Solitude


Témoignages d’adultes

Les adultes surdoués*

Les adultes à haut potentiel sont peu étudiés. Peu d’études relatent le devenir des enfants doués. Dans ce site je relate des témoignages d’adultes et j’en cherche toujours pour pouvoir mieux comprendre les adultes surdoués.

Je vais donner quelques pistes de réflexion dans lesquelles les personnes en questionnement peuvent  s’y retrouver. Tout en sachant qu’il faut se diriger  vers les psychologues compétents spécialistes de la question. Les psychologues peuvent vous faire passer un test pour adultes , le WAIS. Mais, comme pour les enfants, ce test est un paramètre, et un entretien clinique très approfondi avec un professionnel sera indispensable pour bien tenir compte de tous les indices. Si vous rencontrez des professionnels qui ne vous proposent que de passer un test sans entretien, il vaut mieux chercher ailleurs.

Adultes surdoués reconnus dans l’enfance.

Ils ont le moins de problèmes apparemment, surtout s’ils ont réussi leur vie professionnelle. En général ils vont bien , ils ont appris à gérer cet état de fait. parfois néanmoins, ils peuvent se sentir seuls, en décalage malgré tout,  surtout s’ils n’ont pas trouvé l’âme sœur dans leur vie affective.

Ceux qui n’ont pas réussi leur profession, c’est–à dire une profession à la mesure de leurs capacités, se sentent très frustrés, très déçus, désabusés. Ils ne comprennent pas pourquoi ni comment cela s’est passé. Avec leur grande lucidité, ils ressentent d’autant plus le sentiment de gâchis.  Dans leur profession parfois ils ont été rejetés parce qu’ils font de l’ombre à un chef ou à des collègues, et ils ressentent cette injustice doublement. Ce n’est pas juste effectivement, car se sentant rejetés, ils se disent qu’ils sont nuls et le cercle vicieux s’enclenche inexorablement.

Adultes surdoués non reconnus dans l’enfance

Les adultes surdoués se sentent souvent en décalage avec le monde qui les entoure, avec les autres adultes. Ils se demandent ce qui ne va pas chez eux, mais ne savent pas le définir exactement. Parfois ils ont fini par se retrouver assez seuls à force de buter contre l’incompréhension des autres, se disant qu’il vaut mieux être seul plutôt que de toujours souffrir. Certains se découvrent un haut potentiel à l’âge adulte et cela les bouscule quelque peu.

Les femmes surdouées

Elles ont un problème différent des hommes. Les parents ont souvent plus testé leurs frères plutôt qu’elles. Les psychologues expliquent qu’ils ont dans leur clientèle des parents qui viennent plus volontiers pour tester leur garçon que leur fille. On pourrait en déduire que les parents font plus attention à la réussite des garçons à l’école en général. Dans le monde professionnel, les femmes à haut potentiel sont dévalorisées du point de vue de la féminité. Il faut choisir, être intelligente ou être féminine …parfois. Dans les postes de direction, en politique, on retrouve moins de femmes. Il y a très peu de femmes chefs d’orchestre.

Voici quelques caractéristiques qui correspondent aux adultes, c’est une liste non exhaustive et toutes ne sont pas forcément présentes.

Les adultes doués se présentent souvent comme des personnes que l’on remarque, que ce soit parce qu’elles sont très brillantes ou alors parce qu’elles sont très introverties, éteintes si on les compare à ce qu’elles étaient lorsqu’ils étaient enfants.. Ils ont quelque chose de spécial, mal défini mais présent.

Ils ou elles se questionnent sans cesse, ne sont jamais satisfaits, très exigeants pour eux-mêmes et pour leur entourage. Ils ou elles ont besoin de challenge.

Ils ou elles ont une grande mémoire.

Ils ou elles ont une grande sensibilité, une grande compréhension des autres, de la compassion, ou au contraire ils paraissent froids et distants.

Ils ou elles montrent une très grande susceptibilité.

Ils ou elles ont un caractère entier, pas de demi-mesure. Ils sont passionnés.

Ils ou elles ont un humour décalé, ils peuvent avoir des réflexions à côté de la plaque.

Ils ou elles présentent une grande curiosité, parfois dans des domaines étonnants.

Ils ou elles sont un peu « trop » en tout, dans des domaines très variés.ils sont caractérisés par leurs excès. Ils ou elles sont plus facilement dépendants , à l’alcool, aux drogues.

Ils ou elles peuvent se concentrer sur quelque chose avec une ténacité hors du commun jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce à quoi ils croient intensément. La persévérance est une des grandes caractéristiques de ces adultes, ils ou elles sont sur motivés dans un projet s’ilsou elles sont sûrs d’avoir la bonne idée.

