Pour bien comprendre le cadre dans lequel se situe cet entretien il convient de lire la chronique de Daniel Schneidermann : Bricmont, l’extermination, les historiens, et les juges (1).

Et la réponse de Judith Bernard à Daniel Schneidermann : Du « confusionnisme » de Bricmont… et de ses accusateurs (2) .

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Daniel Schneidermann

(1) Bricmont, l’extermination, les historiens, et les juges

Par Daniel Schneidermann | Le 30/09/2014

Transparence toute. On a bonne mine, à reprocher à Taddeï de n’avoir pas assez précisé les sympathies soraliennes d’un de ses invités récents. Nous voilà pris en flagrant délit de la même imprécision. Pas ici, sur ce site, mais sur Hors Série, site dont @si est l’éditeur.

En l’occurence, que s’est-il passé ? En l’occurence, HS, dans la dernière émission de Maja Neskovic, invite un physicien belge, Jean Bricmont, ardent militant de la liberté d’expression la plus large, et qui vient d’écrire un livre sur le sujet (1). Très bien. Une part substantielle de l’entretien est consacrée à la liberté d’expression concernant l’extermination des Juifs par les nazis. Encore ? Oui, encore et toujours. Mais pourquoi pas ? Dans une longue interview au scalpel par Maja, Bricmont critique la répression du négationnisme de l’extermination des Juifs. Il dézingue la loi Gayssot. Il estime que les négationnistes devraient avoir le droit de s’exprimer librement.

Pour étayer sa démonstration, Bricmont balance en rafale une série de citations d’historiens irréprochables (pensez donc, certains sont même juifs, c’est dire s’ils sont irréprochables) ayant émis des doutes sur tel ou tel aspect de l’histoire de l’extermination. Sous-entendu : on cherche des poux à Faurisson, ou à Gollnisch, parce qu’il s’agit de Faurisson ou de Gollnisch. Quand des historiens disent la même chose, on ne les embête pas. Ce que réprime donc la loi Gayssot, ce n’est pas des textes proprement dits. C’est l’intention de leurs auteurs. Et introduire le critère d’intention, dans l’appréciation d’un message, c’est ouvrir la porte à l’arbitraire. La loi Gayssot est appliquée à la tête du client.

Le problème, c’est que toutes les citations de Bricmont sont décontextualisées, et que Bricmont leur fait dire ce qu’il a envie de leur faire dire, et qu’elles ne disent pas forcément.

Passent en rafale Arno Mayer préfacé par Pierre Vidal-Naquet, selon qui les « sources sur l’holocauste sont rares et peu sûres » (contexte de cette citation de Vidal-Naquet ?) puis Vidal Naquet lui-même : « il faut diviser certains nombres par un facteur 4 ». Quels nombres ? On ne saura pas. La citation de Léon Poliakov (« l’extermination des Juifs reste en ce qui concerne la conception et sur bien d’autres aspects essentiels (Bricmont souligne lourdement) plongée dans le brouillard ») est encore plus manipulatoire : contrairement à ce que laisse penser l’entretien, Poliakov parle de la conception de l’extermination, côté nazis. Il ne remet évidemment pas en cause les témoignages des victimes.

Une pincée de controverse sur la conférence de Wannsee (controverse ancienne, sur l’origine de la politique d’extermination, et déconnectée de l’existence même des chambres à gaz), un bout de citation du journaliste Eric Conan, mélangé à tous les historiens pour faire le bon poids, et on en arrive à un long rappel de Bricmont sur les travaux du pharmacien Jean-Claude Pressac, sans que jamais son itinéraire ne soit rappelé chronologiquement : d’abord faurissonnien, Pressac s’est ensuite progressivement dégagé de Faurisson, ce que rappelle de manière très claire sa notice Wikipedia. Bricmont oublie simplement de le dire (et Maja ne le rappelle pas). De la difficulté de discuter histoire entre un physicien et une linguiste (Maja est linguiste de formation), deux interlocuteurs qui n’en sont spécialistes ni l’un ni l’autre.

De cet entretien, se dégage à mon sens une grande confusion négationniste.

On reste cependant dans les limites d’une discussion utile, et stimulante, sur les critères de séparation de l’autorisé et de l’interdit dans le discours public.

Sauf que voilà. A d’autres occasions, Bricmont a poussé plus loin ses démonstrations. Dans cette vidéo (qui apparaît en première place lorsque l’on recherche « Jean Bricmont » sur Google vidéo), le physicien s’en prend aux interdictions de spectacles de Dieudonné, l’hiver dernier, en France. Et de relever innocemment le fait que le magistrat du Conseil d’Etat ayant interdit un spectacle de Dieudonné, Bernard Stirn (non nommé) était juif.

« Est-ce que c’est antisémite, demande Bricmont, de se poser la question, de comment se fait-il, qu’une personne, peut-être parfaitement neutre, etc., d’origine juive, prend seule la décision d’annuler le spectacle de Dieudonné hier au Conseil d’État ? (…) La Justice ne doit pas seulement être neutre, elle doit paraître neutre. Est-ce que l’apparence de neutralité est préservée dans ce cas-là ? »

Oui, Bricmont, oui Maja, oui Judith, se poser cette question « c’est antisémite ». S’en prendre à une personne désignée, en raison de sa race, de ses origines, de sa couleur, de son appartenance confessionnelle supposée, l’assigner à ces seules caractéristiques, c’est l’exemple le plus pur d’un énoncé raciste ou antisémite. Sans compter que cet exemple précis est invalide. Pourquoi Bricmont ne dit-il pas qu’une décision identique a été rendue, le lendemain, par un autre magistrat du Conseil d’Etat, dont le patronyme n’indique absolument pas qu’il soit juif ? Pourquoi ne rappelle-t-il pas que ces deux décisions ont été ensuite assumées par le boss du Conseil d’Etat en personne ? Soit, il le sait, et il manipule ses auditeurs. Soit il ne le sait pas, et il parle de ce qu’il ne connait pas.

Que faire des juges juifs, Jean Bricmont ?

