La France engagée depuis 2011 à favoriser le renversement du « régime » en Syrie est toujours à la pointe des accusations devant incriminer Assad et protéger les groupes terroristes qui sévissent à Alep. Elle a tenté maintes fois et sans succès d’introduire des résolutions au Conseil de sécurité pour tenter de stopper la guerre contre les groupes armés en Syrie. Il est intéressant de prendre connaissances des discours des principaux protagonistes lors des deux dernières réunions au Conseil de sécurité demandées par la France. A commencer par les déclarations des représentants de l’ONU, pas si neutres qu’elles le devraient. La déclaration de Jean-Marc AYRAULT, le 8 octobre, qui exigeait l’arrêt des raids et l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne à Alep. La déclaration de l’ambassadeur français FRANÇOIS DELATTRE, le 30 novembre, lors de la réunion immédiate du Conseil de sécurité demandée par la France afin « d’examiner la situation de cette ville martyre et les moyens d’apporter secours à sa population». Ainsi que les réponses des ambassadeurs VITALY I. CHURKIN et BASHAR JA’AFARI.

[Silvia Cattori le 2 nov. 2016]


Conseil de Sécurité des Nations Unies : Alors que l’offensive militaire se poursuit à Alep, le conflit en Syrie continue de diviser le Conseil de sécurité [30 NOVEMBRE 2016]

Réuni en urgence à la demande de la France, le Conseil de sécurité a une fois de plus affiché aujourd’hui ses divisions au sujet du conflit en Syrie, où les forces gouvernementales ont repris le contrôle de plusieurs quartiers de l’est d’Alep au cours des derniers jours.  Plus de 25 000 civils ont été déplacés depuis samedi par l’offensive lancée contre cette ville, devenue, selon le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, un « catalogue des horreurs » commises dans ce pays du Moyen-Orient.

« Les parties au conflit en Syrie ont prouvé qu’elles sont prêtes à tout pour obtenir un avantage militaire, même si cela signifie tuer, blesser ou assiéger des civils », a constaté M. Stephen O’Brien, qui est également le Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies.  « Il n’y a plus de limite ni de ligne rouge à franchir », a-t-il ajouté, car « les règles les plus sacrées de la guerre ont été systématiquement bafouées ».

« Le militaire l’emporte sur le politique », a résumé l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, M. Staffan de Mistura.  « Mais il ne faut pas se faire d’illusions »: toute solution devra inclure une formule de stabilisation du pays et ne sera pas possible sans un règlement négocié incluant un mécanisme de partage de pouvoir et la réalisation du plan présenté par le Conseil de sécurité dans la résolution 2254 (2016).  M. de Mistura a annoncé qu’il informerait ses membres à ce sujet le 8 décembre prochain.

Dans l’immédiat, plusieurs membres du Conseil ont plaidé pour la mise aux voix, le plus rapidement possible, du projet de résolution préparé par l’Égypte, l’Espagne et la Nouvelle-Zélande, lequel demande un cessez-le-feu immédiat de 10 jours, un accès à l’est d’Alep pour l’aide humanitaire et la possibilité de quitter la ville pour les populations civiles.  Pour le représentant du Royaume-Uni, le Conseil devrait se prononcer « si ce n’est aujourd’hui, avant la fin de la semaine ».  Son homologue de la Fédération de Russie a toutefois dit « ne pas comprendre » l’insistance de certains à vouloir présenter un texte qui n’a pas obtenu l’agrément préalable de tous et a donc suggéré à la « troïka » de ne pas se presser et de tenir compte des préoccupations de tous les membres du Conseil.

Comme l’a rappelé la France, ce n’est pas un, mais trois projets de résolution qui sont actuellement à l’étude, chacun s’étant vu opposer « une fin de non-recevoir de la Russie », engagée aux côtés des forces gouvernementales syriennes dans l’offensive militaire.  La représentante des États-Unis a suggéré, au cas où la Russie bloquerait le texte de la « troïka », d’envisager de se tourner vers l’Assemblée générale des Nations Unies.  C’est d’ailleurs le sens de l’initiative interrégionale, lancée par le Canada pour le dossier syrien à l’attention de l’Assemblée et qui, selon le Sénégal, illustre l’échec du Conseil à agir.

Mais pour la Fédération de Russie, l’Envoyé spécial de Mistura semble avoir oublié que « c’est de lui qu’on attend des progrès », alors qu’« il ne trouve pas la force de reprendre les pourparlers directs ».  Un reproche repris à son compte par le représentant de la République arabe syrienne, qui a également fait observer que sa délégation n’avait jamais été consultée dans le cadre des négociations autour des trois projets de résolution évoqués.

Estimant que le Conseil de sécurité est devenu un « théâtre de pressions politiques », le représentant syrien a qualifié de « victoire sur le terrorisme » l’offensive en cours à Alep.  Selon lui, présenter ce qui se passe en Syrie comme une crise humanitaire n’empêchera pas son gouvernement de lutter contre les groupes terroristes qui doivent être empêchés « d’exploiter le sang syrien ».

Abondant en ce sens, le Venezuela a jugé que toute proposition visant à répondre aux besoins humanitaires à Alep devrait prendre en compte la nature déstabilisatrice du terrorisme.  Il a accusé les groupes terroristes présents à Alep, et notamment le Front el-Nosra, de « retenir 200 000 personnes en otage » dans la partie est de la ville.

