La presse traditionnelle, après avoir participé à une intoxication de l’opinion publique de grande ampleur visant à incriminer les forces gouvernementale syriennes et la Russie, a ignoré par la suite le résultat de l’enquête de l’ONU qui les innocentait. Elle n’a fait aucune mention non plus du communiqué de presse relayé par le Citizens Electoral Council of Australia qu’Arrêt sur Info a traduit et présente ci-dessous à ses lecteurs. [ASI]


Le convoi attaqué le 19 septembre. Photo Omar Haj Kadour/AFP/Getty Images

Par Craig Isherwood | 30 Décembre 2016 | Cecaust.com.au

 L’investigation des Nations Unies sur le bombardement d’un de leurs convois en Syrie le 19 septembre est achevée. Le rapport d’enquête a été communiqué le 21 décembre par le Secrétaire Général Ban Ki-moon mais il n’a pratiquement fait l’objet d’aucune publicité, en comparaison avec le battage médiatique relayant les accusations hystériques des Etats-Unis et du Royaume-Uni [et du chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, ndlr] à l’encontre de la Russie, qui selon eux aurait délibérément bombardé le convoi. Cette discrétion vient manifestement du fait que le rapport en question prouve que ces accusations sont infondées.

Voici la chronologie de l’incident :

Le 11 septembre, la Russie et les Etats-Unis ont conclu un accord de cessez-le-feu en Syrie, sur l’insistance de Barack Obama, et qui stipulait comme préalable à toute coopération ultérieure des deux pays dans ce conflit qui s’éternise depuis cinq ans, une durée d’application requise d’au moins sept jours. De notoriété publique, les hauts responsables de l’Administration Obama, dont le Secrétaire à la Défense Ash Carter,  étaient hostiles à toute coopération avec la Russie,

              © Toby MelvilleSource: Reuters

Le 17 septembre, les Etats-Unis, l’Australie et d’autres membres de la coalition occidentale en Syrie ont bombardé une position défendue par des soldats de l’armée arabe syrienne face à l’Etat Islamique à Deir ez-Zor. Au cours de cette attaque qui a duré plus d’une heure, 62 soldats syriens ont été tués [au moins 80 soldats tués, ndlr] ; et lorsqu’un officier russe a voulu utiliser la ligne téléphonique américaine d’urgence pour les informer qu’ils étaient en train d’attaquer l’armée syrienne, on l’a fait attendre en ligne pendant 27 minutes ! Les Etats-Unis ont prétendu par la suite que c’était un « accident ». (Le CEC – Citizen Electoral Council – a adressé une pétition au gouvernement australien, lui demandant de retirer ses forces en Syrie dans la mesure où son intervention ne servait qu’à aider l’Etat Islamique).

Le 19 septembre, un convoi des Nations Unies acheminant de l’aide humanitaire en direction d’Alep a été bombardé dans un secteur contrôlé par les rebelles. L’attaque s’est produite précisément au moment où les combattants d’Al-Qaïda lançaient une offensive d’envergure à Alep pour percer les lignes de l’armée syrienne. Le rapport a qualifié cette attaque de bombardement ; mais en réalité les camions incendiés ont été retrouvés entiers et il n’y avait ni cratère ni aucune autre trace de bombardement aérien. Les auteurs du témoignage selon lequel il s’agissait d’un bombardement aérien n’étaient autres que les Casques blancs qui sont en fait des djihadistes anglais et américains opérant sous le masque de sauveteurs civils. Les Etats-Unis et le Royaume Uni accusèrent la Russie de crime de guerre et de détruire le cessez-le-feu, tout en ignorant le bombardement contre l’armée syrienne deux jours plus tôt.

Propagande hystérique

Le 20 septembre, le Guardian titrait : « Selon des responsables américains, l’aviation russe a bombardé et détruit un convoi humanitaire des Nations Unies ».

L’article citait un rapport de l’Agence Reuters : « Des avions russes se sont attaqués à un convoi d’aide destiné à la Syrie : Sources américaines.  »

Les accusations les plus hystériques ont été émises par le Gouvernement et le Parlement britanniques au cours d’un débat organisé en urgence le 11 octobre. Les sommets du cynisme et de l’hypocrisie y ont été atteints. Le conservateur MP Andrew Mitchell a ému son auditoire en comparant les agissements russes à ceux des Nazis pendant la guerre civile d’Espagne.