Si Maja et Judith souhaitent inviter Bricmont, très bien. Mais encore faut-il informer pleinement les spectateurs sur qui l’on reçoit. En l’occurence, ça n’a pas été fait. Il fallait dire aux spectateurs que Bricmont considère qu’une décision de justice rendue par un juge juif n’a pas « l’apparence de la neutralité ». Et explorer avec lui les conséquences de cette intéressante opinion. Que faudrait-il faire des juges juifs, Jean Bricmont, pour préserver « l’apparence de neutralité » à laquelle vous tenez tant ? Leur demander de se dessaisir eux-mêmes par pudeur ? Les dessaisir d’office de tout dossier touchant à Dieudonné ? Les envoyer en vacances ?

Vous l’aurez compris : cette émission m’a mis en colère. La même colère -oui, la même !- que cet été, pendant la guerre de Gaza, quand le rouleau compresseur de la propagande d’Etat et des grands medias tentait de faire passer les opposants à la guerre israélienne pour des antisémites. Je me sentais alors pleinement du côté de ces manifestants, à qui on voulait interdire de crier leur propre colère, quand l’armée israélienne bombardait des enfants et des civils. Comme je me sens aujourd’hui du côté de ce magistrat, à qui Bricmont et ses amis voudraient interdire de juger, parce qu’il est juif.

Une synergie…originale

Précisons enfin une chose, si ce n’était pas assez clair : l’équipe d’@si n’a aucune part à l’élaboration intellectuelle des émissions de Hors Série. Les animatrices de HS, pour deux d’entre elles, viennent d’@si. Sa directrice de publication, Judith Bernard, vient évidemment d’@si. @si fournit à HS les moyens de son activité (on joue le rôle de ce qu’on appelle à la télé un producteur). Mais elles, c’est elles, et nous, c’est nous.

Vive la liberté d’expression ! Ni @si, ni Hors Série, ne doivent s’interdire d’inviter qui ils souhaitent. Je ne retire rien de ma défense de Taddeï, voici quelques mois, face à Patrick Cohen. Les accusations d’antisémitisme, d’islamophobie, d’homophobie, volent assez bas ces temps-ci, pour ne pas nous inhiber dans nos invitations. Hors Série continuera évidemment d’avoir toute liberté. Et nous, ici, on se donnera la totale liberté de compléter, d’analyser, de critiquer ces émissions, comme les autres émissions concourant au paysage intellectuel. Finalement, ce n’est pas le genre de synergie auquel on pensait au départ, en aidant Judith à créer son site, mais c’est…original.

Daniel Schneidermann | 30/09/2014

http://www.arretsurimages.net/chroniques/2014-09-30/Bricmont-l-extermination-les-historiens-et-les-juges-id7095

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Judith Bernard 

(2) RETOUR SUR LA « POLÉMIQUE » BRICMONT

« Du « confusionnisme » de Bricmont… et de ses accusateurs

Par Judith Bernard 10/01/2014

Nous voici donc dans l’épineuse situation d’une divergence d’analyse, entre Daniel Schneidermann, qui dirige Arrêt sur images, et l’équipe de Hors-Série, techniquement dépendante d’@si mais intégralement indépendante sur le plan éditorial. Epineuse mais passionnante situation, qui donne l’occasion d’un riche débat : je trouve très saine la manière dont elle se traduit ici par une discussion publique, et précieuse l’opportunité qu’elle donne de clarifier les points qui nous opposent.

En tant que directrice de publication de Hors-Série je suis évidemment en devoir de répondre aux accusations de défaut de travail – notre invité aurait été insuffisamment « contextualisé » – et, beaucoup plus grave, des accusations d’antisémitisme concernant notre invité, Jean Bricmont.

FAIBLESSES DE L’ENTRETIEN OU FAIBLESSE DE SA RÉCEPTION ?

Ces accusations portent peu sur l’entretien en lui-même, à l’exception du passage (5 minutes sur plus d’1h40 d’émission) sur les citations d’historiens que Bricmont énumère sans que soient toujours bien intelligibles la source et le contexte de ces citations. Et c’est ici que se situe le premier problème, selon Daniel:«toutes les citations de Bricmont sont décontextualisées, et Bricmont leur fait dire ce qu’il a envie de leur faire dire, et qu’elles ne disent pas forcément»

Reprenons tranquillement ce que Bricmont dit – ce sera un peu long, mais je ne vois pas comment faire autrement puisque Daniel produit des interprétations abusives sur à peu près chacune d’entre elles: rappelons d’abord que ces historiens sont décrits par Bricmont comme « orthodoxes » et « souvent d’origine juive », afin de prévenir toute interprétation qui voudrait faire d’eux des chercheurs déviants à tendance antisémite.

VERBATIM

Bricmont commence par Arno Mayer, qu’il présente : «prof à Princeton, d’origine juive, qui était en Europe pendant la guerre, qui est édité à la Découverte, qui est préfacé par Vidal Naquet: je fais toute la liste pour montrer que vraiment, plus orthodoxe que ça, c’est pas possible: il dit que ‘les sources sur l’holocauste sont rares et peu sûres’; il dit qu’on n’a pas de déposition, que c’est basé sur des témoignages et des aveux, qu’il faut les examiner avec soin»

Nous avons donc bien une citation sourcée: elle est d’Arno Mayer, dans un ouvrage préfacé par Vidal Naquet. Et non, comme l’affirme à tort Daniel, de Vidal-Naquet lui-même: c’est la première faiblesse interprétative de Daniel, qui fait dire à Bricmont ce qu’il ne dit pas du tout.

Puis, Bricmont à nouveau: «Vidal Naquet dit dans sa préface qu’il faut diviser certains nombres, certains chiffres, par un facteur de 4». Qui fait faire à Daniel ce commentaire accusatoire: «quel nombre? On ne saura pas». On le saura d’autant moins que Vidal Naquet lui-même ne le précise pas dans sa préface; c’est ici l’historien (parfaitement légitime, précisons-le, sur le plan académique) qui est imprécis dans son expression : en quoi Bricmont peut-il être tenu pour responsable de cette imprécision ? C’est ici la deuxième faiblesse interprétative de Daniel, qui prête à Bricmont les défauts d’un autre que lui, et ce en toute mauvaise foi, car Maja précise pourtant aussitôt : «il ne dit pas quels chiffres», ce que confirme Bricmont: «il ne dit pas quels chiffres».