Dans ce contexte, la situation des enfants a été longuement évoquée par M. Geert Cappelaere, le Directeur régional du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) pour le Moyen-Orient.  « Que reste-t-il de l’enfance pour les enfants de Syrie? », s’est-il demandé.  Environ six millions de petits Syriens ont besoin d’une assistance humanitaire, a-t-il relevé, dont deux millions se trouvent dans des zones d’accès difficile, auxquelles les agences humanitaires ne parviennent que par intermittence.  Enfin, près d’un demi-million d’enfants vivent dans des zones assiégées, privés depuis des mois d’aide humanitaire et de services de base.

Convaincu que le Conseil de sécurité pouvait s’entendre pour faire cesser les violences, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires a conclu en demandant trois choses: respect réel et protection des civils et des infrastructures civiles; accès humanitaire sûr, rapide et sans entraves; et la fin, « une fois pour toutes », des sièges brutaux.

Déterminée à parvenir à un règlement politique négocié, la France a annoncé que son ministre des affaires étrangères organisera le 10 décembre, à Paris, une réunion ministérielle associant « ceux qui refusent la stratégie de guerre totale et souhaitent relancer une stratégie politique négociée ».

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

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L’ambassadeur de France François Delattre  | Manuel Elias, United Nations, AFP


M. FRANÇOIS DELATTRE (France), a rappelé que, depuis le 15 novembre, le régime syrien avait engagé une nouvelle offensive massive sur l’est d’Alep, dont le bilan s’élève à au moins 225 morts civils et 200 000 personnes prises au piège.  Les zones encore contrôlées par l’opposition ne disposent plus d’infrastructures sanitaires et l’accès à l’eau potable et aux aliments y est insuffisant.  « Alep est en train de sombrer sous nos yeux », a poursuivi M. Delattre, pour qui il s’agit d’une stratégie de guerre totale.  « Mais même la guerre a des règles, notamment la protection des populations civiles et l’interdiction de cibler les zones où opèrent les acteurs humanitaires ou encore d’utiliser la famine comme arme de guerre », a poursuivi le représentant.  Dans cette équation implacable et cet acharnement systématique, la population d’Alep n’est à aucun moment un facteur, s’est-il indigné, avant de qualifier ces actes de crimes de guerre.

La France n’a eu de cesse de demander au régime syrien de mettre fin à cette offensive, de permettre l’accès humanitaire et d’autoriser la population civile à quitter Alep si elle le souhaite.  Aujourd’hui, la France constate que le Conseil de sécurité n’a, de nouveau, pas été en mesure de trouver une solution pour sauver l’est d’Alep puisque les trois différentes résolutions avancées ont toutes connues une fin de non-recevoir de la Russie.

La France demande une nouvelle fois aux membres du Conseil qui sont engagés dans les combats en Syrie et ont une influence sur le régime syrien d’intervenir.  « Ne nous y trompons pas, le drame d’Alep n’est pas le chemin douloureux par lequel il faudrait passer pour parvenir à la reconstruction de la Syrie, c’est un palier de plus dans la descente vers l’abîme de cette tragédie syrienne qui nourrit la radicalisation et le terrorisme », a estimé M. Delattre, pour qui la comparaison entre Alep aujourd’hui et le Guernica de la guerre d’Espagne est hélas pertinente.  Pour la France, Alep est au cœur d’un enjeu qui touche profondément à ses valeurs et à ses intérêts de sécurité.  À Alep, l’horreur et la terreur sont aujourd’hui les deux faces de la même médaille.

La France appelle la communauté internationale à rechercher ensemble les voies d’un règlement politique.  Dans cet esprit, le Ministre des affaires étrangères de la France organisera le 10 décembre, à Paris, une réunion ministérielle associant ceux qui refusent la stratégie de guerre totale et souhaitent relancer une stratégie politique négociée.  Avant de conclure, le représentant de la France a appelé à s’unir autour d’objectifs communs, soulignant que la crédibilité du Conseil de sécurité était lourdement engagée dans le drame syrien.

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In this photo provided by the United Nations, Samantha Power, U.S. Ambassador to the U.N., address a security council meeting on Syria, Sunday Sept. 25, 2016, at U.N. headquarters. (Manuel Elias/The United Nations via AP)

Samantha Power, (Manuel Elias/The United Nations via AP)

Mme SAMANTHA POWER (États-Unis) a dit vouloir essayer de savoir pourquoi le Conseil de sécurité ne parvient pas à faire preuve d’unité sur le dossier syrien. C’est un fait « clair et regrettable »: « parce que la Russie ne le veut pas », a-t-elle tranché.  D’après la Croix-Rouge, 20 000 personnes ont fui Alep au cours des quatre derniers jours devant les frappes aériennes russo-syriennes, s’est-elle alarmée.

Vous entendrez les représentants de la Syrie et de la Russie vous dire que les images du conflit sont des images de propagande, a ajouté Mme Power, avant d’accuser: « Il est vrai que ces deux pays sont des autorités en matière de propagande », capables qu’ils sont d’inventer les faits en l’absence de toute vérité.  Les responsables des Nations Unies qui ont parlé aujourd’hui sont les arbitres d’une situation sur laquelle ils n’ont aucune raison de mentir, a-t-elle insisté, soulignant qu’« on ne peut pas nier les faits ou la réalité ».

