Quoi qu’ait pu écrire d’Emmanuel Macron la presse – jaune ou respectable – cela n’a été qu’un ramassis de futilités ou de faussetés absolues. Les mensonges des médias poursuivent un but qui dépasse de loin l’élection de Macron. À travers toute l’Europe et l’Amérique du Nord, les banquiers, les industriels, l’OTAN, les militaristes et les oligarques de l’Union Européenne, les magnats médiatiques et les assassins verbaux, les universitaires et les journalistes, tous ont qualifié l’élection de Macron de « défaite du fascisme » et de « triomphe du peuple français ».

Macron et « Quel peuple » ?

Premièrement, Macron n’a obtenu que 46% des votes réels. Plus de 54% des électeurs français se sont abstenus, ont déposé dans les urnes des bulletins nuls ou ont voté pour Marine Le Pen, la populiste nationaliste. En d’autres termes, 26 millions d’électeurs ont rejeté ou ignoré Macron, contre 20,6 millions qui l’ont approuvé. Et cela s’est produit en dépit d’une offensive écrasante et incessante en faveur de Macron de la part de tous les médias de masse français et européens, de tous les principaux partis politiques et de la vaste majorité des universitaires, des journalistes, des éditeurs, des entrepreneurs de pompes funèbres, des portiers d’hôtel, du diable et de sa mère.

En un mot, Emmanuel Macron est un président minoritaire, impopulaire auprès de presque tout l’électorat français.

Il y a de très saines raisons politiques et économiques pour que la candidature de Macron ait été ainsi rejetée par la plus grande partie du peuple français, tout en recevant le soutien massif de la classe dominante.

Deuxièmement, on a fabriqué de toutes pièces une image bidon d’un Macron « débutant, vierge des ficelles politiques corrompus de la vieille garde ». La presse financière et la presse commerciale se sont donné beaucoup de mal pour brosser un tableau de la Vierge Manny Macron se préparant bravement à introduire des réformes radicales pour sauver la France – une sorte de Jeanne d’Arc banquière en somme, partie combattre la briscarde « fasciste » Marine Le Pen et ses « déplorables » supporters.

La réalité, c’est que Macron est depuis toujours un membre hautement expérimenté du réseau politico-financier le plus élitiste de France, un responsable de haut niveau du tristement célèbre conglomérat Rothschild. En très peu d’années, « saint Manny » a accumulé des millions d’euros en commissions, à bidouiller des contrats d’entreprises.

Les collègues financiers de Macron l’ont encouragé à accepter le poste de ministre de l’Économie, sous le régime décrépit de François Hollande. Le banquier Macron a ainsi aidé le « socialiste » président Hollande à se débarrasser de tout ce que son parti pouvait encore avoir de prétentions pseudo-populaires et à adopter un ordre du jour radicalement anti-classe ouvrière. En sa qualité de ministre de l’Économie, Macron a fait passer au bleu une diminution d’impôts de 40 milliards d’euros en faveur des grandes entreprises et proposé une législation d’extrême-droite destinée à affaiblir les capacités de négociation de la classe ouvrière en matière de droits collectifs.

Les propositions Hollande-Macron se sont trouvé confrontées à une opposition massive, dans les rues et au Parlement. Avec un soutien populaire au gouvernement descendu dans les pourcentages à un seul chiffre, la proposition de loi anti-travail a dû être retirée ou diluée… temporairement. Cette expérience a inspiré à Macron l’idée de se réinventer (ou de se re-virginiser). De coriace politicard d’extrême-droite, il s’est tout à coup métamorphosé en novice (« vêtu de probité candide et de lin blanc »), se prétendant « ni de droite ni de gauche ».

Le « socialiste » ultra-discrédité Hollande, emboîtant le pas à l’élite financière, a soutenu le candidat Macron. Il va de soi que, quand Macron a prétendu représenter « toute la France », il voulait dire « tous les banquiers, les industriels, les rentiers oligarques », bref tout le secteur capitaliste.