Puis, Bricmont: «Poliakov dit ‘la campagne d’extermination des juifs reste en ce qui concerne la conception, ainsi que sur bien d’autres aspects essentiels, plongée dans le brouillard», phrase que Daniel juge « manipulatoire« : Daniel affirme « contrairement à ce que laisse penser l’entretien, Poliakov parle de la conception de l’extermination, côté nazis. Il ne remet évidemment pas en cause les témoignages des victimes ». On ne voit pas où est la manipulation dans l’énoncé de Bricmont qui parle explicitement de la « conception » de cette campagne (forcément côté nazi puisque ce sont les nazis qui l’ont conçue), et qui ne remet nullement en cause les témoignages des victimes. Troisième faiblesse interprétative de Daniel, qui croit entendre de la manipulation dans un énoncé tout à fait explicite et dépourvu des sous-entendus qu’il lui prête. On notera au passage que le travail de contextualisation est à nouveau initié par Maja: « C’est qui Poliakov?« , à quoi Bricmont répond: « c’est l’un des principaux historiens, il a écrit Le Bréviaire de la haine, etc »

Bricmont continue: « Yehuda Bauer, qui est aussi un historien, considère que ‘l’histoire selon laquelle l’extermination des juifs a été décidée à Wansee’, ce que j’ai toujours cru, ‘est sotte’, il dit ça; alors que Netanyaou a été à l’ONU, avec le protocole de Wansee, il l’a agité (geste mimant un livre brandi) pour montrer que c’était- (il est interrompu par Maja) pour montrer que ça s’était bien passé, alors il faudrait savoir ». Ce passage est évoqué par Daniel en ces termes: « Une pincée de controverse sur la conférence de Wannsee (controverse ancienne, sur l’origine de la politique d’extermination, et déconnectée de l’existence même des chambres à gaz). » Là, j’avoue, je ne comprends pas en quoi consiste l’accusation, trop allusive pour être intelligible.

Puis, Bricmont: « Quand Jan Van Peelt dit que ‘nous n’avons pas les éléments physiques pour prouver 99% de ce que nous savons’, mais c’est quoi, c’est une vérité révélée? Il n’explique pas, ça. Quand Eric Conan dit ‘Auschwitz, tout est faux, ce qu’on montre aux touristes etc, on se dit, mais qu’est-ce que c’est cette histoire, pourquoi ces gens sont pas poursuivis? »

– Maja: « il dit que le camp a été reconstitué »

– Bricmont: « ce qu’on montre aux touristes, oui, mais il dit l’expression ‘tout est faux’ ».

– Maja: « Donc vous vous montrez ces exemples-là pour montrer que, en gros… « 

– Bricmont: « Pourquoi ils ne sont pas poursuivis? »

– Maja: « Quand ces affirmations sont le fait d’historiens reconnus, orthodoxes, enfin, légitimes, voilà, ces opinions, en gros ce qu’on peut dire, ils ne sont jamais attaqués, ils ne sont jamais inquiétés. Et donc c’est là que se pose le problème de l’intention, c’est-à-dire qu’on pourrait très bien dire voilà: ces historiens n’ont pas l’intention, quand ils rappellent ces faits, n’ont pas l’intention de réveiller l’antisémitisme »

– Bricmont: « Mais qu’est-ce qui vous dit que les autres ont cette intention? »

– Maja: « Rien, moi j’en sais rien »

– Bricmont: « Mais c’est trop facile!De nouveau comme je dis, l’intention n’intervient que quand il y a délit; si ces expressions ne sont pas délictueuses, alors celle de Gollnisch qui dit essentiellement que les historiens doivent être libres, qui a été traîné au tribunal, jusqu’à la cour de Cassation, où là il a gagné, mais il a eu procès sur procès, eh bien Monsieur Gollnisch ne devrait pas être poursuivi si ces gens-là ne sont pas poursuivis »

Là où Daniel voit de la « confusion négationniste », nous voyons, nous, l’illustration claire du problème d’arbitraire et de deux-poids-deux-mesures que dénonce Bricmont tout au long de l’entretien. Son propos n’est pas d’accréditer les thèses négationnistes mais de montrer que des énoncés analogues (ceux qui relèvent de la discussion historique sur l’holocauste) sont traités de manière radicalement contrastée en fonction du très opaque critère des « intentions », ou de la légitimité de l’énonciateur.

Arrive enfin le cas Pressac, dont Bricmont précise qu’il a été « proche de Faurrisson », qu’il a « écrit un livre: Les Crématoires d’Auschwitz, la machinerie du meurtre de masse, qui a été édité par le CNRS, après avoir été publié en anglais par la Beate et Serge Klarsfeld Foundation »« En 86, Klarsfeld annonce la parution du livre de Pressac, il dit ‘ça constituera la preuve des preuves' ». Bricmont s’étonne: « Avant ça il n’y avait pas de preuves? (…) En 86? Alors que Nuremberg c’est 46? Il aurait dit ça quatre ans après, alors qu’il y avait la Loi Gayssot, il aurait été poursuivable ! ». Puis Bricmont conclut sur la dernière interview publiée de Pressac, dans laquelle ce dernier a affirmé que« ‘95% du Zyclon B a été consacré à l’épouillage’, il ridiculise la chasse aux nazis, il dit que l’attaque contre l’URSS était préventive, il dit qu’il y a ‘un coefficient émotionnel multiplicateur pour les chiffres qui varient de deux à sept et qui s’applique aussi à Auschwitz' »

– Maja:« En vertu de la Loi Gayssot il aurait pu être condamné »

– Bricmont : « Oui, mais ça aurait fait désordre d’avoir le chevalier blanc qui va terrasser les révisionnistes dans les années 80 qui est poursuivi pour négationnisme en 2000″.