Depuis le début du siège d’Alep, un accès humanitaire sans entrave et la cessation des frappes aériennes ont été demandés à Damas et Moscou par le Conseil, alors que nous ne devrions même pas à avoir à le faire, a poursuivi la représentante.  Comme nous le savons, une résolution a été préparée par trois membres du Conseil.  Si elle était mise en œuvre, elle ménagerait aux civils d’Alep une brève pause pour leur permettre de recevoir l’aide dont ils ont cruellement besoin.  Cette résolution doit être mise aux voix rapidement, et tous ceux qui vous diraient le contraire « n’ont que faire du sort de la population », a-t-elle encore ajouté.  La Russie pouvant encore exercer son droit de veto pour empêcher les civils de bénéficier de l’aide, nous devrons alors réfléchir aux moyens d’agir plus efficacement, par exemple dans le cadre de l’Assemblée générale, a conclu Mme Power.

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Vitali Tchourkine - russie

VITALY I. CHURKIN. Photo DR.

M. VITALY I. CHURKIN (Fédération de Russie) a estimé qu’il était temps d’examiner la crise en Syrie en rapport avec la question de l’ingérence étrangère, avant de dénoncer le Royaume-Uni et les États-Unis pour avoir déclenché une guerre en Iraq, qui se poursuit encore aujourd’hui.  Par ailleurs, a-t-il ajouté, M. de Mistura semble avoir oublié que « c’est de lui qu’on attend des progrès », alors qu’« il ne trouve pas la force de reprendre les pourparlers directs ».

L’inertie de l’ONU sur le plan politique est compensée par « une surenchère sur le plan humanitaire », a souligné M. Churkin, qui s’est dit préoccupé du sort des civils dans l’est d’Alep.  « La situation actuelle aurait pu être évitée si, pour le moins, on avait donné suite à la promesse faite par le Directeur de la Central Intelligence Agency (CIA) de faire la distinction entre les belligérants soi-disant modérés et les groupes terroristes », a accusé le représentant, qui a affirmé que « nous avons été menés par le bout du nez ».

Rien d’étonnant à ce que la France et le Royaume-Uni, « qui veulent en réalité un changement de régime en Syrie », aient convoqué la tenue d’une telle séance, a poursuivi M. Churkin, qui a jugé cette manœuvre « désespérée », alors qu’on sait qu’une partie de la ville a déjà été libérée des terroristes.  Plus de 6 600 personnes sont sorties des quartiers est d’Alep, a-t-il affirmé, assurant qu’une aide leur avait été fournie.  « Les humanitaires ont dit que, dans tous les cas, lorsque les Syriens fuient, ils se dirigent systématiquement vers les positions sous contrôle des forces gouvernementales », a constaté le représentant russe, y voyant la preuve que leurs oppresseurs sont bel et bien les terroristes.

Revenant sur le projet de résolution préparé par l’Égypte, l’Espagne et la Nouvelle-Zélande, M. Churkin a dit ne pas comprendre l’insistance de certains à vouloir présenter un texte qui n’a pas obtenu l’agrément de tous les membres du Conseil de sécurité.  Il a donc suggéré à la « troïka » de ne pas se presser et de tenir compte des préoccupations de tous les membres du Conseil.  Quant aux soutiens de l’opposition modérée, ils doivent cesser d’aider les terroristes et lever les mesures unilatérales, a-t-il ajouté.

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bashar-jaafari

M. BASHAR JA’AFARI. Photo DR.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a commencé par relever que les trois personnes qui ont fait des exposés pendant cette réunion du Conseil de sécurité l’ont fait à partir de Genève, Londres et Amman, et qu’aucun représentant ne l’a fait depuis la Syrie.  Par ailleurs, les trois États Membres qui ont travaillé sur le projet de résolution sur la situation humanitaire en Syrie l’ont fait sans consulter, à aucun moment, la délégation syrienne, a-t-il encore rappelé.

M. Ja’afari a qualifié de « victoire sur le terrorisme », l’offensive actuelle des forces gouvernementales syriennes sur Alep.  Le fait de simplement présenter ce qui se passe en Syrie comme une crise humanitaire n’empêchera pas son Gouvernement de lutter contre le terrorisme, a déclaré le représentant, qui a accusé les groupes terroristes « d’exploiter le sang syrien ».  Citant une lettre des enfants d’Alep à l’UNICEF qui n’a pas été mentionnée dans l’exposé de son représentant, il a affirmé que les représentants du Front el-Nosra présents à Alep refusent d’entendre la voix de ces enfants et continuent d’utiliser les civils syriens comme des boucliers humains.  Répondant à l’intervention américaine, il a affirmé que l’État islamique et le Front el-Nosra pratiquent la traite des femmes en affichant même des prix n’allant pas au-delà de 40 dinars par femme.

M. Ja’afari a dénoncé les gouvernements qui persistent à lancer des appels contre la Russie et la Syrie, et les a accusés de soutenir des « groupes terroristes génétiquement modifiés » qui sont, à ses yeux « l’éléphant dans la salle », à savoir les groupes armés non étatiques qui empêchent les civils d’Alep de quitter la ville.

Le représentant syrien a poursuivi en affirmant que « les protagonistes de ce théâtre de l’absurde que représente le Front el-Nosra » n’ont pas pu empêcher le Gouvernement syrien de libérer une grande partie d’Alep et de venir en aide aux civils sur place, avant d’inviter le représentant d’OCHA de s’y rendre.  Il a également rappelé que le Président Putin de Russie avait donné des instructions pour envoyer des unités hospitalières à Alep.

