Ron Paul est un ancien député texan au Congrès. Son article est paru initialement sur son site Ron Paul Institute for Peace and Prosperity: http://ronpaulinstitute.org/archives/featured-articles/2017/march/13/why-trump-s-syria-surge-will-fail/


La semaine dernière, le Président Trump a considérablement accru la présence militaire américaine en Syrie, avec l’envoi d’environ 400 marines dans le secteur de Raqqa, contrôlé par l’EI, et de plusieurs douzaines de Rangers dans le secteur actuellement disputé aux environs de Manbij. Selon les communiqués de presse, il devrait également fournir 2500 soldats supplémentaires au Koweit en vue  d’éventuelles interventions en Irak et en Syrie.


Un convoi de véhicules près du village Yalanli, au nord de la ville Manbij, le  5 Mars. Crédot photo AFP/Getty Images


Selon le droit international, l’envoi de troupes sans autorisation dans un pays étranger est illégal ; en outre, la loi américaine interdit au Président Trump d’engager son pays dans un conflit sans déclaration préalable. Mais, non seulement ce premier acte de guerre de Trump est illégal : il est voué à l’échec car il est absurde.

L’objectif de cette escalade militaire est, selon Trump, de vaincre l’EI à Raqqa, où se trouve  le  quartier général de cette organisation. Or l’Armée Syrienne et ses alliés, la Russie et l’Iran, sont prêts à l’emporter sur l’EI en Syrie. Pourquoi envoyer des militaires américains quand l’Armée syrienne a pour ainsi dire gagné la guerre ? Trump a-t-il pour objectif d’occuper la Syrie orientale et d’y installer un gouvernement rebelle soutenu par Washington ? Quelqu’un l’a-t-il avisé des coûts financiers et humains – incluant des pertes côté américain  – d’un tel projet ? Et comment réagirait ce gouvernement rebelle en cas d’approche d’une armée syrienne appuyée par l’armée russe ?

Trump envisage-t-il de faire cadeau de la Syrie orientale aux Kurdes, qui ont mené une grande partie des combats dans cette région ?  Comment pense-t-il que la Turquie, pays allié de l’OTAN, réagirait face à un Kurdistan découpé sur cette partie de Syrie qui aurait l’oeil sur la partie méridionale de la Turquie peuplée de Kurdes ?

Et de quel droit userait Washington pour découper ainsi la Syrie ou tout autre pays ? A moins que, renonçant à la stratégie américaine du « changement de régime », Trump veuille restituer la Syrie orientale à Assad ? Si c’est le cas, pourquoi sacrifier des vies et de l’argent américains alors que les Syriens et leurs alliés sont déjà en train de faire le boulot ? Au cours de sa campagne, Trump a même exprimé sa satisfaction que la Russie et la Syrie éliminent l’EI. Si le pouvoir politique américain s’achemine vers l’acceptation d’une victoire d’Assad, il pourrait aller jusqu’au bout en cessant les livraisons d’armes aux rebelles et en quittant la région.

On dirait que ni le Président ni ses conseillers n’ont envisagé les conséquences d’une prise de Raqqa par des troupes américaines. Quelle fin de partie s’ensuivrait ? Peut-être les Néo-conservateurs lui ont-ils glissé à l’oreille que « ce serait du gâteau » comme ils l’avaient promis avant l’invasion de l’Irak en 2003.

Le problème vient en partie du fait que les conseillers du Président continuent de croire à un mythe : celui de l’immense succès de « l’offensive » américaine en Irak et en Afghanistan. Recommencer conduirait selon eux à la victoire qu’Obama a éludée en s’appuyant sur des drones et des forces lui permettant de mener une guerre par procuration. Ce qui’l faudrait en Syrie, argumentent ces experts, c’est le déploiement spectaculaire d’une immense force armée de 100 000 hommes, comme celle qu’Obama a envoyée en Afghanistan en 2009. Cela soulève une question qui est rarement posée : si cette offensive a si bien marché, comment expliquer les désastres afghan et  irakien ?

L’escalade militaire projetée par le Président Trump en Syrie est vouée à l’échec. Il est conduit par les Néo-conservateurs dans un bourbier qui détruira un grand nombre de vies, coûtera une fortune et nuira à sa présidence. Il doit  tout de suite calmer le jeu avant qu’il ne soit trop tard.

Ron Paul | 14 mars 2017 | Information Clearing House

Traduit de l’anglais par Sylvie Jolivet pour Arretsurinfo

Source: http://arretsurinfo.ch/pourquoi-loffensive-de-trump-en-syrie-est-vouee-a-lechec/

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