Daniel nous reproche ici de ne pas mentionner que Pressac, d’abord proche de Faurrisson, s’en est éloigné; j’avoue, là encore, ne pas comprendre en quoi cet élément de contextualisation infléchit l’interprétation de ces faits. Le cas Pressac illustre, dans ce que Bricmont en restitue, le travail permanent de la recherche historique, dont les résultats évoluent à mesure que s’affinent les études (et à nouveau l’arbitraire de la Loi Gayssot, qui se fait en effet à la tête du client). Et, si j’en crois la grille analytique de Daniel, le fait que Pressac se soit éloigné de Faurrisson ne fait qu’accroître sa légitimité et la recevabilité de son discours sur les camps – y compris quand il met en garde sur le « coefficient émotionnel multiplicateur » relatif aux chiffres sur Auschwitz.

Certes, comme il le déplore, ni Maja ni Bricmont ne sont historiens. Pressac non plus d’ailleurs, ni moi. Ni Daniel non plus. Aucun des protagonistes de cette polémique n’est parfaitement légitime pour se prononcer sur l’état des études historiques concernant la Shoah; ce n’est d’ailleurs nullement le propos de cet entretien, qui est centré sur la liberté d’expression, et les limites problématiques que la Loi Gayssot vient y apporter. Il convient donc d’être attentif à ce qui se dit, tout ce qui se dit, rien que ce qui se dit. Je persiste à penser que les énoncés que j’ai retranscrits ici ne relèvent pas d’une accréditation des thèses négationnistes, ni même de quelque confusionnisme que ce soit.

BRICMONT, AUTEUR D’UN ÉNONCÉ ANTISÉMITE?

Vient le deuxième chef d’accusation, qui concerne un énoncé produit par Bricmont en dehors de notre émission, et dans lequel Daniel voit une expression d’antisémitisme. L’énoncé en cause fait partie d’un ensemble qu’il convient de restituer:

Est-ce que c’est antisémite, de se poser la question, de comment se fait-il qu’une personne, peut-être parfaitement neutre, etc., d’origine juive, prend seule la décision d’annuler le spectacle de Dieudonné hier au Conseil d’État ? Que dirait-on si une personne d’origine musulmane décidait seule dans un procès ayant à voir avec les caricatures du prophète ? Que dirait-on si une personne d’origine catholique seule décidait dans des procès ayant à voir avec des spectacles dits christianophobes ou sur la question du mariage pour tous ?

Comme on peut le constater en contextualisant la citation – car nous sommes bien d’accord, Daniel, il convient de contextualiser – ce sont toutes les appartenances confessionnelles qui sont envisagées comme étant susceptibles de troubler l’apparence de neutralité. Car c’est ce qui occupe Bricmont, et il est explicite là dessus: « La Justice ne doit pas seulement être neutre, elle doit paraître neutre. Est-ce que l’apparence de neutralité est préservée dans ce cas-là ? »

Si Bricmont se rend coupable d’un préjugé, c’est du réductionnisme essentialiste : supposer qu’une personne est entièrement déterminée dans ses actes par son « essence », ici son appartenance confessionnelle. S’appliquant à toutes les religions, cette suite de questions pêche éventuellement par essentialisme, certainement pas par antisémitisme. C’est tout de même beaucoup moins grave (et parfaitement légal).

L’APPARENCE DE LA NEUTRALITÉ, NOTION JURIDIQUE

Et je ne crois même pas qu’il pêche par essentialisme, car il insiste sur le problème de l’apparence de la neutralité, et non pas la neutralité elle-même. C’est une notion juridique, comme l’a rappelé un @sinaute: « L’article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, tel qu’il est interprété par la Cour européenne de Strasbourg, exige aussi du juge une impartialité que l’on qualifie d’objective c’est-à-dire que le juge ne doit pas seulement être impartial mais il doit également donner l’image de l’impartialité. (…) Ainsi une partie pourra demander à un magistrat de ne pas examiner une affaire sans devoir l’accuser d’être personnellement de parti pris mais simplement en démontrant que la partialité est apparente. »

La neutralité, l’absolue neutralité, est humainement impossible ; la Justice doit la rechercher, mais aucun juge ne saurait l’incarner. Il ne s’agit donc pas de récuser des juges, ni encore moins de s’en débarrasser (le propos de Bricmont porte sur la Loi Gayssot, qu’il faudrait selon lui abroger, non sur des juges qu’il faudrait disqualifier).

LE DROIT, PRIS ENTRE PRÉJUGÉ « INTENTIONNALISTE » ET PRÉJUGÉ « NEUTRALISTE »

Cette impossible incarnation de la neutralité, les juges en sont parfaitement conscients eux-mêmes. Matthieu Bonduelle, magistrat, juge d’instruction au tribunal de grande instance de Créteil, a écrit sur la question un remarquable papier : Juger est un acte politique, paru dans le Monde Diplomatique de septembre. Puisque le propos qui nous occupe concerne une loi (la Loi Gayssot) et non l’Histoire de l’holocauste, il est sans doute pertinent d’écouter un professionnel du Droit. Que dit ce juge d’instruction ? Il met en garde contre les deux préjugés réductionnistes qui pèsent sur la perception du juge : « l’un neutraliste et l’autre intentionnaliste ». Le second est celui qu’on reproche à Bricmont, qui consiste à prêter au juge des « intentions » liées à ses déterminations personnelles, infléchissant sa manière de rendre la justice. C’est ce que nous avons appelé le « réductionnisme essentialiste » (peut-être fautif, mais certainement pas coupable d’antisémitisme, on l’a vu).

