De passage en France, Mgr Antoine Audo, évêque chaldéen d’Alep et président de Caritas Syrie, se confie sur la situation de sa ville – où la vie reprend doucement malgré les destructions –, et de la Syrie en général.

Le plus « gros problème » à ses yeux reste la situation économique – marquée par le chômage – et sanitaire du pays.

La Croix : Quelle est la situation à Alep ?

Mgr Antoine Audo : Depuis l’éloignement des groupes armés d’Alep Est, la situation s’est beaucoup améliorée. Les quartiers Ouest ne sont plus directement bombardés. Depuis deux semaines, nous avons l’électricité une dizaine d’heures par jour. Cela change la vie des habitants qui peuvent faire tourner des machines, brancher les réfrigérateurs…

La ville retrouve une apparence de propreté, de l’asphalte a été remis dans certaines rues, l’éclairage public fonctionne de nouveau. Les gens circulent, la vie reprend !

Du côté Est, beaucoup de maisons sont détruites, mais la vie reprend aussi doucement. Chaque jour, une vingtaine d’employés de Caritas se rendent dans les quartiers Est pour apporter de l’aide. La paix n’est toutefois pas totalement revenue, nous entendons au loin des bombardements.

Le gros problème reste la situation économique. Il faut que l’industrie reprenne, que les déplacements soient facilités… Cette semaine, il m’a fallu 10 heures de route pour me rendre à Beyrouth (Liban), contre 4 ou 5 heures habituellement !

« En Syrie, la réconciliation prendra du temps »

Constatez-vous un retour de ceux qui avaient fui le conflit ?

Mgr A.A : Certains déplacés sont revenus. Nous n’avons pas de statistiques, mais dans certaines écoles, le nombre d’élèves a doublé depuis l’année dernière, c’est un signe.

Mais en tant que présence chrétienne, nous avons été très affaiblis. Les jeunes, notamment chrétiens, sont partis en grand nombre pour ne pas être enrôlés dans l’armée. Nous avons hâte que cette guerre se termine pour que ceux qui sont réfugiés au Liban puissent rentrer. Les chrétiens ont perdu confiance et sont découragés : ce conflit a révélé beaucoup de violence, de fanatisme.

Comment voyez-vous l’avenir de la Syrie ?

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