L’agression israélienne contre le Liban en 2006, terminée par le grand triomphe du Hezbollah et de l’axe de la résistance, a déterminé la trajectoire de la région, son identité et son avenir. Mais cette victoire a également été un tournant au niveau international, car il est clairement apparu qu’Israël n’était plus capable de cibler un pays au Moyen-Orient, d’entrer dans une guerre et de la gagner. La grande puissance militaire possédée par Israël et sa technologie très avancée ne sont plus capables seules de gagner les batailles. C’est simplement dû à la contrepartie de la foi et à la volonté de payer le prix du sang pour défendre des valeurs, la terre et les lieux saints. Ce résultat a mis fin à une autre phase du conflit avec l’axe unipolaire, en concluant que le pouvoir militaire seul ne suffit pas à la victoire dans les batailles, et qu’il faudra payer le prix du sang pour l’emporter dans les batailles à venir.

Les États-Unis et leurs alliés occidentaux n’ont pas la volonté de payer le prix du sang et ils ont donc échoué dans les guerres précédentes en Irak et en Afghanistan. Cela a amené l’axe américain à croire qu’il devait s’appuyer sur des intermédiaires dans la région et investir dans la violence sectaire et les différences religieuses pour détruire les pays qui s’opposent à son unipolarité.

Le but est de dessiner une nouvelle carte du Moyen-Orient pour compléter la ceinture autour de la Russie. Cette ceinture devait être formée de deux entités majeures, la première étant l’Union européenne, qui a commencé à se former après l’effondrement de l’Union soviétique et a pris l’Europe de l’Est dans ses filets, ainsi que d’autres États autour de la Russie pour isoler cette dernière. La seconde était la formation d’une autre grande entité, « le nouvel empire ottoman », mettant en vedette les pays du Moyen-Orient – en particulier les pays qui s’opposent à l’hégémonie américaine – et de leur faire adopter la pensée des Frères musulmans, dirigés par la Turquie, en tant que fraternité musulmane civilisée qui accepte la coopération avec l’Occident et avec Israël, afin de compléter l’encerclement de la Russie et lui ôter beaucoup des caractéristiques qui en font plus qu’une puissance régionale. Ce faisant, le projet aurait atteint le rêve d’un contrôle total sur le monde par les États-Unis d’Amérique.

Après l’échec de l’intervention directe des États-Unis en Irak et en Afghanistan dans la première étape, et après l’échec de la guerre israélienne contre la résistance au Liban dans la deuxième étape, est venue la troisième étape en utilisant l’islam politique (les Frères musulmans et le wahhabisme) pour détruire la Syrie, qui représente le centre de l’axe de résistance dans la région. Cet axe comprend également le Hezbollah, l’Iran et certaines forces palestiniennes, irakiennes et yéménites. Ainsi a commencé la guerre en Syrie en 2011, avec un axe américain qui a rassemblé tous les démons wahhabites et les takfiristes du monde, et qui a amassé des fonds du Golfe en pétro-dollars pour les servir. L’axe de résistance avec la Russie a été capable de manifester patience et stabilité sur le terrain et d’agir très judicieusement pour montrer la brutalité de ceux qui prétendent être des révolutionnaires. Après cela, il a récupéré l’initiative et a obtenu de multiples victoires en Syrie, la dernière et la plus importante étant la bataille d’Alep. Le résultat le plus important de cette bataille est que tous ces groupes extrémistes, les djihadistes, savaient avec leurs partisans qu’ils perdaient la guerre syrienne en perdant la bataille d’Alep, en raison du soutien énorme qui leur avait été accordé sur tous les plans, militaire, financier, médiatique, logistique et autre.

Pour cette raison, la bataille d’Alep pourrait être considérée comme un tournant décisif dans la détermination de l’avenir du monde, parce que tous les outils et options ont été utilisés dans cette longue guerre en Syrie. L’axe unipolaire ne va pas pouvoir garder son hégémonie sur le monde, mais cette bataille a réellement établi l’émergence de l’axe multipolaire, et a aussi établi un nouveau système international.

Les États-Unis chercheront à éviter, en toutes circonstances, l’aboutissement à un tel résultat. Mais il y a un autre perdant qui ne peut pas se permettre une telle perte – Israël – qui sait que la victoire de l’axe de la résistance en Syrie ne lui donne aucun rôle régional et le rend également incapable et faible dans la région.
La défaite totale des États-Unis et d’Israël dans la guerre syrienne est beaucoup plus importante que celle de 2006 [au Liban, NdT], mais si les États-Unis pouvaient trouver des compromis avec la Russie, ils éviteraient une plus grande calamité. La non-acceptation d’une telle perte en Syrie mettra en danger la sécurité internationale dans son ensemble. L’approche d’une nouvelle guerre mondiale n’est pas une simple balade, ni pour les États-Unis ni pour les autres. Mais Israël ne peut pas accepter une telle perte. Israël peut-il donc influencer le nouveau président américain pour qu’il n’accepte pas les résultats de la guerre syrienne ? Quelles sont les alternatives ?

Les États-Unis ne peuvent pas s’aventurer au delà d’une tension élevée au niveau international, ou d’un soutien continu au terrorisme qui ne pourrait pas accomplir ce qui lui a été demandé dans l’arène syrienne. Les États-Unis pourraient-ils donner une dernière chance à Israël et à ses instruments dans la région pendant quelques mois pour se préparer à une bataille dans le sud de la Syrie ?

Parce que le plus grand perdant, Israël, n’acceptera pas toutes les assurances russes et cherchera par tous les moyens, sans doute très importants aux États-Unis, à demander un délai précis avant le début de l’activation des accords internationaux sur la Syrie.

Je crains qu’une grande bataille dans le sud de la Syrie ne se produise et ne détermine le sort de la guerre syrienne, mais aussi ne redessine de nouvelles lignes pour l’ordre mondial. En effet, même si les Turcs tentent de préserver ce qui reste de leurs intérêts dans la région, et bien qu’ils ont perdu confiance dans les États-Unis, ils peuvent ne pas être dissuadés d’une tentative finale qui déplacera les terroristes du nord (la frontière de Turquie) au sud (la frontière d’Israël), pour sans doute revenir à leur première idée en cas de succès. La préparation de la prochaine bataille se fera en Jordanie, des messages dangereux y ont été envoyés ces derniers jours. La préparation utilisera tous les moyens possibles, toute la technologie que nous connaissons et que nous ne connaissons pas, tout l’argent du Golfe et tous les groupes extrémistes qui se sont retirés d’Alep et de toutes les villes syriennes, et qui peuvent être de nouveaux serpents plus dangereux et horribles pour le monde entier. Ouvrons les yeux vers le sud de la Syrie, parce que la bataille finale qui s’y déroulerait peut déterminer le destin de la région et le sort du monde. Soit le triomphe de l’axe des valeurs et la fin du terrorisme et de ses partisans, soit le triomphe de l’axe unipolaire. Nous devrions alors vivre dans un monde devenu fou, visant à l’avidité et à la domination accrues avec d’autres guerres à venir. J’espère que je me trompe et que les premières étapes du processus de paix en Syrie commenceront.
Voyons ce qui va se passer !

Youssef A. Khaddour | 13 janvier 2016 | katehon.com

Traduit par le blog versouvaton
Source: http://versouvaton.blogspot.ch/2017/02/une-bataille-majeure-aura-t-elle-lieu.html#more
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