Le premier préjugé est intéressant, et nous permettra de clore cette analyse : il consiste à prétendre que le Droit, et ceux qui le font vivre (les juges), sont « neutres »… Chimère que Bourdieu a dénoncée en des termes très clairs: « Etant donné l’extraordinaire élasticité des textes, qui va parfois jusqu’à l’indétermination ou l’équivoque, (le juge) dispose d’une immense liberté. Il n’est sans doute pas rare que le droit, instrument docile, adaptable, souple, polymorphe, soit en fait mis à contribution pour rationaliser des décisions auxquelles il n’a eu aucune part »*. Bourdieu parlait ici du droit en général, et non de la loi Gayssot – qui est pourtant la manifestation la plus spectaculaire de cette « élasticité » du droit donnant au juge une immense marge de manœuvre, laissant tant de place à l’arbitraire que dénonce Bricmont.

Et si notre invité dérange autant, c’est sans doute parce que le droit, « forme par excellence du discours légitime » ne peut « exercer son efficacité spécifique que dans la mesure (…) où reste méconnue la part plus ou moins grande d’arbitraire qui est au principe de son fonctionnement »**.Ce n’est pas moi qui affirme cela, cet arbitraire du droit qu’il faut s’efforcer de ne pas trop faire apparaître : c’est Pierre Bourdieu, encore, cité par le même juge d’instruction, Matthieu Bonduelle. Il rappelle donc que « juger est un acte politique » ; en d’autres temps, Descartes avait posé que « percevoir, c’est juger ». En lisant Daniel livrer sa perception des propos de Bricmont, manifestement orientée, on ne peut que constater que ces deux axiomes se vérifient inlassablement.

* Pierre Bourdieu, « La force du droit. Eléments pour une sociologie du champ juridique », Actes de la recherche en sciences sociales n°64, Paris, 1986.

** Ibid. 

JUDITH BERNARD | 10/01/2014  http://www.hors-serie.net/edito.hp

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Mise à jour | 11 octobre 2014

Commentaire d’ Etienne Chouard au sujet de la polémique ouverte par Daniel Schneidermann

 [Facebook , 10 octobre 2014]

Jean Bricmont se défend très bien, et je trouve sa pensée pertinente et utile.
Il répond ici à la question : Qu’est-ce qu’il y a en commun entre tous ceux qui sont étiquetés « rouges-bruns », « fascistes », d’extrême droite », etc. ? (et il donne une liste)
Je note : « Le droit de ne pas être fanatique devrait être légitime »

L’enjeu de tout ça, c’est L’AUTONOMIE, l’autodétermination, la souveraineté (individuelles et collectives).

L’empire en formation (USA, OTAN, UE, FMI, BM…), comme les précédents empires (car c’est une vieille recette, diviser pour régner, bien sûr), l’empire, donc, de diverses manières, essaie de nous morceler en provinces, en petites régions privées des souverainetés essentielles (monnaie, armée, politique étrangère…) et à tribaliser les populations, atomiser les individus.

Et les mécanismes de confiscation de la parole sont du type religieux, avec un fanatisme qui criminalise et traque des blasphèmes (ils « cherchent la petite bête » pour identifier des mal pensants, signaler des paroles interdites, dénoncer des délits d’opinion).

Des gens (se disant « de gauche ») se sentent investis d’une mission (comme les curés d’antan) et cherchent à nous imposer une mentalité guerrière. Tous ces gens-là (sur le modèle des prétendus « antifas ») calomnient à tour de bras, comme des robots malfaisants, mais refusent toujours le débat. Toujours.

La liberté d’expression est en train de devenir « une valeur d’extrême droite »… c’est ridicule.

Et il est essentiel de résister à ces intimidations, qui sont un obscurantisme, en s’en moquant, en en riant, comme le faisaient Rabelais, Voltaire et tant d’autres.

Je trouve solide et légitime la ligne de de Bricmont : il faut être courageux et résister, individuellement, à ce terrorisme intellectuel, dont les méthodes et les ressorts s’apparentent à ceux des guerres de religions.

Sans ce courage-là (à exercer individuellement, quotidiennement), je suis sûr qu’on va perdre TOUTES nos libertés.

Ce que fait Bricmont est d’utilité publique, et mondiale.

J’assume ça. Complètement.

Et au diable les talibantifas.

Etienne Chouard | 10 octobre 2014

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Réaction d’Info Libre [3 octobre 2014] à la chronique de  Daniel Schneidermann 30/09/2014]

Polémique Schneidermann Bricmont

La liberté d’expression contextualisée

La sélection des invités autorisés à s’exprimer dans les émissions de la sphère « Arrêt sur Images » relève d’un processus de plus en plus torturé. Ce média Internet a construit sa renommée et son audience en 2008 sur le besoin de liberté d’expression dans la société française, en publiant des analyses qui dérangent. Aujourd’hui, c’est Arrêt sur Images qui est dérangé par certains propos et, ironie du sort, ces propos concernent la liberté d’expression.

Ces jours-ci, une polémique fait effectivement rage au sein de la famille des journalistes d’Arrêt sur Images et ils ont décidé de s’expliquer en public, ajoutant ainsi une contribution du plus grand intérêt au débat public sur la liberté d’expression en France. Mise à jour : le débat ne semble pas si public que cela, étant donné que les liens @si contenus dans cet article ont été retirés de l’accès public. Nous le regrettons, mais seuls les abonnés d’@si pourront explorer les liens @si que nous donnons. Les autres liens fonctionnent toujours à cette heure.

Les contenus produits par l’Agence Info Libre se trouvent au centre de cette polémique, et c’est très péniblement que le site Arrêt sur Images relaie nos productions, qui ont pourtant prouvé de fait leur utilité publique.

La polémique Jean Bricmont

Judith Bernard et Maja Neskovic, anciennes chroniqueuses et animatrices à Arrêt sur Images, ont décidé de voler de leurs propres ailes et de monter un média Internet nommé Hors-Série. Durant son émission du 27 septembre 2014, Maja Neskovic s’entretient de la liberté d’expression avec son invité Jean Bricmont, habitué du micro de l’Agence Info Libre. Daniel Schneidermann, qui est lié à cette émission par le support technique qu’il fournit à Hors-Série, se trouve obligé de faire part en public de son point de vue sur Jean Bricmont et sur la façon dont il (n’)a (pas) été présenté par l’animatrice Maja Neskovic.

