Après la dictature de l’esprit « je suis Charlie », et son incroyable instrumentalisation politique, c’est un véritable soulagement de voir apparaître les protestations des  « Je n’ai jamais été Charlie ». [Silvia Cattori]

Il y a quelques mois, l’ouvrage d’Emmanuel Todd aurait été un livre avec un héros à pull rayé, aujourd’hui, le sociologue, historien et démographe, raconte comment la France larmoyante sacrifia sa démocratie sur l’autel de la sécurité.

Question  : «  Qui est Charlie  ?» – Réponse  : «  Tout le monde  »

Après une Caroline Fourest qui ment (encore) sur les plateaux de télévision pour un livre sur le droit au blasphème, donc qui consomme des arbres pour être consensuel et ne rien dire, voici enfin un ouvrage salutaire et utile. Pour Todd, le 11 janvier n’avait rien de démocratique. Cartes et Histoire pour arguments, il montre que les zones françaises les plus mobilisées pour Charlie étaient aussi, les moins adeptes de la démocratie, dans l’Histoire de France.

Que les «  Charlie  » considèrent cette thèse comme valable ou pas, des épiphénomènes la soutiennent. Si on faisait la liste : les descentes de police envers ceux qui n’étaient pas Charlie, la présence d’un premier ministre israélien qui aurait fait abattre plusieurs journalistes, la loi renseignement qui est sortie des tiroirs après les attentats…

Tout le monde devait être Charlie et la nuance n’était pas autorisée. Non, tout le monde ne l’était pas. La gauche critique n’avait pas envie d’être Charlie avec un Phillipe Val au service de Sarkozy, ou d’un Libération qui est devenu depuis 2012, selon Fréderic Lordon, economiste et Philosophe, Chercheur au CNRS, un tract gouvernemental. Olivier Berruyer, chroniqueur sur BFM, n’était pas Charlie.

 

 

Et moi, oui, j’étais Charlie. J’étais Charlie à cause de l’émotion de voir un journal que je lisais parfois finir en cendres. Mais je me suis vite repris. J’ai fait une analyse de la situation, et j’ai décidé de ne plus être Charlie. La raison est simple  : les sacrifices démocratiques et sociaux ce font toujours durant des moments d’Union Sacrée, que celle-ci soit liée  à un attentat comme le 11 Septembre engendrant le Patriot Act ou à une guerre comme autour de Margaret Tatcher en 1982.

Mardi 5 mai 2015, la loi renseignement était votée dans une indifférence quasi-générale. Aujourd’hui pour l’État, tout le monde est un terroriste potentiel. Les «  Charlie  » n’étaient pas là pour combattre une loi dangereuse et liberticide. Au mieux c’était une séquence émotion, au pire, les «  Charlie  » étaient une belle bande d’hypocrite.

Todd, où l’Analyse Marxiste.

La question de condamner ses attentats est une question stupide, et tout le monde en conviendra, il est évident que n’importe quel intellectuel condamne ses attentats. Rioufol est, pour moi, un crétin, dont l’analyse est aussi raciste qu’idiote, surtout quand Rokhaya Diallo finit en larme devant lui. Partant de ce principe, on peut avoir plusieurs points de vue sur la critique de l’islam, qui est faite régulièrement, voir systématiquement dans les médias français. Le fait que Le Point, rédige, plus que régulièrement, des unes pour ainsi dire putassière sur l’immigration et l’islam, m’interroge, par exemple. Surtout si l’on considère que certains articles sont bâclés.

 

Lepoint

En fait, l’analyse de Todd met en avant, un point de vue marxiste, c’est-à-dire que les musulmans français sont majoritairement de classes populaires. Les attaques systématiques, de L’Express, du Point, du Figaro, de TF1 et au final de Charlie Hebdoqui s’ajoutent par dessus, questionnent notre rapport aux religions, mais aussi et surtout aux classes populaires. Certes, Charlie Hebdo attaquait toutes les religions, mais les musulmans subissent aussi des attaques sur l’immigration, sur la culture, sur l’assistanat et le chômage. Ce n’est pas le cas des juifs et des catholiques qui sont statistiquement plus aisés et moins précaires.
Il ne s’agit pas, bien entendu, de revenir sur le droit de blasphème, mais de se questionner en tant qu’individu-journaliste ou individu-caricaturiste sur la pertinence d’une attaque supplémentaire sur un groupe précis.

La Gauche Blasphématrice, est une Gauche du Néant

Caroline Fourest a réussi à pondre 200 pages sur le droit à la liberté d’expression, un poncif tellement resucé que je suis étonné qu’elle y trouve encore un jus fécond. Dans«  Éloge du Blasphème  », elle attaque Médiapart en raison d’une ligne éditoriale« islamophile ». Mais Médiapart préfère critiquer l’austérité, c’est un choix éditorial, on ne peut pas parler de tout, il faut faire des choix. Pour voir la pertinence des lignes éditoriales de Caroline Fourest et de Médiapart, on peut faire une chose très simple  : le compte des morts. Car si le terrorisme islamiste et le fruit d’une idéologie, que dire des politiques d’austérité  ?

En Grèce, durant la période de crise, on constate une hausse de 22,7% des suicides et de 27,6% des homicides, ainsi qu’une hausse de la consommation de drogue et des troubles mentaux. Les nouveaux cas d’infection par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) ont ainsi augmenté de 57 % de 2010 à 2011. Les experts mettent en cause le chômage, l’austérité et la destruction des services publiques.
En France, les dégâts sont moindres, bien entendu. Mais la loi Macron et quelques autres en préparation, risquent d’avoir un effet extrêmement néfaste sur le taux de mortalité en France. On observait déjà une consommation d’alcool de plus en plus élevés chez les jeunes au début des années 2010. Et face à un véritable risque de mortalité massive, Caroline Fourest pose le terrorisme et la vingtaine de mort deCharlie Hebdo, en se disant humaniste. Où est l’humanisme, dans tout ça  ? En 2014, à ArrêtSurImages.net une journaliste portugaise chiffrait à 6000 morts, le coût humain de l’austérité dans son pays.

Aujourd’hui, une partie de la gauche, proche du parti -iste (Je cherche toujours le «  social  ») n’ayant pas le courage de combattre l’ultralibéralisme et ses effets, préfère combattre l’intégrisme et le manque d’intégration. De Caroline Fourest, relativement modérée et qui finalement reste dans son domaine de compétence, à un Manuel Valls ayant un discours objectivement plus raciste qu’un discours, par exemple, de Florian Phillipot, c’est le même combat de niche. Que la droite évoque ce discours, c’est normal, qu’il y est un travail de terrain à faire, certes, mais il faudrait peut-être que la gauche de gouvernement, commence par être «  de gauche  » avant de vouloir soutenir les thèses, les termes et les théories de la droite, car c’est un fait, dans l’Union Européenne, l’austérité est une idéologie plus meurtrière que le terrorisme islamiste, si elle n’en n’est pas le terreau. Pour reprendre une citation de Bossuet, rappelée par un billet Médiapart :

« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ».

Yagg –  08.05.2015
ANGRY-CITIZEN – Un blog très politique et un peu moqueur.

Source: http://angrycitizen.yagg.com/author/AsDePique/

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