Il faut que les pays qui soutiennent ces groupes se rendent à l’évidence que le terrorisme ne peut pas être utilisé pour transformer Alep en un autre Kandahar, a encore déclaré M. Ja’afari.  Il a également reproché à certains hauts représentants du Secrétariat de l’ONU de s’inscrire dans cette même logique.  Il est clair, a-t-il ajouté, que le Conseil de sécurité a ignoré ses responsabilités en matière de maintien de la paix et s’est transformé en un théâtre de pressions politiques.  Il a cité pour preuve le fait que le Conseil refuse d’inscrire certains groupes comme Jeish El Mohamed sur sa liste de sanctions.  Il a également accusé le régime turc de soutenir les Frères musulmans.

Appelant « ceux qui ont des sentiments pour les terroristes à remporter leurs poubelles avec eux et à autoriser les membres du Front el-Nosra à résider chez eux et à y fréquenter les universités, M. Ja’afari a conclu en déclarant que le Gouvernement syrien attendait toujours l’invitation de M. de Mistura à reprendre le dialogue qu’il a interrompu en mai dernier, afin de parvenir à une solution politique.

On peut lire toutes les déclaration ici: http://www.un.org/press/fr/2016/cs12605.doc.htm 


Syrie: le Conseil de sécurité de nouveau désuni sur le sort d’Alep, « ville martyre » [8 octobre 2016]

Source: http://www.un.org/press/fr/2016/cs12545.doc.htm

Le Conseil de sécurité n’est pas parvenu, cet après-midi, à s’entendre sur deux projets de résolution pour sauver Alep.  Les deux textes concurrents ont été présentés respectivement par la France et l’Espagne et par la Fédération de Russie.

Le premier de ces deux projets de résolution, défendu par le Ministre français des affaires, M. Jean-Marc Ayrault, demandait à toutes les parties au conflit syrien de « mettre immédiatement fin à tous les bombardements aériens sur Alep et à tous les survols militaires de cette ville ».  Le second projet de résolution proposait quant à lui que la Fédération de Russie et les États-Unis prennent des mesures pour que cessent les hostilités en Syrie.

Fait rarissime au Conseil de sécurité, l’organe de l’ONU garant de la paix et de la sécurité internationales, ces deux textes sur une même question à son ordre du jour n’ont pu être adoptés.

« Face à l’horreur insoutenable du martyre d’Alep », M. Ayrault avait, avant la mise aux voix du texte franco-espagnol, placé les membres du Conseil devant leurs responsabilités, jugeant que « ce qui se déroule sous nos yeux à Alep est la sinistre répétition des tragédies à Guernica, Srebrenica, Grozny ».

Présentant le projet de résolution, il a répété que, « face à l’horreur », le Conseil de sécurité devait prendre une décision « simple et évidente »: exiger une action immédiate pour sauver Alep; exiger la fin de tous les bombardements par le régime et ses alliés; exiger que l’aide humanitaire arrive, sans entrave et sans condition, à une population qui en a désespérément besoin.  « C’est ce qu’appelle la situation à Alep », a-t-il déclaré avec gravité.

Ainsi que le Chef de la diplomatie française l’a indiqué, hier, l’Envoyé spécial du Secrétaire général en Syrie, M. Staffan de Mistura, avait devant ce même Conseil de sécurité, lors d’une séance de consultations, affirmé que si les massacres et les bombardements à Alep se poursuivaient à ce rythme, elle ne serait bientôt plus qu’un champ de ruines.

Le représentant de la Fédération de Russie a vivement réagi à la proposition franco-espagnole.  Attaquant le contenu même du projet de résolution, M. Vitaly Churkin a dénoncé l’inanité de l’idée d’interdire de vols au-dessus d’Alep-Est, « une zone tenue par les militants ».  « Cette interdiction frapperait-elle aussi le vol de drones de renseignement qui suivent les combattants?  Le texte ne le dit pas », a-t-il souligné.

« Pourquoi en outre cibler la partie occidentale de la ville, contrôlée par le Gouvernement syrien?  C’est plus pratique, dit-on », s’est encore exclamé M. Churkin.  Le représentant russe a été catégorique: « Cette résolution est une tentative de détruire l’architecture de négociation existante ».

Immédiatement après avoir annoncé que, contre le projet de résolution franco-espagnol, son pays userait pour la cinquième fois de son droit de veto depuis le début de la crise syrienne en 2011, M. Churkin a présenté la résolution concurrente rédigée par son pays.  Il a notamment indiqué que celle-ci misait sur des efforts conjoints et l’entente de la Russie et les États-Unis, qu’elle confirmait la pertinence du régime de contrôle prévu par le Groupe international de soutien pour la Syrie, et, enfin, qu’elle tenait compte de l’initiative de M. de Mistura d’exfiltrer les terroristes opposés au régime présents à Alep-Est.

« Notre résolution sera rejetée pour des motifs antirusses et par manque de courage », s’est-il résigné avant le vote.  Il a assuré qu’en dépit de ce rejet, la Russie -qui se réjouit déjà « de la tendance à la baisse des activités militaires sur le terrain »-, continuerait à agir dans l’intérêt de tous les acteurs régionaux.

Après que le texte de la Russie a été rejeté par neuf délégations, les représentants du Royaume-Uni et les États-Unis ont eu les mots les plus durs contre la Fédération de Russie.  S’adressant directement à M. Churkin, M. Matthew Rycroft a parlé, au sujet de l’initiative russe, de « tentative cynique pour détourner l’attention internationale de votre propre veto ».  De son côté, M. David Pressman a fustigé un projet de résolution « visant à faire accepter au Conseil de sécurité ce que la Russie et le régime syrien font en Syrie ».