Même après plusieurs relectures, on ne comprend pas précisément ce que reproche Daniel Schneidermann à Jean Bricmont et à Maja Neskovic, si ce n’est un manque de « contextualisation » des citations de Bricmont. C’est fascinant comme la liberté d’expression peut parfois trouver ses limites même sur Internet, certaines personnes comme Bricmont nécessiteraient d’être plus « contextualisées » que d’autres. On retrouve ce souci de contextualisation à l’issue de l’émission d’@si du 10 janvier 2014 sur l’affaire Dieudonné. Le jeune amateur de Dieudonné qui avait alors été invité sur le plateau d’@si, et qui par ailleurs avait du faire face à cinq invités et animateurs qui lui étaient opposés, n’avait pas stipulé au préalable qu’il était adhérent d’Égalité et Réconciliation. Laure Daussy, qui s’en aperçoit après l’émission, met immédiatement à jour le making-off en « recontextualisant » le jeune homme a posteriori. Apparemment, être adhérent à Égalité et Réconciliation est également un motif de « recontextualisation ».

Face à cette gêne manifeste de Schneidermann, mais en l’absence de toute rigueur de sa part pour l’expliquer, laréponse de Judith Bernard (rédactrice en chef de Hors-Série) soigneusement argumentée paraît éloquente. Nous invitons tout le monde à la lire. Elle semble avoir bien cerné les problématiques de la liberté d’expression en France et les positions de Jean Bricmont, régulièrement relayées par l’Agence Info Libre, sans se laisser aller aux raccourcis calomnieux dont les médias de masse se font si souvent le relai.

Vient ensuite la réaction de Dan Israël, ancien chroniqueur à Arrêt sur Images, très critique sur un point fondamental de l’argumentaire de Jean Bricmont, qui est qu’on ne peut faire accepter la justice par tous concernant la liberté d’expression qu’en garantissant le caractère insoupçonnable (bien plus que le caractère insoupçonné donc) du juge. À ce titre la décision prise par Bernard Stirn seul, juif et descendant de Dreyfus, dans les conditions inédites que l’on sait par surcroît, ne risquait pas d’être reçue comme une justice véritable et indépendante par Dieudonné et ses spectateurs.

Enfin, Maja Neskovic, l’animatrice de l’émission polémique prouve par sa réponse citant des personnages parmi les plus polémiques que le débat sur la liberté d’expression s’implante profondément et sereinement dans la société française et que les procès en antisémitisme et en infréquentabilité, qui sont perpétuellement lancés à tous ceux qui voudraient discuter rigoureusement des sujets qui fâchent, ne fonctionnent plus.

Arrêt sur Images s’appuie de plus en plus sur le travail de l’Agence Info Libre

Cela fait plusieurs fois que le site Arrêt sur Images mentionne ou relaie l’Agence Info Libre. En mars, nous étions d’abord qualifiés par @si de « site d’extrême droite », avant qu’@si ne se ravise et supprime la mention peu élogieuse à notre endroit. S’agissant des événements récents de Calais, là encore Arrêt sur Images commente la polémique, née des images que nous avions réalisées et publiées sur notre site, mais critique l’absence des médias sur ces lieux sans jamais nous citer !

Dans le fameux billet polémique de Daniel Schneirmann au sujet de l’émission de Maja Neskovic avec Jean Bricmont, Arrêt sur Images intercale un extrait d’une vidéo de l’Agence Info Libre interrogeant Jean Bricmont sur l’affaire Dieudonné. Notons que la manière de relayer laisse à désirer puisque Daniel a téléchargé notre vidéo, sélectionné l’extrait de son choix, apposé le logo d’@si puis publié sur le compte Dailymotion d’@si.

Pour correction, la vidéo AIL originale de l’entretien avec Jean Bricmont est toujours en ligne, nous vous la relayons à nouveau pour votre information.

Plus récemment encore, un article d’Arrêt sur Images relate la dernière audace du hacker Ulcan auprès d’un journaliste endeuillé. Cette fois, Arrêt sur Images référence une vidéo de l’Agence Info Libre par la même méthode, mais en accompagnant toutefois notre vidéo d’une mention explicite de l’Agence Info Libre et d’un lien direct vers notre site.

 L’Agence Info Libre invite Daniel Schneidermann et Jean Bricmont à débattre

Nous prenons acte que les contenus produits par l’Agence Info Libre sont ainsi jugés d’utilité publique par Arrêt sur Images. Nous invitons officiellement Daniel Schneidermann et Jean Bricmont à venir débattre de la liberté d’expression et du rôle des médias indépendants devant les caméras de l’Agence Info Libre. Jean Bricmont nous ayant déjà fait part de sa réponse positive, nous attendons maintenant la réponse de Daniel Schneidermann

Agence Info Libre | 3 octobre 2014

Source: http://www.agenceinfolibre.fr/liberte-d-expression-contextualisee/

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Mise à jour | 13  octobre 2014

[D.Schneidermann renchérit (2ème chronique)]

 

BRICMONT / AUSCHWITZ : UN AUTEUR CONTESTE SA CITATION

Par Daniel Schneidermann le 11/10/2014 – 13h05 – suivi

Citations confusionnistes, cas d’école. Je disais ma colère, la semaine dernière, sur un entretien réalisé par Hors Série (édité par @si), avec le physicien belge Jean Bricmont, sourcilleux défenseur de la liberté d’expression des négationnistes. Dans sa démonstration, écrivais-je, Bricmont « balance en rafale une série de citations d’historiens irréprochables ayant émis des doutes sur tel ou tel aspect de l’histoire de l’extermination » le problème étant que « toutes les citations de Bricmont sont décontextualisées, et que Bricmont leur fait dire ce qu’il a envie de leur faire dire, et qu’elles ne disent pas forcément« .

