La France qui a été à la pointe de la destruction de la Libye et de l’intervention en Syrie fait une intense campagne, aidée par nos médias de grand chemin, pour obtenir la condamnation de la Russie – appelée à combattre le terrorisme en Syrie – pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». [Silvia Cattori]

libye

DR.

 VIOLATION FLAGRANTE DU DROIT HUMANITAIRE

Le lynchage d’un homme n’a ému ni Micheline Calmy-Rey ni Hillary Clinton

Par Silvia Cattori – 6 NOVEMBRE 2011 

Le lynchage révoltant de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi par ses propres compatriotes, à Syrte, sa ville natale, n’a pas fini de hanter le cœur et l’esprit de tous ceux qui refusent la barbarie à laquelle de prétendues « interventions humanitaires » conduisent.

Les images glaçantes, outrageantes, de la dépouille nue, maculée de sang, de Mouammar Kadhafi, et de celle de son fils Mouatassim, sont encore dans nos yeux. Exhibées, jetées en pâture par les nouveaux maîtres libyens, elles nous hanteront longtemps.

Pétrifié, chacun a pu voir, pratiquement en direct, les vidéos sinistres d’un homme ensanglanté, insulté, frappé, défiguré, humilié, regardant incrédule ses mains rougies de son propre sang, condamné à mort par des miliciens vociférant…

Il y a une limite à la quantité d’atrocités qu’une personne restée humaine peut supporter. Depuis Abou Ghraib cette limite a été largement dépassée.

Ces atrocités innommables nous les refusons. Elles présagent encore plus de sang et de larmes et de douleur pour les Libyens déjà cruellement meurtris par huit mois de bombardements et violences. Elles annoncent de plus grandes catastrophes…

Le spectacle bestial de la mise à mort de l’ancien dirigeant libyen, ne semble pas avoir révulsé le cœur de la présidente de la Confédération helvétique, Micheline Calmy-Rey. Au journaliste qui lui demandait obséquieusement ce qu’évoquait cette mort, elle a répondu froidement sans l’ombre d’un malaise :

« J’aurais préféré qu’il soit jugé parce qu’il a des comptes à rendre. Il a régné sur la Libye pendant 42 ans, sur une dictature sanglante. Ma foi, il est mort comme il a régné… » [1]

Ce commentaire est à la fois sidérant et révoltant.

Quel qu’aient pu être les crimes commis par Mouammar Kadhafi, sa dignité d’être humain, ne devait-elle pas être respectée ? Tout homme, fût-il coupable, n’a-t-il pas droit à être traité humainement ? N’est-ce pas là une exigence du droit humanitaire dont Mme Calmy-Rey se plaît à financer des projets [2] ?

Mouammar Kadhafi et son fils Mouatassim étaient vivants au moment de leur capture. Ils ont été humiliés, sauvagement torturés, exécutés. [3] De même que des dizaines de milliers de Libyens anonymes à eux attachés. Ils n’ont pas eu droit au traitement de prisonniers de guerre.

Face à une violation flagrante du droit international, et de toutes les règles fixant des limites à la barbarie, en sa fonction de présidente de la Confédération suisse, Mme Calmy-Rey se devait au moins de condamner le non respect du droit humanitaire.

Mais, foin du droit ! L’antipathie et la rancœur personnelle de Mme Calmy-Rey à l’égard de Kadhafi, ont lamentablement pris le dessus.
Mme Hillary Clinton ne s’est pas montrée plus humaine que Mme Calmy-Rey. Elle a laissé éclater une joie obscène au moment où elle apprenait la mort de Kadhafi [4].

Le cynisme dont Clinton et Calmy-Rey ont fait montre peut être qualifié d’inhumain… la preuve que les femmes au pouvoir ne sont pas plus tendres que les hommes…

Sur le continent européen, un seul homme d’État s’est dressé pour dire son indignation, pour dire son dégoût, pour dire non à la barbarie : le premier ministre russe Vladimir Poutine.

Révolté par le traitement réservé à la dépouille du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et de son fils Mouatassim, et par ce que ces images « dégoûtantes »lui inspiraient, il en a appelé, lui, au respect du droit international et des Conventions de Genève.