Ils ou elles développent une hyperesthésie (très réactifs au niveau des cinq sens, que ce soit l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat et le goût).

Ils ou elles ont une naïveté, un enthousiasme déconcertants parfois, qui peuvent  être pris à tort pour de l’immaturité.

Ce sont de très grands lecteurs, un ou plusieurs livres par semaine. Ce qui les rend très cultivés. Ils ou elles ont un langage, une façon de parler peu commune. Ils ou elles ont parfois appris à lire très jeunes, avant le CP.

Ils ou elles aiment apprendre les langues étrangères et les apprennent facilement.

Ils ou elles ont une grande imagination, une grande capacité de travail et de raisonnement.

Ils ou elles ne tolèrent  pas l’injustice, pour eux et pour les autres.

Ils ou elles s’adaptent rapidement dans le monde professionnel, mais s’y ennuient rapidement. En conséquence ils changent souvent de travail, d’où une certaine instabilité et insatisfaction permanente.

Ils ou elles ont souvent de bonnes intuitions mais en même temps peuvent douter de tout et surtout d’eux-mêmes, car ils ont une grande lucidité sur tout.

Ils font preuve d’une grande créativité.

Ils ou elles sont en réussite malgré une adversité flagrante.

ils ou elles somatisent à l’extrême face aux difficultés de la vie.

Ils ou elles ressentent un ennui profond.

Dans leur vie, ils ou elles ont vécu des histoires peu banales, hors des sentiers battus, ceci dû à leur extrême curiosité.

Ils ou elles manifestent  peu d’importance aux différences d’âges dans leur relations et leurs amitiés.

Source: http://planetesurdoues.fr/index.php/adultes-surdoues/sites/

(*actuellement le mot le plus approprié est haut potentiel plutôt que surdoué)


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Ma vie professionnelle est chaotique, disent les adultes surdoués

Psychologue depuis plus de trente ans, Arielle Adda a travaillé avec des enfants comme avec des adultes, en dispensaire d’hygiène sociale, en institut spécialisé et en cabinet de recrutement. Elle s’est spécialement intéressée aux problèmes des enfants doués. Elle fait des conférences sur le sujet et participe à de nombreux colloques, tant en France qu’à l’étranger. Elle est notamment auteur de « Le livre de l’enfant doué », aux éditions Solar et avec Hélène Catroux, « l’enfant doué, l’intelligence réconciliée » chez Odile Jacob.

Par Arielle Adda

C’est par cette phrase quasi rituelle que se présentent les adultes venus en consultation, généralement après un long périple incluant divers essais thérapeutiques. Leurs recherches les ont entraînés sur la piste du don intellectuel et ils y ont vu une amorce prometteuse d’explication.

Il est toujours délicat de résumer une existence de plusieurs décennies en quelques phrases. Celle qui paraît le mieux convenir à ces adultes à la recherche d’eux-mêmes est bien ce terme de « chaotique ». Il apporterait un semblant de cohésion : dans un chaos, on peut trouver quantité de données, d’événements, de péripéties sans lien entre eux. L’unité serait uniquement fournie par ce terme bien qu’il  donne parfois le vertige à lui seul.

Quand ces adultes en quête commencent à raconter leurs parcours, il apparaît vite caractéristique de certaines personnes douées. Il a emprunté de multiples directions, généralement avec succès, mais il n’a pas été possible de persévérer, chaque fois pour une raison tout à fait acceptable.

Leurs études ont déjà été dispersées : plusieurs voies leur semblaient attrayantes pour se révéler ensuite décevantes, ou bien elles ne débouchaient sur aucune activité professionnelle intéressante, ou même simplement existante, ou encore elles ouvraient la voie dans une autre direction, intéressante à prendre. Ce parcours est généralement entrecoupé de périodes où il fallait bien travailler pour assurer l’ordinaire.

Le piège réside dans cette facilité qui permet aux adultes doués de réussir ces études sans être obligés de travailler d’une manière forcenée, à l’exception de quelques domaines précis, comme la médecine par exemple, où c’est alors justement cette facilité qui leur joue  des tours.

Quand on a la possibilité d’explorer un domaine d’études passionnantes, il serait dommage de l’ignorer : ce domaine peut être littéraire, artistique, scientifique, austère ou aisé d’accès, dans tous les cas il correspond à une facette de ces personnalités trop riches en dons pour se satisfaire d’un seul aspect d’eux-mêmes alors qu’existent  des opportunités si diverses dont on peut profiter.

Bien entendu, certaines personnes douées sont guidées par une passion quasi exclusive  les mobilisant entièrement, ils ne portent alors qu’un regard distrait et poli sur tout ce qui est extérieur à cet intérêt spécifique, généralement  très manifeste depuis l’enfance.

