La politique étrangère de Theresa May est claire mais également pleine de contradictions. Et cela l’oppose au nouvel occupant de la Maison Blanche.

Près de six mois après le début de son mandat, nous avons une compréhension parfaitement claire de la politique étrangère de la Première ministre britannique Theresa May – et de ses contradictions.

Ses deux récents discours – un discours prononcé au début du mois devant le Conseil de coopération du Golfe à Bahreïn et un autre au déjeuner des Amis conservateurs d’Israël lundi dernier – ont laissé place à une certaine ambiguïté.

La Première ministre apportera un soutien illimité et une couverture diplomatique à l’Arabie saoudite et aux autres États du Golfe.

Cela s’étend à une défense publique des frappes aériennes de la coalition saoudienne au Yémen et à un refus absolu de reconnaître que les Saoudiens ont enfreint le droit international humanitaire.

May a montré qu’elle n’autoriserait aucune déviation de cette position lorsqu’elle a incendié son secrétaire d’État aux Affaires étrangères Boris Johnson après que ce dernier a formulé le mois dernier des propos non controversés au sujet de l’implication de l’Arabie saoudite dans des guerres par procuration.

L’alliance avec l’Arabie saoudite implique une opposition à l’Iran : May l’a précisé dans son discours à Bahreïn. L’alliance avec l’Arabie saoudite explique également le troisième volet de la politique étrangère de May : la Grande-Bretagne continuera de faire de son mieux pour porter atteinte au régime d’Assad par des moyens militaires et autres.

La Première ministre ne tolérera aucune critique à l’encontre d’Israël. Cela est ressorti lors de son discours prononcé lundi dernier au déjeuner des Amis conservateurs d’Israël, au cours duquel ses éloges nourris d’Israël ont été compensés par une évocation pour la forme d’une indignation persistante face à la politique de colonisation israélienne.

La Russie reste un ennemi. Nous le savons grâce au discours public malencontreux prononcé par Alex Younger, chef du MI6, il y a deux semaines au siège du MI6. « Les risques encourus sont importants et représentent une menace fondamentale pour notre souveraineté : ils devraient être une préoccupation pour tous ceux qui partagent les valeurs démocratiques », a-t-il déclaré.

Le Royaume-Uni se tiendra du côté de l’Inde face au Pakistan au sujet de la question du Cachemire. La Grande-Bretagne n’a pas condamné le meurtre de Waseem Ahmad, un jeune homme de 19 ans abattu par des soldats dans la région de Sopore, dans le nord-ouest de l’Inde, alors qu’il participait prétendument à une manifestation (les parents affirment qu’il marchait simplement vers ses rizières), un événement qui a déclenché la dernière série de manifestations publiques.

Farage, seul bon contact du Royaume-Uni avec Trump

J’en viens maintenant à l’Union européenne. Ceux qui prétendent que May ne s’est pas montrée ouverte au sujet de sa position dans les négociations n’ont pas été attentifs. En réalité, sa position est très claire : la politique de May consiste à rester dans l’UE tout en la quittant officiellement. Pour reprendre la célèbre formule du secrétaire d’État aux affaires étrangères Boris Johnson, elle ne veut pas le beurre et elle ne veut pas non plus l’argent du beurre. La Première ministre veut conserver l’accès au marché unique et est disposée pour cela à concéder un certain nombre de compromis, y compris sur la liberté de circulation.

Nous arrivons enfin aux États-Unis, plus proches alliés de la Grande-Bretagne depuis qu’ils sont entrés tardivement dans la Seconde Guerre mondiale après les frappes japonaises contre Pearl Harbor en décembre 1941.

May veut rompre l’alliance avec les États-Unis. Elle a décliné une invitation de Trump, adressée certes de manière très décontractée, à lui rendre visite à la Trump Tower avant son entrée à la Maison Blanche.

Ni Kim Darroch, l’ambassadeur britannique à Washington, ni son prédécesseur inutile Sir Peter Westmacott n’ont vu Trump arriver – un acte de négligence qui rappelle les dépêches notoires de Sir Anthony Parsons, l’ambassadeur britannique en Iran en 1979, dans lesquelles il assurait que le shah d’Iran était à l’abri. (« Je ne prévois aucun trouble grave dans un avenir proche », a prudemment indiqué Parsons à Londres en 1979. Son incompétence a été récompensée lorsqu’il a été promu Représentant du Royaume-Uni auprès des Nations unies seulement quelques mois plus tard.)

La Grande-Bretagne ne dispose pas de connexions utiles avec l’équipe naissante de Trump, à l’exception de Nigel Farage, un atout que la Première ministre refuse de déployer. Mais surtout, la Grande-Bretagne propose désormais des politiques opposées à celles du président élu.

Alors que Trump est déterminé à conclure un accord avec Poutine, la Grande-Bretagne continue de considérer Poutine comme une menace existentielle. Trump peut travailler avec Assad en Syrie, tandis que la Grande-Bretagne considère toute interaction avec le gouvernement d’Assad comme étant inacceptable.

Mardi dernier, Washington a affirmé être prêt à interrompre certaines ventes d’armes à l’Arabie saoudite en raison du nombre élevé de morts civiles causées par les bombardements saoudiens. La Grande-Bretagne est quant à elle déterminée à continuer de vendre des armes à l’Arabie saoudite.

Pour la première fois de mémoire d’homme, la Grande-Bretagne s’est séparée des États-Unis, son plus vieil allié. Une telle démarche est en effet audacieuse quelques mois seulement après le Brexit.

19 décembre 2016

Peter Oborne a été désigné journaliste indépendant de l’année 2016 à l’occasion des Online Media Awards. Il a reçu le prix de Chroniqueur britannique de l’année lors des British Press Awards de 2013. En 2015, il a démissionné de son poste de chroniqueur politique du quotidien The Daily Telegraph.

Photo : le roi Salmane d’Arabie saoudite, la Première ministre britannique Theresa May et le roi de Bahreïn Hamed ben Issa al-Khalifa à Manama (Bahreïn), en décembre 2016 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par MEE

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