Or une citation, lancée dans la rafale par Bricmont, a précisément été contestée… par son propre auteur. Face à Maja Neskovic (Hors Série), Bricmont disait : « Quand Eric Conan dit « Auschwitz tout est faux, ce qu’on montre aux touristes etc. » On se dit qu’est-ce qui se passe, pourquoi ces gens ne sont pas poursuivis. » Maja tentait alors de le reprendre : « Il ne dit pas qu’Auschwitz… Il dit que le camp est reconstitué, voilà. » « Oui mais il dit l’expression « tout est faux »« , insistait Bricmont.

A 1’45 », la (fausse) citation de Conan par Bricmont

Actuel directeur adjoint de la rédaction de Marianne, Eric Conan nous a fait parvenir l’article dont est extraite la citation (La mémoire du mal, publié en janvier 1995 dans L’Express). A aucun moment il n’y écrit « à Auschwitz, tout est faux, ce qu’on montre aux touristes« . Conan évoque en fait une seule et unique partie du camp : le crématoire 1. « L’exemple du crématoire I, le seul d’Auschwitz I, est significatif. Dans sa morgue fut installée la première chambre à gaz. Elle fonctionna peu de temps, au début de 1942: l’isolement de la zone, qu’impliquaient les gazages, perturbait l’activité du camp. Il fut donc décidé, à la fin d’avril 1942, de transférer ces gazages mortels à Birkenau [Auschwitz 2], où ils furent pratiqués, sur des victimes essentiellement juives, à une échelle industrielle. Le crématoire I fut, par la suite, transformé en abri antiaérien, avec salle d’opération. En 1948, lors de la création du musée, le crématoire I fut reconstitué dans un état d’origine supposé. Tout y est faux: les dimensions de la chambre à gaz, l’emplacement des portes, les ouvertures pour le versement du Zyklon B, les fours, rebâtis selon les souvenirs de quelques survivants, la hauteur de la cheminée. A la fin des années 70, Robert Faurisson exploita d’autant mieux ces falsifications que les responsables du musée rechignaient alors à les reconnaître. »

Bricmont fait donc semblant de s’interroger sur « pourquoi Eric Conan n’est pas poursuivi ». La réponse est simple : parceque Conan, enrôlé bien malgré lui dans une démonstration négationniste, n’a pas tenu les propos que lui prête Bricmont. Les mises à jour nécessaires ont été effectuées dans ma chronique, et dans la réponse de Judith.

BRICMONT ET LA LIBERTÉ D’EXPRESSION EN ALLEMAGNE NAZIE

Par ailleurs, interrogé par le site suisse anti-israélien « Arret sur info », Bricmont est revenu sur la polémique, réitérant notamment ses « interrogations » sur la légitimité d’ « un magistrat d’origine juive », à traiter de l’affaire Dieudonné (je vous en parlais ici), avant de conclure étonnamment que « le jugement était politique et scandaleux, mais que les origines de la personne qui l’a rendu n’avaient aucune importance dans cette affaire ». Tiens donc. Alors, pourquoi s’être lourdement appesanti sur son « origine juive », si elle n’avait aucune importance ?

A noter que dans le même entretien, Bricmont, qui accumule décidément les fulgurances, avance (à partir de 6’20 ») que « en Allemagne nazie, il y a des gens qui ont défendu la physique de Einstein. Il y avait des discussions sur ce qui était permis, et pas permis » s’appliquant ainsi à démontrer que la liberté d’expression, en Allemagne nazie, était bien supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui en France. Mais certainement expliquera-t-il que ce n’est pas ce qu’il voulait dire.

Daniel Schneidermann le 11/10/2014

Source: http://www.arretsurimages.net/breves/2014-10-11/Bricmont-Auschwitz-un-auteur-conteste-sa-citation-id18050

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Ce qu’a dit précisément Jean Bricmont lors de l’émission Hors-Série [Verbatim]

Eric Conan dit ‘Auschwitz, tout est faux, ce qu’on montre aux touristes etc, on se dit, mais qu’est-ce que c’est cette histoire, pourquoi ces gens sont pas poursuivis? »

Maja: « il dit que le camp a été reconstitué »

Bricmont: « ce qu’on montre aux touristes, oui, mais il dit l’expression ‘tout est faux’ ».

Maja: « Donc vous vous montrez ces exemples-là pour montrer que, en gros… « 

Bricmont « Pourquoi ils ne sont pas poursuivis? »

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Extrait de l’ouvrage de Jean Bricmont: Les censeurs de la République 

En 1995, Éric Conan écrit dans L’Express :

« Autre sujet délicat : que faire des falsifications léguées par la gestion communiste ? Dans les années 1950 et 1960, plusieurs bâtiments, qui avaient disparu ou changé d’affectation, furent reconstruits avec de grosses erreurs, et présentés comme authentiques. Certains, trop « neufs », ont été fermés au public. Sans parler de chambres à gaz d’épouillage, présentées parfois comme des chambres à gaz homicides. Ces aberrations ont beaucoup servi aux négationnistes, qui en ont tiré l’essentiel de leurs affabulations. L’exemple du crématoire I, le seul d’Auschwitz I, est significatif. Dans sa morgue fut installée la première chambre à gaz. Elle fonctionna peu de temps, au début de 1942 : l’isolement de la zone, qu’impliquaient les gazages, perturbait l’activité du camp. Il fut donc décidé, à la fin d’avril 1942, de transférer ces gazages mortels à Birkenau où ils furent pratiqués, sur des victimes essentiellement juives, à une échelle industrielle. Le crématoire I fut, par la suite, transformé en abri antiaérien, avec salle d’opération. En 1948, lors de la création du musée, le crématoire I fut reconstitué dans un état d’origine supposé. Tout y est faux : les dimensions de la chambre à gaz, l’emplacement des portes, les ouvertures pour le versement du Zyklon B, les fours, rebâtis selon les souvenirs de quelques survivants, la hauteur de la cheminée. À la fin des années 1970, Robert Faurisson exploita d’autant mieux ces falsifications que les 104 responsables du musée rechignaient alors à les reconnaître 163. »

Un défenseur de la loi Gayssot pourrait dire que les citations ci-dessus montrent que les historiens sérieux sont libres de s’exprimer. Peut-être, mais le traitement subi par Bruno Gollnisch, qui n’a jamais rien dit d’aussi radical que les propos cités ici, montre qu’on en arrive inévitablement au « deux poids, deux mesures ».