Au premier tour de l‘élection présidentielle, la candidature Macron a divisé la classe dominante : les banquiers se sont partagés entre Macron et Fillon, alors que beaucoup de sociaux-démocrates, de dirigeants syndicaux et de sectaires identitaires isolés allaient finir par voter Macron.

Macron a gagné par défaut : Fillon, son rival bourgeois d’extrême-droite, s’est fait prendre dans les filets d’une escroquerie politique impliquant sa famille, et ses pointilleux supporters ont voté pour l’autre. Les socialistes sont passés sans problème de leur Hollande déconsidéré à « l’enfant de chœur reconstitué ». Entretemps, la gauche avait redécouvert l’« antifascisme ». Et tous se sont vertueusement opposés à la national-populiste Le Pen en se faufilant sous la porte pour voter Macron.

Près d’un tiers de l’électorat français s’est abstenu ou a montré son mépris en annulant ses bulletins.

Tout au long des simagrées théâtrales de l’élection, les médias, haletants, n’ont cessé de rapporter la moindre futilité susceptible de fourbir l’auréole du « débutant ». Ils se sont pâmés devant la « nouveauté » de la liaison du Macron adolescent avec sa maîtresse d’école, qu’il a fini par épouser. Ils ont fait tout un plat du si charmant côté « amateur » de son équipe de campagne, composée de professionnels d’une grande mobilité ascendante, de politiciens démocrates d’une non moins grande mobilité descendante et de volontaires venus de la rue. Les mass médias, en somme, n’ont fait l’impasse que sur un seul aspect du candidat : les liens historiques de Macron avec la grande banque.

Derrière l’image soigneusement élaborée de l’« outsider politique », le Macron au regard d’acier ne s’est pas laissé un seul instant influencer par les pâmoisons de la propagande médiatique : il n’a jamais perdu de vue son seul but, qui est de renverser les cinquante ans d’avancées de la classe ouvrière de France pour le plus grand profit de la classe financière.

L’accaparement du pouvoir par Macron : En Marche pour défaire la classe ouvrière ;

Tout de suite après son élection, Macron a présenté sa première proposition de loi : la « libéralisation » (lisez « destruction ») des lois sociales françaises protectrices du travail.

Le président Macron a promis de supprimer les négociations collectives entre le travail et le capital. Miner le pouvoir collectif des travailleurs de l’industrie signifie que chaque monopole ou conglomérat sera libre de dominer et d’isoler le bétail ouvrier sur son lieu de travail. Macron envisage un transfert complet du pouvoir entre les mains du capital, de manière à ce qu’il puisse tailler à sa guise dans les salaires, augmenter les heures de travail obligatoires, et réduire à rien les règlements sur la sécurité sociale et la santé de la main d’œuvre. Les lois anti-travail proposées représentent littéralement un retour à l’âge d’or du pouvoir capitaliste de la fin du XIXe et du début du XXe siècles – et c’est bien entendu la raison pour laquelle les « élites » financières ont oint Macron « président de toute la France ».

Plus important encore : en détruisant un mouvement ouvrier unifié et le pouvoir de la solidarité des travailleurs, Macron aura les mains libres pour restructurer complètement tout le système socio-économique en faveur du capital.

En concentrant tout le pouvoir et tous les profits dans les mains de la classe capitaliste, l’ordre du jour législatif de Macron lui permettra de liquider 150.000 fonctionnaires publics, de réduire de façon drastique les dépenses et les investissements publics, et de privatiser des secteurs cruciaux des finances publiques, de l’énergie et de l’industrie.

Macron fera pencher davantage encore l’équilibre du pouvoir en défaveur du travail, afin d’augmenter autant que possible les profits des riches et de réduire au maximum les services sociaux, éducatifs et de santé des classes moyennes et laborieuses, tout en faisant passer les impôts des grosses sociétés de 33,3% à 25%.

