Nous ne croyons pas que le départ de la Turquie conduirait à l’effondrement de l’OTAN. Et la Turquie n’en est pas encore là. ASI

Article paru le 22 novembre 2017 sur Sputniknews sous le titre Turkey-NATO Row: Turkish Exit Will Lead to Complete Unravelling of Alliance

Les relations entre la Turquie et ses alliés de l’OTAN ont empiré cette semaine après que le président Erdogan ait conseillé au parlement de reconsidérer l’adhésion d’Ankara à l’alliance. Yunus Soner, vice-président du parti Vatan en Turquie, a déclaré à Spoutnik que le retrait de son pays de l’alliance occidentale est pratiquement inévitable.

Les retombées des scandaleuses manœuvres de l’OTAN en Norvège la semaine dernière, où le président turc Recep Tayyip Erdogan et le père fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Atatürk, ont été dessinés sur une « carte des ennemis ». Lundi, Yalcin Topcu, un conseiller clé du président, a exhorté les législateurs à reconsidérer l’adhésion de la Turquie au bloc militaire.

S’adressant à Spoutnik Turquie, Yunus Soner, vice-président du parti nationaliste et kémaliste Vatan (parti patriotique), a déclaré que la question de la sortie de son pays de l’OTAN était attendue depuis longtemps et que « la Turquie a déjà entamé le processus ».

« Un exemple de ce fait est qu’Ankara s’est opposée au référendum organisé au Kurdistan irakien non pas dans le cadre de l’OTAN, mais en coordination générale avec la Russie, l’Iran et l’Irak, a expliqué le politicien. Un autre exemple du retrait de la Turquie de l’OTAN est sa politique syrienne, qui ne correspond pas à la stratégie de l’OTAN, mais qui est définie dans le processus de négociation avec la Russie, l’Iran et indirectement la Syrie. »

Un autre exemple, selon Soner, est le fait qu’au plus fort de la crise qatari, Ankara a rejeté les propositions américaines sur la formation d’une OTAN musulmane sunnite. En outre, a-t-il ajouté, la Turquie dispose déjà d’alternatives claires dans le domaine de la coopération en matière de défense, en particulier avec la Russie et la Chine.

« En résumé, malgré l’interaction continue entre la Turquie et l’OTAN dans les domaines militaire et technologique, la politique étrangère de la Turquie n’est plus déterminée par son appartenance à l’alliance, a souligné M. Soner. Par conséquent, la question de savoir si la Turquie peut se retirer de l’OTAN n’est plus tabou », a-t-il ajouté.

Selon le politicien, « le moment le plus important et le plus remarquable de ce processus de distanciation de l’OTAN est non seulement la poursuite d’une politique étrangère indépendante par Ankara, mais aussi son élimination des éléments de l’OTAN au sein des forces armées turques, quelque chose que les responsables américains ont reconnu à plusieurs reprises et avec beaucoup d’inquiétude ».

Quant à l’explication des responsables de l’OTAN selon laquelle l’objet du scandale pendant les exercices norvégiens étaient l’œuvre d’un mercenaire indépendant, et non d’un employé de l’OTAN, Soner a déclaré que cette question ne pouvait pas être simplement considérée comme une erreur technique. Au contraire, a-t-il suggéré, cela ressemble plus à une provocation directe de l’OTAN et des États-Unis, et un indicateur de l’écart croissant dans les relations entre Ankara et l’alliance. Le politicien a noté que dans la Turquie d’aujourd’hui peu de voix de soutien peuvent être entendues en faveur de l’adhésion du pays à l’alliance, et ceux qui le font ne peuvent pas fournir d’arguments de fond pour expliquer leur position. « Le climat politique en Turquie est aujourd’hui opposé à l’idée de coopération avec l’OTAN et les États-Unis », a-t-il déclaré.

En fin de compte, le politicien du Parti patriotique a souligné qu’une éventuelle sortie de la Turquie de l’OTAN pourrait conduire à l’effondrement de l’alliance. « La Turquie a déjà d’importantes alternatives, telles que l’adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghai, a-t-il déclaré. Son adhésion à cette organisation apporterait des avantages majeurs aux deux parties et, en se retirant de l’Alliance atlantique et en rejoignant les structures eurasiennes, la Turquie pourrait aider l’Eurasie à atteindre un nouveau niveau. »

En second lieu, Soner a noté que « le retrait de la Turquie de l’OTAN a révélé une scission au sein de l’alliance : après tout, non seulement la Turquie, mais un nombre important de pays européens se distancient également de ce bloc de défense ».

« Le récent accord sur la création d’un pacte de défense conjoint entre États européens ne fait que confirmer ce processus centrifuge entre les États membres de l’OTAN, a expliqué le politicien. Certains membres de l’OTAN sont préoccupés par les activités de l’alliance en Ukraine, et le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France sont extrêmement préoccupés par la position de Washington sur l’Iran. En fin de compte, les États-Unis resteront seuls dans l’alliance qu’ils ont créée, et l’orientation changeante de la Turquie ouvrira la voie à des changements fondamentaux. »

Pour sa part, Cahit Armagan Dilek, directeur du 21st Century Turkey Institute basé à Ankara, a déclaré que, s’il était prématuré de parler d’un retrait turc de l’OTAN, Ankara pourrait et devrait concentrer ses énergies sur la suspension des opérations de l’alliance sur le territoire turc.

« Il est nécessaire d’agir étape par étape, a souligné Dilek. Premièrement : geler les activités des États-Unis et de l’OTAN sur les bases militaires turques. Deuxièmement, conformément à la réaction de l’autre partie, il sera peut-être possible de révoquer l’autorisation du déploiement de contingents militaires étrangers sur les bases turques. Et si ces étapes n’ont pas l’effet désiré, la base d’Incirlik pourrait être complètement fermée à son utilisation par les États-Unis. »

D’autres mesures, selon l’analyste, pourraient inclure la suspension de la mission navale de l’OTAN contre les migrations illégales dans la mer Égée et les demandes d’Ankara que les navires turcs quittent ses eaux territoriales [?? plutôt non turcs, NdT]« Pour ce qui est de la question syrienne, des opérations pourraient être menées ici pour intercepter les armes et les munitions fournies aux détachements des YPG kurdes [par les États-Unis]. La Turquie peut mener une opération pour frapper les entrepôts d’armes et les bases des YPG à l’Est de l’Euphrate. Les États-Unis envoient régulièrement des armes et participent à la formation de soldats dans le but de former une armée kurde régulière. »

Note du traducteur
Les revirements multiples de la politique Turque peuvent laisser penser que tout est possible, mais l’OTAN n’a plus de leadership assez fort pour imposer une discipline de fer pour permettre un retour au calme et sauver ce qui peut encore l’être de son point de vue. Trop d’intérêts contradictoires s’y affrontent, poussant la Turquie et sa puissante armée dans les bras eurasiatiques. Les arguments avancés par l’article font mal, très mal pour le camp du Bien.
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