Ukraine : 1000 milliards par ci, 1000 milliards par là

Et très bientôt, vous parlerez vraiment d’ !

Tandis que la situation  de l’Ukraine s’enlise dans une impasse, c’est sa situation économique, encore plus désespérée, qui vient à l’esprit, alors qu’elle dévoile la folie coupable de la diplomatie européenne.

Dans une publication précédente, nous  suggéré que le coût de l’unification de l’Allemagne devrait servir de référence pour estimer approximativement ce que coûterait l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, si l’on veut respecter la promesse implicite qui lui a été faite d’environ un demi-milliard d’euros. Au vu du contexte actuel de l’Europe, glissant à nouveau vers une récession, il s’agit là d’une somme impossible.

Dans un article récent, le très incisif Dimitri Trenin, directeur du Carnegie, suggérait que le coût réel de la réunification de l’Allemagne était plus proche de 1500 milliards, même si ce chiffre s’étale sur une période de 23 années. Bien que ce dernier chiffre soit certainement plus proche du mark, et compte tenu de la réalité, ce n’est rien de plus qu’une erreur d’arrondi substantielle. Le voyage de Mr Porochenko à Washington, dont il est revenu avec une généreuse donation de 52 millions de dollars, suggère que les probabilités que l’Ukraine reçoive quoi que ce soit d’identique sont précisément nulles.

Depuis son indépendance, l’Ukraine moderne a été, au mieux, un état semi-fonctionnel, trébuchant sur des casseroles laissées en héritage, alors qu’aucun gouvernement, qu’il soit prorusse (Yanukovich) ou pro- (Timoshenko/ Yushchenko ) ne tentait, de manière significative, de mettre en place une véritable réforme.

Ceci n’a rien de surprenant en soi. Les divers gouvernements ne représentent rien de plus que les intérêts imbriqués de l’une ou l’autre faction oligarchique, les ultimes bénéficiaires d’une corruption systématisée et de l’inefficacité qu’ils n’ont évidemment aucun intérêt à combattre.

Ni la Russie ni l’Occident n’ont choisi ou n’ont pu imposer une réforme de l’extérieur. Le revirement des différents gestionnaires venant de l’Ouest a certainement préparé le terrain avec les gaffes politiques qui ont suivi : le chouchou des médias occidentaux (heureusement oublié aujourd’hui), Yulia Timoshenko, a bâti sa fortune de multimillionnaire en volant du , et en consolidant les contrôles avec la même méthode brutale employée en Russie par Mikhail Khodorkovsky au milieu des années 90.

 

Au cours de ces dernières semaines, les médias occidentaux ont enfin commencé à s’écarter de la ligne du parti. Le New York Times a publié un article sur l’utilisation, par le régime de Kiev, de sous-munitions illégales visant à dépeupler ses provinces à l’Est. Bloomberg, quant à lui, a commencé à rassembler des éléments concernant l’échec total du gouvernement de Kiev à porter une réforme significative ou à organiser une campagne de lutte contre la corruption. Se replieraient-ils ?

La seule chose que l’on trouve surprenante finalement est que personne ne devrait être surpris. Un gouvernement d’oligarques, maintenu au pouvoir en partie grâce à une petite faction, lourdement armée, de fascistes, est surement le plus improbable des candidats à pouvoir mener à bien des réformes radicales.

Garçon ! L’addition s’il vous plaît !

Alors que l’hiver approche, l’Union européenne se trouve embarrassée. Elle dépend de la Russie pour 30 % de son gaz, dont la moitié transite toujours par l’Ukraine. L’Ukraine doit-elle voler du gaz destiné à l’Union européenne, et la Russie doit-elle, en réponse, couper l’ ? L’Europe n’aura surement pas froid, mais une partie importante de ses industries pourrait fermer, et cela l’enverrait glisser un peu plus vers une récession et un  économique pur et simple. En conséquence, les récentes discussions qui ont eu lieu à Milan étaient centrées autour d’une seule question intéressante : comment l’Europe va-t-elle payer la facture de gaz de l’Ukraine ? Un prêt relais est préparé, avec la probabilité, infime, d’être remboursé.

Inutile de dire que ce n’est que le début. Comme Mr Trenin le remarque très justement, garder l’Ukraine unitaire et fonctionnelle va demander des dépenses majeures et capitales. Ajoutons que ces dépenses n’embarrasseront en rien Washington qui, comme à son habitude, se lave les mains du problème et se contente de blâmer « les Russes », plutôt que l’Union européenne.

