Manifestation en Crimée en 2014. DR


Par Eberhard Hamer, professeur d’économie

10 juillet 2017

Le Congrès américain a décidé de renforcer les sanctions contre la Russie. La seule explication offerte au monde est celle-ci: la Russie aurait occupé la Crimée. Cependant, pour la première fois, Sigmar Gabriel et Angela Merkel se sont exprimés contre les mesures américaines, car elles auraient uniquement le but d’empêcher la construction du gazoduc North-Stream II. Par cette conduite, davantage de gaz russe parviendrait en Europe par la mer Baltique. Les Américains cependant, veulent amener leur propre gaz liquéfié en Europe pour conquérir le marché européen, et couper court aux livraisons russes. M. Gabriel a affirmé cela ouvertement. Probablement nous ne pouvons guère échapper aux sanctions, car toutes les entreprises participant à la construction ou au financement de North-Stream sont menacées du boycottage ou d’une demande en dommages et intérêts par les Etats-Unis. Il ne s’agit donc pas seulement du fait que les entreprises américaines veulent conquérir le marché de gaz européen mais aussi que nos entreprises sont soumises à d’énormes pressions américaines.

Maintenant, il est clair pourquoi la demande des pays de la zone euro et des politiciens européens d’abandonner les sanctions contre la Russie, n’a pas porté ses fruits. Il ne s’agit ici pas de quelques reproches faits à la Russie, mais simplement d’une tentative brutale d’évincer la Russie du marché européen et d’assurer celui-ci pour les entreprises américaines. Le fait que l’Europe et les entreprises européennes souffrent des dommages énormes, ne peut que réjouir les entreprises américaines. Ils se servent brutalement de leur pouvoir, pour faire chanter les entreprises européennes si elles sont actives sur le marché américain ou qu’elles font leurs comptes en dollars (cela suffit pour être soumis au droit américain, selon les décisions des tribunaux américains).

En cas du prolongement des sanctions, il s’agit donc du marché du gaz naturel que les Américains veulent s’assurer en Europe. En cas des pénalités de plus de 70 milliards imposés par les Etats-Unis aux multinationales européennes avec diverses justifications (atteinte aux sanctions, violation des taux américains d’émissions polluantes, etc.), il ne s’agit pas non plus de justice ou d’injustice, mais de pure impérialisme économique: dégradation d’entreprises européennes pour débarrasser les entreprises américaines de leurs concurrents.

Après que M. Gabriel et Mme Merkel aient reconnu, nommé et critiqué l’arrière-plan économico-impérialiste des Américains consistant à renforcer les sanctions contre la Russie, il sera intéressant d’observer s’ils les suivent quand même ou si Mme Merkel abandonne son rôle actuel d’agitateur contre la Russie et de soutien aux sanctions et si l’UE a le courage de terminer les sanctions contre la Russie qui lui nuisent en favorisant l’économie américaine.
Cela pourrait mener à une libération de la tutelle des Etats-Unis.

Merkel et les eurocrates en ont-ils le courage? La protection de l’économie européenne leur vaut-elle autant d’intérêt que celle des Américains à Trump?
Ou passera-t-on simplement à autre chose, comme lors de l’espionnage total par la NSA américaine, parce qu’on n’ose pas contredire la force d’occupation?    •

(Traduction Horizons et débats)

Source: http://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2017/nr-16-4-juli-2017/widerstand-gegen-russland-sanktionen.html

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