« La quasi-totalité de la famille de Mouammar Kadhafi a été tuée. Son corps a été exposé sur toutes les chaînes de télévision du monde. Il était impossible de regarder ces images sans écœurement. Il est tout ensanglanté, blessé, encore vivant, puis achevé (…) et on exhibe tout ça sur les écrans », s’est-il indigné. [5]

Une leçon d’humanité à l’adresse de ces deux femmes de pouvoir si peu sensibles à la cruauté, et de tous ces dirigeants occidentaux arrogants et hypocrites qui n’ont que les « droits de l’homme » à la bouche, mais ignorent leur violation quand cela les arrange.

Post scriptum

Les peuples qui ont soif de justice et d’humanité rejettent cette violence institutionnalisée, ce parti pris pour le plus fort, cette absence de compassion à l’égard des vaincus.

Le mandat de l’OTAN en Libye était de protéger les civils, et non pas de les massacrer. [6] La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU a été outrepassée. Dès le début de l’intervention, des charniers où l’on a trouvé les cadavres de partisans de Kadhafi, exécutés les mains liées derrière le dos, ont attesté des massacres commis par les combattants anti-Kadhafi qu’appuyait l’OTAN.

Cela n’a pas dissuadé Mme Calmy-Rey de se rendre le 1er septembre 2011 à la Conférence des « Amis de la Libye » à Paris. Convoquée à l’initiative de Sarkozy cette conférence -contrairement aux raisons avancées- était une manœuvre qui devait, d’une part, au travers du grand nombre de pays représentés, apporter une reconnaissance tacite du bien-fondé de l’intervention de l’OTAN en Libye. Et contribuer d’autre part, à asseoir la légitimité d’un Conseil national de transition (CNT) et de ses combattants barbares de plus en plus contestés et sousmis à critique.

La Suisse ne faisant pas partie de l’Alliance atlantique, Mme Calmy-Rey n’avait pas à associer le peuple suisse à une mascarade qui de toute évidence, ne servait qu’à apporter une caution à la destruction de la Libye et au massacre de dizaines de milliers de civils par les « frappes » de la coalition et les attaques des combattants du CNT.

Par Silvia Cattori – 6 NOVEMBRE 2011 

[1Télévision Suisse Romande, le 21 octobre 2011.


Mort il y a cinq ans, Kadhafi hante encore la politique française

Russia Today | 20 oct. 2016

Cinq ans après le décès du chef d’Etat, la Libye est en proie au chaos, le poids de l’intervention de l’OTAN pèse sur la politique française et Nicolas Sarkozy est toujours embarrassé par les accusations de financement libyen de sa campagne de 2007.

Le 20 octobre 2011, sept mois après le déclenchement de l’opération militaire de l’OTAN en Libye en soutien aux insurgés, Mouammar Kadhafi trouve la mort.

Ce jour-là, alors qu’il quittait la ville de la Syrte, ultime bastion des forces loyalistes, le convoi du chef d’Etat est contraint de modifier son itinéraire afin d’éviter des tirs d’avions de l’OTAN. Le véhicule du dirigeant libyen tombe alors dans une embuscade des rebelles, qui capturent ce dernier vivant. Le lendemain, toutefois, son décès est annoncé par un haut responsable militaire du Conseil national de transition (le CNT, coalition rebelle).

Dans un rapport publié en 2012, se basant sur des vidéos témoignant de l’évènement, l’ONG Human Right Watch est revenu sur les conditions de la mort du chef de la «Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste», à la suite du guet-apens : «Les vidéos montrent que Mouammar Kadhafi a été capturé vivant mais qu’il saignait profusément d’une blessure à la tête qui aurait été provoquée par les éclats d’une grenade lancée par l’un de ses propres gardes et aurait explosé au beau milieu d’eux.»

Attention ces images peuvent choquer

Par la suite, relate l’organisme humanitaire, le dirigeant libyen a été victime de tortures, avant d’agoniser dans une ambulance : «Ces vidéos montrent Mouammar Kadhafi se faisant rudement passer à tabac par les forces de l’opposition et recevant des coups de baïonnette aux fesses, entraînant de nouvelles blessures et de nouveaux saignements. Au moment où il est filmé en train d’être chargé dans une ambulance à moitié dénudé, il semble sans vie», détaille le rapport.