Si  cet attrait passionné est contrarié, toutes les autres voies seront empruntées par défaut, la réussite sera toujours aisée,  mais l’élan sera amoindri, sans perdre pour autant le dynamisme efficace propre aux personnes douées, mais en général on choisit une voie qui correspond à peu près à ses goûts.

Ce n’est pas toujours possible pour ceux qui n’ont pas pu faire d’études pour de multiples raisons dont certaines sont propres aux personnes douées, mais il y a aussi, très souvent,  des contraintes économiques ou sociologiques. Dans ce cas-là, on tient une explication toute trouvée pour le chaos d’une vie qui n’a pu se construire comme il l’aurait fallu. Pour ceux-là, le nombre et la diversité des métiers exercés, le plus souvent avec succès, est proprement étourdissant, même quand il y a eu des périodes de creux dont ils préfèrent ne pas parler.

Pour ceux qui se  sont engagés dans une voie professionnelle  correspondant à peu  près à leurs souhaits la situation se dégrade sournoisement : ce peut être un ennui profond complètement démoralisant à l’idée qu’on évoluera dans ce même cadre pendant des décennies, même en montant dans la hiérarchie.  Cette seule perspective est tellement accablante qu’il faut bien partir.  Pourtant, ces personnes étaient appréciées pour leur travail, leurs capacités d’initiatives, leur sérieux.  Les personnes douées ne sont pas forcément malmenées, mais, évidemment, il peut toujours y avoir des conflits par jalousie ou par peur d’être supplanté par quelqu’un possédant cette aisance particulière, caractéristique des personnes douées.

De plus en plus fréquemment, c’est la « morale », si on peut la nommer ainsi, en vigueur dans l’entreprise qui n’est pas acceptable pour une personne qui a besoin d’être en accord avec elle-même et ne peut en détruire d’autres pour le seul bénéfice d’une société et de ses actionnaires. C’est une complicité impensable quand on est à la fois rigoureux et empathique. Il leur faut donc partir sans la moindre hésitation. La générosité, l’idéalisme, la droiture  propres aux personnes douées doivent y trouver leur compte.

Certains départs sont incompréhensibles aux yeux des autres : l’ennui est presque normal, on peut très bien s’en accommoder, les licenciements sont peut-être justifiés, le salaire est correct, alors pourquoi ce « caprice » présenté comme impératif ?

En réalité, la personne douée qui se voit contrainte, qui étouffe, qui se sent révulsée, se sent aussi mourir.  Il est vital pour elle de partir, même si elle n’est pas particulièrement harcelée.

On méconnaît les ravages que peut causer un sentiment d’ennui mortel, c’est bien le mot.  Les enfants doués le connaissent bien, toutefois, même si la scolarité leur paraît interminable, ils savent qu’elle a une fin, mais la vie professionnelle est tellement longue qu’elle peut donner une image d’éternité.

Les adultes doués disent : « au début c’était bien, mais j’en ai vite fait le tour, je ne pouvais plus continuer ».

Ce serait comme un combat contre un adversaire changeant, fuyant, difficile à cerner. L’évoquer clairement revient à donner des raisons qui paraissent dérisoires, presque futiles, il est inconcevable de trouver mortel un travail que beaucoup estime, au contraire, intéressant.

C’est parce qu’ils veulent rester le plus possible en accord avec leur idéal que les adultes doués se sentent incapables de rester dans un poste qui les asphyxie. Ce fameux besoin de cohérence leur dicte leur conduite qui semble, aux yeux de la plupart, « chaotique ».  Faute d’une explication globale, ils répètent ce qualificatif qui reflète leur désarroi quand ils se rendent compte qu’ils ne peuvent concilier leurs désirs profonds d’accomplissement et la concrétisation qu’on leur en propose. Ce fossé recouvrirait donc un chaos où ils craignent de se perdre.  Ils tâtonnent dans ce qui devient un labyrinthe, craignant de se cogner durement à des aspérités qu’ils n’auront pas su déceler et qui les abîmeront, peut-être durablement, puisqu’ils finiront par penser qu’ils ne possèdent pas les bonnes clefs pour ouvrir les voies qui leur conviendraient.

Si on leur fournit une grille de lecture d’eux-mêmes et de la façon dont ils ont conduit leur existence, avec leurs exigences propres, leurs qualités spécifiques, qu’on n’identifie pas forcément comme telles, ces adultes perplexes retrouvent une image d’eux-mêmes plus claire et surtout plus homogène.  La cohérence leur est rendue.

Chronique publiée le 16/11/17 dans le JOURNAL DES FEMMES

Source:.journal des femmes

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