La séance a par ailleurs été marquée par un mouvement de protestation de délégations, qui ont quitté la salle au moment où le représentant de la Syrie prenait la parole.

Ironisant sur cet incident, M. Ja’afari a remercié ces ambassadeurs de laisser temporairement à son pays un siège de membre du Conseil de sécurité.  Après avoir longuement défendu l’action politique et militaire du Gouvernement syrien, il a exhorté les États Membres à lire les quelques 500 lettres adressées par celui-ci depuis le début de la crise, en particulier, a-t-il dit, « celles sur l’utilisation d’armes chimiques par des terroristes ».

Déclarations avant le vote

M. JEAN-MARC AYRAULT, Ministre des affaires étrangères de la France, a affirmé que face à l’horreur insoutenable du martyre d’Alep, le Conseil de sécurité était à nouveau placé devant la responsabilité que lui a confiée la communauté internationale: garantir la paix, assurer la sécurité internationale, protéger les populations civiles.

Si nous n’agissons pas, a dit le Ministre, reprenant le message de l’Envoyé spécial des Nations Unies, M. Staffan de Mistura, hier au Conseil de sécurité, cette ville ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines et restera dans l’histoire comme une ville et ses habitants abandonnés à leurs bourreaux.

Ce qui se déroule sous nos yeux à Alep-Est est la sinistre répétition des tragédies à Guernica, Srebrenica, Grozny, a estimé M. Ayrault, ajoutant que si elle ne se ressaisissait pas, la communauté internationale en partagerait la responsabilité.

Le régime et ses soutiens prétendent agir au nom de la lutte contre le terrorisme, a-t-il dit, jugeant qu’il s’agissait là d’une « imposture que je dénonce avec la plus grande force ».  « Bashar Al-Assad ne combat pas le terrorisme, il l’alimente », a-t-il lancé.

Pour le Ministre, la France a payé le prix du terrorisme et ne peut accepter que ce combat essentiel, qui doit tous nous rassembler, soit ainsi dévoyé, dévoyé par des actions punitives qui ne font que renforcer, au bout du compte, ceux qu’elles prétendent éliminer.  Il y a urgence, a-t-il déclaré.

Aujourd’hui, face à l’horreur, le Conseil de sécurité doit prendre une décision simple et évidente: exiger une action immédiate pour sauver Alep; exiger la fin de tous les bombardements par le régime et ses alliés; exiger que l’aide humanitaire arrive, sans entrave et sans condition, à une population qui en a désespérément besoin.  C’est ce qu’appelle la situation à Alep.

M. Ayrault a expliqué que le projet de résolution que la France présentait avec l’Espagne était un projet simple qui répondait à cette urgence.  Ce texte, a-t-il dit, réaffirme une évidence: le caractère inacceptable de la répression aveugle que conduit le régime syrien contre son peuple.  Il rappelle l’ensemble des décisions prises par le Conseil depuis le début de cette crise.  Il énumère les conditions d’une paix juste et durable.  Il exprime enfin une volonté d’unité autour de cet objectif qui nous rassemble: la lutte contre le terrorisme.

Ce projet, a-t-il dit, pose aussi des exigences claires et précises: l’arrêt immédiat des bombardements et des vols militaires sur Alep; l’accès de l’aide humanitaire; le respect de la trêve, garanti par un mécanisme de vérification efficace, dont les modalités sont ouvertes; l’arrêt de toute forme de soutien ou de collaboration avec les groupes terroristes désignés par le Conseil de sécurité; la reprise du processus du processus politique.

Le Chef de la diplomatie française a souligné que le projet de résolution avait été patiemment négocié, de bonne foi, avec la volonté de réunir la communauté internationale autour d’un projet simple, et que « c’est avec le cœur et la main tendue » qu’il s’était personnellement efforcé de créer les conditions du consensus, « en toute sincérité et sans arrière-pensée », animé de l’unique volonté de favoriser le retour de la paix en Syrie, de faire cesser le martyre d’un peuple, de promouvoir une solution au drame que vivent des millions de réfugiés et de déplacés.

L’adoption de ce projet de résolution pourrait redonner à la population d’Alep, au peuple syrien, à nous tous une lueur d’espoir.  Si, au contraire, malgré un large soutien, il était refusé, il y aura plus de morts, plus de réfugiés, plus de déplacés.  M. Ayrault a appelé chaque membre du Conseil de sécurité à assumer ses responsabilités: sauver la population d’Alep, se rassembler pour la paix, adresser au régime syrien le message qu’il aurait dû entendre depuis longtemps.

Face à cet enjeu d’une telle gravité, a conclu le Ministre, faire obstacle à l’adoption de cette résolution, ce serait laisser à Bashar Al-Assad la possibilité de tuer encore davantage.  Ce serait un cadeau insensé aux terroristes.  « Mon vœu le plus cher est que ce conseil ne fasse pas ce cadeau. »

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M. VITALY I. CHURKIN (Fédération de Russie) a qualifié de mise en scène étrange ce qui se joue aujourd’hui au Conseil de sécurité, le Conseil s’apprêtant à voter deux résolutions « dont nous savons tous qu’elles ne seront pas adoptées ».  Il a estimé qu’historiquement la troïka occidentale, après avoir détruit la Libye, s’en était prise à la Syrie.

Depuis le début de la crise en Syrie, a-t-il ajouté, la France n’a fait aucune proposition constructive, et c’est encore le cas aujourd’hui.  Selon le représentant, la France était convaincue qu’elle pourrait surmonter le veto de la Russie, le texte ayant été mis en bleu de manière précipitée.

