Ils commencent par la tactique puis définissent la stratégie et enfin passent aux décisions politiques.


Jim Mattis en conférence de presse à l’OTAN, Brussels, Fév 16, 2017. [Photo by Air Force Tech. Sgt. Brigitte N. Brantley]


13 juin 2017 – Mattis promet une nouvelle stratégie en Afghanistan, d’ici la mi-juillet.

Le secrétaire à la Défense, James Mattis, a promis aux législateurs, ce mardi, une nouvelle stratégie militaire pour l’Afghanistan, d’ici la mi-juillet…

15 juin 2017 – Environ 4 000 soldats américains supplémentaires pour aller en Afghanistan

Le Pentagone enverra près de 4 000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan, a annoncé jeudi un responsable de l’administration Trump, dans l’espoir de briser l’impasse d’une guerre qui en est à son troisième commandant en chef états-unien. […]

La décision du secrétaire à la Défense, Jim Mattis, pourrait être annoncée dès la semaine prochaine, a déclaré le responsable. Il s’ensuit que Trump doit donner son accord à Mattis pour rassembler les troupes…

Les États-Unis ont un problème avec Mattis, ancien général dans la Marine, comme secrétaire à la Défense. Mattis pense tactique, mais pas stratégie.

Il n’est pas logique d’envoyer des troupes supplémentaires, quand on ne sait pas encore quelle stratégie elles devront servir. Il n’y a jusqu’à présent pas d’autre moyen de mettre fin à cette guerre en Afghanistan, que de simplement quitter le pays. Le racket qu’elle est devenue ne peut être arrêté que par une décision stratégique de haut niveau. Envoyer des troupes, avant même d’avoir décidé la stratégie, garantit automatiquement que le choix d’un retrait des troupes sera exclu des possibilités évaluées. C’est donc la décision tactique d’envoyer plus de troupes qui va décider de la stratégie.

Mattis a déjà merdé, en permettant au commandement central des États-Unis de s’emparer du poste frontière d’al-Tanf, entre la Syrie et l’Irak. La petite garnison d’al-Tanf est dans une position légalement très douteuse et maintenant encerclée de trois côtés. Les seuls choix restants sont de reculer en Jordanie ou de lancer une grande guerre contre la Syrie, la Russie et l’Iran. Une guerre encore plus grande n’est probablement pas ce que l’administration Trump veut ou dont elle a besoin. Mais reculer sera reconnaître que la décision tactique du déploiement à al-Tanf était mauvaise et va être interprété comme perdre la face. Là encore, la tactique a précédé toute stratégie :

La stratégie devrait décider des tactiques, quand il s’agit de manipuler des éléments soutenus par l’Iran en Syrie, et non l’inverse. Sinon, les États-Unis risquent d’énerver d’autres partis dans l’effort de guerre en Syrie, pour des raisons mal définies. Cela peut aussi entraîner l’expansion du rôle du Commandement des opérations spéciales, déjà surexploité, et augmenter la pression sur d’autres éléments de l’armée américaine – tout cela pour des objectifs mal définis et irréalisables. Les États-Unis ont la capacité de défendre une garnison dans le désert syrien. Cependant, les raisons de ce fait sont dépourvues de tout but à long terme…

Certains apprécient Mattis en raison de sa position agressive contre l’Iran. Sa carrière n’est pourtant remarquable que pour les massacres auxquels il a participé (Fallujah, 2004). On prétend qu’il possède 7 000 livres. Je doute qu’il les ait compris ou même lus. Pour moi, il semble être l’un de ces dizaines d’officiers généraux plutôt médiocres, que l’armée américaine a produits. De tels officiers sont incapables de prendre de bonnes décisions stratégiques. Ils savent comment faire fonctionner la machine militaire, mais c’est la partie facile. Ils n’ont pas le sens de la diplomatie, de l’économie et des problèmes culturels. Ils sont incapables de comprendre l’autre parti. Ils n’ont jamais appris à gouverner.

Le général McMaster, l’actuel conseiller à la sécurité nationale, semble également un homme de tactique et non de stratégie. Sinon, comment expliquer qu’il n’y ait toujours pas de cohérence visible dans aucun des grands enjeux dans lesquels les États-Unis s’engagent. La réaction à la crise du Conseil de coopération du Golfe a été chaotique. On n’a pu percevoir aucun plan stratégique pour l’Afghanistan, l’Irak ou la Syrie. Le pivot vers l’Asie semble mort. Les politiques actuelles sont réactives et ne sont pas le résultat d’une vision ou d’un schéma plus large.

Tout plan doit passer de la décision politique à la stratégie (militaire), puis aux décisions tactiques. Ce que nous voyons maintenant, c’est la tactique qui entraîne une stratégie et la stratégie, alors, induit les politiques les plus importantes.

On pourrait être reconnaissant, en particulier en tant qu’étranger, du fait que la politique étrangère états-unienne soit dans un état si misérable. Mais les dommages que pourrait provoquer une décision tactique mal calculée ou une réponse émotionnelle à un événement – sans même penser à la catastrophe – seront probablement plus vastes que ceux qu’une stratégie politique bien choisie pourrait causer.

Par Moon of Alabama |16 juin 2017

Traduit par Wayan pour le Saker Francophone

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