Le plan de Macron a aussi pour ambition de renforcer le rôle de l’élite financière française à l’intérieur de la structure oligarchique de l’Union Européenne et de permettre aux banquiers d’imposer de brutales mesures d’austérité dans toute l’Europe. [La Grèce, on l’aura compris, c’était un galop d’essai, ndt]

Dans le domaine des Affaires étrangères et militaires, Macron soutient l’OTAN avec ferveur. Son régime s’alignera sur la politique militaire agressive des USA envers la Russie et le Proche Orient, et en particulier la violente désintégration de la Syrie.

Le programme de « libéralisation » réactionnaire du président Macron exige que son parti et ses alliés obtiennent une majorité dans les élections législatives du mois prochain (juin 2017). Sa stratégie consiste à jouer sur des apparences de diversité pour la forme et en une politique réactionnaire très dure et sans états d’âme pour le contenu.

Les groupes et individus « divers » ralliés à Macron sont composés en grande partie d’un ramassis hétéroclite d’opportunistes et de politiciens discrédités chercheurs de places. Sous Macron, l’Assemblée comprendra tout et n’importe quoi, allant de sociaux-démocrates de droite à des environnementalistes isolés en passant par des adeptes de la théorie du genre, qui s’acoquineront avec des conservateurs toujours à la recherche d’une occasion de mettre à mal le plus sauvagement possible les lois françaises sur le travail.

S’il réussit à gagner ces élections, l’Assemblée de Macron légitimera la politique de son Premier ministre et de son gouvernement. Supposons qu’en revanche, il n’arrive pas à s’assurer une majorité… dans ce cas, il sera au moins certain de pouvoir bricoler une coalition d’anciens politiciens d’extrême-droite qui, bien sûr, seront « équilibrés » par 50% de femmes. La coalition macronique de femmes et de dinosaures s’appliquera alors avec enthousiasme à piétiner les droits et le standard de vie de ceux qui travaillent, à quelque sexe qu’ils appartiennent !

Macron espère bien gagner suffisamment de voix lors de ces élections, afin de pouvoir négocier des alliances avec les partis conservateurs traditionnels et le croupion restant du parti socialiste, pour arriver à consolider – enfin ! – le pouvoir absolu de la Troïka des banquiers, de l’U.E. et de l’OTAN.

Président Macron : Par les bulletins ou par les balles

Il ne fait aucune doute que la classe ouvrière française, les fonctionnaires salariés privés ou publics, les jeunes chômeurs, les étudiants et les travailleurs des services de santé descendront dans la rue, avec l’approbation de 60% du public ou même davantage, y compris les 33% qui ont voté pour Marine Le Pen.

Des grèves générales ou partielles, longues ou courtes, s’opposeront à Macron et à son régime d’extrême-droite soi-disant « transformateur ».

Le garçon de courses des Rothschild, Manny Macron, ne peut pas mobiliser ses supporters dans les rues et devra donc s’en remettre à la police. Beaucoup de ses soutiens à l’Assemblée craignent à la fois le problème (les grèves) et la solution (les flics).

L’élite entrepreneuriale : Le président Macron adopte des décrets napoléoniens

En 2016, quand Macron était ministre de l’Économie du régime déjà pourri de François Hollande, il a voulu introduire une nouvelle politique du travail intitulée « loi El Khomri » (du nom de la ministre du Travail réactionnaire d’alors, Myriam El Khomri). Cette initiative a provoqué de massives manifestations de rues, qui ont forcé Hollande à retirer son projet de loi. Aujourd’hui, en tant que président, Macron veut faire adopter une loi sur le travail beaucoup plus rigide et de loin plus destructrice que la précédente, que ses collègues entrepreneuriaux insistent pour qu’il fasse adopter « par le scrutin » ou, s’il le faut, « par la matraque ». En d’autres termes, au cas où il ne réussirait pas à obtenir l’approbation de l’Assemblée nationale, qu’il fasse passer la loi par décret présidentiel.