Sur le contenu du projet de résolution présentée par la France et l’Espagne, M. Churkin a dénoncé l’inanité de la proposition d’interdiction de vols au-dessus d’Alep est, « une zone tenue par les militants ».  Cette interdiction frapperait-elle aussi le vol de drones de renseignement qui suivent les combattants?  Le texte ne le dit pas, a-t-il souligné.

Pourquoi en outre cibler la partie occidentale de la ville, contrôlée par le Gouvernement syrien?  C’est plus pratique, dit-on! s’est exclamé M. Churkin.  Le représentant russe a été catégorique: « cette résolution est une tentative de détruire l’architecture de négociation existante ».

Présentant le deuxième projet de résolution, élaboré par son pays, il a noté qu’il s’appuyait sur tout ce qui a été réussi de diplomatique depuis le début de la crise.  Il mise, a-t-il expliqué, sur les paramètres d’entente entre la Russie et les États-Unis.  Il demande l’instauration d’une pause hebdomadaire des combats de 48 heures, a encore signalé M. Churkin.

Le représentant a également insisté sur le fait que ce projet de résolution confirmait la pertinence du régime de contrôle prévu par le Groupe international de soutien pour la Syrie (GISS).  Il a relevé aussi que le texte demandait instamment à l’opposition de se dissocier des terroristes et de rallier le « régime de cessation des hostilités ».  « Notre texte tient en outre compte de l’initiative de l’Envoyé spécial des Nations Unies, M. Staffan de Mistura, qui, fait curieux, est passée sous silence dans la résolution franco-espagnole », a poursuivi M. Churkin.

Pour lui, il faut agir d’abord en relançant le processus politique entre Syriens, un processus bloqué depuis mai dernier par « l’opposition radicale ».  Notre résolution sera rejetée pour des motifs antirusses et par manque de courage, a-t-il anticipé, assurant que « malgré tout » son pays continuerait à agir dans l’intérêt de tous les acteurs régionaux.  Il a conclu en se réjouissant de la tendance à la baisse des activités militaires sur le terrain.

Déclarations après le vote sur le projet de résolution S/2016/846

[…]

M. DAVID PRESSMAN (États-Unis) a rappelé qu’hier, lors d’une séance de consultations, l’Envoyé spécial des Nations Unies, M. Staffan Di Mistura, avait procédé à une description terrible du désastre à Alep.  Il avait imploré le Conseil à faire cesser le carnage.  Le projet de résolution qui a fait l’objet d’un veto de la Fédération de Russie n’avait qu’un objectif: celui de faire cesser les bombardements aériens.

Ces attaques russes et syriennes ont systématiquement détruit toutes les infrastructures qui tenaient encore: hôpitaux, ambulances, des familles entières sous les ruines et un déluge de bombes.  L’Envoyé spécial a prévenu qu’Alep risquait d’être entièrement détruite d’ici à la fin de l’année.

Le veto de la Russie cherche à renforcer Bashar Al-Assad au détriment de 75 000 civils.  Il a regretté que le Conseil n’ait pas tiré des enseignements du passé à cause d’un seul de ses membres qui participe à la destruction.  « C’est grotesque », a-t-il commenté.  « Ils vont tout faire pour déformer la vérité, mais, en fait, la Russie aide tout bonnement le régime Al-Assad à reprendre la ville d’Alep, et ce, à n’importe quel prix. »

Il a demandé pourquoi les principales cibles étaient les hôpitaux, ajoutant qu’il s’agissait tout simplement de « crimes de guerre ».  La Russie ne peut utiliser comme prétexte la présence de quelques centaines de membres d’El-Nosra pour effacer toute une ville.

En réalité, par ses tactiques de voyous, la Russie ne fait qu’encourager le régime syrien.  Les États-Unis restent pour leur part engagés et tentent depuis des mois, avec la Russie, de lancer une campagne visant des cibles terroristes comme El-Nosra, tout en permettant l’acheminement de l’assistance humanitaire.  Hélas, a-t-il poursuivi, la Russie a fait la sourde oreille.

Avec le régime syrien, la Russie a lancé des bombes incendiaires qui ne font qu’aggraver les souffrances, en visant des médecins qui cherchent à sauver des vies dans des structures souterraines, a-t-il affirmé, en appelant à mettre fin aux souffrances épouvantables du peuple syrien.

Déclarations après le vote sur le projet de résolution S/2016/847

[…]

M. CHURKIN (Fédération de Russie) a dénoncé la rhétorique de confrontation des États-Unis et du Royaume-Uni.  Il a rappelé que son ministre des affaires étrangères et son homologue américain avaient véritablement tenté de travailler ensemble sans pouvoir atteindre une solution viable.

En attendant, la population civile syrienne pâtit.  Elle a rappelé à l’Angola que le but du texte de la Russie était d’appuyer les accords obtenus avec les États-Unis même s’ils n’ont pas tout à fait abouti.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne), dans une longue intervention, s’est élevé contre le fait que les représentants de « pays coloniaux » quittaient la salle au moment où lui-même allait prendre la parole.  Le Représentant permanent a ensuite salué la Russie à un moment où la région du Moyen-Orient était confrontée à des défis majeurs à cause de la politique inique de certains membres du Conseil de sécurité qui cherchent à mettre en œuvre leurs intérêts expansionnistes.

Il a condamné la lâcheté de l’attentat terroriste perpétré par le groupe el-Nosra contre l’Ambassade de la Russie à Damas.  Il a tenu à établir une distinction entre les groupes modérés de l’opposition et El-Nosra, distinction que le projet de résolution de la France et de l’Espagne n’établit guère.

