liban 3Manifestation de soutien au Hezbollah à Beyrouth, Liban

 

Certains signes semblent indiquer qu’Israël sera à nouveau en guerre cet été. Cette fois-ci non pas contre le Hamas à Gaza mais contre le Hezbollah au Liban. Cette guerre pourrait ne pas résulter seulement d’un débordement du conflit syrien ou des tensions perpétuelles entre Israël et le Hezbollah. Le facteur décisif semble être un calcul de la part d’Israël selon lequel une guerre orientera de manière définitive l’intérêt du Congrès américain contre la conclusion imminente d’un accord avec l’Iran. Un accord qui, selon les critiques, risque d’accroître l’influence de l’Iran dans la région, y compris son soutien au Hezbollah.

L’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee, Comité américain pour les Affaires publiques israélienne) le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, les Saoudiens et certains de leurs alliés du Conseil de Coopération du Golfe ont tous fait de leur mieux pour compromettre l’accord imminent sur le nucléaire avec l’Iran. Mais leurs efforts sont restés vains. Les négociations sont en cours. De nombreux sondages montrent qu’une vaste majorité d’Américains soutiennent Obama dans sa diplomatie avec l’Iran.

Si, aujourd’hui, le Congrès votait une résolution rejetant l’accord sur le nucléaire, Obama l’emporterait à coup sûr, peut-être même sans avoir à utiliser son véto contre les Républicains et les Démocrates pro-Netanyahou qui tenteraient de saborder cet accord diplomatique historique avec Téhéran. L’opposition a eu beau répéter que cet accord était une capitulation devant l’Iran ou bien qu’on ne concluait pas d’accords avec un régime tel que celui de Téhéran, cela n’a pas eu assez d’échos auprès de la population pour nuire à cet accord. Ce qui a semé un peu la confusion dans le camp de l’opposition.

En fait, si vous apparteniez à l’opposition, plutôt que de chercher un nouvel argument, est-ce que vous n’essaieriez pas de changer la donne, de trouver un coup de théâtre si inattendu qu’il retournerait l’intérêt du Congrès en faveur de l’AIPAC, de Netanyahou, de l’Arabie saoudite et des autres opposants à la conclusion d’un accord?

A coup sûr, une confrontation militaire entre Israël et le Hezbollah cet été pourrait très bien faire l’affaire d’Israël. Si celui-ci se retrouvait en guerre contre le Liban et si les roquettes du Hezbollah frappaient des villes israéliennes, comme ce fut le cas en 2006, l’argument selon lequel cet accord renforcerait l’Iran dans la région ainsi que ses alliés aurait bien plus d’impact. Rappelons que l’accord en question implique le versement de plus de 50 milliards de dollars à Téhéran. Les Démocrates pro-Netanyahou peuvent souhaiter un tel scénario qui changerait les règles du jeu et qui les amènerait à rompre avec Obama. On pourrait certes balayer tout ça d’un revers de main comme étant de vaines spéculations si Israël n’avait pas déployé toute une argumentation en faveur de la guerre contre le Hezbollah ces derniers mois. Le 12 mai dernier, le New York Times rapportait qu’Israël se préparait pour  » ce qu’il considérait comme une bataille presque inévitable avec le Hezbollah. » Un officiel israélien a déclaré au Times:  » Nous allons frapper durement le Hezbollah ». Les Israéliens se défendent en disant que le Hezbollah accumule des armes de façon massive et qu’Israël rend public cet armement afin de  » mettre ce problème sur l’agenda international au cas où il y aurait un nouveau conflit. » Selon l’armée israélienne, le Hezbollah est aujourd’hui capable de lancer 1200 roquettes par jour sur Israël.

Cela fait plusieurs mois qu’Israël avance ce point de vue. En février dernier, 28 législateurs américains sont venus aider Israël et ont écrit à Ban-Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, pour exiger que l’ONU interdise au Hezbollah de se ré-armer. Cette lettre accusait l’ONU de ne pas mettre en application certaines résolutions dont l’une demande le « dispersement et désarmement de toutes les milices, libanaises et non-libanaises ».

