Philip Giraldi. Crédit photo: The Unz Review


De temps à autre, on a un observateur qui attribue une action concertée à des juifs, et qui en fait part pro bono publico. Soit c’est le fait que des juifs soutiennent l’immigration du Tiers monde, soit que des juifs combattent les monuments mémoriels, ou encore, plus récemment, que des juifs font la promotion de la guerre contre l’Iran. Aussitôt ceux-ci ripostent avec une contre-attaque massive et véhémente, et rendent la vie très difficile à l’observateur trop bavard. Puis le sujet passe à un second plan, parce que chacun est échaudé, ou ne sait pas comment faire avancer le débat, mais le problème reste entier.

Un exemple récent de cette séquence est un article de Philip Giraldi paru sur Unz.com qui fait des vagues sur le web. Dans son article il a cité une liste de noms d’américains juifs qui ont soutenu l’invasion de l’Irak, et qui poussent maintenant les Etats-Unis à attaquer l’Iran :

David Frum, Max Boot, Bill Kristol et Bret Stephens, Mark Dubowitz, Michael Ledeen… eh bien, euh, ils sont tous juifs, et la plupart d’entre eux se qualifieraient néo-conservateurs.” (*)

C’est ainsi que Giraldi a proposé de tenir ces juifs hors des positions d’influence en matière de politique étrangère, de façon à préserver les Etats-Unis des guerres dont ils n’ont aucun besoin. Giraldi écrivait :

« Nous n’avons pas besoin d’une guerre avec l’Iran simplement parce que c’est Israël qui en veut une, et que quelques riches et influents américains juifs sont heureux de nous la fournir clés en mains ».

De fait, le journal Ha aretz lui-même avait publié à l’époque, en avril 2003 :

“La guerre en Irak a été conçue par 23 intellectuels néo-conservateurs, la plupart juifs, qui poussent maintenant le président Bush à changer le cours de l’histoire. Deux d’entre eux, les journalistes William Kristol et Charles Krauthammer, disent que c’est possible.”

Moi aussi j’avais écrit dans la même veine lors de l’invasion de l’Irak [Israël Shamir fut aussitôt ostracisé, accusé d’antisémitisme, Ndlr] ; c’est une bonne chose de voir que cette thèse n’est pas morte mais resurgit de temps à autre. On pourrait ajouter que ce sont ces mêmes noms qui poussent à un conflit avec la Russie, qui diabolisent Poutine et qui attaquent Trump, malgré le fait que notre bonhomme orange tente de combler leurs moindres désirs comme un vrai père Noël.

Tout à fait d’accord avec Giraldi sur la maladie; venons-en à la question du remède. Cela servirait-il à quelque chose de maintenir les juifs à l’écart de la politique étrangère ? Les Etats-Unis avaient ils échappé aux guerres avant qu’ils ne s’expriment en tant que tels à la fin des années 1960 ? Avant cette époque-là, les juifs n’étaient pas spécialement influents, et n’étaient certainement pas sur-représentés dans l’establishment. Ethel et Julius Rosenberg, de confession juive, avaient été exécutés sur la chaise électrique en 1953, ce qui n’avait pas soulevé d’objections particulières. Mcarthy terrifiait les juifs. Le mot Holocauste n’était pas encore apparu, avant 1968. On maintenait encore les juifs à l’écart des clubs et des hautes strates de la politique. L’Etat d’Israël avait été menacé en 1956 par les Etats-Unis plutôt qu’assisté.

Et pourtant les Etats-Unis sans aucune pression juive ont livré en Corée une terrible guerre de trois ans (1950-1953), au Viet-Nam (jusqu’en 1975), ont envahi et provoqué le changement de régime au Guatemala et en Iran, ont violemment interféré dans les élections en France et en Italie, et ont livré la féroce Guerre froide contre l’URSS. Dans toutes ces campagnes, les juifs aux Etats-Unis étaient dans le camp de la paix, et contre la guerre. Ils n’étaient nulle part au pouvoir lorsque les Etats-Unis avaient livré leurs guerres contre l’Espagne et le Mexique. Ce sont des américains non juifs qui ont organisé un coup d’Etat en Iran, et c’est le président Carter, ni juif ni pro-Israël, qui a tenté d’envahir l’Iran. Les juifs n’étaient pas impliqués dans la conquête de Panama, dans l’intervention au Nicaragua, dans l’opération sur l’île de la Grenade.

Peut-être parce que les juifs avaient quitté les théâtres de guerre d’Amérique latine pour le Moyen Orient. Une Amérique moins influencée par les juifs envahirait plutôt le Venezuela que l’Iran. Mais faut-il vraiment s’en réjouir ?