Caroline Lucas, chef de file du parti des Verts s’est adressée à Mitchell : « Accepteriez-vous que notre gouvernement dépose, comme l’a fait la France, une plainte à l’encontre de la Russie auprès de la cour Pénale Internationale ? »

Ann Clyde, députée travailliste blairiste (partisane de Tony Blair, l’ancien leader travailliste) – qui fut la première à répandre publiquement des mensonges sur l’Irak en accusant Saddam Hussein de tuer des Irakiens avec une déchiqueteuse, et qui ne s’est jamais explicitement excusée par la suite de l’invasion illégale de l’Irak – a appelé son pays à prendre les mêmes mesures à l’encontre de la Syrie que celles prises contre l’Irak ! « Nous ne pouvons pas attendre la Cour Pénale Internationale  » a-t-elle insisté. « INDICT, l’organisation dont je suis la présidente, a rassemblé les preuves d’agissements criminels en Irak des années avant qu’elles soient entendues. On peut refaire la même chose, en passant par exemple par le Foreign Office« .

Lorsque Emily Thornberry, Secrétaire du cabinet travailliste fantôme des Affaires Etrangères a tenté de faire valoir lors des débats que les rebelles étaient presque tous affiliés à Al-Qaïda : un autre député blairiste, Ben Bradshaw, s’en est pris avec un air outragé à sa propre collègue :

« Nous avions un cessez-le-feu ; il a été brutalement remis en cause par les forces aériennes russe et syrienne. Je n’ai pas encore entendu de mon estimable amie une condamnation claire et non équivoque des agissements de la Russie et d’Assad. Je ne l’ai pas non plus entendu qualifier ces opérations pour ce qu’elles sont – un crime de guerre ! »[Bradshaw a aussi  du sang irakien sur les mains ; belliciste de la première heure dans la duperie qui a justifié l’invasion de l’Irak, il a ultérieurement voté contre la constitution de la Commission d’enquête de Sir John Chilcot relative à cette décision criminelle et désastreuse.]

Un autre blairiste, John Woodcock, a perdu toute réserve en proférant de violentes accusations contre la Russie :

« Il n’y a aucun doute sur le responsable de cet odieux crime de guerre : c’est le président Poutine. Il provoque les Nations Unies et la communauté internationale, dont il a l’audace de se proclamer partie prenante. » [il faut dire que Woodcock est proche de BAE Systems, le plus gros fournisseur privé de la Défense britannique – la divulgation du contrat de vente d’armes que cette firme a conclu à Al-Yanmanah avec la brutale dictature d’Arabie Saoudite a révélé l’existence d’une caisse noire de 100 milliards de dollars utilisée pour financer Al-Qaïda dans l’attentat du 9 septembre et, plus globalement, le développement de ce  groupe terroriste et de l’Etat Islamique].

Le Secrétaire d’Etat Boris Johnson a déclaré :

« Toutes les preuves disponibles désignent les Russes comme responsables de ces atrocités. Je m’en remets aux compétences de la Commission d’enquête des Nations Unies pour établir avec exactitude ce qui s’est passé et déclare mon Gouvernement prêt à coopérer« .

Cette déclaration officielle, qui relayait l’appel d’Ann Clwyd à une manifestation de protestation devant l’ambassade russe de Londres, a eu un grand retentissement médiatique. Détail important : Johnson a été interrompu dans son discours par un ami proche du Prince Charles, Sir Nicholas Soames, qui a proposé qu’une action en justice pour crime de guerre soit intentée contre cette agression. Soames est lui aussi dans les petits papiers des industriels de l’armement britannique, il s’est fait connaître pour ses menaces à l’encontre de la princesse Diana juste avant la mort de cette dernière en 1997, alors qu’elle menait une campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel.

La seule personne crédible parmi les participants de ce débat à la Chambre des Communes a été Emily Thornberry, Secrétaire d’Etat du Cabinet travailliste fantôme. Elle a dénoncé l’hypocrisie bien-pensante des autres intervenants et a rappelé la contradiction consistant de la part du gouvernement britannique à condamner de prétendus crimes commis en Syrie, tout en continuant de fournir à l’Arabie Saoudite des armes qui lui permettent de bombarder des civils au Yémen.

Conclusions de la Commission d’enquête   

Voici les extraits de paragraphes numérotés du Rapport de la Commission d’enquête des Nations Unies, qui ont été communiqués par BanKi-moon le 21 décembre. Même si le Rapport admet encore la possibilité d’une attaque aérienne, ce que de nombreux experts contestent, il dédouane la Russie de l’accusation de crime de guerre. Le rapport relève notamment les points suivants :

Le secteur où a eu lieu l’attaque du convoi était sous le contrôle des djihadistes.

« 11. L’enceinte du SARC (Croissant Rouge Arabe Syrien), qui est le site de l’incident, se trouve approximativement à 1,5 km à l’est de la ville de Urem al-Kubra. »

« 13. A la date de l’incident, Urem al-Kubra était sous le contrôle de groupes d’opposition armés, le plus important d’entre eux étant Jaish al-Mujahideen. La Commission a été informée de la présence d’autres groupes, dont celui deNour al-Din al-Zenki. Une présence du groupe Al-Nosra dans le secteur a également été établie ».

