Samedi, Kim Jong-un a testé un missile balistique intercontinental (ICBM) de portée suffisante pour frapper le continent américain. Il travaille maintenant à améliorer sa précision et à mettre au point une ogive nucléaire assez petite pour être ajustée à ce missile qui puisse rentrer sans dommages dans l’atmosphère.

Sauf si on pense que Kim est un fou suicidaire, son but semble clair. Il veut ce que veut toute puissance nucléaire : la capacité de frapper la patrie de son ennemi assez puissamment pour dissuader cet ennemi de l’attaquer.

Kim veut que son régime soit reconnu et respecté, et que les États-Unis, dont les bombes ont réduit en cendres le Nord de la Corée de 1950 à 1953, quittent la Corée.

Où cela nous mène-t-il? Selon Cliff Kupchan, du groupe Eurasia : « Les États-Unis ont à choisir entre deux options : soit accepter la Corée du Nord dans le club nucléaire, soit mener des frappes militaires qui entraîneraient d’énormes pertes civiles ».

Il faut regarder les choses en face. Des sanctions américaines contre la Corée du Nord, comme celles votées par le Congrès la semaine dernière, ne vont pas empêcher Kim d’acquérir des ICBM. Il est trop près de son but.

Et toute frappe préventive sur le Nord pourrait déclencher une contre-attaque sur Séoul avec des tirs massifs d’artillerie sur la zone coréenne démilitarisée (DMZ), qui ferait des dizaines de milliers de victimes sud-coréennes, en plus des soldats américains et de leurs familles.

Nous pourrions bien nous retrouver dans une guerre totale avec la Corée du Nord, une guerre sans fin et sans merci, une guerre dont les Américains ne veulent pas.

Samedi, le président Trump a exprimé, dans un tweet, sa contrariété devant l’échec de la Chine à retirer nos marrons du feu : « Ils ne font RIEN pour nous concernant la Corée du Nord, ils ne font que parler. Cela ne peut plus durer. La Chine pourrait facilement résoudre ce problème. »

Dimanche, les bombardiers des États-Unis B-1B ont survolé la Corée et le général des forces aériennes  du Pacifique, le général Terrence J. O’Shaughnessy, a annoncé que ses unités étaient prêtes à frapper la Corée du Nord avec une force « rapide, mortelle et écrasante ».

Mais ce même dimanche, Xi Jinping a assisté à un gigantesque défilé de chars, d’avions, de troupes et de missiles, et des officiels chinois se sont moqués de Trump en le qualifiant de « président novice » et d’« enfant gâté » et en disant que ses déclarations contre la Corée du Nord ne sont que du bluff. Ont-ils raison ? Nous allons bientôt le savoir.

Selon le Premier ministre japonais Shinzo Abe, Trump a affirmé lundi qu’il prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger les alliés des Américains. Et Nikki Haley l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU s’est énervée : « Il n’est plus temps de discuter ».

Allons-nous vers une confrontation militaire et une guerre avec la Corée du Nord? Les marchés, qui enregistrent encore des hausses record ce lundi, ne semblent pas le croire.

Mais la Corée du Nord n’est pas le seul adversaire potentiel avec qui nos relations se dégradent rapidement.

Après que le Congrès a voté majoritairement pour de nouvelles sanctions contre la Russie la semaine dernière et que Trump a accepté de signer le projet de loi qui lui interdit de lever les sanctions sans l’approbation du Capitole (le Congrès), la Russie a abandonné tout espoir d’un rapprochement avec l’Amérique de Trump. Dimanche, Poutine a ordonné que le nombre des fonctionnaires de l’ambassade et des consulats des États-Unis soit réduit de 755 postes.

La seconde Guerre froide, qui a commencé quand nous avons rapproché l’OTAN des frontières de la Russie et contribué à renverser un régime pro-russe à Kiev, se refroidit de plus en plus. On peut s’attendre à ce que Moscou se montre aussi hostile que le Congrès quand nous lui demanderons son aide en Syrie et en Corée du Nord.

Le projet de loi de sanctions de la semaine dernière a également frappé l’Iran après que ce dernier a testé une fusée pour mettre un satellite en orbite, alors que l’accord nucléaire n’interdit que le test des missiles balistiques qui peuvent porter des ogives nucléaires. Dans un acte de défi, les Iraniens les Etats-Unis  ont affirmé que leurs tests de missiles se poursuivront.

Ces derniers jours ont également vu des navires de guerre américains et des patrouilleurs iraniens se rapprocher dangereusement les uns des autres, et les navires américains tirer des fusées lumineuses et des coups de semonce. Nos avions et nos navires se sont également de plus en plus souvent rapprochés de navires et d’avions russes et chinois dans les mers de la mer Baltique et de la Chine du Sud.

Tout en reculant devant une guerre avec la Corée du Nord, Washington semble saliver à l’idée d’en déclarer une à l’Iran. En effet, la menace de Trump d’accuser l’Iran de violer l’accord sur les armes nucléaires suggère qu’une confrontation est imminente.

Puisque le Congrès est si déterminé à affronter le démon iranien, on se demande pourquoi il n’annule pas la vente à l’Iran des 140 avions que les mollahs ont commandés à Boeing ?

Pourquoi vendons-nous des avions de ligne américains au « plus grand sponsor du terrorisme du monde »? Laissons donc l’argent du sang à Airbus !

Apparemment, les guerres américaines en Afghanistan, en Syrie, en Irak, au Yémen et en Somalie ne suffisent à rassasier notre Parti de la Guerre. Maintenant, il veut que nous prenions le commandement des sunnites du Moyen-Orient pour détruire les chiites qui dominent en Iran, en Irak, en Syrie et au Sud Liban, et qui sont majoritaires à Bahreïn et dans les régions pétrolières d’Arabie Saoudite.

L’armée américaine a du pain sur la planche. Le président Trump aura peut-être finalement besoin de soldats transgenres*.

Une des raisons pour lesquelles Trump a vaincu ses rivaux républicains en 2016, c’est qu’il semblait partager le désir américain de se recentrer sur le pays.

Mais aujourd’hui, nos relations avec la Chine et la Russie sont pires qu’elles l’ont été depuis des décennies, et on parle ouvertement de guerre avec l’Iran et la Corée du Nord.

Est-ce que l’Amérique a voté pour cette politique, ou est-ce ce que l’Amérique a voté contre elle ?

Patrick J. Buchanan | Juillet 31, 2017

(*) http://www.20minutes.fr/monde/2109923-20170726-trump-interdit-soldats-transgenres-armee-provoque-tolle

Article original en anglais: Shall We Fight Them All?

Source: http://arretsurinfo.ch/va-t-on-declarer-la-guerre-au-monde-entier/

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