Le 21 octobre, les rebelles ont publiquement exposé la dépouille de Mouammar Kadhafi dans la ville de Misrata, au côté de celle d’un de ses fils, Moatassem, mort la veille.

Le cousin de Mouammar Kadhafi à RT : la Libye est anéantie un peu plus chaque jour

Hillary Clinton : «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort !»

Un certain nombre de responsables et de personnalités politiques occidentaux se sont félicités de la disparition de Mouammar Kadhafi. Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat américaine, n’avait pas caché sa joie : «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort !», avait lâché la chef de la diplomatie américaine sur la chaîne CBS, avant d’éclater de rire.

Le président de la République française, Nicolas Sarkozy, l’un des fers de lance de l’intervention otanienne en Lybie, avait quant à lui salué la «disparition» de l’ancien colonel comme une «étape majeure» pour la libération du peuple libyen, qui mènerait à «la réconciliation dans l’unité et la liberté». Le locataire de l’Elysée avait néanmoins tenu à préciser : «On ne doit jamais se réjouir de la mort d’un homme, quel que soit ce qu’il ait fait.»

Bien qu’applaudissant la chute du régime, le philosophe Bernard Henri-Lévy, qui avait plaidé auprès de Nicolas Sarkozy en faveur de l’opération militaire, s’était ému des photographies du corps martyrisé de l’ex-dirigeant lybien, qui avaient été diffusées à  la suite de son décès : «Il y a, dans cette scène de lynchage, une sauvagerie qui me révolte et que rien n’excuse.»

Ne prenant pas autant de pincettes, Angela Merkel avait déclaré : «L’Allemagne est soulagée et très heureuse» de la mort de Mouammar Kadhafi. Se faisant érudit, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi avait quant à lui déclamé : «Sic transit gloria mundi» («Ainsi passe la gloire du monde»).

Il y a quatre ans, le colonel Kadhafi imaginait déjà le chaos de la Libye d’aujourd’hui

Campagne de Nicolas Sarkozy, chaos libyen… : l’héritage de la chute de Kadhafi

Cinq après sa mort, le fantôme du chef d’Etat libyen continue de hanter les deux rives de la Méditerranée. En Libye, le chaos hérité de la chute de Mouammar Kadhafi est on ne peut plus vivace : le gouvernement d’union nationale (GUN) basé à Tripoli et le gouvernement dit de Tobrouk se partagent le pouvoir, tout en essuyant les assauts de groupes rebelles, dont les djihadistes de l’Etat islamique (EI). Signe de l’échec de l’opération de l’OTAN à accoucher d’une situation stable dans le pays : la présence, en 2016, de forces militaires occidentales en Libye.

Le 20 juillet 2016, le président de la République François Hollande avait ainsi reconnu que la France menait «des opérations périlleuses de renseignement en Libye», à la suite du décès de trois militaires dans le pays. Toujours en 2016, le commandant des troupes de la ville, cité par le quotidien britanniqueThe Times, avait fait savoir que les forces spéciales britanniques et américaines étaient en mission sur place.

En France, la mort de Mouammar Kadhafi pèse également toujours sur la vie politique : d’une part, les conséquences désastreuses de l’intervention de l’OTAN, conduite notamment par Paris, sont régulièrement rappelées aux candidats de la primaire à la droite Nicolas Sarkozy (qui était alors chef d’Etat) et Alain Juppé (qui était son ministre des Affaires étrangères).

D’autre part, l’ex-président de la République continue de faire l’objet de soupçons concernant le financement par l’ancien dirigeant libyen de sa campagne électorale de 2007. Pour certains de ses détracteurs, sa volonté de renverser Mouammar Kadhafi aurait notamment eu pour finalité de faire taire ce dernier, qui avait menacé, avant sa mort, de révéler des preuves d’un tel soutien financier.

Fin septembre, le site Mediapart avait fait état de l’existence d’un carnet ayant appartenu à un dignitaire libyen, dans lequel serait consigné le versement à Nicolas Sarkozy de 6,5 millions d’euros, attribué à des membres du gouvernement de Mouammar Kadhafi.

20 oct. 2016

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