Nour al-Din al-Zenki est l’un des groupes d’opposition prétendus « modérés » soutenus par les Etats-Unis. Des membres de ce groupe se sont filmés en train de décapiter un garçon palestinien de 12 ans (c’est le même cameraman qui a par la suite manipulé les médias du monde entier en réalisant une photographie truquée d’un enfant d’Alep âgé de 5 ans). Jabhat al-Nosra est la branche syrienne d’Al-Qaïda.

L’accusation des Casques blancs concernant le bombardement d’un hôpital était fausse.

33. « En dépit de déclarations évoquant la destruction d’une clinique, la Commission n’a pu établir aucune preuve de l’existence d’une clinique près des installations du Croissant rouge arabe syrien ».

Cette conclusion est fondamentale dans la mesure où l’accusation la plus fréquemment portée contre la Russie est d’avoir délibérément visé des hôpitaux à Alep. Ces accusations toujours infondées ont été lancées par les Casques blancs, une organisation subventionnée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Non seulement ils ont affirmé des dizaines de fois que le « dernier hôpital » d’Alep venait d’être détruit, mais la récente libération d’Alep a prouvé que presque tous ces prétendus hôpitaux étaient en réalité des places fortes tenues par des djihadistes.

Si, étant donné la localisation du convoi dans un secteur tenu par les djihadistes, les militaires de l’armée de l’air syrienne (SAAF) avaient perpétré l’attaque, ils auraient pu supposer qu’il s’agissait d’une cible militaire.

“36. …La commission a considéré que l’emplacement des installations du Croissant rouge arabe syrien, à la périphérie d’une zone peuplée, dans un secteur industriel chevauchant l’une des deux principales routes qui conduisent au sud-ouest d’Alep, rendaient plausible l’hypothèse d’une occupation des immeubles environnants par les groupes d’opposition armés avant la date de l’incident. C’est pour cette raison qu’elle a établi que l’attaque avait probablement été menée par les forces pro-gouvernementales. »

Les Nations Unies n’ont pu établir la preuve que l’armée de l’air syrienne avait perpétré l’attaque ; si l’attaque était de son fait, cela ne mettrait pas la Russie en cause pour autant.

39. La Commission a déclaré avoir reçu des rapports où il est fait état d’informations prouvant que c’est bien l’armée de l’air syrienne qui a perpétré l’attaque et que cette attaque a été menée au moyen de trois hélicoptères syriens MI-17 suivis de trois avions non identifiés à voilure fixe, et qu’un seul avion russe pourrait avoir été impliqué. Toutefois la Commission n’ayant eu accès à aucun élément de preuve justifiant ces assertions, elle n’a pu tirer de conclusion définitive« .

40. Dans ce même contexte, la Commission a constaté que certaines données techniques pouvaient amener à envisager l’hypothèse selon laquelle l’incident serait le résultat d’une frappe conjointe de l’armée de l’air syrienne et de la Fédération de Russie. Or il s’avère, après enquête, que la Fédération de Russie ne mène pas de frappes conjointes. Il faudrait de plus un très haut degré d’interopérabilité et de coordination pour que deux armées puissent opérer dans la même zone aérienne, et atteindre la même cible« .

Les Nations Unies n’ont pas trouvé la preuve permettant de qualifier l’attaque de crime de guerre :

42. La Commission a déclaré ne détenir aucune preuve que l’incident était une attaque délibérée contre une cible humanitaire. »

Depuis les élections présidentielles américaines, l’establishment anglo-américain et les médias qui leur servent la soupe ont inventé le terme de « fake news » (fausses nouvelles) pour désigner tout ce qui met en cause leurs mensonges. En réalité, ce sont eux, qui, depuis le fiasco génocidaire des armes de destruction massive irakiennes, ont été de nombreuses fois les fabricants de « fausses nouvelles ». L’exemple le plus flagrant en est la succession de mensonges concernant la Russie. Des mensonges qui sont d’une extrême gravité dans la mesure où ils attisent le risque d’un conflit nucléaire mondial.

La libération d’Alep de ses terroristes soutenus par les Etats-Unis et le Royaume-Uni [et la France, ndlr], ainsi que le récent changement de gouvernement américain laissent heureusement entrevoir la possibilité d’en finir avec la stratégie de la tension permanente et de s’acheminer vers un ordre international plus juste, basé sur le respect des souverainetés nationales, avec un engagement en faveur de la paix à travers une coopération économique. A l’approche de l’année 2017, gageons que toutes les personnes de bonne volonté veilleront à garantir l’application de ces principes.

Par Craig Isherwood, National Secretary | 30 Décembre 2016 | Cecaust.com.au

Article original : http://cecaust.com.au/releases/2016_12_30_UN_Russia.html

Traduit par Sylvie Jolivet pour Arrêt sur Info

Source: http://arretsurinfo.ch/un-rapport-des-nations-unies-refute-laccusation-de-crime-de-guerre-portee-contre-la-russie/

print