Après avoir évoqué l’accord historique entre la France et le Royaume-Uni, qui avait négativement scellé le sort de la région et de la Syrie en particulier, il a indiqué que le Ministre des affaires étrangères de la France s’était arrogé le droit de s’exprimer au nom du peuple syrien, en oubliant la responsabilité de la France dans beaucoup de tragédies.  « Les djihadistes français font du bon boulot en Syrie », a-t-il ajouté.

En revanche, lorsque l’armée syrienne et ses alliés luttent contre les groupes terroristes comme El-Nosra, le Conseil s’évertue systématiquement à convoquer des séances.  Il a revendiqué le droit de son gouvernement à agir en toute souveraineté, soulignant que le peuple syrien se demandait si tous les contrats passés avec le Qatar et l’Arabie saoudite valaient réellement ce bain de sang.

Le délégué syrien a rappelé que le Conseil avait déjà tenu, depuis le début de la crise syrienne, 75 séances officielles, 97 consultations privées et adopté 17 résolutions.  Il a également renvoyé aux innombrables vetos des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France s’agissant de la situation dans les territoires palestiniens occupés.

Sur le terrain, il a signalé que le fondateur des « casques blancs » n’est rien d’autre qu’un agent de renseignement du Royaume-Uni, tandis que le Pentagone avait versé 514 millions de dollars à une compagnie britannique de relations publiques dans le but avoué de mener une campagne tous azimuts contre le Gouvernement syrien.

Il a conclu qu’il fallait décrypter la stratégie de la coalition dirigée par les États-Unis qui ressemble à une politique délibérée qui a contribué, depuis 2003, à l’épanouissement de groupes comme Daech.

Il a ensuite réclamé des excuses pour ce qui a été perpétré contre les Iraquiens innocents dans un refuge à Bagdad.  Il a enfin réaffirmé l’engagement de son gouvernement à mettre en œuvre les plans de réponse mensuels, celui d’octobre ayant été officiellement approuvé.  Il a dénoncé le fait que les groupes armés modérés aient empêché de porter assistance à la population, et a annoncé qu’il fournirait les résultats de l’enquête sur l’attaque contre le convoi humanitaire de l’ONU.

M. VAN BOHEMEN (Nouvelle-Zélande) a qualifié de mensonges flagrants les propos du « représentant du régime syrien ».

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On peut lire toutes les déclarations icihttp://www.un.org/press/fr/2016/cs12545.doc.htm


Conseil de Sécurité des Nations Unies :Discours de Jean-Marc Ayrault (08.10.2016)

ayrault-Jean-Marc Ayrault était à l’Onu samedi pour défendre la résolution française visant à faire taire les bombes, à Alep. | AFP

Jean-Marc Ayrault à l’Onu le 8 octobre | AFP

Monsieur le Président,

Face à l’horreur insoutenable du martyre d’Alep, le Conseil de sécurité est à nouveau placé devant la responsabilité que lui a confiée la communauté internationale. Garantir la paix. Assurer la sécurité internationale. Protéger les populations civiles.

Nous avons entendu hier l’Envoyé spécial des Nations Unies, Staffan de Mistura. Sa description sonne comme un cri d’alarme : si cela continue, nous aurons assisté, d’ici la fin de l’année, à la destruction d’Alep. Le message que Staffan de Mistura adresse au Conseil de Sécurité est un message sans ambiguïté. Si nous n’agissons pas, cette ville ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines et restera dans l’histoire comme une ville et ses habitants abandonnés à leurs bourreaux.

Il y a quinze jours déjà, devant ce Conseil, je demandais au nom de la France un cessez-le-feu immédiat. Depuis, après un accord mort-né, le régime syrien a confirmé avec une brutalité inouïe son objectif. Cet objectif n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme. Cet objectif c’est la capitulation d’Alep.

Daraya, Hama, Alep, chaque fois la tactique du régime syrien est la même : des bombardements indiscriminés, une destruction méthodique des infrastructures civiles, pour infliger le maximum de souffrance aux populations – dernièrement, l’approvisionnement en eau potable à Alep ! -, le ciblage systématique des hôpitaux et des personnels de santé. Chaque fois, les soutiens de Damas apportent un appui décisif à cette stratégie qui ne vise qu’un seul but : obtenir la reddition des combattants et l’exode des civils, dans des opérations qui engagent un cycle potentiellement dévastateur d’épuration ethnique.

Comment collectivement pouvons-nous le tolérer ? Le Secrétaire général des Nations unies a parlé de crimes de guerre. Nous avons tous en mémoire Guernica, Srebrenica, Grozny. Ce qui se déroule sous nos yeux à Alep est la sinistre répétition de ces tragédies. Si elle ne se ressaisit pas, la communauté internationale en partagera la responsabilité.

Le régime et ses soutiens prétendent agir au nom de la lutte contre le terrorisme. C’est une imposture que je dénonce avec la plus grande force. Bachar Al Assad ne combat pas le terrorisme, il l’alimente. Depuis le début de ce conflit, il cible d’abord l’opposition modérée, parce qu’elle incarne le seul espoir de retrouver un jour une Syrie unie et pacifiée. Il organise un tête-à-tête morbide entre lui, d’un côté ; Daech et Al Qaeda, de l’autre, ses alliés objectifs qu’il épargne délibérément.