L’idée de corriger ou de canaliser une influence juive excessive est raisonnable, mais y parviendrait-on en maintenant Kristol et Krauthammer loin des medias (une excellente idée au demeurant)?

La prééminence juive aux Etats-Unis est intrinsèque à la culture américaine et à ses traditions. C’est Karl Marx qui écrivait (dans La Question juive, en 1844) qu’en Amérique du Nord, « la domination pratique du judaïsme sur le monde chrétien s’est installée comme l’expression même de ce pays, son expression sans ambiguïté et normale. » Il disait que tous les Yankees étaient des juifs, se conduisaient comme des juifs, aspiraient à être des juifs et se faisaient même circoncire comme les juifs. De sorte qu’il était naturel que les juifs pour de vrai réussissent mieux à se conduire en juifs que leurs voisins gentils. Werner Sombart ajoutait que les juifs étaient à la pointe de ce pays depuis le début de la conquête européenne, et qu’ils avaient créé le capitalisme de style américain avec la tournure qui leur convenait. Des juifs occupent les cimes en ce moment parce que l’Amérique est un produit construit et modelé pour les juifs, sur mesure, disait-il.

C’est cela qu’il faudrait corriger, et alors les scribes comme Krauthamers ne pourront plus s’en donner à cœur joie en nous précipitant dans les guerres. Cessez de souscrire au modèle de la réussite juive, et ces juifs ne pourront plus peser sur le Sénat. Rendez chrétiens les Etats-Unis, selon l’enseignement du Christ, partagez le travail et la richesse, aspirez à servir Dieu et non Mammon; que les premiers soient les derniers et les derniers les premiers, aimez votre prochain et donc votre voisin : là le problème sera résolu.

Si c’est un commandement trop ambitieux, changeons de niveau. Chasser de leur piédestal les Ledeens et les Frum (et j’estime qu’ils méritent largement le goudron et les plumes) ne servira à rien tant que des juifs riches ne sont pas délestés de leur butin mal acquis. Sans leur richesse excessive, il n’y aura plus d’incitation excessive à la guerre. Et dans la mesure où plus de la moitié de toute la richesse des Etats-Unis se trouve entre les mains de quelques juifs, libérer cette force aura un effet colossal pour améliorer l’existence de chaque Américain, et même de chaque personne sur terre.

Et pourquoi s’arrêter là ? Les super riches non juifs sont aussi juifs que n’importe quel juif. Ils partagent les mêmes aspirations. Arrachez-leur donc leurs avoirs. Qu’est-ce que ça peut nous faire, que Jeff Bezos soit juif par le sang ou par ses croyances, ou qu’il ne le soit pas? Il se conduit comme s’il était juif, et c’est suffisant. Établissez un plafond pour la fortune, en contrepartie du salaire minimum. L’idée a fait son chemin : Jeremy Corbyn a déjà appelé à l’implantation du salaire maximum. Les impôts peuvent contribuer facilement en ce sens, dans la merveilleuse Suède des années 1950, la tranche d’impôt supérieure était taxée à 102%. On peut atteindre le même but d’une façon plus réjouissante en mettant « à poil’ en place publique à Washington les hommes les plus riches, pour le Mardi-Gras. Il ne faut pas que cela apparaisse comme une punition pour leurs excès de zèle, au contraire, c’est une assistance sur la voie de leur progrès spirituel. Trop de richesses emprisonnent l’esprit !

Ce serait excellent pour tous les juifs et pour tous ceux qui sont concernés par le problème: tant que la richesse moyenne aux Etats-Unis stagnait en dessous de la moyenne (c’est-à-dire aussi longtemps que des Juifs ont été moins riches que les Gentils), ces juifs agissaient dans l’intérêt du peuple. Vers 1968-1970, ils ont commencé à devenir plus riches que tous les Américains, et voilà : ils ont cessé de se battre pour le bien commun.

Ces juifs pourraient devenir une force positive à condition que leur tendance excessive à amasser des biens matériels soit verrouillée. C’est ce qui s’est passé en URSS : comme les juifs ne pouvaient pas faire d’argent, ils se sont mis à faire des sciences et ont travaillé pour le bien commun. Même les oligarques pourraient devenir de bons managers au lieu d’être un châtiment pesant sur la nuque de toute la société.

Ce n’est pas plus compliqué que de chasser Max Boot du business de l’écriture. Alors pourquoi se contenter d’un palliatif quand on peut viser la jugulaire ?

Par Israël Shamir | 27 sept. 2017

(*) Ndt: Le 21 septembre, Giraldi a été congédié par un simple coup de fil du American Conservative, organe où il écrivait depuis 14 ans

Première publication: The Unz Review

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