Les législateurs écrivirent: « Le Hezbollah se livre dans cette région à des actes de violence horribles et c’est parce que l’ONU ne fait pas appliquer les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de Sécurité ».

Récemment, l’ambassadeur Dore Gold a défendu l’idée d’une action militaire préventive contre le Hezbollah. Dore gold est connu comme étant proche de Netanyahou et vient d’être nommé Directeur général du Ministère israélien des Affaires étrangères. Il accuse l’ONU de n’ avoir pas su arrêter le Hezbollah et il déclare:

« Soit l’IDF devra détruire les armes stockées au sud Liban ou bien laisser le Hezbollah lancer des milliers de rockets sur Israël. Que vaut-il mieux faire? »

Du fait de leur implication dans le conflit syrien, les forces du Hezbollah sont déjà dispersées très largement et ne pourraient guère se permettre d’affronter Israël en ce moment. Néanmoins, si Israël attaque le Liban, on imagine mal que le Hezbollah ne fasse rien, malgré ses difficultés en Syrie et malgré l’impact que cela aurait sur les discussions en cours avec l’Iran.

Le 21 mai dernier, le général Yahia Rahim Safavi, conseiller militaire de l’autorité suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a averti que toute attaque de la part d’Israël déclencherait une tempête de missiles sur ses villes. Il a déclaré:

« En cas d’agression militaire de la part des Sionistes, l’Iran est capable, avec l’aide du Hezbollah et de ses amis, de détruire Tel-Aviv et Haïfa. »

Il est clair que si Israël entrait en guerre contre le Hezbollah, cela ne serait pas destiné uniquement à compromettre l’accord avec l’Iran. Mais dans l’esprit des responsables politiques israéliens un tel conflit donnerait d’avantage d’arguments à ceux qui, aux Etats-Unis, sont contre cet accord. La tentation de compromettre l’accord avec l’Iran pourrait bien devenir le facteur décisif dans la politique d’Israël.

Si tel était le cas, ce ne serait pas la première fois qu’un conflit opposant Israël au Hezbollah serait motivé par l’idée, ou le désir, que la guerre avec l’Iran est imminente. Au milieu de la guerre de 2006 entre Israël et le Liban, Ephraïm Sneh, alors vice-ministre de la Défense, déclara que ce qui se passait au Liban concernait surtout l’Iran. « La guerre avec l’Iran est inévitable. Le Liban, c’est juste un prélude pour un conflit bien plus grand en Iran ».

Sneh avait tort. La guerre avec l’Iran n’était-et n’est pas- inévitable. Mais une guerre contre le Hezbollah au cours de l’été prochain peut rendre Israël certain que toute paix avec l’Iran sera hors de portée pour Obama.

De Trista Parsi et Paul Pillar – « Information Clearing House »- 28 mai 2015

Trita Parsi est Président du Conseil National Irano-américain et auteur de  » A Single Roll of the Dice- Obama’s Diplomacy with Iran » (Yale University Press, 2012)Paul R.Pillar est chercheur au Centre des Etudes sur la Sécurité à l’université de Georgetown.

Article original: http://www.informationclearinghouse.info/article41983.htm (Traduit par Christine Malgorn – ASI)

Traduit par Christine Malgorn  – Auteur de Syrie, mon amour. 1860, au cœur de la guerre oubliée. Edition Harmattan, 2012  – Voir la vidéo  (disponible sur Amazon);  et de « Bienvenue au Shéol » paru en avril 2015 est, à présent, en vente SOUS FORMAT PAPIER sur Amazon. Voir son blog:https://cmalgorn.wordpress.com)

Source: https://arretsurinfo.ch/une-guerre-entre-israel-et-le-hezbollah-de-quoi-changer-la-donne-des-discussions-avec-liran/

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