[Mis à jour le 21.03]

Le gouvernement israélien est intervenu pour faire retirer par l’ONU le rapport établissant qu’Israël est un Etat d’Apartheid. Du coup, la responsable de la Commission économique et sociale de l’ONU pour les pays d’Asie de l’Ouest, qui avait publié ce rapport, a donné sa démission.

Rima Khalaf, Secrétaire exécutive de cette commission, qui a établi que l’apartheid imposé aux Palestiniens par Israël « ne faisait aucun doute » et a demandé à la communauté internationale de prendre des sanctions face à de telles discriminations, a donné sa démission face aux pressions exercées par Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies, pour que ce rapport soit retiré.

L’ ESCWA, qui comprend 18 Etats arabes, s’était appuyé sur les définitions de l’apartheid telles qu’elles apparaissent dans le droit international.

Mais Netanyahou a poussé des cris d’orfraie parlant de « propagande nazie » et a obtenu ce retrait du rapport du site de l’ONU sur lequel il a été publié.

Rima Khalaf, si elle a donné sa démission, n’en continue pas moins à soutenir le contenu du rapport et le fait que ’les crimes comis par Israel contre les Palestiniens sont des crimes contre l’humanité ».

Le document met en cause la « stratégie de fragmentation du peuple palestinien », constitué de quatre groupes à savoir les Palestiniens citoyens d’Israël, ceux de Jérusalem-Est ; ceux de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et enfin les réfugiés et exilés hors de Palestine.

18 mars 2017

Agence Maan News – Traduit par CAPJPO


Lettre de démission de Rima Khalaf, secrétaire exécutive de l’ESCWA

Mme Rima Khalaf a motivé sa décision, déclarant :

« J’ai démissionné parce qu’il est de mon devoir de ne pas dissimuler un crime manifeste, et je soutiens toutes les conclusions du rapport ».

Cher Monsieur le Secrétaire Général,

J’ai considéré avec attention votre message transmis par le Chef de cabinet et vous assure que je n’ai à aucun moment remis en question votre droit de retirer la publication du rapport de notre site internet ou le fait que nous tous, travaillant pour le secrétariat, sommes soumis à l’autorité du secrétariat général. Tout comme je n’ai aucun doute concernant votre engagement envers les droits de l’homme en général, et votre position ferme concernant les droits du peuple palestinien. Je comprends aussi vos préoccupations, particulièrement dans ces temps difficiles qui vous laissent peu de choix.

Je ne suis pas insensible aux attaques vicieuses et aux menaces qui pèsent sur les Nations Unies et sur vous personnellement de la part d’importants Etats Membres en réponse à la publication du rapport de l’ESCWA intitulé « Les pratiques d’Israël envers les Palestiniens et la question de l’apartheid ». Je ne trouve pas surprenant que de tels Etats Membres, qui ont maintenant des gouvernements qui se préoccupent peu des normes et valeurs internationales concernant les droits humains, aient recours à l’intimidation quand ils trouvent difficile de défendre leurs politiques et pratiques illicites. Il est normal que des criminels mettent la pression et attaquent ceux qui défendent la cause de leurs victimes. Je ne peux pas me soumettre à une telle pression.

Ce n’est pas en vertu de mon statut d’officiel international mais en vertu de mon statut d’être humain honnête, que je crois, comme vous, dans les valeurs et principes universels qui ont toujours été les lignes de conduite du bien dans l’histoire humaine, et sur lesquels une organisation comme la notre, les Nations Unies, est fondée. Comme vous je considère que la discrimination envers toute personne sur le motif de sa religion, de sa couleur de peau, de son sexe ou de son origine ethnique est inacceptable, et que de telles discriminations ne peuvent être rendues acceptables par les calculs de l’opportunisme ou du pouvoir politique. Je considère de plus que les peuples ne devraient par seulement avoir le droit de dire la vérité au pouvoir mais ils ont le devoir de le faire.

En l’espace de deux mois, vous m’avez demandé le retrait de deux rapports produits par l’ESCWA, pas à cause de fautes que l’on aurait commise dans ces rapports, et probablement pas parce que vous étiez en désaccord avec leur contenu, mais à cause de la pression politique exercée par des Etats Membres qui violent gravement le droit des peuples de la région.

Vous avez vu que les peuples de cette région vivent une période de souffrance inégalée dans l’histoire moderne, et que le nombre considérable de catastrophes aujourd’hui résulte du flot d’injustices qui furent ignorées, camouflées ou ouvertement approuvées par des gouvernements puissants à l’intérieur et à l’extérieur de la région. Ces mêmes gouvernements sont ceux qui vous mettent la pression pour faire taire la voix de la vérité et l’appel pour la justice présentés dans ces rapports.

Etant donné ce qui précède, je ne peux que maintenir les conclusions du rapport de l’ESCAW comme quoi l’Etat d’Israël a établi un régime d’apartheid qui recherche la domination d’un groupe racial sur un autre. Les preuves fournies dans ce rapport rédigé par des experts de renom sont nombreuses. Tous ceux qui ont attaqué ce rapport n’ont pas eu un mot pour son contenu. Je considère comme mon devoir de mettre en lumière le fait légalement et moralement indéfendable qu’au 21eme siècle existe encore un état d’apartheid, plutôt que de supprimer les preuves. En disant cela je ne clame aucune supériorité morale ou vision supérieure. Ma position est influencée par une vie d’expériences où j’ai vu les conséquences désastreuses pour la paix quand on bloque les plaintes des peuples dans notre région.

Je réalise que je n’ai que peu de choix. Je ne peux pas retirer maintenant un autre dossier des Nations Unies bien documenté et faisant suite à des recherches approfondies sur les violations graves des droits humains bien que je sache que des instructions claires du secrétaire général doivent être appliquées rapidement. C’est un dilemme que je ne peux résoudre que par ma démission pour permettre à quelqu’un d’autre de fournir ce que je ne peux fournir en bonne conscience. Je sais que je n’ai plus que 2 semaines à mon poste ; ma démission n’est donc pas destinée à exercer une pression politique. C’est simplement car je pense que c’est mon devoir envers les peuples que nous servons, envers les Nations Unies et envers moi même, de ne pas retirer un témoignage honnête sur un crime en cours qui est à la racine de tellement de souffrances humaines. En conséquence, je vous remets par la présente ma démission des Nations Unies.

Avec tous mes respects,

Rima Khalaf | 17 mars 2017

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