories, 2000, p.44, cité par Nikola Mirkovic dans Le Martyre du Kosovo, Editions Jean Piccollec, 2013,p.133

(8) « Une vague de persécutions planifiée va se déclencher, suite à de fausses rumeurs. Le bilan sera effarant : une dizaine de milliers de personnes chassés de leur domicile, une quinzaine de villes et villages ethniquement purifiés…A Pdoujevo, les profanateurs du cimetière vont jusqu’à exhumer les morts et disperser les ossements sous les applaudissements de la foule et les regards désolés des officiers tchèques. Car ce pogrom s’est déroulé sous les yeux des militaires de la KFOR, spectateurs impuissants, car sans ordre d’en-haut » (j’ajouterai : soi-disant sans ordres d’en haut). Quelques extraits d’un excellent reportage « Retour du Kosovo‘ » de Jean-François Colosimo, paru dans Marianne du 24 décembre 2015

(9) Solidarité Kosovo : association de soutien aux Serbes du Kosovo …

Partie 1, Partie 2, Partie 3 

Source: http://arretsurinfo.ch/les-serbes-oublies-du-kosovo-la-serbie-abandonne-le-kosovo-33/

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