Le président du MEDEF (Mouvement des Entreprises de France) la fédération des employeurs, Pierre Gattaz, a exigé la mise en application immédiate de la politique destinée à écraser le travail. Macron décrétera « hors la loi », par décret présidentiel, les manifestations de protestation et censurera les débats entre élus, pour faire enfin de sa « réforme » du travail, l’El Dorado des élites.

Tous les leaders de la classe capitaliste et toute la presse financière soutiennent la volonté de Macron de gouverner par décrets, qu’ils considèrent comme « une bonne idée étant donné les circonstances » (Financial Times, 10 mai 2017, p. 2). Les prétentions napoléoniennes de Macron ne peuvent qu’élargir l’abîme qui s’ouvre entre les classes et resserrer les liens entre les militants [et non dirigeants ! ndt] syndicaux et la classe ouvrière industrielle qui a voté Le Pen.

Nous sommes à deux doigts d’une guerre des classes ouverte et déclarée en France.

Conclusion

La réalité n’a pas tardé à mettre à nu les mensonges sur l’origine de la victoire électorale de Macron. Les matraques de la police, brandies en défense du triomphateur, révéleront davantage encore les vrais visages du « fascisme français », bien mieux que ne sauront le faire les éditoriaux de la « gauche » française. Ce n’est pas dans la classe ouvrière qui a voté Le Pen que se trouvaient les fascistes !

Les irresponsables crétins qui, dans l’université française, ont soutenu le candidat des Rothschild en prétendant « combattre le fascisme à tout prix » vont se retrouver bientôt en train d’errer parmi des barricades en essayant d’éviter des nuages de gaz lacrymogènes, sur le chemin de leurs cafés préférés.

La classe dominante a choisi Macron parce qu’elle sait qu’il ne reculera pas face à des manifestations, ni même face à une grève générale.

Les intellectuels qui ont soutenu Macron comme « un moindre mal » vont bientôt découvrir qu’il est « le pire des maux ». Ils ne seront pas en retard pour grossir les rangs de ceux qui sont sans importance.

La grandiose vision de Macron est de répandre l’idéologie hyper-capitaliste dans toute l’Europe et au-delà. Il se propose de transformer l’Union Européenne en un « paradis capitaliste compétitif » sous la direction de la France.

Étant donné le rôle de l’ouvrier français dans l’Histoire, il est plus que probable que Macron ne réussira pas à transformer en réalité ses « réformes du travail ». Ses décrets ne pourront que provoquer une résistance acharnée de la part de la rue et des institutions publiques. Quand il trébuchera, ses supporters à l’Assemblée se fractionneront en autant de petits clans perpétuellement en bisbille. Les industriels se lamenteront sur les ouvriers qui occupent leurs usines et les banquiers se plaindront des tracteurs agricoles qui bloquent l’accès à leurs résidences secondaires.

Les élites allemandes et britanniques pousseront leur « petit Napoléon » à tenir bon, par crainte que la contagion française ne s’étende à leurs somnolents ressortissants.

D’un côté, il est sûr qu’un décret de Macron peut réussir à frayer la voie à la transformation des relations entre le capital et le travail, et donner naissance à un « état corporatiste » du XXIe siècle.

De l’autre, il n’est pas dit qu’une grève générale réussie en France n’ouvrira pas la porte à une révolte européenne. L’énigmatique (et insensé) slogan de Macron « ni de droite ni de gauche » est en tout cas devenu clair : il est « le Bonaparte de la Bourse » !

James Petras – 29 mai 2017

James Petras est professeur (émérite) de sociologie à l’Université de Binghampton, New York.

Article original : http://www.informationclearinghouse.info/47149.htm

Traduction : c ;l. pour Les Grosses Orchades

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