Bruxelles et Berlin devraient seuls soutenir les arrières de l’Ukraine, 40 millions de personnes, avec des biens liés à l’agriculture (ce dont hélas, l’Europe ne manque pas), tandis que la Russie est appelée à soutenir la « Nouvelle Russie » (Novorussia), 2 millions de personnes vivant dans une province dévastée, malgré des industries et des mines opérationnelles.

Quelle que soit la préférence de Mr  concernant une Ukraine unitaire, il semble improbable que, compte tenu de la violence dont elles ont été victimes, les provinces de l’Est acceptent à nouveau la  de Kiev. Elles s’uniront plutôt en mini État, sous la protection russe, semblable à celle de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.

Cette apparition soudaine et imprévue de l’intérêt personnel éclairé et de la diplomatie allemande marquera de fait cette séparation comme un ulcère qui empoisonnera les relations entre l’Europe et la Russie durant les années à venir. Cela contribuera en outre à faire avancer les intérêts géostratégiques de la Chine.

Les yeux bandés – la nuit

Ce qui est le plus extraordinaire est que non seulement ce scénario était prévisible, mais qu’en plus il ne pouvait en être autrement. Dirigée par l’Allemagne, la diplomatie européenne s’est « pris les pieds dans le tapis » de l’imbroglio ukrainien, sans avoir la moindre petite porte de sortie. En donnant carte blanche au régime de Kiev pour tenter un nettoyage ethnique de Lougansk/Donetsk, ce que la Russie n’aurait jamais permis, ils les ont soutenus, alors que l’Etat Ukrainien était au plus mal, au-delà de ce que l’on peut réparer, et que l’économie industrielle s’effondrait.

Comme pour l’invasion des États-Unis en Iraq, conflit établi sur le fait que les problèmes se résoudraient d’eux-mêmes (Ce fut le cas… Mais pas tout à fait comme prévu : introduction de l’état islamique) l’Europe a contribué à une catastrophe géopolitique qu’il va falloir payer pour les générations à venir.

En ce qui concerne la Russie, croire que l’on peut tourner la situation en victoire géopolitique serait illusoire. La Russie a été forcée de répondre à une crise provoquée par d’autres. Le Président Poutine n’avait pas une bonne main, même s’il a remarquablement bien joué. La scission politique avec l’occident n’était pas prévue, mais elle a été forcée par une diplomatie occidentale agressive ne lui laissant que le choix difficile entre soumission ou résistance. Cela devrait avoir un impact sérieux sur les futures orientations géopolitiques de la Russie. Qu’elles soient ou non positives pour la Russie, ces orientations ne devraient certainement pas apporter un quelconque bénéfice aux intérêts de l’Occident.

Concernant l’Ukraine, et rétrospectivement, son plan était clair : gagner du temps tandis que les réalités économiques les rattrapaient. L’arrivée de l’hiver n’est pas seule à rendre la situation soudainement critique. L’incapacité du régime de Porochenko à satisfaire son peuple, de plus en plus en colère et agité, ainsi que les factions radicales d’extrême droite est également en cause.

Ce n’était qu’une question de temps avant que le régime de Kiev affronte la chute de l’économie et/ou la violence. La guerre à l’Est a permis à Porochenko de gagner du temps en le détournant de l’effondrement économique, tout en lui donnant un cache-sexe quant à son incapacité à réformer. Le temps est aujourd’hui compté

Ni l’Europe, ni les États-Unis n’ont la volonté ou le pouvoir d’intervenir pour soutenir l’Ukraine dans ce qu’elle serait en droit d’attendre. Des prêts ad’hoc (qui ne seront probablement jamais remboursés) devraient être accordés par l’Union Européenne, pour éviter une catastrophe imminente, tandis que les suspects habituels continuent de détourner de leurs flux ce qui est disponible.

Les oligarques ukrainiens, alors que leur situation personnelle devient tendue, peuvent toujours solliciter une nouvelle offre de la part de la Russie, semblable à ce malheureux appel de Ianoukovitch au Kremlin. Compte tenu de l’extrême violence sanguinaire encore récente, il semble peu probable que les provinces de l’Est se tournent vers l’Ukraine. À la place, l’Ukraine est condamnée à rester un candidat perpétuel à l’adhésion européenne, et à regarder, avec envie, la vitrine européenne, plus Albanie que République Tchèque.

Aucune de ces options n’est satisfaisante, et il est difficile à l’auteur d’imaginer un scénario limpide. Mais la parfaite incompétence de la diplomatie européenne a été simplement surprenante. Dans un monde où personne n’est en quête d’une crise, celle-ci apparaît comme un échec total. En effet, l’Europe a laissé sa politique relative à la CEI être détournée pour mieux servir l’agenda géopolitique des factions militantes de Washington.

Traduit par Patricia Lachelier pour Réseau International

Source : http://reseauinternational.net/

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