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[Daniel Schneidermann hausse le ton (3ème chronique)] 

chronique le 12/10/2014 par Daniel Schneidermann

COMPLAINTE DU JAMBON DANS LE SANDWICH DE LA GUERRE

Ma vie entre Ulcan et Bricmont

Vous n’avez pas forcément idée de ce qu’est ma vie, ces temps-ci, alors je vous raconte. Je vis environné de deux figures opposées, deux cariatides inattendues : Bricmont et Ulcan. Le hacker sioniste psychopathe, qui fait tomber notre site, parmi d’autres sites, quand il a un moment entre deux canulars désopilants. Et Jean Bricmont, le physicien antisémite, qui aimerait que les juges d’origine juive s’abstiennent de juger certaines affaires, par exemple quand elles concernent Dieudonné.

Ah pardon, je m’interromps, on me souffle quelque chose dans l’oreillette. Je ne peux pas dire que Bricmont est antisémite : s’il aimerait que les juges d’origine juive s’abstiennent de juger certaines affaires, notamment concernant Dieudonné, c’est seulement pour le principe. Rien à voir avec le fait qu’ils soient juifs. Ce seraient des juges eskimos qui jugeraient un humoriste eskimo, ça le choquerait pareil.

Ah non, pardon, on me demande d’être encore plus précis. En fait, Bricmont se demande si c’est antisémite de se demander si un juge d’origine juive doit s’abstenir de juger certaines affaires, notamment concernant Dieudonné. Et tout ça pour conclure que bien entendu, tout bien pesé, les juges juifs peuvent juger qui ils veulent, comme de vrais juges. Bref, Messieurs dames, Jean Bricmont, physicien, n’est qu’un ardent militant de la liberté de se demander ce qu’on a envie de se demander, même si ça ne plait pas aux lobbies occultes qui nous gouvernent, non mais ho. Il me reste donc à me demander si c’est de l’antibricmontisme que de me demander si c’est de l’antisémitisme que de se demander si les juges juifs, etc.

ET ULCAN ? JE PEUX PARLER DE ULCAN ?

Bon. Alors je vais vous parler du psychopathe sioniste Grégory Chelli, dit Ulcan. Ah non, pardon. On me souffle dans l’autre oreillette qu’il est préférable de ne pas le traiter de psychopathe. Car il est susceptible, et très sourcilleux sur son image : d’un clic, il peut faire sauter notre site, comme il l’a montré à la télé. Disons donc le pirate sioniste Ulcan. D’une certaine façon, intellectuellement, celui-là est plus reposant. Plus cash, dans son côté Tarantino. Des fois, je me repasse en boucle sa conversation-culte avec le journaliste de Rue89, vous savez, celui dont le père a fait une crise cardiaque, et est mort quelques semaines plus tard. Si un jour je dois me reconvertir dans le film de genre, ce sera un matériau précieux.

Voilà l’état des lieux. J’y pensais l’autre jour, alors que l’équipe entière attendait que les copains psychopathesamateurs de canulars de Ulcan lâchent l’affaire, pour que le site revienne en ligne, afin que nous puissions travailler à…un texte sur Bricmont. On la trouvait comique, la situation, aussi drôle que des infirmiers qui iraient tenter de ramasser des blessés indistincts sous le feu d’armées indistinctes. Evidemment, c’est l’image de la guerre, qui me vient. Ce sont des personnages de guerre, dans une situation de guerre. Ils n’existent que l’un par l’autre, et tous deux n’existent que par la guerre. Autant essayer de rire, quand on se sent comme une sorte de tranche de jambon dans le grand sandwich de la guerre, si loin, si proche.

Car ils sont accaparants, les petits soldats. Il faut leur consacrer toujours plus de temps. On se laisserait aller, on ne ferait plus que ça. Dans sa dernière interview (celle où il se demande si on n’était quand même pas plus libre dans l’Allemagne nazie qu’aujourd’hui) Bricmont me reproche gentiment (car Bricmont est toujours très gentil, c’est un négationniste très doux) de ne pas avoir lu son livre. Il estime que j’aurais pu l’emprunter à Maja. Ben oui. Après, j’aurais lu les précédents. Ca m’aurait fait un programme pour les week-ends d’automne. Ulcan, c’est autre chose. Comme il semble s’être pris d’affection pour notre site, à chaque fois qu’il le fait sauter je dois aller porter plainte à la police (je vais finir par connaitre par leur prénom tous les fonctionnaires de la Brigade d’Enquête sur les Fraudes aux Technologies de l’Information, dite BEFTI). Les policiers français ont d’ailleurs bien du mérite à continuer de faire leur boulot. A ce qu’on me raconte, leurs homologues israéliens ne manifesteraient pas une hâte insensée à l’idée de chercher des noises au psychop…au farceur d’Ashdod.

Tout ça pour dire que des fois, il me vient des idées. Je me demande (oui, moi aussi) si par exemple ce serait interdit par la loi Gayssot, de les attirer tous les deux dans une pièce sans fenêtres, de fermer la porte à clé, et de jeter la clé dans la Loire, si belle en cet automne, et plus apaisante que toutes les lectures. Je ne serais pas chien, je leurs laisserais un kit de survie : un ordinateur et une connexion. Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit qu’ils finiraient par fraterniser. Ce n’est pas pour passer à l’acte, hein, je me demande juste. De toutes façons, pour le Nobel de la Paix, c’est trop tard pour cette année.

Daniel Schneidermann 12/10/2014 |

Source: http://www.arretsurimages.net/chroniques/2014-10-12/Complainte-du-jambon-dans-le-sandwich-de-la-guerre-id7128

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URL de cet article: http://arretsurinfo.ch/video-lantisemitisme-de-la-tragedie-a-la-farce-entretien-avec-jean-bricmont/

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