La France a payé le prix du terrorisme. Elle ne peut accepter que ce combat essentiel, qui doit tous nous rassembler, soit ainsi dévoyé. Dévoyé par des actions punitives qui ne font que renforcer, au bout du compte, ceux qu’elles prétendent éliminer. Car détruire des hôpitaux, affamer des civils, massacrer des femmes et des enfants, conduire le siège des villes, comme au Moyen-Age, ne font que précipiter la radicalisation et nourrir le terrorisme. Il faut donc mettre un coup d’arrêt à ce cycle infernal. Il y a urgence.

Aujourd’hui, face à l’horreur, le Conseil de sécurité doit prendre une décision simple et évidente : exiger une action immédiate pour sauver Alep ; exiger la fin de tous les bombardements par le régime et ses alliés ; exiger que l’aide humanitaire arrive, sans entrave et sans condition, à une population qui en a désespérément besoin. C’est ce qu’appelle la situation à Alep.

Et, c’est ce que la France, avec la majorité des membres de ce Conseil, n’a cessé de promouvoir. Il y a une semaine, nous avons présenté, avec l’Espagne, un projet de résolution. Un projet simple qui répond à cette urgence.

Que dit ce texte ? Il réaffirme l’évidence : le caractère inacceptable de la répression aveugle que conduit le régime syrien contre son propre peuple. Il rappelle l’ensemble des décisions prises par notre Conseil depuis le début de cette crise. Il énumère les conditions d’une paix juste et durable, cette solution politique dont nous avons de longue date défini les contours. Il exprime enfin une volonté d’unité autour de cet objectif qui nous rassemble : la lutte contre le terrorisme.

Ce projet pose aussi des exigences claires et précises : l’arrêt immédiat des bombardements et des vols militaires sur Alep ; l’accès de l’aide humanitaire ; le respect de la trêve, garanti par un mécanisme de vérification efficace, dont les modalités sont ouvertes ; l’arrêt de toute forme de soutien ou de collaboration avec les groupes terroristes désignés par le Conseil de sécurité ; et la reprise du processus politique.

Certains voudraient poser des préalables à l’arrêt des bombardements, notamment la localisation précise des groupes terroristes et leur séparation. C’est une supercherie car c’est irréalisable tant que se poursuivent les bombardements. C’est une évidence. Par ailleurs, écraser une ville sous les bombes, massacrer les populations civiles, c’est faire le lit du terrorisme et non pas le combattre. Je le répète : la véritable urgence, c’est donc l’arrêt des bombardements, le seul préalable qui vaille car il conditionne tout le reste.

Ce projet de résolution, nous l’avons patiemment négocié, de bonne foi, avec la volonté de réunir la communauté internationale autour d’un objectif simple. Les préoccupations légitimes des uns et des autres ont été prises en compte. Et c’est avec le cœur ouvert et la main tendue que je me suis personnellement efforcé de créer, ces derniers jours, ces dernières heures, les conditions du consensus, en toute sincérité et sans arrière-pensée. Animé de l’unique volonté de favoriser le retour de la paix en Syrie, de faire cesser le martyre d’un peuple, de promouvoir une solution au drame que vivent des millions de réfugiés et déplacés. J’ai le sentiment que la grande majorité des membres de ce Conseil comprend et approuve cette démarche.

L’adoption de cette résolution peut redonner à la population d’Alep, au peuple syrien, à nous tous une lueur d’espoir. L’espoir de sortir de la spirale de la violence, l’espoir d’une nouvelle dynamique politique reposant sur la reprise sans tarder des négociations en vue d’une transition, dont le Conseil de sécurité a défini les contours, à l’unanimité, il y a un peu moins d’un an.

Si au contraire notre projet, malgré un large soutien, est refusé, que nous restera-t-il ? Il y aura plus de morts, plus de réfugiés, plus de déplacés. Mais, il ne faudra pas renoncer, ni renoncer, ni se résigner. Il reviendra à chacun d’en tirer les conséquences et de prendre des décisions graves, mais nécessaires. Pour que les auteurs des crimes de guerre ne restent pas impunis. Pour que les responsabilités de l’usage d’armes chimiques soient identifiées et sanctionnées. Pour que ceux qui se rendent complices d’un régime, à bout de force, en assument les conséquences. Pour que tous ceux qui refusent de se résigner se rassemblent et agissent.

Monsieur le Président,

En 2011, un peuple se soulevait pacifiquement contre l’oppression. Depuis cinq ans, en dépit d’une répression sauvage, ce peuple n’abandonne pas. Ce peuple, recru d’épreuves et de souffrances, ne le laissons pas avoir pour seule alternative inhumaine un bourreau ou le terrorisme abject de Daech ou de Nosra.

J’appelle chaque membre de ce Conseil à assumer ses responsabilités : sauver la population d’Alep, se rassembler pour la paix, adresser au régime syrien le message qu’il aurait dû entendre depuis si longtemps.

Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est d’abord le sort d’Alep et de sa population. Mais c’est plus encore l’espoir de mettre enfin un terme à un conflit dont nous payons tous, tous, les conséquences catastrophiques. Face à un enjeu d’une telle gravité, faire obstacle à l’adoption de cette résolution, ce serait laisser à Bachar Al-Assad la possibilité de tuer encore davantage. Ce serait surtout un cadeau insensé aux terroristes. Mon vœu le plus cher est que ce conseil ne fasse pas ce cadeau. Je vous remercie.

Source: http://www.ambafrance-cn.org/Conseil-de-Securite-des-Nations-Unies-Discours-de-Jean-Marc

Compilation de textes : Arrêt sur Info

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